L’Encyclopédie/1re édition/GAZON

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GAZON, s. m. (Agricult.) motte plus ou moins grande de terre fraîche, molle, garnie d’une herbe courte & touffue. Le gazon est l’objet de la campagne le plus agréable aux yeux ; c’est le plus grand ornement des parterres & des jardins de propreté.

Il naît de lui-même dans un terrein favorable, ou bien il vient par culture ; la culture se fait de graine ou de placage. Parlons de ces deux manieres de culture, & tirons nos instructions du pays qui joüit des plus beaux gazons du monde.

Pour faire un gazons de graine, on prépare en Angleterre le terrein qu’on destine à ce gazon. On le nivelle, on l’épierre, on le beche, on le laboure, en sorte que la terre en soit bien ameublie ; on la passe au rateau, on en casse les mottes, on on unit la surface, & on répand dessus un ou deux pouces d’épaisseur de bon terreau, pour facilite encore mieux la levée du gazon.

La semence ordinaire du gazon est de graine de bas-pré, choisie dans les plus belles communes, & dans celles où l’herbe est la plus fine & la moins mélangée. On seme dans la terre préparée cette graine fort épaisse, afin que le gazon qui en naîtra le soit aussi. On couvre d’un peu de terre humide cette graine pour empêcher qu’elle ne soit point dissipée par les vents.

On choisit même un tems calme pour semer le gazon, parce que lorsqu’il vente, la graine qui est fort legere, s’envole, & tombe sur terre par tas, au lieu d’être également distribuée.

On seme le gazon au milieu du jour, & quand le tems est à la pluie, parce qu’il épargne la peine des arrosemens ; outre que la pluie venant à tomber, plombe la terre, & fait lever la graine beaucoup plûtôt.

On préfere, pour semer du gazon, le commencement du printems ou de l’autonne, c’est-à-dire les mois de Mars ou de Septembre, avant & après les grandes chaleurs de l’été.

On s’estime très-heureux, si le gazon qu’on a semé dans un tems favorable, & qui vient de monter, se trouve pur, épais, & d’un beau verd ; mais néanmoins, comme on sait qu’il périroit bien-tôt, si on l’abandonnoit à lui-même, on prend grand soin de l’entretenir. Ce soin consiste à le tondre très-souvent, tous les huit ou tous les quinze jours. Plus l’herbe est coupée fréquemment, plus elle s’épaissit & devient belle. Ensuite on seme chaque année de la nouvelle graine dans tous les endroits où le gazon est trop clair, afin de l’épaissir, le rafraîchir, & le renouveller.

On lui donne tous les arrosemens nécessaires ; on n’oublie pas de le battre, quand il s’éleve trop, & de rouler continuellement par-dessus un rouleau de bois, de pierre, ou de fer, afin d’affaisser, d’arrasier l’herbe de bien près, & d’empêcher qu’un brin ne passe l’autre.

Malgré toutes ces précautions, les Anglois ont remarqué que leur gazon semé de graine n’avoit point une certaine beauté uniforme, qu’il ne venoit point pur, qu’il étoit toûjours mêlé d’herbes qui le déparoient, & que ces herbes dégénéroient encore chaque année. Ils ont long-tems tâché d’y remédier, en arrachant ces mauvaises herbes, & en semant à leur place de la nouvelle graine. Mais tous ces remedes ne répondant point à leurs desirs, ils ont enfin imaginé l’art de gazonner, & l’ont mis en pratique avec un succès surprenant.

Cet art de gazonner consiste à enlever des plus belles pelouses des carreaux de gazon, & à les appliquer ailleurs. Voici comme on se conduit pour réussir. Après avoir préparé la terre de la même maniere, que s’il s’agissoit de la semer de graine, on prend une beche pour enlever le gazon qu’on a choisi d’avance dans un pré, ou dans quelque riche pelouse toute pleine d’herbes fines. On taille ce gazon par pieces quarrées de l’épaisseur d’environ trois pouces & de la largeur d’environ dix-huit pouces ; ensuite on couche la beche presque sur la surface de la terre, on la pousse contre les pieces de gazon taillées, on les coupe entre deux terres, on les enleve, on les porte au lieu qui leur est destiné, on les place proprement à l’endroit qu’il s’agit de gazonner, & on les arrange pressées les unes contre les autres, comme font nos carreleurs quand ils carrelent un appartement.

S’il s’agit de gazonner un espace de terrein considérable, on commence à bien niveller le terrein préparé ; ensuite on place le long d’un cordeau les pieces équarries de gazon qu’on a levées, on les joint ensemble très-exactement ; & pour cimenter les joints, des plaqueurs applatissent uniment le placage avec leurs battes. Quand le gazon est nivelé, joint, plaqué, on l’arrose amplement pour le réunir encore à la terre, à laquelle il est appliqué ; & enfin on y passe divers rouleaux pour l’affermir. Tous ces moyens font que le gazon s’attache inébranlablement à la nouvelle terre, s’incorpore avec elle, y jette ses racines de toutes parts, & s’en nourrit. Il ne s’agit plus pour la conservation du gazon, que de le tondre, le rouler, & l’entretenir.

Telle est la maniere dont les Anglois gazonnent, non-seulement des bordures, des rampes, des talus, des glacis, mais des boulingrins, des parterres, des allées, des promenades entieres ; c’est un spectacle admirable que ces beaux tapis ras & unis de velours verd qu’on voit dans toutes leurs campagnes, & que les autres nations n’ont encore pu se procurer. On a tenté vainement de les imiter en France ; on y seme, il est vrai, d’assez grandes pieces de gazon ; on en plaque çà & là quelques massifs ; on fait venir à ce dessein de la graine & des carreaux de gazon d’Angleterre : mais le gazon qui leve en France n’est ni fin, ni garni, ni d’un beau verd ; il fait de larges jets, pousse des touffes séparées, de mauvaises herbes, dégénere en chien-dent ; & d’ailleurs il n’est ni roulé, ni tondu avec le soin & l’intelligence nécessaires. En un mot, à l’exception peut-être du gazon du palais royal, tous les autres gazons du royaume, comparés à ceux d’Angleterre, ne paroissent que des compartimens ou des pieces d’un pré nouvellement fauché. (D. J.)

Gazons, en terme de Fortification, sont des especes de mottes de terre de pré, coupées ou taillées en forme de coin, dont la base a quinze ou seize piés de longueur ou de queue sur six de largeur. La hauteur est de six pouces ; elle va se terminer en glacis à l’extrémité de la base, en sorte que le profil ou la coupe du gazon, pris selon sa longueur, est un triangle rectangle. Le gazon, pour être bon, doit être coupé dans un terrein gras qui produit beaucoup d’herbes ; on en forme quelquefois le côté extérieur du rempart des ouvrages de la fortification ; & l’on dit alors que ces ouvrages sont revêtus de gazons. Voyez Revêtement. (Q)

Gazon d’Olympe ou de Montagne, (Botan.) voyez Staticé.