L’Encyclopédie/1re édition/PHALANGE

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PHALANGE, s. f. (Anat.) les trois pieces dont chaque doigt est composé portent le nom de phalanges ; chacune de ces phalanges est divisée à-peu-près comme le doigt entier, en base, en corps, en portion moyenne, en tête, en deux faces, une convexe & l’autre concave, & en deux bords. La premiere phalange a plus de longueur & d’épaisseur que la seconde, & les bases des phalanges paroissent très-longtems épiphyses, comme les têtes des os du métacarpe. Voyez Doigt. (D. J.)

Phalange, la, (Art. milit.) chez les Grecs étoit un corps d’infanterie composé de soldats armés de toutes pieces, d’un bouclier & d’une sarisse, arme plus longue que n’étoient nos piques qui avoient 12 piés. Chaque file étoit de seize soldats, & elles étoient jusqu’au nombre de 1024. Ainsi la phalange étoit une espece de bataillon de 1024 hommes de front sur 16 de hauteur, c’est-à-dire de 16384 soldats pesamment armés. On y joignoit la moitié de ce nombre de troupes légeres ; c’est-à-dire que ces troupes étoient de 8192 hommes, lorsque la phalange étoit de 16384. A l’égard de la cavalerie, elle étoit la moitié de ce dernier nombre, ou de 4096 cavaliers.

Ainsi dans les armées des Grecs le rapport des pesamment armés aux troupes légeres, étoit celui de 2 à 1, & celui de toute l’infanterie à la cavalerie de 6 à 1 ; en sorte que la cavalerie faisoit la septieme partie de l’armée, comme on l’a déja dit au mot Infanterie.

Le nom de phalange paroit avoir été donné chez les Grecs, à tout corps d’infanterie pesamment armé ; mais Philippe, pere d’Alexandre, s’appliqua à en former un corps régulier qui subsista chez les Macédoniens jusqu’à la défaite de Persée par les Romains.

Polybe attribue la défaite de la phalange par les Romains, à l’avantage de leur ordre de bataille, qui étoit formé de plusieurs parties plus petites que la phalange, & qui se mouvoient plus aisément. Les généraux romains surent l’attirer dans des lieux difficiles & raboteux, où la phalange ne pouvant conserver cette union qui en faisoit la force, ils profitoient des vuides qu’elle laissoit à cause de l’inégalité du terrein, & ils la combattoient ainsi avec beaucoup d’avantage. M. de Folard ajoute encore une autre raison à celle de Polybe. Selon cet auteur, « la longueur des sarisses ou des piques des soldats de la phalange fut la principale cause de sa défaite, parce qu’il n’y avoit guere que les piques du premier & du second rang dont on pût se servir dans la défense & dans l’attaque, & que celles des autres rangs restoient comme immobiles & sans effet ; elles se trouvoient toutes ramassées en faisceaux entre l’intervalle de chaque file, sans qu’il fût presque possible aux piquiers du troisieme rang (car le reste ne servoit que d’appui), & même au second de voir ce qui se passoit hors du premier rang, ni de remuer leurs longues piques qui se trouvoient comme enchâssées & emboîtées entre les files, sans pouvoir porter leurs coups à droite ou à gauche ; ce qui donnoit une grande facilité aux Romains de surmonter un obstacle redoutable en apparence, & au fond très méprisable. » Folard, traite de la colonne. Voyez pour ce qui concerne la formation & la composition de la phalange, la tactique d’Elien & celle d’Arrien. (Q)

Phalange, (Hist. nat. & Méd.) espece d’araignée vénimeuse, dont la piquure fait tomber dans un assoupissement léthargique ; les remedes à ce poison sont l’orviétan, les sels volatils de viperes, de corne de cerf, d’urine, la danse, la symphonie.

La tarentule est une phalange dont plusieurs auteurs ont donné l’histoire, & dont la morsure se guérit par le son des instrumens & la danse.

Le venin des phalanges consiste en un sel acide qu’elles élancent dans les vénules des chairs par leur piquure, & qui est porté ensuite dans les grands vaisseaux, où il intercepte la circulation en figeant le sang ; d’où vient que les sels volatils alkalins, & tous les autres remedes propres à raréfier les humeurs, & à les rendre fluides, sont bons pour dissiper ce venin.

Les phalanges écrasées & appliquées autour du poignet à l’entrée de l’accès d’une fievre intermittente, la guérissent quelquefois à cause de leur sel volatil qui entre par les pores, & qui dissout ou emporte par sa volatilité l’humeur qui causoit la fievre.