L’Arc d’Ulysse/Voici la Servante du Seigneur

L’Arc d’UlysseÉditions Georges Crès et Co (p. 45-46).

VOICI LA SERVANTE DU SEIGNEUR

Vierge, pardon ! si ta Robe pleine de grâces
Frôle en ces vers impurs celle des pauvres garces,
Qui dirent comme toi, mais elles pour leur perte :
« Ancilla Domini, j’obéirai au Maître ! »
Et qui tendres aussi, belles, et de ton âge,
Ont rencontré sur leur chemin l’homme et pas l’Ange.

Ecce Ancilla Domini

Quand sur le fond des cèdres noirs le couchant d’or
Encensait tes retours des puits de Galilée ;
Que tes yeux, seuls vivants dans ta face voilée,
S’attendrissaient vers la bourgade amoncelée
En cubes de chaux pâle aux pentes du Thabor ;

Molle robe d’Asie aux graviers du chemin,
Où l’ombre t’abattait, inverse, bleue, et lente ;
L’urne à l’épaule, et toi-même Urne étincelante,
Quand le soir attestait de roses violentes
L’anneau de cuivre du menuisier sur ta main ;

Quand le bel étranger qui musiquait sa voix
Disait : « Je vous salue, ô fille de Judée, »
Par l’extase au miracle aussitôt accordée,
Que fis-tu de Joseph, du Dieu persuadée ?
Ah ! s’il t’avait menti l’amour du roi des rois ?

Si, songeant que Thamar au lit trop fréquenté
Fut ton aïeule ; si, confrontant le mystère
De sa couche innocente et de ton sein prospère,
Joseph t’avait quittée, en refusant un père
Au déplorable espoir de ta fécondité ?

Il t’aimait, il se tut, le cœur dans tes tenailles ;
L’ouvrier a nourri le fils de l’Olympien.
Et vers toi maintenant, Image au ciel chrétien,
Se tournent les yeux creux des mères sans soutien,
Les bontés pour le maître accouchant sur la paille.

Ô Servante, promue au grand lit du Seigneur,
Sœur divine de la petite pécheresse,
Trop crédule, qui voulait bien être déesse !
Regarde la, saignant d’une amour larronnesse,
Pleurer sur le Jésus qui terre sa douleur.

Je vous salue, Marie.