L’Encyclopédie/1re édition/SAISON

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SAISON, s. f. (Cosmographie.) on entend communément par saisons, certaines portions de l’année qui sont distinguées par les signes dans lesquels entre le soleil. Ainsi, selon l’opinion générale, les saisons sont occasionnées par l’entrée & la durée du soleil dans certains signes de l’écliptique ; en sorte qu’on appelle printems, la saison où le soleil entre dans le premier degré du belier, & cette saison dure jusqu’à ce que le soleil arrive au premier degré de l’écrevisse. Ensuite l’été commence, & subsiste jusqu’à ce que le soleil se trouve au premier degré de la balance. L’automne commence alors, & dure jusqu’à ce que le soleil se trouve au premier degré du capricorne. Enfin l’hiver regne depuis le degré du capricorne, jusqu’au premier degré du belier.

Il est évident que cette hyppothèse des saisons n’est point admissible, parce qu’elle n’est pas vraie dans tous les lieux ; mais seulement pour ceux qui sont au nord de l’équateur. En effet, au sud de l’équateur, le printems dure tant que le soleil remplit son cours depuis le premier degré de la balance, jusqu’au premier degré du capricorne ; l’été, depuis celui-ci jusqu’au premier degré du belier, & ainsi de suite, tout au contraire de ce qui arrive vers le nord.

De plus, cette hyppothèse de saisons ne convient point à la zone torride ; la preuve en est palpable, car on doit avouer que quand le soleil passe par ces lieux, il y a été, à-moins que quelque cause n’y mette obstacle. Par rapport aux cieux, & dans les lieux situés sous l’équateur, il ne doit être ni printems, ni automne, quand le soleil a passé le premier degré du belier, mais plutôt l’été ; car alors le soleil passe sur ces lieux, & ainsi y cause la plus grande chaleur. On ne peut donc pas y transporter l’été au premier degré de l’écrevisse ou du capricorne.

On en peut dire autant des lieux situés entre l’équateur & les tropiques, parce que le soleil y passe aussi, avant que d’arriver au premier degré de l’écrevisse ou du capricorne. Le même inconvénient se rencontre par rapport au printems & à l’automne sous la zone torride, puisqu’il paroît n’y avoir ni l’une, ni l’autre de ces deux saisons, sur-tout sous l’équateur.

D’autres auteurs déterminent les saisons par le degré de chaleur ou de froid, ou par l’approche & l’éloignement du soleil. L’idée que les Européens ont communément des saisons, renferme l’un ou l’autre de ces deux points, & sur-tout le froid & le chaud ; quoique les Astronomes aient encore plus d’égard au lieu du soleil dans l’écliptique. Il est certain qu’en beaucoup d’endroits sous la zone torride, les saisons ne répondent point au tems que le soleil s’en approche ou s’en éloigne, car on y compte l’hiver qui est pluvieux & orageux, quand ce devroit être l’été, puisque le soleil en est alors plus proche : & tout au contraire, on y compte l’été quand le soleil s’en éloigne. En un mot, on y fait consister l’été dans un ciel clair ; & l’hiver dans un tems humide & pluvieux. Il est donc vrai que les idées des saisons different considérablement suivant les lieux ; cependant voici ce qu’on peut établir de raisonnable.

1°. Puisque dans plusieurs lieux, comme sous la zone torride, & même dans quelques endroits de la zone tempérée, la chaleur & le froid ne suivent pas le mouvement du soleil ; on ne doit pas penser que ce soit la chaleur & le froid qui font les saisons, à-moins qu’on ne distingue entre les saisons des cieux & celles de la terre. Je me sers de ces termes faute de meilleurs. Ainsi la saison de l’été terrestre d’un lieu, est le tems de l’année où il y a fait la plus grande chaleur. Mais l’été céleste, est le t ms où l’on doit attendre la plus grande chaleur, à cause de la position du soleil : raisonnons de même par rapport à l’hiver. Or quoique l’été & l’hiver, tant terrestre que céleste, arrivent en plusieurs lieux dans le même tems de l’année, il y a pourtant des endroits sous la zone torride, où ils arrivent dans des tems différens. Il en faut dire autant du printems & de l’automne, tant céleste que terrestre.

2°. Comme il n’y a que peu d’endroits où l’été & l’hiver terrestre different du céleste, par rapport au tems de l’année, & que le plus souvent ils arrivent dans le même tems ; on doit donc appeller l’été, l’hiver, &c. céleste, simplement été, hiver, &c. sans y ajouter le mot de céleste ; mais quand on veut parler des saisons terrrestres, il faut ajouter en les nommant le mot terrestre, pour les distinguer de celles qu’on nomme simplement été, hiver, quand il n’y a point de différence entre la terrestre & la céleste.

L’été céleste d’un lieu est la saison dans laquelle le soleil approche le plus de son zénith, & l’hiver celle où il s’en éloigne le plus. Le printems est la saison qui est entre la fin de l’hiver, & le commencement de l’été ; & l’automne se trouve entre la fin de l’été & le commencement de l’hiver. C’est ainsi qu’il faut entendre ces quatre saisons dans tous les lieux ; mais nous nous contenterons de remarquer ici que sous la zone temperée & la zone glaciale, les quatre saisons célestes sont presque de la même longueur ; & que sous la zone torride elles sont inégales, la même saison y étant différente selon les différens lieux.

La premiere partie de cette proposition est claire, parce que le soleil parcourt trois signes dans chaque saison ; ainsi les tems seront à-peu-près égaux à quelques jours près, c’est-à-dire que dans les lieux au nord, l’été est de 5 jours, & le printems de 4 jours plus longs que l’automne & l’hiver ; au lieu que dans les lieux placés au sud, l’automne & l’hiver l’emportent d’autant de jours sur le printems, à cause de l’excentricité du soleil.

3°. Dans les lieux placés sous l’équateur, les saisons sont doubles ; les deux étés sont fort courts, ainsi que les deux printems qui n’ont que chacun 30 jours. Les deux étés & les deux printems ont tout au plus 64 jours chacun, c’est-à-dire 2 mois & 2 ou 4 jours. Mais l’automne & l’hiver ont chacun 55 jours, c’est-à-dire les deux automnes 110 jours, & les deux hivers autant, c’est-à-dire près de 4 mois.

4°. Sous la zone torride, plus les lieux sont proches de l’équateur, plus leur été est long, & leur hiver court ; & l’automne & le printems plus ou moins longs qu’à l’ordinaire. Si les lieux ont moins de 10 degrés de latitude, l’été ne dure pas moins de six mois ; & l’on peut calculer par les tables de déclinaison, la longueur de chaque saison.

Il seroit trop long de déterminer ici dans quel mois de l’année les quatre saisons arrivent sur la terre sous la zone torride, sous la zone glaciale, & sous la zone temperée : Varenius vous en instruira complettement, je me borne à trois observations.

1°. Sous la zone tempérée, l’approche ou la distance du soleil est si puissante, quand on la compare aux autres causes, que cette approche ou distance sont presque les seules choses qui reglent les saisons. En effet, dans la zone temperée septentrionale, il y a printems & automne quand le soleil parcourt les signes depuis le belier par le cancer, jusqu’à la balance ; car alors il est plus proche de ces lieux : ensuite allant de la balance au belier par le capricorne, il forme l’automne & l’hiver ; mais sous la zone temperée méridionale, c’est tout le contraire, & les autres causes ne détruisent jamais entierement l’effet de celle-ci, comme elles font sous la zone torride.

2°. Cependant les saisons different dans les divers endroits, de maniere qu’il fait plus chaud ou plus froid, plus sec ou plus humide dans un lieu que dans un autre, quoique dans le même climat ; mais elles ne different jamais de l’hiver à l’été, ni de l’été à l’hiver : car il y a des pays pierreux, d’autres marécageux ; les uns sont proches, les autres sont loin de la mer ; il y a des terres sablonneuses, d’autres sont argilleuses.

3°. La plupart des lieux voisins du tropique sont fort chauds en été ; quelques-uns ont une saison humide, à-peu-près semblable à celle de la zone torride. Ainsi dans la partie du Guzarate, qui est au-delà du tropique, il y a les mêmes mois de sécheresse & d’humidité qu’en-dedans du tropique, & l’été se change en un tems pluvieux : cependant il y fait plus chaud, à cause de la proximité du soleil, que dans la partie seche de l’année quand il y a un peu de froid. Chez nous, nous ne jugeons pas de l’hiver & de l’été, par la sécheresse & de l’humidité, mais par le chaud & le froid.

On trouvera dans la lecture des voyages, quantité de pays où les saisons sont fort différentes, quoique ces pays soient à-peu-près sous le même climat. Par exemple, l’air n’est pas si froid en Angleterre qu’en Hollande, ni qu’en Allemagne, & on n’y resserre point les bestiaux dans les étables en hiver. Il y a un pays, entre la Sibérie & la Tartarie, vers la partie septentrionale de la zone temperée, où il y a des campagnes excellentes, des prairies agréables, & presque point de froid en hiver. On y a bâti la ville de Toorne, qui est maintenant assez pour forte repousser les insultes des Tartares.

C’en est assez sur ce sujet, & d’ailleurs le lecteur curieux d’entendre la cause des différentes saisons qui regnent sur notre globe, en trouvera l’explication claire & solide à l’article Parallélisme de l’axe de la terre. (D. J.)

Saisons, (Mythol. Iconol. Sculpt. Poésie.) les anciens avoient personnifié les saisons : les Grecs les représentoient en femmes, parce que le mot grec ὥρα est du genre féminin. Les Romains qui appelloient les saisons anni tempora, du genre neutre, les exprimoient souvent par de jeunes garçons qui avoient des aîles, ou par de très-petits enfans sans aîles, avec les symboles particuliers à chaque saison. Le printems est couronné de fleurs, tenant à la main un cabri, qui vient en cette saison, ou bien il trait une brebis ; quelquefois il est accompagné d’un arbrisseau, qui pousse des feuilles & des rameaux. L’été est couronné d’épis de blé, tenant d’une main un faisceau d’épis, & de l’autre une faucille. L’automne a dans ses mains un vase plein de fruits & une grappe, ou bien un panier de fruits sur la tête. L’hiver bien vêtu, bien chaussé, ayant la tête voilée ou couronnée de branches sans feuilles, tient d’une main quelques fruits secs & ridés, & de l’autre des oiseaux aquatiques. Les aîles qu’on donne quelquefois aux quatre saisons, conviennent non-seulement au tems, mais aussi à toutes ses parties.

M. de Boze a décrit, dans les mémoires de littérature, un tombeau de marbre antique, découvert dans des ruines près d’Athènes. Les quatre saisons de l’année forment le sujet de la frise du couvercle de ce monument précieux. Elles y sont représentées sous autant de figures de femmes, que caractérisent la diversité de leurs couronnes, l’agencement de leurs habits, les divers fruits qu’elles tiennent, & les enfans ou génies qui sont devant elles. Le sculpteur ne les a pas placées dans leur ordre naturel, mais dans un ordre réciproque de contrastes, qui donne plus de force & plus de jeu à sa composition. Ainsi l’été & l’hiver, saisons diamétralement opposées par leur température, sont désignées par les figures des deux extrémités de la frise, l’une couchée de droit à gauche, & l’autre de gauche à droit ; entre elles sont le printems & l’automne, comme participant également de l’été & de l’hiver ; les quatre génies sont rangés de même.

La premiere figure couchée de droit à gauche, représente l’été ; elle est à demi-nue, elle est couronnée d’épis, & elle en touche d’autres qui sont entassés dans sa corne d’abondance ; le génie qui est devant elle, en touche aussi, & tient de plus une faucille à la main.

L’hiver, qui est à l’autre extrémité couchée de gauche à droit, paroît sous la figure d’une femme bien vêtue, & dont la tête est même couverte avec un pan de sa robe ; les fruits sur lesquels elle étend la main, sont des fruits d’hiver ; le génie qui est devant elle n’a point d’aîles, & au-lieu d’être nud comme les autres, il est bien habillé ; enfin il tient pour tout symbole un livre, parce que la chasse est alors le seul exercice de la campagne.

L’automne est tournée du côté de l’été ; elle est couronnée de pampre & de grappes de raisin ; elle touche encore de la main droite des fruits de vigne ; & son petit génie en agence aussi dans sa corne d’abondance ; enfin elle est découverte dans cette partie du corps qui touche à l’été, & vêtue dans celle qui répond à l’hiver.

Le printems est adossé à l’automne sous la figure d’une femme couronnée de fleurs ; la corne d’abondance que son génie soutient en est pleine aussi. Un pié qu’elle étend du côté de l’hiver, est encore avec sa chaussure ; une partie de sa gorge est cachée, & elle n’en découvre que ce qui est du côté de l’été.

Toutes ces idées de sculpture sont fort ingénieuses ; mais les descriptions que les Poëtes ont fait des saisons ne sont pas moins pittoresques. Lisez seulement pour vous en convaincre celle d’Horace dans l’ode diffugere nives ; elle est peut-être moins enrichie d’images que la peinture du printems qui est dans l’ode solvitur acris hiems, mais elle est plus fournie de morale.

Frigora mitescunt zephiris : ver proterit æstas,
Interitura, simul
Pomifer autummus fruges effuderit : & mox
Bruma recurret iners
Damna tamen celeres reparant cælestia lunæ.
Nos ubi decidimus
Quo pius Æneas, quo Tullus dives, & Ancus
Pulvis & umbra sumus.

« Les zéphirs succedent aux frimats ; l’été chasse le printems pour finir lui-même, sitôt que l’automne viendra répandre ses fruits ; & l’hiver tout paresseux qu’il est, remplacera bien-tôt l’automne. Cependant les mois recommençant toujours leur carriere, se hâtent de réparer ces pertes, en ramenant tous les ans les saisons dans le même ordre. L’homme seul périt pour ne plus renaître. Quand une fois nous avons été joindre le pieux Énée, le riche Tullus, & le vaillant Ancus, nous ne sommes plus qu’ombre & que poussiere, & nous le sommes pour toujours ».

Proterit æstas interitura, ces expressions figurées sont énergiques, & font un bel effet dans la poésie lyrique, qui permet, qui demande cette hardiesse. L’année est ici dépeinte comme un champ de bataille où les saisons se poursuivent, se combattent, & se détruisent. D’abord victorieuses, ensuite vaincues, elles périssent & renaissent tour-à-tour ; l’homme seul périt pour ne plus renaître.

Chaque saison lui dit :
Nous sommes revenues,
Vos beaux jours ne reviendront pas.

Enfin j’ai lû depuis peu un charmant poëme anglois sur les saisons, dont M. Thomson est l’auteur. Le génie, l’imagination, les graces, le sentiment regnent dans cet écrit, les horreurs de l’hiver même prennent des agrémens sous son heureux pinceau ; mais ce qui le caractérise en particulier, c’est un fond d’humanité, & un amour pour la vertu, qui respirent dans tout son ouvrage. (Le chevalier de Jaucourt.)

Saisons fixes de l’année, (Médecine.) ce sont celles dont la température ne varie point, & qui ne promettent que des maladies d’une espece favorable, & d’un prognostic aisé ; au-contraire les saisons variables sont celles qui sont inconstantes, changeantes, & dont on ne peut porter un jugement assuré.

Les saisons de l’année & leurs vicissitudes occasionnent de grands changemens dans les maladies, comme Hippocrate l’observe, ce qui fait que l’on doit avoir égard à leur température & à leurs altérations. Cela est si vrai que les praticiens les plus expérimentés s’attachent sur-tout à bien remarquer la différence des saisons, bien persuadés qu’elle influe infiniment sur le traitement des maladies, comme sur les tempéramens.

L’astronomie & la connoissance de l’air & des saisons est donc utile au médecin pour bien des raisons ; 1°. pour connoitre les causes des maladies & des différens symptomes ; 2°. pour se mettre plus au fait des différentes altérations que l’air peut produire sur les tempéramens ; 3°. pour savoir varier les remedes, & reconnoître l’altération même qui peut arriver aux médicamens dans certaine constitution de la température des années & des saisons.

Saison, (Agricult.) c’est une certaine portion de terre qu’on laboure chaque année, tandis qu’on laisse reposer les autres, ou qu’on les seme de menus grains. Les terres de France se partagent d’ordinaire en trois saisons ; une année on y seme du blé ; la deuxieme année on y seme des menus grains ; la troisieme on laisse reposer la terre. (D. J.)