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L’Enseignement et la culture intellectuelle

L’Enseignement et la culture intellectuelle
Œuvres diverses (p. 1-24).




COLLECTION U.S.T.I.C.A.



L’Enseignement


et


La Culture intellectuelle


PAR LA


Doctoresse PELLETIER





PRINCIPAUX OUVRAGES DE L’AUTEUR



Philosophie sociale.

Dieu, morale et patrie.

L’Individualisme.

L’émancipation sexuelle de la femme.

Mon voyage aventureux en Russie communiste.

En vente chez Giard et Brière, éditeur, 16, rue Soufflot.



L’Assistance

Dépopulation et civilisation supérieure.

In anima vili.

Chez l’auteur, 75 bis, rue Monge.

Le» principes foiuimiiontaux sur lesquels est basée l’instruction son! très étroits. Ou conçoit V enseigne meut comme une prépara¬ tion non à îa meilleure vie possible, mais à la vie dans des cadres mesquins, connue l’adaptation fs une condition sociale fixée dès la naissance de l’individu.

Les classes dirigeantes pensent, avant tou¬ te chose, à ne pas créer d’éléments suscepti¬ bles de troubler la société où elles ont la meilleure place. C’est pour cela qu elles ont institué un enseignement primaire rudimen¬ taire destiné à enlever aux enfants pauvres toute idée de regarder au-dessus d’eux ; alors nue l’enseignement secondaire, destiné aux enfants riches, demie la possibilité de s’éle¬ ver jusqu à îa plus haute culture.

[.’école primaire prend les enfants du peu¬ ple de six à treize ans. Elle leur enseigne très peu de choses ; la lecture, récriture, l’orthographe, auquel on consacre inutile¬ ment de longues et précieuses aimées, un peu de calcul : une histoire appropriée à la îurmaîion de l’électeur naïf et docile, une morale étroite réglementant la petite vie qui. attend l’é]&ve de condition misérable.

De tout ceia, à la vingtième année, il ne reste presque plus rien. La plupart des pri¬ maires sont incapables de coordonner assez leurs uU-es et leurs phrases pour pouvoir


i écrire avec clarté la lettre la plus simple. Non seulement ils ont oublié cet orthographe qu’on leur a si minutieusement appris, mais ils ne savent pas s’exprimer de manière à être compris ; ils brouillent, toutes leurs idées et disent le contraire de ce qu ils veulent dire. La seule chose qui leur reste à peu près entière de V école, est la lecture ; ils peuvent lire un journal, c’est-à-dire qu’ils ont la faculté d’être trompés. Aussi reçoivent-ils toutes faites leurs idées des classes dirige antes.

L’enseignement secondaire, lui, n’a pas pour fin préméditée d’abêtir : il vise, au contraire, au développement intellectuel. Néanmoins, ii s’en faut qu’il soit ce qu’il devrait être. Dépourvu d’idéal élevé, il vise avant toute chose à. la carrière future, ce qui fait que l’ennui s’y substitue à l’intérêt. Toute une école a reproché aux études du lycée de comprendre* une quantité de choses Inutiles, c’est-à-dire de choses qui ne servent pas à gagner de l’argent. L’État lutte un peu contre cette tendance mesquinement utilitariste. mais les frémi Los lui sont toutes acquises. Les élèves no voyant, dans renseignement reçu, qu’une vaine formalité, transforment les spéculai ions intellectuelles^ les plus élevées en un bachotage inepte nù in 111 émo ire est. seule ; 1 vr a va i 1 ! e r, C est on va ut qu’on pense élever le niveau inle’lectuel eu accroissant la difficulté des examens, es h préparation n’est qu’un gavage ep le candidat s’empresse de mut oublier dès le diplôme obtenu.

La culture intellectuelle ne doit pas être subordonnée à quelque chose d’autre qu’elle-même ; elle est une fin eu soi. Donner à l’élève le moyen de se créer la vie intellectuelle la plus élevée possible, ml doit être le .but de l’éducation.

L’éducateur n’a pas à. se préoccuper de ce qùe sera l’enfant, il n’en sait rien et i! ne doit pas le prévoir, La profession qu’exercera un jour l’élève pour gagner sa vie n’a pas l’importance primordiale que l’on croit ; !e Jeune homme fera sou choix qu-an1 1 H !e faudra, Ou enlève tant de charme à l’existence en décidant dès Peu fan ce de la sphère limitée où 1 individu aura à exer¬ cer son activité, c’est comme une prison morale dans laquelle on l’enferme. Former un être intelligent, possédant les vues les plus étendues sur la connaissance et capable s’il le désire d*approfondir par la suite n’im¬ porte quelle branche de cette connaissance telle doit être l’idée directrice de i’éducateur.

Pour ia réaliser, il est indispensable que le professeur naît qu’un nombre restreint d’élèves ; douze ou quinze sont assez, car H doit pouvoir les connaître, s’occuper de cha¬ cun, se rendre compte que non seulement rélève sail sa leçon, mais s’en est parfaite¬ ment assimilié les matières. Stuart Mill, dans ses « Mémoires », raconte que son père exi¬ geait de lui non seulement qu’il sût les mots et les idées nouvelles qu’il venait d’appren¬ dre, mais encore qu’il les reproduisit dans son langage, afin de bien montrer qu’il les avait assimilés.

M. Douasse, dans son livre « Bachot et bachotage », dit qu’on pourrait écrire sur la porte des lycées « Etablissements où l’on dicte ». Les professeurs, probablement dans le but puéril de ressembler aux professeurs de faculté, dictent les cours aux enfants et. ceux-ci apprennent leurs cahiers. Ce mode d’enseignemenï, outre qu’il a pour effet de rendre les études rebutantes, fait de l’élève un perroquet et non. un être intelligent.

Il ne doit pas y avoir de cours ex-cathedra au lycée ; un bon manuel les remplacerait avantageusement, ton classe, la leçon se pas¬ serait toute en interrogatinns et en expli¬ cations. /b? moÂdutiqiiP. dp S oc vu te reste après deux mine uns ht meilleure méthode pédagogique ; elle fait travailler 1 inteHi- gence et non la mémoire.

La. culture élevée n’est pas accessible h tous les enfanls. Dans renseignement secon¬ daire actuel, le baccalaureat, si rudimentaire qu’il nous paraisse, fait une sélection. Bien des jeunes gens, quelque effort que fassent leurs parents, ne peuvent jamais y parvenir.

Bien entendu, cette sélection ne devrait pas avoir l’argent pour base. Dans notre société ploutocratique, le génie misérable est étouffé dans l’œuf et l’on bisse jusqu’au sommet de la hiérarchie scientifique la médiocrité opulente. Le résultat, c’est le déclin des sciences que M. Lechatelier déplore dans un article récent.

Il n’est pas vrai que le génie soit favorisé par les obstacles : on connaît que les génies qui ont triomphé. Maïs si l’étouffement systématique parvient à, empêcher le développement des intelligences supérieures, par contre, les plus grands honneurs ne donnent pas un esprit original à qui n’en a pas. C’est avec raison que Lénine a appela la, société présente « l’anarchie capitaliste » ; la quantité de force perdue est énorme dans ce système absurde qui donne à l’argent la place de l’intelligence.

La querelle des anciens et des modernes du xvii e siècle s’est poursuivie jusqu’à nos jours. Ce sont les modernes qui l’ont emporté ; les études latines et, grecques ont beaucoup moins d’ampleur qu’autrefois et malgré tout ce qu’on n pu dire de futilité du latin pour La formation du style, i! y a lieu d’en être satisfait.

Il faut songer que jusqu’au seuil du xixe siècle le latin était une langue internationale. La plupart, des ouvrages de science et de philosophie étaient écrits dans cette langue, il fallait donc la connaître pour pouvoir travailler. Ce n’était pas un mal, car, avec la langue maternelle et le latin, tous les ouvrages étaient, accessibles ; en outre, on pouvait à l’étranger, commun louer avec les personnes instruites, tandis qu’aujourd’hui la différence des langues met des barrières entre les savants de pays différents. Mais révolution se fait dans le sens de la généralisation de la culture. Los savants, les philosophes préfèrent, être accessibles à tout le monde plutôt qu’à un public restreint de lettrés.

On a prétendu que le latin et le grec étaient nécessaires pour comprendre le sens des mots scientifiques. Us y aident en effet, puisque cps mots sont presque tous gréco-latins. Mais on remarquera que le sens littéral de ces mois est souvent beaucoup plus étendu que leur sens réel ; cela tient à la complexité de la connaissance qui s’accroît avec le ! temps. Le mot physiologie* vient de phusis, la nature, et de logos, et cependant la physiologie n’est pris \c\ scjüqcg ki nature en général, mais d’une petite partie rie la nature ; ies fonctions des êtres organisés.

La pratique nous montre que les élèves d< renseigiiemonl moderne réussissent aussi bien à’ PUinversité que kux d.e renseigne¬ ment classique. Les sciences, l’histoire, la philosophie peuvent se passer de latin. Il est bien difficile d’admettre qu’il faille absolu¬ ment savoir les langues classiques pour écrire correctement et dans un style clair fies ouvrages scientifiques, historiques ou philosophiques. Le petit secourt que peut donner la connaissance du latin et du grec ne vaut pas les années d’efforts dépensées à son acquisition.

Les langues mortes ne doivent pas se perdre et cela arriverait infailliblement si on renonçait totalement a leur étude. L’antiquité est la source fie notre culture et il serait désastreux que nos descendants aient oublié qu’il a -existé un Socrate, un Platon, im Aristote : voire un Alexandre et un César. Les œuvres antiques sont traduites, mais si les langues «Tctns lesquelles elles ont. été écrites étaient oubliées, les traductions se perdraient peu à peu. Un tel danger n’est pas à redouter si on fait des langues anciennes une spréci alité. Il y aura des hellénisants et des latinisants, comme il y a nos hé braisants et des orientalistes.

Stuart Mill, dans son adresse inaugurale à VÜnivcrsité d’Aberdeen, a dit avec juste raison que renseignement moderne naval rien d’incompatible avec l’enseignement classique ; qu’ils se complétaient au contraire et qu’une culture sérieuse devait comporter à la fois les langues mortes, les langues vivantes et les sciences, il faut penser néanmoins que le domaine de la connaissance s’accroissant toujours, il devient de plus en plus difficile de tout enseigner.

Les langues anciennes ne sont apprises qu’aux dépens des langues modernes , au grand dommage de la culture. Comment étudier la vie d’un pays où l’on voyage, si on en ignore la Langue. On n’acquiert qu’une connaissance superficielle de touriste ; les idées et les sentiments des peuples que l’on visite échappent, complètement. Même si on reste chez, soi : \Ignorance des langues borne 3’instructiûn. On est réduit aux livres de sa nation avec, eu plus, quel¬ ques ouvrages traduits, la pensée du reste du monde nous est fermée.

Il serait beaucoup plus simple d’unifier les langues et on peut prévoir un temps où cette unification se fera. Malgré tout ce qu’on a pu dire sur les rapports de la langue au génie d’un peuple, mieux vaudrait renoncer à tous ces génies particularistes et traditionnalistes et aller plus avant. Les traditions comportent plus de préjugés que de choses utiles par la raison que la bonne adaptation au monde n’est pas derrière nous, mais dans l’avenir.

Les coutumes, les habitations, les moyens de locomotion shinifiem ; Les habitants des grandes villes du monde entier s’habillent de la même façon ou à peu près ; pourquoi ne parleraient-ils pas la même langue ? L’attachement à une langue est la marque d’un amour-propre national aussi Inférieur que pouvaient l’être autrefois l’amour-pro¬ pre de village, de tribu, de province.

[/uniformisation est regrettable à cer¬ tains égards ; elle détruit les originalités ; le pittoresque des vêtements, des maisons, des coutumes qui variaient non seulement de nation à nation, mais de province à province ; voire de village à village. Mass le progrès n’est pns en tout un bien! il ccmporte, et, regard de ses avantages, certains 0 ép>fi. Y EU l Ut g CS <‘l tOUte Ll (f!(OStiOSI est de sa- voir si îft somme des uns 1 emiMUie sur la somme des autres, 1 t peut çi.re plaisant pour un voyageur qui inn court la P.reîagno de voir ces costumas archaïques. ces coûtes féminines qui changent avec chaque région : mais, pour 1 habitant, il n’y a qu’une vie mo¬ notone et triste au sein de la malpropreté, de l’ignorance et de ralcoolisme.

Rendre îa vie plus connu ai. . plus large, plus intéressante plus h-’urcuse. si possible plus longue, tel doit être le but : lord ce qui ne tend pas vers cette Un d< <* roieter. Le progrès doit eue accepte avec plaisir, quel¬ que soit le lieu où vit sou promoteur. Le pn>>v a ngraud i fa \ ie ’t ms Itiiuristos oui tort de vouloir le rejeter d’un bloc ; ils ne font ainsi que borner l’existence en l’ampu¬ tant (les souvenirs. Mais le passé ne doit pas entraver ! avenir ; ou peut voir avec p aisir une vieille maison contemporaine d hommes disparus depuis longtemps sans la vouloir habiter et motus encore en faire bâtir uri H

pareille pour son usage.

Mais U nu faut pas espérer que Ihumanné puisse se libérer ainsi d emblée de ses préju¬ gés. Le cerveau humain n’est pas souple : i> fonctionne dans la routine et quand on lent’ do changer, l’homme est perdu.

LYdnpi.it m de i Kspi’c;i i:o> et’inné iunguc

auxiliaire iriterp&tmmi e v,, raH un bon pas ou a yu.nl dans lu ne du m ogres. . !. bspi - y an ta rendrait les services que rendait autre¬ fois le latin et il lus rendrait beaucoup mieux, cor sa connaissance, an heu d vire restreinte aux sert-s intellectuels. serait étendue à tout le inonde. .Mais ii lundi ait l’enseigner dans les écoles, en mémo temps eue la longue maternelle.


II

Les esprits <1’avant-garde ont depuis bien des armées déjà, demandé la gratuite de ren¬ seignement secondaire. Jusqu’ici, ou ne les a pas é-coutés ; la réforme a été repoussée sous des prétextes fallacieux. La raison véri¬ table de ce relus est la crainte qu’a la bour¬ geoisie de voir le peuple s’instruire ; elle sait que la culture du prolétariat serait ;a fin de ses privilèges. Elle semble néanmoins aujourd’hui vouloir faire quelques conces¬ sions à cet égard. Perdant peu à peu sa vita¬ lité, les esprits d’élite lui font de plus en plus défaut et les progrès de ia connaissance se ralentissent. La classe dirigeante com¬ prend la nécessité de faire appel à des élé¬ ments nouveaux, pris dans les milieux po¬ pulaires.

Si elle réussit, peu de choses seront chan¬ gées, car la porte de la cullure intcJIecluelle ne sera qu entr ouverte aux pauvres ; le peu d’entre eux qui bénéficieront de Sa té- forme sera absorbe par la bourgeoisie et ne contribuera en rien à l’affranchissement gé¬ néral.. Seule une [‘évolution qui bouleverse¬ rait la société, comme a fait la Révolution russe, permettrait de réaliser la justice dans l’éducation.

Tous les enfants doivent être égaux devant lu culture intellectuelle , tes inégalités ne peuvent correspondre qu’aux différences d’aptitudes.

Les intelligences sont inégales. Dans l’ave¬ nir, sous Lin fluence d’une éducation plus soignée, il est plus que probable que i’iiléga¬ lité intellectuelle sera moins grande entre !es

hommes, mais elle persistera.

La détermination du degré d’intelligence des enfants par un examen anthropo-psychologique ferait plus de mai que de bien ; la science est encore dans l’enfance, les erreurs seraient énormes, autant que néfastes.


Certains «niants, que l’on croit \rès supé¬ rieurs, ne donnent par la suite que des hom¬ mes médiocres : d’autres a développement tardif, après n’avoir été que de piètres éco¬ liers, deviennent des hommes remarquables. L’égalité doit donc être absolue an point de, départ de Vêducation „ Des examens périodi¬ ques marqueraient Je passage d’un degré dense igné ment au degré supérieur

Ces examens pourraient être renouvelés, même plusieurs fois, IJ faut tenir compte des développements tardifs et, d’ailleurs, la société éducatrice adoptant une conception large d*e son rôle, ne doit pas s’arroger le droit de fermer pour Toute sa vie une car* ri ère à un enfant, parce qu’il a échoué à un examen.

La sêtectiin se ferait ainsi au cours des études. Les enfants les plus mal doués s’ar¬ rêteraient au premier cours, d’autres au second, d’autres au troisième, etc., ainsi de suite, jusqu’au seul’ de la jeun-esse.

Les enfants moyennement ou peu doués se¬ raient dirigés à seize ans vers des écoles de travail manuel. Cependant l’université ne le,s abandonnerait pas®; pendent deux heu¬ res par jour, les jeunes gens seraient te¬ nus de suivre des cours de culture générale.

Cet enseignement serait, destiné à. élargir et à embellir une vie d’ouvrier. Il porterait uniquement sur des matières d utilité jour¬ nalière ; écrire une lettre, faire un compte, lire et commenter un journal, une revue. Il comprendrait en outre des rudiments ae droit, un aperçu simple de l’organisation politique et économique des nations ; des vues élémentaires sur la science dans ses rapports avec la vie : automobilisme, avia¬ tion, télégraphe, téléphone, géographie au point de vue des voyages, musique, audition et explications des chefs-d’œuvre de l’art musical ; J es écoles en peinture et en sculp¬ ture. jugement d’une œuvre d’art. L’appuea


tion large du cinéma permettrait de rendre cette culture concrète el au rayante.

De cetie lapon, le plus rnrd doué, les anor¬ maux rnis n. part, pourrait posséder une somme appréciable de cou naissances. Son travail d’ouvrier on d’employé terminé, il trouverait du plaisir à mm lecture, à une conférence, à un concert, à une pièce thé⬠trale. Bien habi!l<\ spacieusement logé, cor¬ rect dans son laucaire ei dans ses manières,


il ne ressemblerait en rien à i ouvrier d’aujourd’hui.

Les enfants


l’une après l’autre les barrières, arriveraient jusqu’aux universités.


Aujourd’hui, la haute culture est une af¬ faire de classe beaucoup plus que d’aptitu¬ des et même de goùt. Les nobles, autrefois,


auraient cru déroger en exerçant un com¬ merce. Aujourd’hui, bien des bourgeois croi¬ raient également déroger s’ils ne faisaient


pas do leur enfant un médecin, un avocat ou un professeur. Le résultat, c’est l’encom- bmnenl des carrières dites libérales et leur


médiocrité moyenne.

La plupart des jeunes gens qui fout de* élu des supérieures n’ont aucun goût pour elles. Ils travaillent contraints et forcés par¬ ce qu’ils ont besoin de gagner leur vie et que les diplômes seuls donnent accès aux car¬ rières. La culture intellectuelle, ravalée au niveau d’un métier, ne leur apporte qu’ennui et, loin d’y gagner, leur intelligence y per¬ drait plutôt.

Lorsque la suppression des classes socia¬ les sera un fait accompli, il en ira tout au¬ trement. Il n’y aura aucun deshonneur à être ouvrier, l’ouvrier n’étant plus un es¬ clave. Les ouvriers et les paysans former Onu d’ailleurs, la presque totalité de la popula¬ tion.


l/üï seigneurie ni tics universités n est pas un véritable enseignement supérieur. Les cours des facultés de sciences ne forment guère que des licenciés et des agrégés pro


(ires seulement a. tmsuiguer les éléments des scionces aux enfants n<es lycees. nés vérita¬ bles savants, qui font avancer tes sciences, se forment seuls ou par le hasard aes rela¬ tions ; ri.cn n’est spécialement organisé pour les préparer.

Cela pourra paraître paradoxal, mars c’e$ T ainsi . l’Etat ne Donnait nas le savarti, H ne connaît que le professeur. Le ministère ue Vlnstruciion publique ne paie pas un mat ne maticien, un physicien ou un chimisie, pian faire des travaux, il îes paie pour en soigne r les éléments des sciences aux étudiants. Dans les sciences qui nécessitent un mate¬ riel, le savant paie ses recherches avec dos prix; il sollicite Vuppui »fim maître pour un local, pour des appui cils, lu plup tri du temps il y a de liés grandi s difîlculiés. Moisson n Xa.ii, dans une’salle de cours qu’on lui prê¬ tait par obligeance, lu plupart des travaux qui Vont illustré. Nombre de vocal ions scien¬ tifiques avortent, faute d’argeiti. Le pâme homme pauvre ne songe mO.ne pas à. enlre¬ prend ro de? recherche? pour lesquelles il fau¬ drait consacrer des années à dépenser beau¬ coup (.Purgeât sans en amène r : vite, ü court au diplôme qui donne une place. Quant à !a jeune fille, il n’eu faut même pas parier ; ou ire lui laisse conquérir dans ia science une modeste place que si elle y entre au tuas d’un homme.

L’enseignement supérieur devraïi être scin¬ dé en deux parties. Le cycle inférieur cor¬ respondrait A ce que soin actuellement m s universités; on y formerait les fonctionnai¬ res, les? ingénieurs, les médecins, -es profes¬ seurs, etc. Dans le cycle supérieur, on forme¬ rait les savants véritables charges de fane avancer la science.

Seule? de rares capacités seraient admises au bénéfice de celte culture transcendante et il y aurait à feu troc de î otahlissemont qui la donnerait un examen très difficile-

La valeur îles examens en tant que mesu¬ res des aptitudes a été critiquée avec juste raison. Les examens actuels, même les plus



é/cré.s, éralaenl lu mémoire, le i ravaii et fort peu Tinte] ligenes. Des esprits très jnéditxrrés triomsphent, alors que des intelligences supé¬ rieures écshoiient. il est, des étudiants qui aj> prennent par ©oa-ur leurs «jours sans les com- prendre, ils sont reçus aux examens.

Malheureusement, l’examen n’est pas rem- plaçai}!e ; si on le supprime, if n’y aura à place que le népotisme 1 , i’arbiti dre ci la fa- vour, Il faut prendre des précautions contre les passions humaines. Toutes eh oses ivott consbtérêes, c’est donc encore 1 examen qui donnera le plus de garanties, car U ptauve tout au moins le travail.

Il faut d’ailleurs remarquer que, vrabem- -blableoneat, celte éoole de haute culture ne trouvera que peu d’amateurs. X’ayant à exa¬ miner qu’un petit nombre de candidats, îes professeurs pourront prendre tout ic temps nécessaire pour évaluer leur valeur réelle. En outre, ou devra admettre dans cette éco¬ le, sans leur faire subir d’examen, des per¬ sonnes ayant déjà fait des travaux.

i /enseignement donné à « P Eco le de haute culture » ne comporterait pas de cours. Les cours sont déjà trop nombreux à 3’Université, où ils constituent un anachronisme. La leçon ex cathedra est la survivance du temps où les livres étaient rares, parce que l’imprime¬ rie n’était pas in ventée. I/école de haute cul¬ ture ressembler ait aux « séminaires » alle¬ mands ; elle n’aurait que des salles de tra¬ vail, des bibliothèques et des laboratoires. Chaque matière aurait un directeur des étu¬ des pris parmi les savants réputés \ 4! indi- qyerait les sujeis de travaux et en donnerait les grandes lignes. Sous ses ordres, des ad¬ joints auraient pour tâche de servir de gui¬ des journaliers aux élèves dans leurs recher¬ ches de bibliothèque et de laboratoire.

Les élèves de T Ecole de haute cul; tire se¬ raient destinés à faire avancer la science. Certains pourraient devenir professeurs d’université, mais ils auraient surtout droit à des places de « savant » comportant des traitements élevés sans obligation déterminée.

Il est tout à fait mauvais de contraindre comme on le l’ait actuellement des savants illustres a faire des cours relativement élémentaires. La société n’a pas encore compris l’utilité du savant en ta ni que savant. Elle ne connaît, comme nous le disons plus haut, que ie professeur qu’elle paie uniquement pour enseigner, sans se soucier de travaux personnels qui sont une superfétation et peuvent ne pas exister. Four gagner sou argent, le savant doit donc faire des cours ; que t-ela lui plaise ou non, qu il ail ou n’ait pas d’aptitude, qu’il* sache ou non parler en public. Aussi, beaucoup de cours, même de savants réputés, sont-ils, au point de vue pédagogique, au-dessous du médiocre. Tel marri loue entre ses dents de manière inintelligible, tel autre, qui ne veut pas se donner la peine de préparer un en seigneur eut complet,, se borne à exposer ses propres travaux, souvent, des tra¬ vaux Jjnielles que Les étudiants sont incapa¬ bles de comprendre. Tel autre, savant hors de pair mini s orateur déplorable, est in capa¬ ble de coordonner ses matériaux, i! brouille tout. ; les étudiants comprennent s’ils le peu¬ vent,

Même à l’Université, les cours sont inutiles. Avec des laboratoires, des salles de travail, des bibliothèques, des directeurs d’études et des interrogateurs ou formerait de bien meil¬ leurs élèves. Les cours seraient remplacés par de bons manuels avec des éditions fréquent tes, afin d’être au courant des progrès de la science. À des intervalles rapprochés, toutes les semaines, par exemple, les élèves seraient interrogés sur une question fixée à l’avance. L’étudiant serait ainsi tenu en haleine dans sou travail et la suppression des cours déchargerait le professeur d’une besogne fastidieuse, il pourrait consacrer à ses travaux personnels l’énergie inutilement dépensée.

On ne manquera pas d*objecter le peu de garantie qu’offriraient ces « savants » payés grassement par la société, sans être tenus à rien de spécial. Les découvertes ne se commandent pas et il arriverait, en effet, que souvent l’argent serait perdu. Des hommes ayant donné durant leur seo’arité les meil¬ leurs espoirs ne feraient pas avancer la science d’un pas. Une société bien organisé* doit se résigner à ces pertes inévitables, su mentalité ne saurait être celle d’une petite bourgeoise comptant avec sa cuisinière. De même qu’il faut semer bien des graines pour avoir un épi ; on doit se résigner à pension ner quelques inutiles pour avoir de temps à autre un homme hautement supérieur que lu société mettrait eu possession de tous les moyens de donner le meilleur rendement à


on go rue.


Mais, si bonne soit-elle, une réglementation ne doit Jamais être trop absolue, par la rai¬ son qu’elle ne peut prévoir tous les cas. U est tics esprits indépendants qui se refusent à passer par une école, si large qu’on puisse être l’esprit. Il faut en outre compter avec l’humanité réelle, c’est-à-dire prévoir d’avan¬ ce que des savants illustres pourront être en même temps des esprits étroits, qu’es seront autoritaires, jaloux, qu’ils dédaigneront la meilleure idée lorsqu’elle ne sera pas d’eux ; qu’ils sc serviront de leur puissance pour contraindre leurs élèves à travailler d’après leurs méthodes, etc,, etc,.. Des places de « sa¬ vait! » devront donc être accordées à des ail¬ leurs de travaux remarquables qui se seront formés eux-mêmes. Jean-Jacques Rousseau n’est ni lé ni au collège,, ni à r université et cependant des professeurs d’université pas¬ sent leur vie à commenter son oeuvre.

Evidemment, il faudra quand même insti¬ tuer un jury pour décider si les travaux mé¬ ritent ou non la place de savant. On pourra réduire la part inévitable d’injustice en fai¬ sant ce jury très nombreux

Ce que nous {lisons des sciences est appli¬ cable à la philosophie, aux lettres et aux arts. Le mëcémsmc est la marque des- civili¬ sations inférieures* il avili! à un rôle de fla¬ gorneur pi de mendiant des écrivains illustres dont les œuvres illumineront pendant des siècles l’humanité tout entière.

Auguste Comte, dont l’œuvre philosophique fait i’ad mi ration du monda civilisé, devait donner des leçons de mathématiques pour vi¬ vre. Il se îàcha avec Stuart Mil! pour une question d argent, parce que, ne parvenant, pas à subsister, il an était réduit à demander île r argent à ses amis. Herbert Spencer dût recourir à l’aide pécuniaire du Stuart Mill pour publier ses ouvrages. De tels exemples montrent e oui bien est insuffisante l’organisa- tien sociale, qui laisse au hasard et à ht chance la ’production des monuments les plus hauts de Ja pensée humaine.

La vie matérielle du romancier est a la discrétion du public. Aussi, voyons-nous dus auteurs de feuilletons informes et ineptes arriver à la fortune, alors que des écrivains remarquables ont une vie misérable. Les œu¬ vres de Verlaine se vendent aujourd’hui à des pris élevés. Leur auteur vivait dans une misé re p i ’o fou de. Il habitait un i 0 g e me 111 sordide dans te quartier MuuffâPUd, si était vêtu de tpi il Ions et su faisait pilier d’hôpital

pour pouvoir manger.

Abdiquant toute personualhé, le iumancior et h; dramaturge écrivent pour le public et la littérature se fait pour ainsi dire à la com¬ mande, comme les chaussures et les vête¬ ments. .

Aux places de « savant » devront donc correspondre des pensions d’ « écrivain », assurant une vie aisée a L’auteur d’un roman, d’une pièce de théâtre, d’un volume du vers jugés remarquables. La littérature est moins prenante que la science, on peut tout, en écrivant un livre remplir une fonction sociale quelconque. Ainsi font un certain nombre d’écrivains, qui demandent lu pain quotidien h une place (le bureau. Lutte situation est préjudiciable à l’œuvre qui d’objet principal de la vie, passe à l’état secondaire.


III

Dans l’enseignement des universités, une place beaucoup plus grande doit être donnée a la pratique. On peut actuellement devenir médecin sans savoir ausculter un malade, sans avoir jamais ouvert un abcès, fait une injection intra-veineuse, pratiqué une appli¬ cation de forceps, etc.

Lorsque, après six ans d’études, on s’ins¬ talle pour exercer, ou s’aperçoit qu’on ne Sciit a. peu près rien de ce qu’il faudrait sa¬ voir. Heureusement, les clients ne peuvent pas juger, on dissimule son ignorance et c’est sur eux qu’au fait peu à peu son ap¬ prentissage.

Sans verser dans le corporatisme de ceux qui voudraient que l’on supprimât de la mé- < ©ci ne les sciences accessoires et jusqu’à l’anatomie comme inutiles à la pratique, on pourrait créer dans les services hospitaliers des écoles d’examen des malades ou. sous la direction de jeunes maîtres ayant deux an¬ nées d’internat, les élèves puisent les con- nuissuüoes indispensables à un médecin pra¬ ticien.

Même mépris déjà pratique dans les facul¬ tés de sciences. Ou fait de la science une chose morte, livresque et psittacique. On passe quatre heures par semaine à manipu¬ ler et encore pas toujours. Chaque manipu¬ lation n’est faite qu’une fois. Tant pis si on a mal compris, si on a cassé son appareil, dé¬ truit sa matière, à la séance suivante il faut passer à autre chose, La préparation des exa¬ men se fait par bourrage intensif, le résultat c’est qu’au bout de quelques mois on a ou¬ blié presque tout ce qu’on avait appris.

Combien la chimie serait plus intéressante,, si on L’apprenait tout entière au laboratoire, Après avoir bien étudié dans un manuel le chlore et ses composés, par exemple, on passerait au laboratoire pour les préparer, vérifiant par la pratique ce qu’on vient de lire.

De cette façon, l’élève saurait la chimie et ne roublierait plus.

Les laboratoires d’élèves sont Lés mal construits. Chacun n’a à sa disposition qu’une place exiguë et un matériel dérisoire. 11 fau- tirait faire beaucoup plus grand.

On a dit. bien du mal des grands concours, l oi [ a arénation de médecine. 11 sont, en effet, très archaïques. Des hommes déjà grison¬ nants passent leur temps, pour les préparer, à apprendre des questions et à faire des le¬ çons d’écoliers. De plus, on peut dire que, toujours, jo concours est un trompe l’œil, la faveur s’y avoue hautement, ce qui lait qu’en réalité il y a choix et non concours.

Tel membre du jury obtient de ses collè¬ gues de taire réussir ses élèves et il s’engage a recevoir les leurs. Malheur a qui n’est pas- fortement pistonné par un patron décidé à le faire « arriver ». Léon Daudet a flé 1rs, autre¬ fois. dans les « Horticoles ». ces pratiques qui donnent lieu fréquemment à des scan¬ dales.

malgré leurs défauts, les concours ne sont guère’rem-pi a gables, car ils permettent, encore un minimum de justice. Un candidat tout à fait supérieur peut espérer réussir. Les con¬ cours disparus feraient place à l’arbitraire tout pur. Les professeurs donneraient le titre d’agrégé à leurs parents, à leurs amis, même sans valeur. Si c’est le gouvernement qui juge, le succès sera l’œuvre de P intrigue po¬ litique, du népotisme, des in fluences, de F ar¬ gent.

Toute cette corruption, à vrai dire, devra disparaître avec l’Etat capitaliste. Si. la lutte esi à tel noint âpre autour de l’agrégation de médecine et du concours de « médecin des hôpitaux », c’est parce qu’il-ouvre i’accès de la clientèle- riche, qui paie royalement les visites, donne une fortune pour une opéra¬ tion chirurgicale, Le professeur de faculté rie sciences ou de lettres, avec sa vingtaine de mille francs d’après-guerre, n’est qu’un petit monsieur, Ses grands bourgeois le trai¬ tent do haut. Mais le grand chirurgien qui! gagne un demi-million par an est vu d’un œil tout autre.

La société transformée ne connaîtra rien de semblable. Médecins et professeurs seront rétribués par l’Etat, au lieu de former la classe moyenne, ils seront les premiers dans la nation.’ Mais tout en jouissant d’un grand confort matériel, ils n’auront pas ce luxe in¬ sultant qui seul confère le respect dans la société présente. Ce luxe , d’ailleurs, personne en l’aura, pas même les chefs du gouverne¬ ment.

Les concours doivent être maintenus com¬ me un moindre mal ; mais il faut toujours laisser à côté dieux la possibilité pour cer¬ tains savants d’obtenir les emplois auxquels les concours donnent droit, sur la simple présentation de leurs travaux. Il est des hom¬ mes éminents, capables d/oeuvres remarqua¬ bles, qui- répugnent à apprendre des ques¬ tions pour préparer un concours. C’est ainsi que Claude. Bernard fut, dit-on, refusé à Vagrégation do médecine.

Une organisation est tout à fait défectueuse lorsqu’elle ferme à un homme de génie une porte grandement ouverte aux médiocres. Un enseignement, si élevé soit-il, ne peut être organisé pour les hommes de génie, qui sont la très rare exception, mais lorsque le génie se présenté, l’organisation doit, lui permettre de triompher.


IV


Les intellectuels sont les nouveaux pauvres de la guerre. Leur traitement ne s’est pas élevé en proportion du coût de la vie, ce qui fait qu’aujourd’hui beaucoup d’entre eux ne gagnent guère pins (pie les ouvriers. Des jeunes gens sortis de P Broie Polytechnique gagnent six cents francs par mois, alors qu’un receveur de tramway qui sait tout juste lire et écrire débute aujourd’hui a cinq cent quarante francs.

Devant ente situa!ion, bien des famiiîes hésitent h faire mtrepreiuline à leurs enfants de longues et roùieuses éludes et, le nombre des élèves diminue bans Us universités.

Cet état de choses anormal tient à ries cau¬ ses multiples, mais l’une rie ces causes est certainement la jidolüé des intellecîyels à la bourgeoisie.

Les salaires reluiivement plus élevés d une partie de la classe ouvrière sonl ies fruits de la lutte qu’elle entreprend depuis un quart de siècle contre le patronat, dans les syndi¬ cats.

/ans intcilecfa-ls ,sr s oui toujours idngés du côté des classes dlriu fautes. Leur culture gé¬ nérale, leurs mœurs plus affiliées. les élor¬ gnent des ouvriers et chacun nourrit l’espoir de faire le livre hors de pair. de prendre ’e brevet qui. en lui dormant la fortune, le por¬ tera. aux premiers rangs de bi société. Espoir illusoire presque toujours : la grande masse des intellectuels devient, pour le Lmpit alisme, une gent exploita bai et d’autatj, plus facile¬ ment qu’elle se laisse mieux gouverner.

Tl faudrait que J es intellectuels compris¬ sent enll-n qu’eux aus-t ont intérêt à un chan¬ gement social,

Certes, la classe ouvrière ne leur est pas très accueillante. Trahie par ses politiciens qui se sont servis d’elle comme d’un marche¬ pied, elle a pour les gens cultivés une de fiance qui n’est pas sans justice. En outre, certains ouvriers, m-nablés par leur travail, dépourvus de culture, livrés à. murs instincts, n 1 envisagent pas sans jalousie je monsieur bien habillé qui parle bien et s occupe d.un travail relativement peu fatiguant.

C’est aux intellectuels d’aller vers les ou¬ vriers et par de patients efforts de les détour¬ ner de leurs préventions. A eux de leur mon¬ trer que si les hommes cultives sont en géné¬ ral des bourgeois, la cul turc elle-même n a pas de classeï Elle est mi bien, une transmu¬ tation heureuse de ! individu qu iis ont eu la chance de subir, niais dont ils sont prêts a faire profiter, dans la mesure du possible, leurs camarades déshérités.

La révolution, ou révolution accélérée, ne peut se faire et plus encore une société communiste, ne peut s’établir sans les intellectuels. Là où ils ne seront pas, ce sera la barbarie, la vie primitive avec sa misère, sa crasse, son insécurité. L’humanité perdant peu à peu les connaissances transmises par un effort millénaire, reviendra à la cosmogonie, aux supertitions des temps primitifs, car le progrès n’est pas une loi surhumaine, il n’a pas d’existence en dehors des esprits humains.

Dans la société transformée, les intellectuels ne formeront pas une caste, parce que la culture ne sera pas le privilège, de quelques-uns. Mais ils formeront une élite, l’élite des plus intelligents, des plus énergiques, des meilleurs, qui gouvernera pour le bien général.

En société capitaliste, la culture intellectuelle est la servante de l’argent ; dans l’autre société, elle sera la reine du monde.

Doctoresse PELLETIER.


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