L’Air et la Vitesse/00

Librairie aéronautique (p. 5-6).

PRÉFACE

Le nouvel ouvrage que publie sous ce titre M. René Lorin tranche nettement sur la production de la littérature aéronautique.

L’auteur ne s’est point proposé de faire œuvre descriptive ou documentaire.

Esprit libre et original, il nous soumet au sujet de l’Aviation, de ses possibilités prochaines, un ensemble de réflexions très personnelles et d’idées neuves qui font de ce petit livre une lecture éminemment substantielle et plus pleine de choses que bien des gros volumes d’aspect imposant.

Pour hardies qu’elles paraissent parfois, ces idées demeurent toujours rationnelles. La haute culture technique de l’auteur, sa rare compétence professionnelle dans les questions de locomotion, les études personnelles et remarquées qu’il poursuit depuis plus de douze ans sur des questions d’aérodynamique et d’aviation lui permettent d’aborder et d’exposer les spéculations d’ordre général, avec une méthode rigoureuse, sans perdre de vue les possibilités de réalisation et sans jamais s’égarer, comme il arrive parfois dans le domaine fantaisiste de l’imagination pure.

Partant d’une analyse et d’une classification très claire des divers modes de locomotion, l’auteur nous conduit par une série de chapitres et de déductions fort logiquement entraînée à sa conception personnelle et neuve de l’aviation envisagée comme moyen de transport. Cette conception est caractérisée par la recherche de la vitesse maxima sur de longs parcours absolument définis d’avance et par la recherche de la sécurité fondée sur l’étude raisonnée de nouveaux moyens d’essor et d’atterrissage.

Il y a là souvent des « idées d’avant-garde », comme le dit fort justement l’auteur lui-même, mais elles sont exposées et défendues par un vrai technicien. Si elles s’écartent des opinions courantes et les heurtent même parfois de front, rien dans l’évolution de l’aviation n’est venu les infirmer depuis qu’elles furent émises. On peut même dire que les progrès acquis, particulièrement dans la puissance des moteurs, la capacité portante des appareils les rendent chaque jour moins difficiles à réaliser.

Tout en réussissant par la clarté et l’agrément du style à rendre accessibles à tous et même attrayantes les questions souvent ardues qu’il est amené à aborder, l’auteur a traité son sujet d’un point de vue tout à fait général, philosophique, pourrait-on dire. C’est tout une doctrine, toute une École qu’il tente de fonder. Et si la nouveauté de ses aperçus peut sembler parfois un peu révolutionnaire — ce qui n’est pas un défaut qu’en politique ou en art, — le livre de M. René Lorin ne manquera pas d’être lu attentivement et souvent repris par tous ceux qui ne s’hypnotisent pas sur les idées actuellement admises. Ils lui sauront gré, même s’ils ne partagent pas toutes les opinions qui y sont émises, de les inciter à réfléchir sur des questions d’une importance capitale pour l’aviation et à les envisager sous de nouveaux aspects.


Georges Besançon,
Secrétaire général de l’Aéro-Club de France.