L’Automne (Shelley)

Traduction par François Chatelain.
Beautés de la poésie anglaiseRolandivolume 1 (p. 252).


L’Automne

Chant funèbre



Le chaud soleil n’est plus ; froide gémit la bise,
La fleur pâle se meurt, et la branche agonise ;
                                        Le vieil An
Enfonce en son linceuil sa tête déjà grise,
Et sous la feuille morte, en dernière analyse,
Se laisse ensevelir au souffle de l’autan.
                    Oh ! Mois venez-vous en,
                    Et Novembre et Décembre,
Janvier, Février, Mars, Avril jusques à Mai,
Venez, et vous couvrant de cendre,
Sur le corps du défunt chantez un triste lai :
Des ombres de vos jours faites triple hécatombe,
Et que leurs spectres froids veillent près de sa tombe.

Le vent froid souffle, souffle, et le ver en rampant
Se traîne sur le sol, et va clopin, clopant.
                                        Le Tonnerre
Pour le vieil An défunt s’en va partout frappant
Son glas funèbre, et court galopant, galopant
Éveiller, effrayer les échos de la terre,
                    En sursaut les happant.
                    Plus aucune hirondelle,
Plus de gentils lézards ; venez Mois, tous les Six
          Au deuil que chacun soit fidèle,
Sur le corps du vieil An chanter De profundis ;
Vous rendrez verts, de pleurs si votre œil n’est pas sobre,
Mai, Juin, Juillet, Août, Septembre et même Octobre !