L’Arc d’Ulysse/Le vers est immortel

L’Arc d’UlysseÉditions Georges Crès et Co (p. 108).

LE VERS EST IMMORTEL

Le poème forgé de ta chair sur l’enclume,
Te vient de quel passé de Roi ou de Sylvain ?
Un aïeul te possède et doucement te vainc.
Le vers que tu croyais engendrer, tu l’exhumes
 
Et il te survivra. — Sous le bouleau des brumes,
Ou le pin grec, né de ta bouche en l’air divin,
Il ne meurt plus ; mille arcs s’irriteront en vain
Vers son cri sur la neige et son sang sur sa plume.

Du palimpseste obscur l’Ode se lève et luit ;
Le vieil Aède, mort de silence et de nuit,
Chante réincarné dans un fils de lumière.

Tous les vers détrônés attendent leur rayon,
Même ce legs narquois, braqué sur des sorcières,
Qui gèle en une crypte et lamente Villon[1].


13 février 1915.
  1. Le Roman perdu du Pet-au-Diable, grossoyé par Tabarie, et que Villon composa contre Mlle de Bruyère et ses suivantes.