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L’Art de greffer/Greffage des végétaux charnus

< L’Art de greffer
G. Masson Éditeur (p. 475-488).

XIII. — Greffage des végétaux charnus

Les végétaux à tissus charnus ou succulents dits « plantes grasses » ne comprendront ici que la Famille des Cactées. De serre, sous le climat de Paris, ces plantes vivent en pleine terre et à l’air libre dans la région méridionale de la France, en Algérie et aux Colonies.

Le greffage des Cactées est en quelque sorte une juxtaposition cellulaire interne ; et si l’on admet un ternie de comparaison, nous dirons que la greffe des plantes grasses n’est pas un mariage, mais bien un collage ou un soudage de parties charnues, plus ou moins succulentes.

Cependant les Cactées greffées vivent assez longtemps, en modifiant leurs formes naturelles et leurs conditions d’existence ou de floraison, de quoi les rendre intéressantes.

Les horticulteurs spécialistes ont adopté le greffage pour étudier et propager les nouvelles espèces. La greffe est encore le facteur qui permet à de nombreuses variétés de paraître au marché ou de décorer les serres et les appartements, et en même temps d’approvisionner la bouquetière dans une saison où les fleurs fraîches sont rares.

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sujets porte-greffes des cactées

Les espèces employées comme sujet dans le greffage des Cactées sont généralement à rameaux ou articles dressés, et font partie des genres Cereus, Echinopsis, Opuntia, Pereskia, Phyllocactus.

En voici les formes principales :

[1.1]Cierge, Cereus. — Les variétés qui produisent de bons sujets porte-greffes sont de différents groupes classés d’après leur aspect :

[fig189]
Fig. 189. — Greffage sur Cierge.

1° Cierges à grosse côte, azuré, du Pérou ;

2° Cierges à grande fleur, de Mac-Donald, à éperon ;

3° Cierges de Baumann, de Bonpland, tortueux.

Les uns et les autres reçoivent la greffe des diverses tribus de Cactées.

Le Cierge à éperon, C. rostratus, convient au greffage des espèces à développement restreint : le Cierge tubéreux, C. tuberosus, par exemple (fig. 189), et quelques autres types bizarres de forme ou d’aspect.

Les gros sujets dans les espèces à forte tige recevront la greffe des plantes plus charnues. D’après Éberlé, le Cierge à grosse côte, C. macrogonus, avec ses tiges allongées, est tout disposé à cet usage.

Enfin, on choisira des espèces dont la tige offre assez de consistance, ne serait-ce que dans l’axe, pour supporter le greffon.

[1.2]Échinopside, Echinopsis. — Sur l’Échinopside réussissent quelques Échinocactes et des Mamillaires.

Les Echinopsis multiplex, turbinatus, var. Eyriesi, assez robustes, de multiplication facile, pourront être utilisés au greffage des Cactées de différents genres.

[fig190]
Fig. 190. — Greffage sur Opontia.
[1.3]Opontia ou Nopal. — Les espèces qui se prêtent le mieux aux fonctions de porte-greffe sont les Opuntia Stapeli, crassa, monacantha, curassavica, ficus indica et le vulgaire Opontia dit Raquette.

Le cactophile Palmer a inséré, sur une touffe de l’Opuntia monacantha, toute une collection de Cactées, une espèce étant greffée sur chaque article.

L’Opontia à feuille épaisse, Opuntia crassa (fig. 190) est réservé aux sortes délicates.

[1.4]Péreskia. — Les espèces admises comme porte-greffe sont :

1° Le Péreskia subulé, P. subulata, destiné au greffage des Opontias chétifs, des Échinopsides, Mamillaires, etc., des Épiphylles à large feuille.

2° Le Péreskia calandriniæfolia. — Les fleuristes de Dusseldorf, entre autres, emploient cette espèce à tige forte et ligneuse pour la greffe des Épiphylles.

3° Le Péreskia piquant, P. aculeata, (aux Antilles, Groseillier d’Amérique), le plus rustique du groupe, reçoit les Épiphylles, surtout les variétés à petite feuille, et quelques autres Cactées.

Le Péreskia porte-greffe prospère dans les milieux où vit l’Épiphylle ; il lui faut, en hiver, des arrosages et de la chaleur.

[1.5]Phyllocacte, Phyllocactus. — Le Phyllocacte anguleux est parfois employé. Le Ph. à large fronde, Phyllocactus latifrons, a été le sujet favori de notre confrère troyen, M. Léger. Après reprise certaine (fig. 191) il retranchait les ailes du sujet et s’en servait comme éléments de multiplication, par le bouturage.

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cactées à reproduire par le greffage

En général, toutes les Cactées peuvent se souder aux types ci-dessus.

Nous avons apprécié les aptitudes, au rôle de greffon, des espèces et des variétés suivantes :

[2.1]Cierge. — Les diverses espèces de Cierges se soumettent au greffage. Celles qui ont un port particulier seront greffées sur une tige de Cierge dressé, dit colomnaire (1re section).

Les Cereus tuberosus, Donkelaari, Limensis, spinibarbis, se greffent sur le C. tortuosus et y fleurissent mieux qu’à l’état franc de pied.

Le Cierge tubéreux prend encore sur Péreskia.

Le C. multangularis, au tronc radicant, vient sur le Cierge du Pérou, plus élevé, et sur le Cierge tortueux, aux dispositions florifères.

Sur le Cierge de Bonpland, à tige carrée, on réussit les Cereus albispinus, Donkelaari, giganteus, Huotti, et quelques autres.

En 1830, au Jardin des Plantes, à Angers, on piquait le Cactus speciosus sur la tige des Cierges du Pérou, hexagone et cylindrique.

[2.2]Les Pilocereus, Cierges poilus, qui atteignent de grandes dimensions, trouvent un support, pour leurs formes trapues, dans les Cierges du Pérou et de Bonpland.

Le P. senilis coiffera de sa chevelure blanche les Cierges du Pérou, C. peruvianus, et à grosse côte, C. macrogonus, alors que le P. pilatus ornera de sa crinière, le Cierge lisse, C. lætus.

À l’Exposition de 1889, le Mexique exhibait un gigantesque Pilocereus senilis couronnant un Cierge magnifique, Cactus speciosissimus.

[2.3]Échinocacte, Echinocactus. — À une exposition horticole de Lille, nous avons compté, devant le lot de Cactées soumises au greffage par M. Rogé, douze variétés d’Échinocactes entées sur le Cierge du Pérou, à tige colomnaire ; autant sur le Cierge tortueux, plus couché ; huit sur le Cierge de Bonpland ; six sur le Cierge azuré, aux tiges glauques, et quelques-unes sur le Cierge à grosse côte, vigoureux, ou sur le Cactus speciosissimus, de la tribu des « Hétéromorphes », et même sur le C. lætus, moins aiguillonné.

D’autres figuraient sur le Péreskia à tige grêle ou sur l’Echinopside, au port ramassé.

L’amateur Ramus greffe l’Echinocactus Potsiu sur le Cactus tortuosus.

[2.4]Échinocereus. — Lorsqu’il est greffé sur Péreskia subulé, l’Échinocereus tubéreux, Ech. tuberosus, gagne en vigueur et en floribondité.

Les autres espèces s’accommodent plutôt des Cierges du Pérou, tortueux, de Bonpland.

L’Ech. Ehrenbergi var. cristata s’adapte au Cierge à grosse côte, tandis que son type épanouit sa corolle rose sur le Cierge lisse, C. lætus.

[2.5]Échinopside. — La forme sphéroïdale ou ovalaire de l’Échinopside contrastera avec la tige dressée et rigide des Cierges, lorsqu’on greffera les variétés principales sur ces derniers sujets, ou avec la tige grêle et tourmentée du Péreskia.

L’Echinopsis multiplex cristata, aux formes irrégulières, enté sur la tige d’un Cierge de Baumann ou à grosse côte, ou sur Opontia épais, Op. crassa, aux articles plats, ou sur Echinocereus cendré, Ech. cinerescens, rebondi et hérissé, constituera un assemblage bizarre et curieux.

[2.6]Épiphylle, Epiphyllum. — L’espèce la plus cultivée est l’Épiphylle tronqué, Ep. truncatum. Greffée sur Phyllocacte (fig. 191), sur Cierge ou sur Péreskia, la plante devient florifère et approvisionne les bouquets en hiver.

[fig191]

Fig. 191. — Greffage de l’Épiphylle sur Phyllocacte.

Par une série de greffes de côté pratiquées çà et là sur la même tige de Péreskia, on obtiendra des guirlandes décoratives d’Épiphylles en fleurs dans la serre ou dans la forcerie.

Conservant sa sève en hiver, le Cierge à éperon est sympathique à l’Épiphylle.

Avec l’Opuntia, l’Épiphylle conserve un port plus buissonnant, mais sa longévité y perd.

[2.7]Mamillaire, Mamillaria. — Les Mamillaires, dont le nom indique suffisamment la forme, seront greffés sur les Cierges tortueux, du Pérou, de Bonpland. Toutefois le Mamillaria Schiedeana développe ses petites baies rouge corail sur le Cereus Lamprochlorus, à tige cylindrique. Le Mamillaire bicolore se contente du Cierge à éperon, C. rostratus ; d’autres se soudent au Péreskia ou à l’Échinopside.

[2.8]Mélocacte, Melocactus. — Le Mélocacte pyramidal et variétés similaires réussiront sur le classique Cierge du Pérou, érigé ou cannelé.

[2.9]Opontia. — Les variétés à larges feuilles ou articles, de ce groupe, s’adaptent aux Opontias de Stapel et Figue d’Inde, et les variétés d’apparence chétive se développent avec l’Opontia à feuille épaisse. Sur ce dernier, ou sur le Péreskia subulé, la variété Op. clavarioides cristata étale ses formes originales.

Le Cierge tortueux reçoit l’Op. nivea cristata, et le Cierge triangulaire aux tiges radicantes, fait vivre le Nopal ou Opontia cylindrique et sa variété monstruosus.

[2.10]Péreskia. — Le Péreskia à grande feuille, plante de serre chaude, peut cependant végéter en hiver dans une serre tempérée par l’effet de son greffage sur le Péreskia subulé.

Les autres variétés délicates réussissent sur les Péreskias épineux et subulé.

[2.11]Rhipsalis. — Les espèces de ce genre polymorphe vivent pour la plupart en fausses parasites et se greffent sur Cierge ou sur Péreskia.

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procédés de greffage des cactées

Les procédés de greffage des Cactées se rapportent plus ou moins à ceux qui sont décrits dans cet ouvrage. Il suffira de mettre en contact les tissus cellulaires des deux parties — plutôt jeunes — au moyen de tailles, d’incisions, et de l’écorçage ou du grattage de l’épiderme.

[3.1]Époque. — Deux périodes sont adoptées : février-mars et juillet-août, quand la sève est encore active. Plus tard, la période de repos arrive et la soudure est moins certaine.

Sujet. — Le sujet, de bouture récente, sera jeune et ferme, bien mûri. Déjà ligneux, il se soudera mieux et conservera sa vitalité plus longtemps que les plantes à tissus mous et aqueux.

Bouturé en février-mars, un rameau sujet sera greffé au mois de juillet ou d’août ; s’il est trop faible, on l’ajournera. Une bouture de fin été est quelquefois propre au greffage en mars.

Les têtes (cephalium) des Cierges et des Péreskias, coupées pour être greffées, peuvent constituer de nouvelles boutures qui seront à leur tour propres au greffage au bout de huit à douze mois. La plante tronquée produira des pousses qui, bouturées, deviendront par la suite des sujets.

Le bouturage est pratiqué à partir d’avril. Des articles, des gemmes, des petits mamelons, des fragments de rameaux sont détachés de la mère, au pied, sur tige ou sur aréole ; après un séchage de quelques jours, on les enterre très légèrement dans le sable d’une tablette de la serre, sans les étouffer ni les ombrer. Les racines se forment en peu de temps.

Les espèces aux dimensions réduites sont groupées par cinq ou six boutures dans le même pot ; elles seront isolées après reprise complète.

On greffera le sujet au moment de l’empoter.

[3.2]Greffon. — La nature du greffon varie suivant l’espèce à reproduire ; il doit être relativement court, de moyenne grosseur et bien constitué.

Le greffon des Cierges et des Péreskias est un fragment de tige ou branche cylindrique, costé ou anguleux, d’une longueur moyenne de 0m,10.

Le greffon des Mélocactes, Échinocactes et Mamillaires est une jeune pousse globuleuse ou ovoïde qui s’est développée au collet ou sur une côte, ou à la surface de l’étalon.

Le greffon de l’Épiphylle se compose d’une série de 2, 3 ou 4 segments adhérents les uns aux autres ; celui de la base doit être suffisamment ligneux pour se souder, et assez fort pour donner promptement une plante marchande.

Le greffon de l’Opontia est un article court ou allongé, selon son espèce, poussé nouvellement sur tige ou sur ancienne articulation.

Il n’y a pas d’inconvénient à détacher le greffon de la mère quelques jours avant son emploi.

[3.3]Assemblage. — Le rapprochement définitif, ou assemblage, consiste à mettre en contact les tissus cellulaires des deux plantes opérées.

Pour le greffage sur tige de Cierge ou de Péreskia, on étête le sujet de manière que le greffon porte sur une partie déjà ligneuse. On incise de haut en bas l’axe du sujet et l’on y insère le greffon, dont on avive l’épiderme à la base, sur chaque face. La greffe anglaise simple (fig. 80, 117, 181), réussit également.

La figure 191 représente un Épiphylle, greffe de quatre ans, introduit de cette façon, sur une tige de Cierge ou plutôt de Phyllocacte.

La greffe de côté (fig. 65, 66, 67) est applicable au Péreskia, plante sujet. On pratique une fente oblique, de haut en bas, commençant à l’aisselle d’une feuille terminant à l’axe central, et l’on y introduit le greffon préparé.

La soudure des plantes grasses exige le contact des deux parties, facilité par des pointes transversales ou des liens extérieurs.

On enfonce des épingles galvanisées ou des aiguillons de Cactée, longs et forts comme ceux du Péreskia, traversant le sujet et le greffon ; on ajoute s’il le faut, une ou deux petites pinces en bois (pince à linge) au sommet du sujet incisé.

Quand une ligature est praticable, on se sert de fil, de laine, de coton ; les épines conservées en tête du sujet empêchent le glissement du lien.

[fig192]

Fig. 192. — Greffage de l’Échinocacte sur Cierge.

La couture à l’aiguille avec un fil ordinaire, traversant la greffe, est encore admissible.

L’Opontia (fig. 190) sera greffé tel que nous venons de l’expliquer : incision au sommet légèrement tronqué ; introduction d’un greffon avivé à la base ; épinglage ou ligature.

Le Cierge sur Cierge (fig. 189) nécessite la perforation de l’axe de l’une des deux parties. Quant aux greffons sphériques, ramassés, ou à peu près, il suffirait de les adapter au sujet par une simple coupe horizontale répétée sur l’un et sur l’autre ; mais s’ils étaient plus gros que le sujet, on les creuserait en dessous (B, fig. 192), et on y introduirait ce dernier (A) avivé en tête comme s’il s’agissait d’emmancher un maillet. S’ils étaient plus petits ou de forme ovoïde, on pratiquerait l’opération contraire.

La ligature (C) se fait avec un fil, avec un brin de laine, de coton ou de raphia reliant les deux parties à la façon du ficelage du bouchon des bouteilles de liquide mousseux. Un tour préalable en tête du sujet et deux tours en croix sur le greffon — ménageant le sommet par un tampon de liège — suffisent. Si la plante est en pot, le bord couronné du vase à fleur peut aider à ce petit travail.

[4]Soins après le greffage des Cactées. — Le sujet greffé sera placé immédiatement à l’ombre, sous châssis ou sous cloche dans la serre, et y séjournera de huit à quinze jours.

Une fois l’adhérence bien constatée par un commencement de végétation ou un simulacre de bourrelet, on enlève le double verre et on laisse la plante dans la serre où elle ne tarde pas à se développer.

Les ligatures seront supprimées assez tard, après la reprise, avant qu’elles puissent nuire au grossissement du sujet.

Cependant, les greffes de Cactées pourraient être groupées sous le simple verre de la serre à multiplication, à mi-ombre et mi-soleil, en leur évitant surtout les courants d’air occasionnés par le va-et-vient du personnel.

Le double verre est indispensable aux greffages d’été ; la greffe est ainsi soustraite aux risques de la pourriture qui peut être amenée par les arrosages obligatoires de la serre, en cette saison.

Le maniement d’une greffe de Cactée demande une certaine attention, tant que le soudage n’en est point complet.