L’Encyclopédie/1re édition/HYMÉNÉE

Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 394).
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HYMÉNÉE, s. f. (Poésie.) chanson nuptiale, ou du-moins espece d’acclamation consacrée à la solemnité des noces, ἐν δὲ γάμοις ὑμέναιος, dit Athénée d’après Aristophane.

Entre les différens sujets qu’Homere a représentés sur le bouclier d’Achille, toute la ville où est placée la scene de ce tableau particulier, retentit des chants d’hyménée. Hésiode décrivant aussi sur le bouclier d’Hercule une pompe nuptiale, fait mention de ces mêmes chants. En un mot, l’épithalame dans sa naissance n’étoit autre chose que cette chanson, ce chant, cette acclamation répétée d’hymen, ô hyménée, & nous en trouvons l’origine dans l’histoire intéressante d’Hyménée, jeune homme d’Athènes, ou d’Argos.

Ce jeune homme, dont la Grece fit depuis un dieu qui présidoit au mariage, étoit d’une beauté accomplie ; né pauvre & d’une famille obscure, il se laissa surprendre aux charmes d’une athénienne de son âge, dont la naissance égaloit la fortune. La disproportion étoit trop marquée pour lui laisser la moindre espérance ; cependant à la faveur d’un déguisement dont sa jeunesse & sa beauté écartoient le soupçon, il suivoit par-tout son amante. Un jour il l’accompagna jusqu’à Eleusis avec les filles d’Athènes les plus qualifiées qui alloient offrir des sacrifices à Cérès ; il arriva qu’elles furent enlevées par des pyrates, & que les ravisseurs après avoir pris terre dans une île deserte, s’y endormirent. Hyménée saisit l’occasion favorable, tue les pyrates, revient à Athènes, déclare dans l’assemblée du peuple ce qu’il est, ce qui lui est arrivé, & promet si on lui permet d’épouser celle dont il est épris, qu’il la ramenera sans peine avec toutes ses compagnes. Il les ramena en effet, & devint le plus heureux des époux ; c’est pour cela que les Athéniens ordonnerent qu’il seroit toûjours invoqué dans la solemnité des noces, avec les dieux qu’ils en regardoient comme les protecteurs. Les Poëtes à leur tour le nommerent dieu, & lui formerent une illustre généalogie ; les uns le firent naître d’Uranie, d’autres d’Apollon & de Calliope, & d’autres enfin de Bacchus & de Vénus ; mais il nous suffit d’indiquer ici, d’après Servius, & tous les anciens commentateurs, quelle fut l’origine du chant, & de l’acclamation d’Hyménée.

Cette acclamation, dit M. l’abbé Souchay, dont nous empruntons les recherches, passa depuis dans l’épithalame, & devint un vers intercalaire, ou une espece de refrain ajusté à la mesure ; témoin Catulle imitateur de Sapho, qui répete si souvent ce vers,

Hymen, ô hymenæe, hymen ades, ô hymenæe.


& ces autres,

Io hymen, hymenæe io,
Io hymen, ô hymenæe ;


témoin encore Aristophane qui, dans sa comédie des oiseaux, acte v. scene 4, parlant du mariage de Pisthétérus avec la déesse Souveraineté, fait chanter par un demi-chœur, Ὑμὴν, ὦ Ὑμέναι, ὦ Ὑμήν, après que ce même demi-chœur a exalté en ces mots, suivant la traduction de M. Boivin, le bonheur des deux époux.

Depuis le jour célebre où la reine des dieux
Superbement ornée,
Par les sœurs du destin fut au maître des cieux
Avec pompe amenée,
On n’a point encore vû d’hymen si glorieux
Hymen, ô hyménée !

C’est ainsi que l’acclamation d’Hymen par intervalles égaux, ne fut plus le chant nuptial ordinaire, & servit seulement à marquer les vœux & les applaudissemens des chœurs, lorsque l’épithalame eut pris une forme réguliere : enfin, cette acclamation a passé jusqu’à nous d’après les Latins qui l’avoient adoptée. (D. J.)