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L’Encyclopédie/1re édition/PROTE

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PROTE, (Géog. anc.) île de la mer Ionienne, proche de la côte de la Messénie, selon Ptolomée, liv. III. ch. xvij. Le manuscrit de la bibliotheque palatine porte prima insula, au-lieu de Prote, ce qui signifie la même chose. Pline, liv. IV. ch. xij. fait aussi mention de cette île. On la nomme aujourd’hui Prodeno.

Prote, s. m. (terme d’Imprimerie.) ce mot vient du grec πρõτος, primus, premier, & signifie le premier ouvrier d’une Imprimerie. Ses fonctions sont étendues, & demandent un grand soin. C’est lui qui, en l’absence du maître, entreprend les impressions, en fait le prix, & répond aux personnes qui ont affaire à l’Imprimerie. Il doit y maintenir le bon ordre & l’arrangement, afin que chaque ouvrier trouve sans peine ce qui lui est nécessaire. Il a soin des caracteres & des ustensiles. Il distribue l’ouvrage aux compositeurs, le dirige, leve les difficultés qui s’y rencontrent, aide à déchiffrer dans les manuscrits les endroits difficiles. Il impose la premiere feuille de chaque labeur, & doit bien proportionner la garniture au format de l’ouvrage & à la grandeur du papier. Voyez Imposer, Labeur, Garnitures, Format. Il doit lire sur la copie toutes les premieres épreuves (voyez Epreuves), les faire corriger par les compositeurs, & envoyer les secondes à l’auteur ou au correcteur : ensuite il doit avoir soin de faire redemander ces secondes épreuves, les revoir, les faire corriger, & en donner les formes aux Imprimeurs, voyez Formes, pour les mettre sous presse & les tirer. Il voit les tierces ; c’est-à-dire qu’il examine sur une premiere feuille tirée, après que l’imprimeur a mis sa forme en train (voyez Mettre en train), si toutes les fautes marquées par l’auteur sur la seconde épreuve, ont été exactement corrigées, & voir s’il n’y a point dans la forme de lettres mauvaises, tombées, dérangées, hautes ou basses, &c. Il doit plusieurs fois dans la journée visiter l’ouvrage des imprimeurs, & les avertir des défauts qu’il y trouve. Il doit, sur toutes choses, avoir une singuliere attention à ce que les ouvriers soient occupés, & que personne ne perde son tems. Le samedi au soir, une heure ou deux avant de quitter l’ouvrage, il fait la banque ; c’est-à-dire qu’il détaille sur le registre de l’imprimerie le nombre de feuilles par signatures, qui ont été faites pendant la semaine sur chaque ouvrage, tant en composition qu’en impression, & en met le prix à la fin de chaque article. Il porte ensuite ce registre au maître, qui examine tous ces articles, en fait le montant & en donne l’argent au prote qui distribue à chaque ouvrier ce qui lui est dû. Comme dans les imprimeries où il y a beaucoup d’ouvriers, un prote seul ne pourroit pas suffire, le maître associe à la proterie une ou deux personnes capables pour aider le prote dans ses fonctions. Un prote devroit avoir l’intelligence du grec, du latin, de l’anglois, de l’italien, de l’espagnol & du portugais ; mais on ne demande à la plûpart que l’intelligence du latin & de savoir lire le grec. Cet article est de M. Brullé, prote de l’imprimerie de M. le Breton, & auteur du mot Imprimerie, &c.