L’Origine de la Poule

L’ORIGINE DE LA POULE

D’où viennent nos animaux domestiques ?…

Il est, pour la plupart, bien difficile de répondre à cette question si naturelle ! Tout fait penser que presque tous ont suivi les premiers Aryas dans leur migration vers l’Ouest, venant de l’Inde, ou du moins du grand plateau central asiatique. D’autre part, les restes des animaux domestiques et avec eux ceux du chien se rencontrent, pour la première fois, dans les sépultures des dolmens. Nous sommes donc amenés à attribuer au premiers Aryas la construction de ces curieuses sépultures, et cela sans nous appuyer sur tant d’autres preuves, dont l’une des plus imprévues fut la découverte, sur le plateau central, d’une peuplade ayant conservé le même genre de constructions. Mais passons…

Le bœuf, la poule, le chien, telle fut la triade qui dut accompagner le premier Arya pendant ses longues courses, et animer les alentours de sa tente ou de son chariot au milieu des déserts dans lesquels il s’arrêtait temporairement. L’histoire nous a conservé elle-même le souvenir de la poule au milieu des anciens campements des hordes barbares, s’abattant plus tard sur l’Europe. Rien ne nous empêche donc d’y voir la continuation des mœurs qui régissaient les premiers émigrateurs, à une époque où l’histoire n’en a pas pu conserver le souvenir. Les peuples qui l’écrivirent plus tard n’existaient pas encore !…

Il a fallu l’époque du bronze et celle du fer pour que les premiers chroniqueurs pensassent à tracer des récits pour leurs descendants. C’est le fait d’une civilisation comparativement très-avancée.

Nous ne dirons rien de la brebis ; faisait-elle partie des premières émigrations ? Tout le fait supposer. Ce furent donc quatre animaux que nos ancêtres premiers auraient asservis, en Asie, à leurs besoins de nourriture et de vêtement.

N’est-il pas curieux que, des quatre, nous ne puissions retrouver la filiation indiscutable que d’un seul ? Le coq et la poule.

Il n’y a plus à en douter aujourd’hui : les quatre races connues du Coq des Jungles ont fourni, par leurs croisements successifs, et par une domestication se perdant dans la nuit des temps, les innombrables races de poules que nous connaissons. Ce qui s’est passé pour le coq, en Asie, s’est passé pour le canard en Europe. Nous ne pouvons douter que le canard sauvage soit la souche de nos canards domestiques ; l’oie sauvage, la souche de notre oie de basse-cour.

Mais ce ne sont-là que des domestications toutes récentes auprès de la première.

Très-moderne aussi est la constatation de la filiation du coq et de la poule : elle date à peine de ces dernières années ! Car, au commencement de ce siècle, on doutait encore. Sonnerat avait bien trouvé la poule ; mais les communications étaient encore si difficiles, les spécimens si rares, que l’on hésitait, d’autant mieux que cette race est une de celles qui a peut-être le moins marqué dans le résultat final.

Il a fallu la continuité de l’occupation indienne par l’Angleterre pour amener la capture des nombreux spécimens qui ont tranché la question. Curieux effet, bien petit, d’une fort grande cause !

On connaît aujourd’hui quatre espèces très-distinctes du coq des jungles.

La plus commune est celle qui nous vient de l’Inde centrale, et dont le mâle ressemble absolument au petit coq de combat anglais de la variété noire et rouge, mais porte la queue plus rabattue. On donne à cette espèce le nom de Gallus Bankiva ou Gallus ferrugineus. On la regarde généralement comme plus particulièrement la souche de toutes nos poules domestiques avec lesquelles le coq reproduit librement. On l’a redomestiquée avec la plus grande facilite.

Quoi qu’il en soit, cette race n’est pas la seule dont les produits sont entrés dans la civilisation ; elle se croise aussi bien avec les suivantes qu’elle se reproduit sur elle-même. C’est à ce point de vue que toutes sont intéressantes, parce qu’elles ont produit toutes les espèces et les variétés connues.

La seconde race des Jungles est le coq de Sonnerat (Gallus Sonneratii), qui vient de l’Inde méridionale. On le reconnaît surtout aux tuyaux aplatis des plumes de sa collerette, qui le font paraître comme couvert de taches de cire à cacheter jaune. De même que la précédente, fréquemment introduite maintenant en Europe, cette espèce s’est reproduite et croisée à volonté ; mais, en plusieurs endroits, faute de premier sang pour remonter la race, les hybrides se sont bientôt perdus dans la masse des volailles domestiques. En Angleterre, cet oiseau est très-recherché, non-seulement par les marchands, mais surtout par les fabricants de mouches artificielles pour la pêche des truites et saumons.

Une troisième espèce est le coq fourchu (Gallus furcatus) ou (Galtus varius), qui se distingue spécialement par les plumes de sa collerette, larges et arrondies à leur extrémité, et qui sont revêtues d’une splendide couleur vert métallique. Les plumes du dos sont colorées en orange vif avec le milieu noir. Les deux plumes du milieu de la queue sont recourbées extérieurement et fourchues, ce qui lui a valu son nom. Sa crête est arrondie dans son contour général, et il n’a qu’un barbillon médian au lieu des deux que portent toutes les autres espèces. On le tire de Java et des autres îles de l’archipel malais. Il reproduit bien en Europe et donne de beaux métis.

La quatrième race de coqs des Jungles est renfermée dans l’île de Ceylan, et malheureusement on l’apporte trop rarement vivante en Europe. Celui-ci est non-seulement remarquable, parce qu’il est propre à cette île, mais parce qu’il est commun dans toutes les parties qui ne sont pas cultivées et où le jungle n’est pas trop haut.

Quoique spécialement habitant des plaines basses, on le rencontre souvent en très-grand nombre sur de hautes collines, où il est attiré par l’abondance du nilloo ; c’est le nom d’une espèce de cornière qui croît à 2 000 mètres environ d’altitude. Les botanistes savent mieux que nous si les graines des acanthacées contiennent un poison narcotique ou énervant quelconque ; mais, ce qui est certain, c’est qu’après que notre coq a mangé le nilloo pendant un certain temps, il devient comme à moitié aveugle et stupéfié, si bien qu’on le tue alors à coups de bâton. Sont-ce bien les graines du nilloo qui produisent cet ahurissement, cette espèce d’ivresse profonde ? On est disposé à en douter quand on sait, d’ailleurs, que ces fruits sont absolument inoffensifs pour les autres animaux et l’homme. Il semblerait plus probable que ce serait quelque plante autre, quelque champignon ou lichen, poussant au moment de la fructification du nilloo, qui enivrerait ainsi le coq des Jungles.

C’est au point du jour qu’on l’entend pousser ses plus grands cris, et pendant une heure ou deux après le lever du soleil. Si ces oiseaux sont un peu nombreux, on les entend alors se répondre de toutes parts. À ce moment, si l’on se tient parfaitement immobile entre deux coqs qui se défient réciproquement et s’approchent peu à peu l’un de l’autre, on peut les tuer en même temps d’un coup de fusil.

Quelques chasseurs parmi les naturels sont d’une adresse incroyable pour appeler les coqs des Jungles, en frappant un pli flottant de leur vêtement, de manière à produire exactement le bruit d’ailes de l’oiseau qui s’abat. Il ne faut pas perdre de temps pour tirer en ce moment, parce que les coqs découvrent la supercherie, en jetant un coup d’œil autour d’eux, et à l’instant ils fuient en courant, la queue basse, comme les faisans.

Il n’est, au reste, pas difficile, dans un jungle convenable, d’approcher le coq qui chante jusqu’à bonne portée de fusil. On le trouve généralement se pavanant de côté et d’autre sur les branches horizontales de quelque arbre, élevant et baissant la tête, et poussant de temps à autre son cri, que l’on a rendu, en anglais, par les syllabes suivantes : george, joijce ! george, joijce ! précédées de ek ! ek !

Ce nom populaire lui est resté.

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Coq et poule des Jungles (Ceylan).

Lorsque l’animal est bien rassuré et dans son canton, on voit quelquefois le coq paître avec ses poules, mais c’est rare. Ordinairement, les poules sont extrêmement farouches, et l’on parvient à en tuer très-peu.

Dans les villages du pays, ces coqs reproduisent avec les poules domestiques, et l’on y voit souvent des petits coqs de jungles, nés sous des poules ordinaires, courant avec les petits poulets. Ils se montrent cependant toujours plus sauvages et, invariablement, perchent au dehors des portes du poulailler. Tôt ou tard, à moins qu’ils ne soient tués avant leur départ, ils regagnent les jungles. Cependant on en a élevé avec un peu plus de soins qui sont devenus complètement apprivoisés.

Le mâle a la crête jaunâtre bordée de rouge vif, les barbillons et les joues plus ou moins jaunes, mais tirant toujours sur le rouge ; la dimension de ces parties varie avec l’âge de l’animal.

Bec brun ; devant sale ; mandibule inférieure jaune pâle ; iris chamois ; pattes jaune pâle ; plumes du dos d’un bleu brillant et légèrement bordées d’orange.

Cet animal ne vit pas longtemps en captivité ; pour le faire arriver sûrement en Europe, il faudrait commencer par le bien domestiquer sur place, dans sa patrie ; ce qui ne semble nullement difficile.

Les jeunes coqs, par leur premier plumage, ressemblent aux poules, les plumes secondaires de leurs ailes étant barrées transversalement de bandes de brun vif et foncé ; les plumes du cou sont panachées ; ce n’est que plus tard que pousse la livrée masculine. Les poules ressemblent, plus que toute autre race, au coq de combat anglais, rouge, et vert ; seulement les plumes secondaires de leurs ailes sont marquées distinctement de bandes claires et foncées alternativement, et les plumes de la poitrine ont le bord et le centre plus clair.

Chez les jeunes poulets, dès qu’ils ont la grosseur d’une grive, on distingue très-aisément trois bandes foncées : une sur le centre de la fête et les autres descendant de chaque côté, à travers les yeux.

H. de la Blanchère.