L’Encyclopédie/1re édition/SPORTULA

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SPORTULA, s. f. (Littérat. & Hist. anc.) Ce mot est sans contredit le diminutif de sporta, mais il seroit difficile d’en marquer la véritable étymologie. Quoi qu’il en soit, sporta & sportula ont signifié originairement dans la langue latine, une corbeille ou panier fait de joncs, de roseaux, de branches d’osier tissues & entrelacées.

On l’a étendu ensuite à signifier les vases ou mesures propres à contenir les pains, les viandes, & les autres mets que l’on distribuoit en certaines occasions : & lorsque l’usage se fut introduit chez les grands de Rome, de faire distribuer à leurs cliens, & à ceux qui leur faisoient la cour, de certaines portions pour leur nourriture ; ces portions que l’on mettoit dans des corbeilles, furent appellées, par métonymie, sportulæ. Ensuite on l’employa pour signifier une sorte de repas public, différent de ceux qu’on appelloit cænæ rectæ qui étoient des repas servis par ordre, où l’on n’admettoit que des gens choisis. Tels étoient les repas que donnoit Auguste, au rapport de Suétone : Convivabatur & assiduè nec unquam nisi rectâ. Casaubon explique ce mot rectâ par ἐντελὲς δεῖπνον, & lui oppose le repas appellé sportula, δεῖπνον ἀπὸ σπυρίδος, où l’on invitoit tout le peuple indistinctement, & où chacun recevoit sa portion dans une corbeille.

Les distributions que les particuliers répandoient sur leurs cliens, se faisoient tantôt en argent, tantôt en viandes, quelqufois même de ces deux manieres, & s’appelloient également du nom de sportulæ. Ces présens étoient souvent de petites médailles d’argent qui servoient de monnoie ; mais les empereurs ou autres personnes de qualité donnoient des médailles d’or. Aussi Trebellius Pollio, parlant des petits présens que l’empereur Galien fit à son consulat, dit qu’il donna une sportule à chaque sénateur, & à chaque dame romaine quatre médailles d’or : Senatui sportulam sedens erogavît. Matronas ad consulatum suum rogavit, iis denique manum sibi osculantibus quaternos aureos sui nominis dedit.

C’étoit aussi la coutume que ceux qui entroient dans le consulat, envoyassent à leurs amis de ces présens : Sportulam consulatûs mei & amicitiæ nostræ, & honori tuo debeo, hanc in solido misi, dit Symmachus. Le mot de sportula, qui signifie une petite corbeille, fut donné à ces présens, parce qu’on les envoyoit dans une corbeille. Les vers suivans de Coripus, l. IV. sur le consulat de l’empereur Justin, nous le confirment.

Dona calendarum, quorum est ea cura, parabant
Officia, & turmis implent felicibus aulam,
Convectant rutilum sportis capacibus aurum.

C’est pourquoi les gloses grecques qui expliquent le mot de sportula, disent que ce sont des présens qu’on envoyoit dans des corbeilles.

Outre ces sportules, les consuls donnoient de petites tablettes de poche d’argent ou d’ivoire dans lesquelles étoient leurs noms ; & c’est ce qu’on appelloit les fastes. Sidonius, l. VIII. c. vj. parlant du consulat d’Asterius, nomme les sportules & les fastes qui furent distribués.

Enfin, le mot sportula s’est appliqué généralement à toutes sortes de présens, de gratifications & de distributions, de quelque nature qu’elles fussent. (D. J.)