L’Enfant du plaisir, ou les délices de la jouissance/03

Varier le choix de ses plaisirs, c’est pour en connaître la source

Varier le choix de ses plaisirs, c’est pour en connaître
la source.


Tout était calme dans mon logis, ma tante s’ennuyant d’être seule, était allée chez madame de Naucré ; il y avait déjà long-temps qu’elles ne s’étaient vues, et Abeline n’abandonnait pas ainsi ses anciennes connaissances. Julien envoya quelques heures après un mot d’écrit pour me prévenir de ne pas l’attendre, qu’il allait à sa campagne pour deux jours avec monsieur Osmond et Limade ; par conséquent je me trouvais seul, n’ayant ni valet ni compagnie ; les réflexions qui survenaient à mon esprit étaient toutes plus tristes les unes que les autres ; la lecture et l’écriture ne me desennuyaient pas, d’abord je pensais à Julienne, où plutôt à l’affront sanglant que je lui avais fait. Lucille me faisait encore plus de peine, car je lui avais ravi une fleur précieuse à son innocence, au lieu que l’autre n’avait rien perdu en jouissant avec moi, si ce n’est cependant par le côté qu’avait adopté Albino ; quant à la folie que je fis avec le socratique Julien, il n’est que l’effet de l’expérience, ce n’est qu’en apprenant que l’on s’instruit ; il faut tâcher d’apprendre tout pour pouvoir n’ignorer de rien ; mais mon souvenir revenait toujours à Lucile, je me disposais, ne sachant mieux faire à aller à quelque amusement particulier, lorsque j’entendis le portier siffler pour moi, je me doutai d’une visite et je me préparais à la recevoir en effet c’était Rose la messagère porteuse du billet de Lindor.

« Hélas ! Monsieur me dit-elle d’un air alarmé, vous êtes l’auteur qu’il faut que je sorte de chez ma bourgeoise, il faut que je lui remette un reçu du billet qu’elle m’avait confié pour monsieur Lindor, vous avez fait quelqu’imprudence ; je m’en doute à la mauvaise humeur que l’on me témoigne depuis ce temps ; ce qu’il y a de certain c’est que mademoiselle de Naucré est malade depuis quelques jours, d’une frayeur qu’elle a eue en sortant de l’Opéra… Ma maîtresse est venue deux fois chez vous, c’est probablement pour éclaircir cette affaire ; elle n’a pu vous trouver, et c’est à moi que l’on s’en prend aujourd’hui ; j’espère que vous voudrez bien ne pas m’abandonner dans un moment aussi critique, soit pour me donner une place, ou pour m’aider de vos moyens et de votre protection ».

La situation où cette infortunée se trouvait par ma faute me toucha sensiblement ; il ne faut pas, me dis-je, affliger un sexe qui nous procure tant de plaisirs, s’il est volage, c’est nous qui l’excitons à l’inconstance ; s’il est perfide, c’est nous qui lui en inspirons les premiers procédés ; s’il est faible, c’est encore nous qui profitons de sa faiblesse plutôt que de lui remontrer son erreur.

« Eh bien ! lui dis-je, ma petite bonne amie, il y a peu de mal à tout cela ; voilà d’abord deux louis pour subvenir à ta dépense : demain je dois dejeûner chez une dame qui ne me refusera pas de te prendre à son service d’après ma recommandation ; si dans tous les cas cela ne peut réussir, viens toujours me voir, nous aviserons ensemble à quelqu’autre moyen, telle chose qui t’arrive, pourvu que tu sois sage, je ne t’abandonnerai pas.

La charmante Rose fut reconnaissante jusqu’aux larmes, de l’intérêt que je prenais à elle et de la générosité que je lui témoignais. Je la fis dîner avec moi : après le repas nous renouvelâmes connaissance. Elle consentit à tout de la meilleure grâce possible, elle m’avoua qu’elle n’avait pu s’opposer au penchant qu’elle avait conçu pour moi à la première vue, qu’il n’avait fait qu’augmenter pendant l’intervalle qu’elle ne m’avait point vu ; que se trouvant dans cette disgrâce, la confiance et l’amour qu’elle éprouvait, l’avaient amenée, bien certaine de trouver un ami sincère et obligeant. Je la remerciai sincèrement de sa franchise et je voulus rendre un nouvel hommage à ses appas. Je me mis en devoir de lui donner de nouvelles marques de ma reconnaissance ; d’abord ce ne fut qu’avec peine, car depuis quelque temps mon coursier faisait des voyages si fréquens qu’il avait de la peine à se mettre en vigueur ; elle s’en étonna sans cependant m’en faire de reproches. Je la déshabillai complettement ; la curiosité me porte à fouiller ses poches, j’y trouvai un ample ruban bleu foncé dont elle voulait me faire cadeau et n’avait osé me l’offrir vu la médiocrité du présent, mon chiffre et le sien étaient brodés à chaque extrémité avec une habileté et une délicatesse supérieures, et elle était nue dans mon sopha sur lequel y avait étendu exprès une superbe courte pointe de satin puce, afin que la blancheur de sa peau tranchât plus voluptueusement, je la provoquai au plaisir par toutes les caresses qui peuvent en communiquer les atteintes. Rose était faite à peindre, il n’est point d’attouchement qu’elle ne me fit pour faire renaître ma vigueur. J’étais dans le même état qu’elle, c’est-à-dire, dans celui de la nature, elle pétillait de désirs, et j’étais mourant de faiblesse. Je pris le ruban chéri et l’entrelaçai autour d’elle de manière que ses genoux étaient liés à ses épaules ; avec un autre ruban je lui serrai le ventre autant qu’il me fut possible pour ne point lui causer de douleur ; la pauvre petite qui riait aux éclats en plaisantant sur mon peu de capacité se laissait faire avec une complaisance admirable. Dans cet état son bijou ressortait d’une manière extraordinaire, et cette position neuve fut celle qui me fit renaître et jouir de ses charmes avec un feu indicible…

L’Enfant du plaisir, ou les délices de la jouissance, figure

Dès qu’elle sentit l’approche de l’éjaculation pendant laquelle toujours la plus ferme raison s’égare, elle me disait d’une voix tendre, entrecoupée de charmans soupirs… d’Angeville… mon bon ami… dieux que tu me donne de plaisirs… je suis toute à toi… je t’adore… ah !… ah !… quelles délices… je m’abandonne à ta prudence… et à ton amour… dieux… je me meurs… ces mots étaient accompagnés de quelques petits mouvemens qui mirent le dernier comble à la volupté. Elle me fixait tendrement ; ses regards, interprètes fidèles de l’état de son âme, étaient mêlés d’amour et de plaisirs ; une petite écume semblable à de la neige, bordait ses lèvres charmantes ; sa gorge se haussait et se baissait avec précipitation. Enfin nous terminâmes ce moment délicieux par un éclair de volupté qui saisit, qui anéantit tous nos sens, qui porte des secousses et des tressaillemens jusque dans les extrémités de notre corps ; qui dans une image de la divinité, ou de ce qu’on conçoit de parfait au plaisir, finit et disparaît en un moment, et dont le passage est aussi prompt que la pensée, ne nous laisse qu’une preuve triste, cruelle et convaincante de notre imperfection et de la malheureuse faiblesse de notre être.

Pour donner à nos sens et à nos désirs un agréable repos, je proposai à ma Rose de la mener à Tivoli. Elle accepta mon offre avec autant de joie que d’amour ; nous étions enclins à coucher ensemble, mais la prudence que nous nous devions réciproquement, la délicatesse que je devais avoir pour ma tante, furent les motifs qui s’opposèrent à nos projets.

Je quittai donc Rose à sa porte, et je revins à l’instant chez moi, pour réparer mes torts justement mérités que j’avais envers Abeline. Je fus lui souhaiter le bonsoir, et je m’excusais par quelques mensonges croyables sur mon absence pendant, la journée. Elle me reçut en me témoignant la satisfaction que lui inspirait ma visite ; elle m’apprit la maladie de mademoiselle Julienne, qui lui avait demandé secrètement à me voir. Sur cette invitation, je promis de m’y rendre. Albino, que je n’avais pas vu depuis quelques jours, arriva le soir même au retour de sa campagne. En faveur de l’amitié qui régnait entre nous deux, ma tante l’invita à rester pour souper ; il accepta, et nous passâmes tous les trois la soirée la plus agréable.

Nous reconduisîmes, Abeline et moi, mon cher Albino jusqu’à l’escalier. En remontant, je pris la main de ma tante, la baisai avec transport, et je lui dis : quand donc aurai-je le bonheur de recevoir l’effet de certaine promesse ?… Elle se retira en souriant, mais ne voulut point me répondre, et cette dissimulation me faisait perdre tout espoir dès ce moment.

De retour à mon logis, le repos m’était nécessaire ; les fredaines amoureuses que j’avais faites fréquemment, l’inquiétude de Julienne et de son indisposition, qui n’était probablement que l’effet d’une vengeance trop outrée de ma part, me causait des soucis ; car, me disais-je moi-même, pour une faiblesse qu’une femme peut avoir, s’ensuit-il delà qu’il faille la traiter si cruellement ? Imprudent que je suis ! pourquoi n’ai-je point pour les autres l’indulgence dont j’ai besoin moi-même ? D’un autre côté, Lucile se présentait à mes réflexions… quelle horreur, quelle infamie ! oser violer cette innocente, parce que je savais qu’elle n’avait point la force de résister à ma passion !… qu’en va-t-il résulter ? Maudit amour ! comment se peut-il que tu m’aies rendu barbare ?…

Je m’endormis, mais je n’éprouvais qu’un souvenir orageux, mille spectres, mille furies se présentaient à moi pour me dévorer ; ce ne fut qu’à l’aube du jour que je goûtai avec le calme et la sérénité les douceurs des pavots de Morphée. Peu d’heures après, je fus réveillé par le bruit de ma sonnette. Je me levai cependant pour répondre à l’importun qui venait si mal à propos m’interrompre… Mon valet n’étant pas encore descendu près de moi, il savait que me couchant ordinairement très tard, mon habitude était de me lever de même… J’ouvris enfin ; mais quelle fut ma surprise de ne trouver personne. Je ne savais à qui attribuer cette malice ; il faut, me dis-je, que ce soit quelqu’un de la maison qui s’amuse au malin plaisir de venir troubler mon repos : je refermai ma porte avec humeur, et je me disposais à me remettre au lit lorsque je m’aperçus que je marchais sur un petit papier ; je le pris, je le lus : il contenait ces mots… « Vous » voudrez bien rapporter ce billet à celle dont vous exigez la promesse ; ne différez pas plus d’une heure. »

C’est l’écriture d’Abeline ! oui, me dis-je, je n’en puis douter… Dans une heure, pourquoi pas sur-le-champ… je me couvris de ma robe de chambre, d’un léger pantalon de mousseline, et je me rends au rendez-vous. J’entre à bas bruit, je referme après moi toutes les portes qu’on m’avait laissées entr’ouvertes ; bientôt je suis au lit de mon Abeline. Je ne l’y trouve pas…, quoi ! serait-ce un tour qu’elle me jouerait !… Non, cela est impossible.

Je pénètre jusqu’à son cabinet de toilette, je la trouve à cheval sur un certain instrument dont se servent les dames ; elle purifiait ses appas avant l’instant de ma visite… Que de charmes !… quelles formes !… quelle tournure !… quelle carnation !… Elle était absolument nue… Ah ! mon dieu, me dit-elle, avec ce ton si doux, qui la rendait si aimable, vous méritez bien qu’on vous renvoie, pour être descendu avant le moment que l’on vous a indiqué.

Ce serait en vain, lui dis-je, ma belle, que vous me renverriez, car je ne m’en irais pas. Dans l’état où vous êtes, il n’est pas possible de vous quitter, il faudrait donc être de marbre ?… Je la pris dans mes bras avant de lui laisser le temps de se revêtir ; j’ouvris d’une main leste le rideau de la fenêtre qui donnait sur le jardin, pour examiner à loisir tous les trésors de sa personne. Si Rose n’avait que la figure et la jeunesse, elle n’était que jolie ; mais Abeline était une beauté, tout était complet en elle ; ce qui me frappa davantage, ce fut la chute de ses reins… Ses fesses étaient admirables ; elles étaient rondes, blanches, fermes et potelées, à peine pouvait-on les entrouvrir ; ses cuisses ne leur cédaient en rien par leur forme et par leur douceur ; sa fourrure était d’un blond parfait, et si abondamment fourni, qu’on ne pouvait apercevoir la fente de son bijou. Elle était posée, douce sans nonchalance, prude sans affectation ; elle inspirait à-la-fois le respect par sa modestie et l’amour par son entretien. Oh ! Abeline ! si j’avais eu le bonheur de te connaître plutôt, l’attachement que j’aurais eu pour toi m’aurait évité bien des folies !…

Elle s’échappa de mes bras pour reprendre sa chemise, mais je l’en empêchai toujours pour jouir du plaisir de la voir courir par la chambre dans l’état où elle était. Elle prit enfin le parti, pour se soustraire à mes yeux, de se cacher dans son lit. Je l’y suivis, et bientôt nous y fûmes ensemble ; c’était le comble du bonheur, tant il est vrai qu’il n’est rien tel qu’une femme honnête pour procurer la jouissance la plus douce… Sa coquille était d’une justesse étonnante ; il me fallut par de tendres chatouillemens provoquer certaine humidité salutaire pour pouvoir m’y glisser sans lui causer de douleur. Quand j’en fus à ce but, Abeline perdit absolument tout principe de retenue… enfonce… enfonce… mon ami… va… va… mon ange… Ah !… ah !… maman… me disait-elle, ah !… que tu le fais bien… achève… achève… Ah !… dieux… maman… tiens… tiens… donne m’en… donne… autant… mon bon ami… je… je… m’é… vanouis… de… pl… aisir… Disant ces mots, l’amoureuse Abeline me faisait de légers bondissement sur ses fesses charnues, qu’elles serrait à chaque mouvement. Il me serait impossible d’en dire davantage, car l’excès du plaisirs m’ôte la raison d’en conserver la mémoire.

Nous ne restâmes qu’une heure ensemble, il fallut absolument me retirer chez moi, bien satisfait du bonheur que m’avait fait goûter mon adorable tante ; mais extrêmement fâché qu’il eut été si court. Abeline me prévint que sur les neuf heures du matin même, elle partirait pour la campagne, afin d’éviter la visite de monsieur Osmond, qui ne manquerait pas sûrement de venir lui faire ses adieux avec quelque intention amoureuse.

De nouveau remonté dans mon logis, je me mis à mon premier poste, je veux dire au lit, où je dormis copieusement. Lapierre, mon valet, vint m’éveiller sur les onze heures, malgré que je ne l’en eusse point chargé : « Monsieur, me dit-il, comme il faut que je sorte pour quelques commissions dont m’a chargé madame votre tante, je suis obligé de vous prévenir qu’il y a plus d’une heure qu’une voiture vous attend à la porte, le laquais est dans votre anti-chambre pour vous parler à votre lever. » Sur-le-champ je fis ma toilette et je fis entrer le domestique, et j’appris que c’était de la part de madame Constance ; je lui avais donné parole la veille pour neuf heures du matin, il en était déjà onze et je n’y étais point encore rendu. On avait l’ordre de m’amener, madame ayant quelque chose de pressant à me dire, avait besoin de me voir : d’ailleurs, j’avais promis de m’y rendre, et l’on me faisait dire qu’un galant homme doit être jaloux de sa parole surtout envers les dames.

Ne trouvant point de prétexte pour m’y soustraire, il me fallut céder à sa volonté. Hélas ! me dis-je, si elle attend aujourd’hui quelques prouesses de ma valeur, à coup sûr elle sera bien trompée ; je montai donc dans sa voiture et j’arrivai promptement chez elle, je suis aussitôt introduit, madame se levait et n’avait d’autre compagnie que sa femme de chambre. « En vérité, monsieur, me dit-elle, avec un ton piqué, vous vous faites bien attendre ! Il n’y a pas de ministre plénipotentiaire qui en agisse autrement ; c’est affreux, détestable, ma foi ; donner parole à neuf heures pour n’arriver qu’à midi, c’est insoutenable, on n’y lient pas en vérité ! — Il n’est pas encore midi, lui répliquai-je sans me déconcerter et en regardant ma montre. — Pas possible, votre montre va comme vous, elle retarde ; taisez-vous, rien n’est impatientant comme ça. » Enfin, je m’excusai sur le départ de ma tante, sur le temps, sur les visites et plus encore la mauvaise nuit que j’avais passée ; tous ces faux fuyans furent reçus pour ce qu’ils valaient et la paix entre nous ne tarda pas à être faite.

On servit le déjeûner dans un appartement, où je n’avais point encore entré ; les meubles et les décorations ne laissaient rien à désirer par leur magnificence ; il n’y manquait que les lustres ; ils n’étaient point encore apportés, les cordons de soie pour les suspendre étaient déjà tous disposés, nous nous mîmes tous deux à table ; Henriette seule resta pour nous servir ; de temps à autre Constance me fixait, avec des regards pétillans d’amour ; elle était de feu, et moi j’étais de glace, souvent elle voulait un baiser, je le lui donnais ; ses lèvres étaient brûlantes de désirs, puis elle me dit : Tu ne devinerais jamais, mon bon ami, quel propos cette imbécille d’Henriette me tenait hier matin ? — Non, ma bonne amie : que disait-elle donc ? — Elle me dit que j’avais une cuisse plus blanche que l’autre. — Bon. — Ma foi d’honneur ! — Autant que je m’en souvienne, j’affirme le contraire ; d’ailleurs, on peut encore s’en convaincre… (C’est ce que Constance demandait.) Vois, dit-elle, en relevant sa jupe de linon. — ma foi, repris-je, elles sont bien pareilles ; ce sont deux sœurs qui sont également belles, pour qu’elles ne soient point jalouses, je leur dois à chacune un baiser… Le voilà mesdemoiselles et point de querelles s’il vous plaît, ou je me mets entre vous deux. Constance reprit, il a des réparties qui sont charmantes, en vérité ; mais voyons donc, Henriette, quelle est celle des deux que vous croyez moins jolie ? Si, madame, veut me le permettre, reprit la femme de chambre, je vais vous expliquer le fait. — Soit, lui répondit Constance. — Il faisait petit jour dans l’appartement, madame voulant se lever, m’ordonna de faire grand jour, j’ouvris les stores de cette fenêtre seulement ; j’ouvris aussi un côté des rideaux ; l’autre formait un ombre ; madame sortit de son lit la cuisse gauche la première ; je me baissai pour lui remettre sa pantoufle, et je trouvai en plaisantant que la cuisse, qui était au jour était plus blanche que l’autre qui était à l’ombre. — Point du tout, mal imaginé, Henriette.

La voluptueuse Constance, recherchait mes attouchemens, je les lui prodiguais ; son sein palpitait d’ardeur, elle se découvrait à mes yeux en poussant de profonds soupirs, elle m’offrait toutes les postures les plus lascives ; je bus même quelques verres de liqueur pour tâcher de faire renaître ma première vigueur. Quelle contrariété, reprit Constance… ciel… mon bon ami… je ne te reconnais pas là… Tu quittes peut-être quelque femme ? — Non, ma tendre amie, jetais hier très-échauffé par la boisson que ce diable de monsieur Osmond me fit prendre et pour me rafraîchir, j’ai pris cette nuit quelques caraffes d’orgeat, c’est à son effet que j’attribue aujourd’hui mon impuissance. — Quelle folie ! — Il faudrait que madame vous fit quelque sensation qui put vous rendre vigoureux, me dit Henriette. Oui, il ne faudrait que cela. — Je n’en puis plus, me dit Constance, je me meurs de désirs… Ah ! dieux quel supplice… Henriette viens à mon secours… je t’en prie… invente quelque moyen… Eh bien ! madame, voulez-vous votre complaisant ?… Ma foi, oui, c’est le plus court parti… Je vais le remplir de crême modérément chaude… Oui, ma fille, dépêche-toi, de grâce…

Tandis que la soubrette officieuse apprêtait son stratagême, j’inventai aussi un expédient, j’adapte un devant de cheminée aux cordons préparés pour tenir les lustres. Je passe un coussin sur la table qu’il forme un suspensoir ; Constance entièrement nue, se couche dessus ; je lui assujétis les pieds à deux autres cordons ; elle a les cuisses fortement écartées. Henriette arrive avec son complaisant, et l’introduit dans la coquille de sa maîtresse ; je m’assis à côté de leur groupe en provoquant mon braquemart défaillant, nous formons tous les trois la plus plaisante caricature.

L’Enfant du plaisir, ou les délices de la jouissance, 1808, figure p-127

Dans cette attitude, que d’objets ravissans excitent ma vigueur évanouie ; je vois le bijou de la lubrique Constance qui se dilate à chaque mouvement vigoureux et fréquent que lui donnait Henriette ; elle se cramponne après les cordons… Dieux… dit-elle… je jouis… D’Angeville comment te sens-tu ? — Je commence à renaître, ma bonne amie… Je vais jouir au même instant que toi… oui… je t’en prie… Henriette… un peu plus vite… encore. La soubrette me guettait, dès qu’elle vit l’instant où la force m’était revenue, elle en avertit sa maîtresse… qui se démenait sur son coussin en disant… Mon ami… ensemble… ensemble, je t’en supplie… que l’illusion soit complète, c’est comme si je le faisais avec toi ; un dernier mouvement me fit éclore. Henriette en redoublant les secousses ; lâcha le ressort qui retenait la liqueur que renfermait son instrument ; Constance et moi, nous perdîmes connaissance dans l’extase et la volupté.

Après cette scène de masturbation, nous nous fîmes apporter à tous deux quelques restaurans… Je pris enfin congé de ma terrible maîtresse, pour ne plus penser qu’à mon Abeline ; c’est la seule qui soit digne de me rendre heureux, capable de me rendre sage et de prévenir mes folies.


FIN.