L’Encyclopédie/1re édition/TAURIS ou TABRITZ

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TAURIS ou TABRITZ, (Géog. mod.) ville de Perse, capitale de la province d’Adherbigian qui fait partie de l’ancienne Médie. Elle est située au bout d’une plaine, & environnée de montagnes de trois côtés, de la même maniere qu’Erzeron, & elle jouit d’un air aussi inconstant qu’Erivan. Un ruisseau, ou plutôt un torrent, baigne une partie de cette ville.

Le circuit de Tauris est, dit-on, de 30 milles ; ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle est remplie de jardins & de grandes places publiques, qui sont de vrais champs. Les mosquées sont belles & nombreuses. Les vivres sont à grand marché dans cette ville. Ses habitans y font un commerce continuel avec les Turcs, les Arabes, les Géorgiens, les Mingréliens, les Indiens, les Moscovites & les Tartares. Ses Bazars sont couverts & garnis de riches marchandises, entr’autres d’étoffes de soie, & de belles peaux de chagrin. On compte dans Tauris plus de cent mille ames. On estime sa fondation à l’an de l’hégire 175. Tamerlan s’empara de Tauris l’an 795. de l’hégire. Soliman s’en rendit maître sur Schah Thamas, roi de Perse, l’an 955. de l’hégire. Amurat III. sultan des Turcs, reprit la même ville que Soliman avoit abandonnée, l’an 992 de l’hégire.

Tauris est la Gabris de Ptolomée, nom qui convient fort bien à la situation de Tauris, que les Arabes appellent Tabris.

Je sai que l’opinion commune est que Tauris répond à la ville d’Ecbatane ; Chardin, Oléarius, Herbert & autres, sont de cette opinion, qui a aussi été adoptée par de célébres géographes ; mais elles ne peut subsister, si l’on a égard à tout ce que les anciens nous ont dit de la Médie, & aux distances qu’ils nous ont données de cette capitale aux autres villes de ce pays. D’ailleurs, si Ecbatane avoit été à la partie septentrionale de la Médie, comme est la ville de Tauris, elle n’auroit pas été à portée d’envoyer du secours à Babylone, comme le dit Xénophon, & auroit aussi été trop éloignée vers le nord, pour avoir été sur la route d’Alexandre, qui alloit d’Opis aux portes Caspiennes, comme il paroît par les historiens qui ont décrit les expéditions de ce prince. Ces particularités reviennent parfaitement à la situation de la ville d’Amadan, qui est la seconde ville de Perse, pour la grandeur : ce qui est d’autant plus vraissemblable, que lorsque l’Ecriture-Sainte parle d’Ecbatane, la version syriaque rend le nom de cette ville par le nom d’Amathan, très-approchant du nom d’Amadan.

Les tables arabiques de Nassir-Eddin & d’Ulug-Beg, donnent à Tauris 82. degrés de longitude, & 38. degrés de latitude septentrionale. (D. J.)