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IV

L’Âme du poëte


 
I

Beau lac, j’ai vu, de ce bois sombre,
Tes flots s’embraser au soleil ;
Ils brillaient de couleurs sans nombre,
De bleu, d’orangé, de vermeil.

Mais cet azur, ces roses vives,
Cet or qui serpente là-bas,
Ces rayons qui baignent tes rives,
O lac, ne t’appartiennent pas !

Ce n’est pas de tes flots qu’émane
Ta clarté si douce à mes yeux ;

L’azur de ton sein diaphane,
Beau lac, n’est qu’un reflet des cieux.

Sur ton lit de roc et de sable,
Tu n’as reçu, pour don natal,
Que ta transparence immuable
Et tes profondeurs de cristal.

Les couleurs dont ton eau rayonne,
Le soleil en toi répété,
Cet éclat qu’un beau jour te donne,
Tu les dois à ta pureté,

À tes ondes immaculées
Comme les neiges des sommets :
Dans la source et l’âme troublées
Les cieux ne se peignent jamais.


II

Toi donc, si tu veux, ô poëte,
Vivant miroir de l’univers,
Qu’animant ton œuvre imparfaite,
Le vrai soleil brille en tes vers ;

Si tu veux qu’à travers ses voiles,
Un meilleur monde, en souriant,

Reflète en ton sein les étoiles
Et les roses de l’Orient ;

Que l’homme à ta voix se console,
Et, comme au bord de ce lac bleu,
Qu’il se penche sur ta parole
Pour voir passer l’esprit de Dieu ;

Qu’enfin l’adorable nature
Respire et vive en tes tableaux…
— Garde ton âme toujours pure
Et profonde comme ces eaux.