L’Athéisme/Chapitre 3


Ernest Flammarion (p. 69-97).
§ 17. — OPINIONS DE VOLTAIRE ET DE DIDEROT.
EXPOSÉ DU PROBLÈME

Dans son dictionnaire philosophique, Voltaire se demande, après Bayle, si un peuple d’athées peut subsister : « Il me semble, dit-il, qu’il faut distinguer entre le peuple proprement dit et une société de philosophes au-dessus du peuple. Il est très vrai que, par tout pays, la populace a besoin du plus grand frein, et que si Bayle avait eu cinq ou six cents paysans à gouverner, il n’aurait pas manqué de leur annoncer un Dieu rémunérateur et vengeur. Mais Bayle n’en aurait pas parlé aux épicuriens, qui étaient des gens riches, amoureux du repos, cultivant toutes les vertus sociales, et surtout l’amitié, fuyant l’embarras des affaires publiques, menant enfin une vie commode et innocente ; il me paraît qu’ainsi la dispute est finie quant à ce qui regarde la société et la politique[1]. »

En un autre endroit du même article, Voltaire affirme que le Sénat romain était une assemblée d’athées, « de voluptueux et d’ambitieux, tous très dangereux, et qui perdirent la République ». « Je ne voudrais pas, continue-t-il, avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier ; je suis bien sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas, si j’étais souverain, avoir affaire à des courtisans athées dont l’intérêt serait de m’empoisonner ; il me faudrait prendre, au hasard, du contre-poison tous les jours. Il est donc absolument nécessaire, pour les princes et pour les peuples, que l’idée d’un Être suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dans les esprits. »

Enfin, dans l’article « athée », le même philosophe déclare, et ceci peut servir de conclusion à ce qu’il a écrit sur la matière : « Il est évident que, dans la morale, il vaut beaucoup mieux reconnaître un Dieu que de n’en point admettre. C’est certainement l’intérêt de tous les hommes qu’il y ait une divinité qui punisse ce que la justice humaine ne peut réprimer ; mais aussi il est clair qu’il vaudrait mieux ne pas reconnaître de Dieu que d’en adorer un barbare auquel on sacrifierait les hommes, comme on a fait chez tant de nations. »

J’ai tenu à citer tout au long l’opinion de Voltaire, car il n’y a pas d’argument plus fort contre l’athéisme que cette manière de voir d’un homme considéré généralement comme dépourvu de toute superstition. Voici, en revanche, ce qu’écrit Diderot dans le célèbre « Entretien d’un philosophe avec la maréchale » : « Quel motif peut avoir un incrédule d’être bon s’il n’est pas fou ? […] Ne pensez-vous pas qu’on peut être si heureusement né qu’on trouve un grand plaisir à faire le bien ? […] Qu’on peut avoir reçu une excellente éducation qui fortifie le penchant naturel à la bienfaisance ? […] Et que, dans un âge plus avancé, l’expérience nous ait convaincus, qu’à tout prendre, il vaut mieux, pour son bonheur dans ce monde, être un honnête homme qu’un coquin ? »

J’ai souligné, dans cette dernière citation, l’argument le plus important ; j’aurai à y revenir. Il s’agit, dans ce chapitre, d’utilité, et non de logique comme dans le chapitre précédent ; dès qu’il s’agit d’utilité, on ne s’entend plus guère ; chacun apprécie à sa façon, et il n’est pas sans intérêt de mettre en contradiction Voltaire et Diderot sur un sujet de cette importance. J’avoue immédiatement ma préférence personnelle pour l’opinion de Diderot, mais ce n’est qu’une préférence personnelle et qui n’a, par conséquent, aucune valeur.

Il me semble aussi que la question n’est bien posée ni par l’un ni par l’autre ; au xviiie siècle, on ne songeait guère au transformisme, quoique Maupertuis, et Diderot lui-même, puissent être, à juste titre, considérés comme des précurseurs de Lamarck et de Darwin. Du moins, cette notion du transformisme, si l’on y songeait de temps en temps, ne faisait pas encore, comme elle devrait le faire de nos jours, la base de l’enseignement philosophique[2].

Or, il y a, dans le problème moral et social, une question qui ne saurait être séparée de celle de la formation évolutive des espèces. On doit distinguer l’étude du rôle qu’a joué l’idée de Dieu dans la formation de la conscience morale de l’homme actuel, et l’étude de la nécessité actuelle de l’idée de Dieu, pour l’homme tel qu’il est, avec toutes ses qualités et ses tares héréditaires. Dans cette dernière étude, il faut encore séparer la question de la possibilité actuelle de l’athéisme social, et celle des conséquences de l’athéisme social pour les générations futures. Cette dernière question ne se posera d’ailleurs que si l’on a reconnu, dans le passé, l’influence de l’idée de Dieu sur la genèse de notre conscience morale.


§ 18. — ORIGINE DES VERTUS HUMAINES

L’homme est un animal social ; ce que l’on appelle vertus chez un animal social, ce sont les caractères qui le rendent apte à vivre en société. Les idées de bien, de mal, d’honnêteté, de justice, de devoir, de responsabilité, etc., sont des idées sociales ; le tigre, isolé dans la jungle, n’a que faire d’honnêteté et de justice. Buffon lui refuse d’ailleurs gratuitement les sentiments généreux qu’il accorde, gratuitement aussi, à son cousin le lion.

Ce n’est pas à dire que l’animal isolé n’ait pas le sentiment du bien et du mal ; il l’a pour lui-même (je le pense sans pouvoir le vérifier), c’est-à-dire qu’il doit savoir, par expérience, ce qui lui fait plaisir et ce qui lui est désagréable ; mais, ne faisant partie d’aucune mutualité, il n’a pas à se préoccuper de faire à d’autres, dans un but intéressé, ce qu’il désirerait qu’en retour on lui fît. Le tigre n’a pas d’associés, pas d’amis (je ne connais pas suffisamment la vie des tigres pour oser affirmer ce qui précède ; je choisis le tigre comme exemple idéal de l’égoïste parfait). Il agit suivant sa nature de tigre ; le meilleur d’entre les tigres est celui qui possède au plus haut degré les qualités du tigre, c’est-à-dire, celui qui sait le mieux capturer sa proie et résister à ses ennemis.

Je ne crois pas que le tigre ait l’idée de Dieu ; elle ne lui servirait à rien et l’amènerait seulement à pleurnicher de temps en temps sur le sort cruel des paons ou des gazelles, créatures divines dont, par nécessité de tigre, il fait son repas. Cette idée trop développée l’amènerait même à mourir de faim.

Je ne crois pas non plus que le tigre s’amuse à tuer plus qu’il ne peut manger ; ce serait là une fatigue inutile ; il est possible, cependant, qu’il se livre à la chasse pour le plaisir, comme le cheval galope dans un champ pour exercer ses muscles ; les amateurs de sport ne le lui reprocheront pas ; on ne saurait accuser de méchanceté un égoïste parfait, qui ne connaît pas le bien et le mal des autres, et n’attend de personne aucun service.

Tout autre est le cas de l’abeille, de la fourmi, du castor, de l’homme. Aucun de ces animaux ne peut vivre sans le secours de ses congénères ; je parle de l’abeille actuelle, de la fourmi actuelle, de l’homme actuel ; mais je pense qu’il y a peut-être eu, dans l’ancestralité de l’homme, une période où chacun, vivant pour son compte, ne devait rien à personne ; il y a des abeilles sauvages et des singes qui vivent seuls ; je suis convaincu que, chez les êtres isolés, on ne trouverait pas trace des caractères nés chez nous d’une existence sociale prolongée pendant des milliers de générations.

Nos ancêtres isolés étaient différents de nous ; nous ne pouvons donc pas nous mettre dans leur peau et comprendre les raisons qui les ont décidés, petit à petit, à vivre en société ; nous leur prêterions, malgré nous, des idées et des sentiments d’hommes du vingtième siècle.

Je pense que, vivant isolés, ils n’avaient pas l’idée de Dieu. Cette idée leur aurait été inutile ou même nuisible, comme au tigre. Je n’oserais pas l’affirmer cependant ; il est possible que les questions métaphysiques se soient posées de bonne heure dans le cerveau des pithécanthropes, mais il me paraît plus probable que, quand ils avaient fini de chasser et de manger, ils dormaient ; ils avaient trop à faire pour se poser des problèmes saugrenus.

Quoi qu’il en soit, et sans que nous puissions émettre à ce sujet autre chose que des hypothèses, un moment arriva où nos ancêtres devinrent des animaux sociaux. Ce que nous pouvons dire de plus raisonnable de cet événement, c’est que nos ancêtres y furent amenés tant par les conditions ambiantes que par certains caractères existant dans leur propre nature. Évidemment, les sociétés initiales (que certains philosophes peu scrupuleux nous offrent comme modèle ; c’est comme si on demandait aux abeilles d’imiter les frelons ; mais cela prête à des développements poétiques), les sociétés initiales, dis-je, ne furent probablement pas remarquables par leurs vertus ; on ne se fait pas en un jour une mentalité d’animal social.

Passons donc par-dessus un grand nombre de générations sur lesquelles nous n’avons pas et n’aurons jamais aucun renseignement, mais dont nous trouverions peut-être les équivalents chez les différents peuples sauvages considérés comme occupant aujourd’hui des niveaux différents dans l’échelle de la civilisation. Arrivons tout de suite aux plus anciens peuples dont l’histoire nous ait conservé le souvenir ; ou, si vous voulez, à nous-mêmes, qui ne différons que bien peu de ces peuples ayant déjà, dans leur hérédité, la marque ineffaçable d’une vie sociale prolongée pendant des centaines de siècles. Ces peuples sont constitués en sociétés ; ils ont l’idée de Dieu ; ils ont une conscience morale.

Chose remarquable, quelles que soient les différences entre les religions des peuples que nous pouvons étudier, quelles que soient aussi les différences entre leurs mœurs et leurs lois, les dieux d’un peuple sont toujours les gardiens de ses conventions sociales. L’homme qui plaît aux dieux est toujours celui qui observe scrupuleusement les règlements de sa société humaine.

Beaucoup de peuples attribuent d’ailleurs une origine divine à leurs lois morales. Historiquement, comment cela s’est-il produit ? A-t-on déifié la mémoire du législateur ? Le législateur intelligent a-t-il compris que le meilleur moyen de faire observer les lois était d’imaginer un juge suprême et infaillible, capable de reviser les jugements des hommes ? La tendance métaphysique et la peur naturelles à l’homme l’auraient, dans ce cas, admirablement servi dans ses desseins ingénieux. Il est peu vraisemblable cependant qu’un homme ait été assez supérieur à ses congénères pour imaginer un pareil stratagème sans en être lui-même la dupe. Aujourd’hui, l’idée de bien, de mal, de devoir, de justice, est si ancrée dans notre hérédité que nous trouvons toute naturelle cette confusion entre le sentiment moral et le sentiment religieux ; nous sommes donc désarmés vis-à-vis du problème de son origine. Constatons-la sans savoir comment elle est née. Le parallélisme observé chez tous les peuples, entre le devoir moral et le devoir religieux est le plus grand obstacle à la solution du problème que nous nous sommes posé, savoir : de découvrir le rôle de l’idée de Dieu dans la genèse des vertus humaines. Évidemment, les nécessités de la vie sociale ont profondément modifié la nature de l’homme, mais si ces nécessités se sont toujours présentées aux hommes sous une forme religieuse, comment séparer ce qui est, chez nos contemporains, le produit de la vie en société, de ce qui est chez eux le résultat de l’idée de Dieu ? En d’autres termes, voici le problème à résoudre : Que serait la conscience morale de l’homme actuel si, sans avoir jamais eu l’idée de Dieu, il avait seulement été soumis pendant de longues générations à des lois sociales uniformes ?

La réponse à une question ainsi posée ne sera jamais entièrement satisfaisante. Rien n’est plus fallacieux que les hypothèses par lesquelles on reconstruit un monde en faisant abstraction de l’un des facteurs qui ont joué un rôle indéniable dans la formation de celui que l’on a observé. J’ai le droit d’affirmer que, même sans l’idée de Dieu, une vie sociale prolongée aurait amené dans l’hérédité des membres d’une société quelque chose d’équivalent à notre conscience morale actuelle ; mais jusqu’à quel point serait poussée cette équivalence ?

Et puis, ne dois-je pas me demander aussi si, sans l’idée de Dieu, une vie sociale prolongée eût été possible ? Si je n’avais d’autre but que de triompher des croyants, je leur dirais : « Vous refusez une âme aux animaux ; vous leur refusez la notion de Dieu, et cependant les abeilles ont une société mieux organisée que la nôtre » ; mais ce n’est pas contre les croyants que je discute ; c’est contre moi-même, et je ne me permettrai pas d’affirmer que les abeilles, vivant en société, n’ont pas l’idée d’un Dieu dont on pourrait parler comme on parle d’une abeille ; nous avons bien, nous hommes, l’idée d’un Dieu dont on peut parler comme on parle d’un homme !

Cette question me paraît tirer une grande importance du fait indéniable que la croyance en un Dieu personnel donne une grande commodité pour formuler les lois sociales ; aucune considération n’est aussi simple que la nécessité d’obéir à quelqu’un de très fort capable de punir sans indulgence tout manque de soumission ; beaucoup de gens qui seraient insensibles à des palabres émues sur la réciprocité touchante des services rendus entre membres d’une même association, sont fortement impressionnés si on leur parle de loi divine et de châtiment.

Le chien, l’ami de l’homme comme on dit généralement, nous donne un bon exemple de conscience morale résultant d’un sentiment religieux. Les ancêtres du chien étaient vraisemblablement des animaux libres comme les loups et les chacals ; mais ils manquaient de fierté (fier, en latin, se dit ferox), et ils abdiquèrent leur liberté entre les mains de l’homme en échange de sa protection et des reliefs de ses repas. À partir de ce moment la vie du chien fut entre les mains de l’homme, comme celle d’un croyant est entre les mains de Dieu ; la conscience morale du chien devint une conscience morale de serviteur ; son intérêt en fit un serviteur dévoué. Aujourd’hui, après des milliers de générations de servage, la conscience morale du chien serviteur est fixée indépendamment des contingences. Le chien obéit à un homme qui est son maître, même si cet homme est méchant pour lui et ne lui fait pas de bien. La conscience morale du chien, c’est le sentiment de l’obéissance à l’homme ; le bien, le juste, l’honnête, sont pour lui ce qui plaît à son maître. L’homme est quelquefois capricieux, mais cependant, n’ayant qu’un maître, le chien est heureux, sachant toujours, sans hésitation possible, quel est son devoir, l’obéissance passive ; il est plus heureux que le croyant, qui désireux d’obéir à Dieu, ne sait pas toujours ce qu’il doit faire, car la conscience morale de l’homme est compliquée ; nous avons des devoirs multiples, et Dieu ne nous donne pas toujours des ordres très clairs. J’ai souvent envié le sort de mon chien, moi qui ai une conscience morale, quoique ne croyant pas en Dieu.

Pendant longtemps, l’homme a été aussi heureux que le chien ; le devoir se présentant toujours sous une forme religieuse, il n’y avait pas d’hésitation possible ; on n’avait pas à choisir entre le devoir religieux et le devoir social. Il n’en est plus de même aujourd’hui ; les théocraties sont mortes, et chaque homme, indépendamment de sa foi religieuse, appartient à un état laïque dont les règlements sont quelquefois contradictoires de ceux de la religion. Le cardinal Lecot comparait récemment l’Église et l’État à deux barques entre lesquelles tout Français catholique aurait désormais à choisir, et qui vont peut-être partir en guerre l’une contre l’autre. Je frémis de cette alternative et je rends grâces au ciel de n’être pas croyant, pour pouvoir rester, sans aucun sacrifice douloureux, un bon citoyen.

Voilà au moins un avantage de l’athéisme ; n’avoir qu’un seul maître à servir, la société dont on fait partie. Quand je vous disais que le chien est plus heureux que nous ! Son Dieu et son maître, c’est le même homme. Pour nous, au contraire, afin de nous enseigner plus aisément notre devoir social, on a inventé un Dieu fictif chargé d’en faire respecter les clauses ; beaucoup ont cru à son existence, et sont aujourd’hui bien ennuyés de voir que la société et son Dieu tutélaire ont évolué suivant des routes différentes ; on ne sait plus à qui entendre ; l’athéisme a du bon[3].


§ 19. — DEVOIRS RELIGIEUX SÉPARABLES DES DEVOIRS SOCIAUX

Dans l’exemple du chien, que j’ai pris tout à l’heure, j’ai encore un enseignement à puiser. Le chien aime son maître qui le nourrit, le protège et le bat. Il paraît que les croyants aussi aiment Dieu qui les a créés et qui les châtie ; ils le remercient de ses bienfaits dans leurs prières quotidiennes, ce qui est très bien et ne fait de tort à personne, mais ils lui en demandent d’autres en même temps, et ce qui est bienfait pour l’un peut léser les intérêts de son voisin.

C’est la prière qui caractérise le croyant. À côté de lui, d’autres hommes se contentent d’être d’honnêtes gens et négligent de prier ; beaucoup d’entre eux cependant ne sont pas athées, mais ils sont indifférents en matière de religion et font passer leurs devoirs sociaux avant leurs devoirs envers Dieu, se disant peut-être — ce que je ferais sans doute à leur place, si j’étais croyant — que Dieu est bien assez grand pour faire ses affaires lui-même, sans que nous lui donnions d’indications. Je racontais, dans le premier chapitre de ce livre, une anecdote montrant que certains prêtres libéraux d’aujourd’hui admettent qu’il suffit d’être honnête homme pour plaire à Dieu ! Que deviendrait le clergé si tout le monde était de cet avis ?

Il faut donc distinguer, dans l’ensemble des obligations des hommes, les devoirs envers leurs semblables et les devoirs envers Dieu. Pendant très longtemps une confusion a existé entre ces deux catégories de devoirs, Dieu se trouvant chargé, dans l’opinion des croyants, de surveiller l’exécution des uns et des autres. Aujourd’hui, la distinction apparaît très nettement, et l’on sépare avec facilité des doctrines religieuses les principes de pure morale qu’elles contiennent. Le croyant fougueux qui s’isolait dans les déserts de la Thébaïde fuyait la nécessité des devoirs sociaux pour se consacrer entièrement à la glorification de Dieu ; un athée honnête homme néglige au contraire l’adoration religieuse qu’il ne comprend pas, et ne retient, de la religion de ses ancêtres, que les principes moraux. Littré est complémentaire de Paphnuce.

Ainsi, la séparation est aujourd’hui très nette entre les devoirs religieux et les devoirs sociaux, bien que, pendant une longue période de l’histoire de l’humanité, ces deux groupes de devoirs aient été confondus, par le fait qu’on croyait applicable à l’un et à l’autre la même juridiction divine. On leur appliquait aussi d’ailleurs la même juridiction humaine, et, aux époques théocratiques, les juges hommes, chargés de faire respecter les lois sociales, étaient au moins aussi sévères pour les crimes religieux que pour les crimes de droit commun.

L’hérédité peut, elle aussi, séparer les caractères correspondant à ces deux catégories de devoirs. On peut être dépourvu, en naissant, de l’idée de Dieu, et avoir néanmoins une conscience éprise de justice, un sentiment impérieux du devoir. Est-il possible, réciproquement, qu’un homme naisse plein de l’idée de Dieu et ait néanmoins une conscience morale très atrophiée ? Je n’oserais l’affirmer, n’ayant aucun exemple à citer, mais je crois qu’on a le droit de considérer comme ayant été étouffé par l’exubérance du sentiment religieux le sens moral des grands fanatiques dont l’histoire nous a conservé le souvenir.

Si cette séparation de la moralité et de la religiosité était la règle dans l’espèce humaine, on pourrait, sans crainte de se tromper, affirmer que l’idée de Dieu n’a pas été indispensable à la genèse de notre conscience morale, et que cette conscience morale provient uniquement des nécessités prolongées d’une existence sociale. L’observation impartiale de l’humanité ne permet pas d’établir cette affirmation ; il y a probablement très peu d’hommes qui soient purement athées ou purement fanatiques ; chez la plupart, une conscience morale de valeur variable s’unit à une foi religieuse également variable ; la seule chose que l’on soit en droit de dire, c’est que, chez beaucoup d’hommes, le développement de la conscience morale est entièrement indépendant de celui de la foi religieuse ; encore ne faudrait-il pas généraliser !

En résumé, de ces quelques considérations sur le rôle de la foi dans la genèse de la conscience morale, nous ne pouvons pas tirer de conclusion définitive ; on pourrait comprendre que les seules nécessités sociales, aient, sans le secours d’aucune idée religieuse, fait naître, dans l’hérédité de l’homme, la conscience morale qui existe aujourd’hui dans son mécanisme ; mais j’ai déjà fait remarquer plus haut combien est dangereux un raisonnement de cette espèce, puisque aussi bien, n’ayant jamais observé historiquement une société dépourvue de l’idée de Dieu, nous ne savons pas ce qu’une telle société eût été et eût donné. Certains philosophes prétendent qu’elle n’eût pu exister.

Aujourd’hui, doués par hérédité d’une conscience morale dont nous ne savons pas exactement quelle est l’origine, nous concevons aisément une société sans Dieu, une morale sans Dieu ; mais il y a loin de là à conclure que, avant l’existence de cette conscience morale, une société eût pu se constituer sans exploiter l’idée religieuse. Et les abeilles ? me direz-vous. Je n’accepte pas cet argument trop facile que me fournissent les croyants en refusant aux animaux l’âme qu’ils accordent à l’homme ; je ne vois aucune raison pour que les abeilles et les fourmis n’aient pas d’idées religieuses ; les caractères fixés par hérédité prennent, chez les animaux comme chez l’homme, l’apparence absolue qui est la source des croyances théologiques ; les abeilles ont des principes comme nous !


§ 20. — L’EFFONDREMENT DES PRINCIPES

On a beaucoup discuté la légitimité de l’attitude du « bon Juge » qui, chargé par ses fonctions de faire respecter les lois de son pays, appliquait aux crimes ou délits de droit commun, l’arbitrage de sa conscience. Un riche boulanger ayant fait poursuivre une pauvre femme qui avait volé un pain, ce fut, je crois, le boulanger qui fut condamné. J’ai applaudi, avec beaucoup d’autres, à ce noble geste que n’eût pas désapprouvé Jésus-Christ ; mais, à la réflexion, je me suis trouvé très perplexe. Ce boulanger payait l’Impôt et se croyait, en retour, protégé contre les voleurs, même affamés, par les lois de son pays. Le bon juge s’arrogea le droit de faire l’aumône avec l’argent du boulanger ; certains compagnons de François d’Assise n’agissaient pas autrement ; l’un d’eux, si j’en crois l’histoire, coupa le pied d’un cochon vivant pour le faire manger à un frère malade qui en désirait ; le propriétaire du cochon poussa les hauts cris et demanda justice ; mais il fut désarmé par la naïve bonne foi du coupable ; il se convertit et devint l’un des plus fanatiques prosélytes du grand saint François. Cela est très bien, parce que cela a bien fini, mais je ne sache pas que le boulanger de tout à l’heure se soit décidé depuis son aventure à donner tout son bien aux pauvres.

Dans « l’Entretien d’un père avec ses enfants », Diderot discute une question semblable de tout point à celle du boulanger. Il professe, lui Diderot, la théorie mise en pratique par le bon juge, mais son père est partisan de l’application de la loi ; la conclusion de l’entretien est admirable :

« Mon père, c’est qu’à la rigueur il n’y a point de lois pour le sage…

— Parlez plus bas…

— Toutes étant sujettes à des exceptions, c’est à lui qu’il appartient de juger des cas où il faut s’y soumettre ou s’en affranchir.

— Je ne serais pas trop fâché, me répondit-il, qu’il y eût dans la ville un ou deux citoyens comme toi ; mais je n’y habiterais pas, s’ils pensaient tous de même. »

Loyauté et légalité sont deux mots identiques étymologiquement, mais l’un est populaire, l’autre est savant. Or, il peut arriver que les exigences de la loyauté et de la légalité soient contradictoires : rien n’est plus pénible, pour un homme, que de se trouver pris entre les ordres opposés de sa conscience morale et des lois de son pays ; et si cela est pénible quand il s’agit de discuter ses propres affaires, dans lesquelles on a toujours le droit, si l’on veut, de se faire du tort pour satisfaire sa conscience, combien plus douloureuse doit être la situation d’un juge chargé d’appliquer sévèrement la loi dans un cas où son humanité absout le coupable ! Si j’avais été juge, le seul acte dont j’eusse été capable eût été de rendre mon bonnet dès la première affaire. On a déjà assez de se diriger soi-même !

Et cependant, un athée logique ne devrait pas hésiter à appliquer toute la loi, en s’attachant seulement à le faire aussi correctement que le lui permettent les lumières de sa raison, et sans consulter aucunement une sentimentalité dangereuse.

Pour l’athée logique, il n’y a pas de principes au sens ordinaire du mot. Voici comment il doit raisonner :

Ma conscience morale est le résumé héréditaire des nécessités sociales qu’ont traversées mes ancêtres pendant de nombreuses générations ; à chaque époque, il y a eu des lois qui tenaient aux conditions réalisées dans les sociétés dont mes ascendants ont fait partie ; de ces lois, quelques-unes ont peu duré et n’ont laissé que peu ou pas de traces dans mon hérédité ; d’autres se sont conservées longtemps, et ont imprimé dans l’hérédité de ma race des traces ineffaçables. Ce sont ces traces que je retrouve en moi et que j’appelle ma conscience morale. Il n’y a pas de raison pour qu’elles soient encore d’une application avantageuse, puisque les conditions dans lesquelles vit la société actuelle sont différentes de celles qui ont créé les nécessités imprimées en moi avec un caractère absolu. Il est probable cependant que, dans l’homme, qui a beaucoup changé, certains caractères fondamentaux sont demeurés les mêmes ; peut-être donc quelques-uns des principes qui forment mon sens moral sont-ils encore excellents ; mais en aucun cas je ne dois en tenir compte s’ils me donnent des ordres en contradiction avec les lois actuelles de mon pays.

D’ailleurs, ceux qui ont fait les lois de mon pays étaient des hommes comme moi ; ils avaient une conscience morale comme moi, et ils n’ont pas pu n’en pas tenir compte dans la mesure du possible au moment où ils ont élaboré ces lois. Je dois donc obéir aux lois, malgré les revendications possibles de ma conscience morale, résumé de particularités ancestrales qui, dans l’état social actuel, sont peut-être des erreurs.

Voilà comment doit raisonner un athée logique ; mais il est bien difficile d’être logique, je l’ai montré précédemment à propos de notre notion indestructible de verticale absolue. Nous avons la notion également indestructible de ce qui est bien et de ce qui est mal, de ce qui est juste et de ce qui est injuste, et, toutes les fois que nous sommes obligés d’agir contre notre sentiment inné de la justice, nous nous révoltons malgré nous.

Si l’athée pouvait être logique, il tirerait donc, de son athéisme, une grande simplification de la vie ; pour lui bien des difficultés disparaîtraient ; sa conscience ne lui donnerait plus des ordres, mais des indications, dont sa raison tirerait le meilleur parti en les comparant aux indications actuelles de la loi. Malheureusement, on a beau être athée, on n’est pas parfait ; de ce qu’une des erreurs ancestrales, l’idée de Dieu, manque à la structure de l’athée, il ne s’ensuit pas moins qu’il possède dans sa structure d’autres erreurs, également tyranniques malgré l’absence de l’idée de Dieu, dont elles ont peut-être tiré leur caractère autoritaire et despotique.

Si les principes n’émanent pas d’un Dieu infaillible, s’ils proviennent seulement de contingences sociales passées, il n’y a aucune raison pour qu’ils vaillent mieux que les nécessités tirées des contingences sociales actuelles. Pour un athée vraiment logique, je le répète, il n’y a plus de principes ; il n’y a que les lois humaines.

Cela, sans doute est avantageux dans certains cas, mais ces sentiments absolus restent encore bien tyranniques, même quand on sait que leur caractère absolu est trompeur. Si l’on a une bonne nature, tout en étant athée convaincu, la seule règle de conduite qu’on puisse tirer de l’effondrement de ses principes, c’est de ne pas les appliquer dans leur rigueur quand il s’agit des autres, et de s’en réserver à soi-même toute la sévérité. Implacable pour lui-même, indulgent aux autres, voilà quelle doit être l’attitude de l’athée, que tant de gens ayant peu réfléchi considèrent au contraire comme devant se laisser aller sans frein à tous ses mauvais penchants. Pour qu’un athée fût vraiment à craindre, comme le prétend Voltaire, il faudrait qu’il fût dépourvu, en même temps, de sens moral et d’idée de Dieu ; mais s’il a du sens moral, son athéisme n’est nuisible que pour lui-même, puisqu’il le force à ne pas appliquer aux autres, ne s’en reconnaissant pas le droit, les règles sévères qu’il ne peut s’empêcher, s’il veut être en repos, d’appliquer à sa propre personne ; c’est là un luxe dangereux et qui désarme dans la lutte.

Cependant, comme dit Diderot, il y a aussi des avantages à être dupe de ses beaux sentiments : « À tout prendre, dit Crudeli, il vaut mieux pour son bonheur en ce monde être un honnête homme qu’un coquin. » La conscience morale est une chose avec laquelle on ne raisonne pas ; c’est un maître exigeant auquel on doit obéir sous peine d’être mécontent de soi ; il y a donc un premier avantage à être honnête homme, c’est qu’on est content de ce qu’on fait. Renan prétend quelque part que Jésus-Christ, qui parlait volontiers par paraboles, désignait sous le nom imagé du « royaume de son père » la satisfaction de la conscience.

Il y a encore un autre avantage, plus palpable, celui-là, quoique moins important, c’est qu’on est aimé de ses congénères ; par conséquent, on n’a pas à se défendre contre eux ; on est tranquille. Cela vaut mieux que de compter sur la crainte du gendarme. C’est en se faisant aimer, que l’athée honnête homme, dupe forcée de sa conscience exigeante, tire parti de la conscience morale des autres, et les dupe à son tour. Car il les dupe en se faisant aimer, puisque, même satisfait de lui-même dans sa conscience, il ne s’aime pas ; il sait trop que le déterminisme exclut le mérite et la responsabilité ; il est comme il est, sans avoir pu être autrement ; mais il accorde volontiers du mérite aux autres, puisqu’il sait que les autres se croient responsables. Un athée doit admirer chez son voisin une belle action, qu’il trouverait parfaitement nécessaire, s’il en avait été l’auteur (ou du moins s’il avait participé à sa perpétration, car l’athée sait bien qu’il n’a pas en lui un principe qui agit ; il sait qu’il est un rouage au milieu d’autres rouages).

L’athée ne croit pas à sa personnalité, à son individualité ; il se considère comme une succession de mécanismes réunis l’un à l’autre par le lien d’hérédité, et subordonnés aux conditions ambiantes. N’ayant pas de personnalité, il ne s’accorde aucun droit contre les autres qui se croient des individus. Il ne s’accorde aucun droit, mais sa conscience morale lui impose des devoirs, et les ordres de la conscience ne se discutent pas avec de la raison.

Ainsi l’athée a une conscience morale qui ne lui sert que contre lui-même, parce qu’il est entouré de gens qui se croient libres et responsables, qui, par conséquent, se reconnaissent des droits. Une société d’athées proprement dits ne verrait jamais naître aucun conflit de préséance ou autre ; elle serait comparable à une société de moines vraiment croyants. L’absence de l’idée de Dieu et son plein développement, produiraient les mêmes conséquences ; les extrêmes se touchent.

Chez l’athée qui, par raison, n’admet plus aucun principe, la survivance sentimentale de la conscience morale prend donc le caractère d’une sensiblerie maladive qui peut le rendre pitoyable aux êtres méchants et aux animaux nuisibles. Les anarchistes, quoi qu’ils disent, ne sont pas athées, sans quoi ils seraient désarmés dans la lutte ; leur amour des déshérités n’entraînerait pas la haine du propriétaire égoïste ; s’ils étaient athées, comment feraient-ils pour attribuer une valeur absolue au principe de Justice au nom duquel ils agissent ? S’il n’y a pas de Dieu, la justice n’est qu’un résidu ancestral comme la bonté et la logique.

En résumé, l’athée proprement dit, l’athée raisonneur qui va jusqu’au bout des conséquences de son athéisme est un être désarmé dans la lutte universelle ; il ne saurait être ni juge ni conducteur d’hommes ; il a déjà assez de mal à se conduire lui-même, ne croyant pas à sa personnalité, n’ayant pas le sentiment de ses droits. J’ai entendu exposer par un professeur de philosophie un subtil raisonnement, très connu probablement dans le monde des philosophes : Qui a des devoirs a par là-même des droits, savoir au moins, le droit de faire ce qu’il faut pour accomplir ses devoirs. L’athée vrai reconnaît les droits des autres et ne s’accorde aucun droit, quoi qu’ayant le sentiment du devoir ; c’est un être mal équilibré et qui n’est nuisible qu’à lui-même.

Bien entendu, je n’ai pas la prétention de dire qu’il suffit d’être athée pour être honnête homme ; je parle de l’athée philosophe et qui raisonne ; je suppose d’ailleurs qu’il a une conscience morale ce qui n’est pas fatal, mais s’il lui manque déjà l’idée de Dieu, qui est un des caractères héréditaires de l’espèce humaine, ce serait en faire un cas par trop tératologique que de le supposer en outre dépourvu de cet autre caractère spécifique qu’est la conscience morale. Que serait l’homme muni de cette double monstruosité ? Il est difficile de le deviner ; serait-il seulement viable ? Peut-être faut-il ranger dans cette catégorie les grands criminels qui ont étonné l’humanité[4].

L’absence de l’idée de Dieu qui fait l’athée vrai, doit être comparée à l’absence de conscience morale qui ferait le fanatique vrai ; ni l’un ni l’autre de ces deux types extrêmes ne saurait constituer de sociétés ; l’athée est désarmé, nous l’avons vu, par l’existence d’une conscience morale qui ne trouve pas de contre-poids dans la croyance à la personnalité et au mérite ; le fanatique vrai ira peupler de son égoïsme inutile les thébaïdes solitaires.

Le type vraiment sociable est le type moyen, celui qui n’est ni athée ni fanatique, ou du moins celui qui, étant athée comme on l’est couramment de nos jours, ne va pas jusqu’au bout des conclusions de son athéisme, et conserve l’idée des principes absolus de justice, de personnalité, de responsabilité et de mérite, ou encore celui qui, étant croyant comme on l’est couramment de nos jours, ne va pas non plus jusqu’au bout des conclusions de sa foi, et ne se dit pas qu’il faut mépriser les affaires des hommes pour faire celles de Dieu.

Je dois m’occuper ici d’athéisme et non de fanatisme ; je ne connais d’ailleurs pas de fanatique vrai, et je pourrais me tromper dans mes conclusions. Je maintiens seulement qu’une société d’athées logiques est impossible parce que la notion de responsabilité absolue est une erreur sociale nécessaire. En revanche, une société d’athées doués de conscience morale me paraît absolument possible, s’ils ne raisonnent pas et s’ils acceptent sans discussion les données de leur conscience. C’est ce qui se produit dans notre société laïque actuelle qui n’est sûrement pas plus mauvaise qu’une autre ; il est vrai que les laïques d’aujourd’hui ne sont pas des athées pour la plupart, mais seulement des indifférents en matière de religion.

Cette indifférence en matière de religion pourra-t-elle se conserver pendant de nombreuses générations sans nuire à la conscience morale héréditaire ? Il faudrait, pour répondre à cette question, savoir exactement quel a été le rôle de l’idée de Dieu dans la genèse de notre conscience morale. Étant donné ce qu’est l’homme aujourd’hui, il me semble que l’obéissance aux lois doit suffire à entretenir la conscience transmissible du bien et du mal, d’autant plus que, pour vivre sans crainte, l’homme a le plus grand avantage à se faire aimer de ses congénères, et qu’il vaut mieux, comme dit Diderot, pour son bonheur en ce monde, être un honnête homme qu’un coquin.

Je ne me suis placé, dans toutes ces considérations, qu’au seul point de vue de l’utilité sociale, de la valeur sociale des athées. Mon athéisme fondamental m’empêche de me placer à tout autre point de vue, puisque je ne reconnais pas de principe absolu. « Les droits de l’homme » sont, dans cette manière de raisonner, la conséquence de la capacité de nuire qu’a chacun ; pour se mettre en société, il faut accorder à chacun des associés des avantages qui neutralisent sa capacité de nuire ; cette capacité de nuire augmente avec les découvertes modernes ; la bombe a rapproché le roi du voyou, depuis que le voyou peut aisément tuer le roi ; les gens qui croient à la justice doivent s’en féliciter.

Une autre manière d’obtenir l’égalité rêvée par les utopistes, c’est d’exploiter le sens moral de ses congénères et de s’en faire aimer ; le premier moyen est plus facile ; on ne peut employer les deux à la fois ; l’homme n’aime pas celui qu’il craint. Notre ennemi c’est notre maître !

  1. Article : Athéisme.
  2. Voyez plus bas, § 28.
  3. L’internationalisme aurait du bon aussi pour les catholiques soucieux de suivre l’autre barque, mais ils se déclarent plus patriotes que les autres.
  4. Il faudrait cependant pour cela que la monstruosité s’accrût encore de l’absence de logique ou de raisonnement ; l’athée qui raisonne ne peut être ni orgueilleux, ni despote, ni cruel.