Revue des Deux Mondes6e période, tome 48 (p. 669-685).
L’ARMÉE [1]


France, France, sans toi, le monde serait seul.
VICTOR HUGO.


Alfred, de Vigny, dans les « Souvenirs » de sa vie de soldat, nous montre une armée si émouvante de servitude et de grandeur qu’elle pouvait sembler les avoir, l’une et l’autre, épuisées. Combien, pourtant, ce double aspect se révèle plus pathétique dans notre armée durant cette guerre où un abîme de servitude se borde d’un sommet de grandeur !… Notre armée dans cette guerre… quel plus haut sujet proposer à nos pensées qu’il convie, comme le clocher de nos campagnes appelle les hirondelles familières qui viennent l’enlacer de leurs orbes du soir !


* * *

La guerre semblait hésiter encore que déjà sa servitude s’imposait… La splendeur d’août vibrait sur les campagnes, la glèbe rayonnait du soleil des moissons, et soudain toutes les cloches se mirent à tinter le glas de la paix. Toutes s’unissaient, les gros bourdons des villes épandant leurs amples sons en cercles indéfinis de gravité et d’émoi, les cloches argentines des campagnes, plutôt faites pour la joie des dimanches, dépaysées d’un si grand rôle et dont la gentillesse, soudain assombrie, avait la mélancolie des enfants endeuillés ; les cloches, toutes les cloches mêlaient leurs voix et tendaient sur la France comme un grand voile frémissant et sonore. Toutes tintaient, unies comme elles ne le sont qu’aux soirs des Toussaints, pour la « Fête des morts »… Et de combien de morts nouveaux elles sonnaient ainsi la fête prochaine de douleur et de gloire !

Par elles, l’appel du sol planait au-dessus du sol. Il devenait l’appel des clochers, hautes tours des veilles nécessaires sur la vie morale des peuples, phares de la lumière qui ne doit pas s’éteindre, symboles de tous les élans vers l’infini et piédestaux, enfin, du Coq gaulois, dont il semblait que le chant soudain allait faire jaillir le soleil des revanches.

Nulles cloches, jamais, n’éveillèrent tant d’échos dans les cœurs. Par elles, pourtant, s’imposaient déjà tous les déchirements de la guerre. Elles étaient l’appel irrémissible. Nul, parmi tous ceux que la patrie avait désignés pour servir son destin, ne songeait à le repousser. Combien, cependant, auraient pu ajouter aux excuses du récit de l’Evangile ! Celui-ci vient de poser la première pierre de son foyer ; cet autre est le seul soutien d’enfants demeurés sans mère ; en voici qui se penchaient sur le berceau d’un nouveau-né… Tous avaient leurs bonheurs, leurs devoirs, leurs soucis… Et tous doivent partir, les uns pris au collet par la mobilisation et jetés, par le premier train, vers la frontière bientôt sanglante ; les autres qui voient s’écouler, jour par jour, heure par heure, les délais impartis et connaissent cette lente angoisse de la séparation inéluctable, à chaque minute plus prochaine, qui est comme l’agonie du cœur…

Tous sont partis, cependant, et ceux-là même que l’ordre de la Patrie, dans la paix, avait laissés rebelles, accouraient d’autres frontières, fuyant une sécurité de lâcheté et ne gardant de l’ancienne défaillance que la volonté d’en effacer jusqu’au souvenir.


Asservis au devoir, tous les Français mobilisables étaient aux camps ou aux frontières. Et voici que la patrie va, tout de suite, exiger de son armée le plus redoutable sacrifice, la plier à la plus rude servitude : la retraite… On était « parti joyeux pour des courses lointaines, » et l’on avait salué l’ombre de Déroulède debout près des poteaux-frontières abattus. Mais, faussant du premier coup le terrible jeu, l’Allemand, pour qui « nécessité ne connaît pas de loi, » renverse ce rempart de droit que nous créait la neutralité d’un pays qu’il avait juré de respecter. David peut bien armer sa fronde aux plaines de Belgique : ils sont trop de Goliaths. Et la nation martyre, perdant tout ce que gagne l’agresseur, mais gardant tout ce qu’il perd, préfère laisser envahir les frontières de son sol pour conserver intactes les frontières de l’honneur. Dès lors, devant l’immense ruée, il faut se replier, couvrir la France qui, pour résister à l’orage, doit rabattre sur elle son armée comme les plis d’un manteau. et c’est la longueur infinie des jours et des nuits de retraite. On part bien avant l’aube et c’est une clémence puisqu’au moins l’on ne voit pas tout ce qu’il faut abandonner. Mais le soleil ajoute bientôt aux fatigues de la route et à l’amertume des regrets. Que de belles terres belges et françaises il faut ainsi laisser à l’envahisseur !… Ce joli village où les yeux suivent votre départ avec un effroi résigné, ces villes opulentes déjà, mornes de l’affront prochain, ces champs indéfinis où s’arrondissent les moules, ces vignes étalées aux flancs des coteaux de Champagne pour ne rien perdre des baisers du soleil, tout vous jette un muet adieu… Oh ! les haltes près de ces maisons soudain délaissées, au seuil béant, chaudes encore de la douce intimité familiale et où l’on retrouve, sur un coin de table, le cahier où s’exerçaient les doigts malhabiles d’un enfant !…

Parfois l’on fait front et il semble que l’assaillant se fixe, puis va reculer. Mais l’ordre est plus inexorable que l’assaillant. et la retraite recommence, tandis que, trouée d’incendies, la nuit s’émeut


du piétinement sourd des légions en marche.


Avec l’armée s’en va, autre armée de misère, la longue théorie de ceux qui n’ont pas voulu attendre l’Allemand. Et l’on songe, les dents serrées, que l’on ne peut même pas tenter de les défendre. Que deviendront-elles, leurs villes et leurs bourgades ? Quelle insolence allemande s’y installera pour les gouverner ? Combien durera leur deuil de la pairie ? Quand reverront-ils nos soldats, les pauvres gens qui tournoient autour d’eux comme des oiseaux blessés et finissent parfois par retourner au gîte qu’ils auraient voulu fuir et dont ils ne peuvent s’arracher… D’autres poursuivent cependant : un vieux traîne sa vieille sur une pauvre brouette ; un long convoi mêle des charrettes villageoises surmontées d’édredons, de voitures d’enfants, parfois de cages d’oiseaux, au bétail beuglant sa détresse de l’étable abandonnée… En voici qui cherchent dans un champ la pierre où reposer leur tête ou qui, novices, chemineaux, s’essaient à faire cuire quelques aliments dans le fossé du chemin…

— Que ne demeures-tu pour les protéger ? Où vas-tu donc, soldat ?…

— J’obéis…


Un matin, l’armée s’étonna d’attendre l’ordre du départ et l’on apprit bientôt que le vœu unanime était enfin réalisé. On mourrait peut-être, mais on ne reculerait plus ! On se ferait hacher sur place, mais les corps marqueraient la frontière provisoire que l’ennemi ne franchirait pas. Ce fut le miracle français. Les lutteurs s’affrontèrent longuement. Les peuples haletaient, penchés autour de la lutte géante. Peu à peu, les reins de l’agresseur plièrent ; son front gonflé s’abaissa ; un frémissement de tout son corps annonça la défaillance prochaine. Et vint le grand recul et la victoire immense. Suivant la promesse qui assure à l’obéissance les chants du triomphe, la servitude consentie par noire armée dans l’humiliation de la retraite avait donné à l’audacieux et clairvoyant génie du chef les conditions de notre salut.

Ce fut, pendant quelques jours et pour nous cette fois, « la guerre fraîche et joyeuse. » Les pays envahis sortaient de leurs tombeaux. La victoire, enchantant, nous ouvrait la carrière… Mais bientôt l’ennemi s’évanouit comme une ombre et l’armée n’eut plus devant elle qu’une longue ligne de terre soulevée qui abritait des fusils et des mitrailleuses. La servitude reprit plus lourde que jamais….


Quel fondateur d’ordre, proposant aux hommes de volonté parfaite, la vie la plus dépouillée, l’abnégation la plus totale, aurait pu imaginer la règle qui devait être celle de nos soldats depuis ce temps, les vœux qui devaient être leurs vœux ?… Pour trappe un fossé, boueux l’hiver, brûlant l’été ; les nuits souvent sans sommeil, car l’ennemi est trop prêt à vous chanter de sanglantes matines ; une séparation du monde, les premiers mois surtout, aussi complète que si la grille la plus austère se fût fermée sur vous et, pour combler toute cette misère, la menace incessante d’une agression qui rôde, jour et nuit, le long de la tranchée ; la cadence implacable des mitrailleuses ; les obus, les grenades et le vol hésitant des pesantes torpilles… Les heures s’ajoutent aux heures, les jours aux jours, les mois aux mois, les années aux années, dans cette angoisse qui semblait défier les forces d’un seul jour. Et l’armée demeure cloîtrée dans ce noviciat de la mort…

Parfois l’effort de l’ennemi, en se fixant, se centuple. Groupés en meute d’enfer, ses canons, jour et nuit, mêlent leurs hurlements. Partout le vent effrange et creuse, blanche ou noire, la fumée des éclatements. Les obus grêlent. La mort jalonne son champ. La terre bondit en gerbes comme la vague sur un récif. Plus de tranchées. Il faut s’accrocher, s’incruster à la glèbe déjà avide de votre sang… Des bois qui furent soumis à ces chocs insensés, il ne reste que des troncs décharnés. Mais où les arbres même n’ont pu demeurer, les soldats demeurent… Ils attendent l’assaut… Ils attendent la mort… Qu’elle est lente à venir, la mort libératrice, la désirable mort !… Les nerfs sont déchirés… La tête éclate… On ne peut plus penser ; d’ailleurs, cela vaut mieux !… Ah ! la paix du tombeau !…

L’Allemand, jugeant la place vide, ébranle, en lourd rouleau, ses massives formations. Mais du désert montent soudain vers lui des cris et des balles. Et des ruées l’accueillent. Fidèles à leur servitude, nos soldats étaient toujours là !

L’ennemi redouble. Il veut passer. Verdun le fascine. Il lui faut cette clef de la France. Il accumule et déchaîne toutes ses forces de mort. Devant cette pression inouïe, comment l’acier de notre résistance ne plierait-il pas un instant ?… Les forts tombent. La cité est ouverte. Déjà leurs yeux avides se repaissent des ruines de la ville toute prochaine. Nous sommes au tournant du destin !…

Mais un chef arrive pour qui n’existe pas de ville ouverte quand il a mis, devant elle, son armée et sa volonté. Son nom seul est déjà une promesse de victoire. De ces hommes harassés, pâles encore du choc effroyable et qui ont passé la limite de l’effort, il réclame un suprême effort. Submergés par l’assaut innombrable, ils tiennent. Toute la foudre les écrase, ils tiennent. Des nuages mortels les enveloppent, ils tiennent. Ils sont sans pain, sans eau, ils tiennent. Le temps réduit leur nombre, multiplie leurs souffrances, laisse intacte leur volonté… Toutes nos armées s’empressent, en pèlerinage sacré, à leur rendez-vous d’héroïsme. Toutes s’égalent à leurs sacrifices. L’ennemi peut exaspérer ses tragiques efforts : ils n’aboutiront plus qu’à hausser notre gloire. C’est Français que Verdun entrera dans l’histoire pour en être un des sommets, pour y demeurer un flamboyant symbole des vertus de notre race… Verdun !

Prenons garde toutefois qu’à force de nous exalter de ces faits éblouissants qui dépassent toutes les légendes, nous ne Unissions par oublier quelles réalités douloureuses ils recouvrent et que ce sont de pauvres hommes de chair et d’os qui vivent ces épopées. Redisons-nous tout leur long martyre, et la pluie, et la neige, et la boue, la pesante, la gluante, l’enlisante boue, et le froid qui gèle la moelle dans les os… Quels maux ajouter à leurs maux ? Et comme il semble pleurer sur eux le vers de la poignante ballade de Banville :

Aux pauvres gens, tout est peine et misère !…


Plusieurs ont connu un dernier cercle de l’abnégation et de la servitude. Ils occupaient des tranchées que l’on savait minées et sous qui l’ennemi continuait ses travaux. A la menace de ses coups assourdis succède, plus tragique, la menace de son silence… Quand sera-ce ? Quand le sol va-t-il craquer et bondir sous leurs pieds ? Quand leurs lamentables débris seront-ils projetés vers le ciel, comme pour témoigner à sa face de l’horreur de cette guerre ? Quelle est la minute du destin ?… Heureux le condamné à mort puisque lui, du moins, sait quand il va mourir !

Écoutez un de ces martyrs… La mine avait sauté et la terre l’avait aspiré avec tous ses compagnons morts. Sur eux s’était scellé le tombeau. Seule, une mince faille, au-dessus de sa tête, lui faisait l’aumône d’un peu d’air et de lumière. Sur lui, recroquevillé, le cadavre d’un camarade arrêtait l’éboulement, le sauvant de la mort par cette arcade de mort… La main d’un cadavre avait lié son bras et, peu à peu, s’incrustait dans sa chair. Du fond de l’abime, il clamait sa détresse. Une clarté de lampe électrique mit soudain une veilleuse dans le sépulcre… Sont-ce des amis ? Est-ce l’espérance ? Est-ce le salut ?… Des mots français descendent vers lui mais, hélas ! ils n’ont pas l’accent de chez nous. C’est un officier allemand qui lui crie : « Bon courage ! Je ne puis rien pour vous !… » Nos soldats, en effet, accourus vers l’entonnoir, s’acharnaient à sa conquête. La lueur s’éteignit, avec elle l’espérance… Longtemps on se battit, presque sur sa tête. Et il risquait ainsi de mourir par ceux qui venaient le sauver. Enfin, les éclatements plus espacés des grenades témoignèrent que la lutte s’apaisait… Mais quels étaient les vainqueurs ? Au désespoir de son appel, des voix françaises répondirent. Le déblaiement dura des heures. Lazare sortit de son tombeau…


« Les hommes, disait Pascal, n’ayant pu guérir la mort… ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser. » Mais ces hommes-là, comment feraient-ils ? Elle descend s’asseoir près d’eux, au creux de la tranchée et, de temps en temps, à l’un puis à l’autre, elle fait son petit signe. Quand elle retarde trop sa funèbre visite, il arrive qu’il faille aller au-devant d’elle… Et c’est l’assaut. Ce sont les gerbes allant elles-mêmes vers la faux… Où est la fureur joyeuse des folles chevauchées des guerres en dentelles dans cette guerre qui n’a plus de dentelles que celle de ses drapeaux ?

Alignés comme à l’exercice, ils partent en vagues successives. Chacun d’eux n’est qu’une pauvre goutte anonyme dans cette immense mer de servitude et d’héroïsme. Les nids de mitrailleuses sont les récifs, les tranchées sont les falaises, et la vague les borde de son écume sanglante… Les mitrailleuses fouaillent leurs rangs et beaucoup ne conquièrent du sol que toute la longueur de leurs corps… Le tir de barrage abaisse devant eux son rideau de fer et de feu. Et ils plongent dans ce barrage…

… Mais, d’autres fois, quelle ivresse quand, l’artillerie ayant mené à bien toute sa minutieuse tâche, brisé les fils de fer, nivelé les tranchées, crevé les nids de mitrailleuses, le chef peut « abréger le temps des périls par la vigueur des attaques[2] » et que la frontière recule de toute l’avance du soldat !

….. Courte ivresse, cependant, car la pensée va rejoindre bientôt les blessés et les morts… Que l’appel révèle d’absences 1 En voici abattus si près l’un de l’autre que la pente en paraît toute bleue… Les plaintes des blessés guident les recherches talonnantes. Partout des voix angoissées supplient : « Brancardiers, brancardiers ! »… De tout jeunes appellent dans un sanglot : « Maman, maman ! » comme font les petits enfants dans leurs chagrins ou leurs douleurs. D’autres qui, sans doute, n’ont plus de mère, implorent : « Papa, oh ! papa ! » Et, plus inattendu, ce cri paraît plus déchirant encore.

On les emporte, cahotés dans les véhicules à toutes les ornières du chemin. Les os rompus fouillent les chairs. En voici que gagnent l’angoisse et le froid de la mort : « Ma main est morte, je vais mourir !… » Et parfois, durant la route, la voiture est devenue un cercueil.

A beaucoup, la mort refuse même ce dernier répit. Ils sont là, suivant l’expression d’un poète qui, en les glorifiant, disait d’avance sa propre gloire,


Couchés dessus le sol à la face de Dieu[3].


La vie s’écoule par toutes leurs blessures… Adieux intimes du soldat… Son front appelle le dernier baiser de l’épouse lointaine… Adieu silencieux aux petits enfants qui, bientôt, n’auront plus de père : arrachement le plus dur de tous, qui consomme le sacrifice… Et ils s’endorment dans la résignation au devoir accompli jusqu’à la mort. Obediens usque ad mortem

Plus heureux l’aviateur, déjà évadé dans l’azur et que la mort ravit soudain dans la magnificence de ses exploits. Les yeux et l’âme de tout un peuple l’ont parfois suivi dans sa chute et, dans le Panthéon qui s’ouvre à sa mémoire, pourraient se graver les vers que la mort de l’aigle inspira :


Heureux qui, pour la gloire ou pour la liberté,
Dans l’orgueil de la force ou l’ivresse du rêve,
Meurt ainsi d’une mort éblouissante et brève ![4]


Voilà donc dans quelle émouvante servitude s’obstine notre armée depuis plus de trois ans et où tous sont confondus… L’infanterie n’est plus seulement la reine des batailles, elle en est surtout la martyre. L’artillerie, jalouse d’égaler son héroïsme, fait crier d’admiration les fantassins eux-mêmes quand les canonniers de Verdun ou de la Somme se dressent à découvert, encadrés d’éclatements, auprès de leurs pièces rouges de vomir le feu, sautant parfois avec elles quand elles éclatent, mortes de leur effort de mort…

La même abnégation les caractérise tous : sapeurs posant ou cisaillant les fils barbelés, poussant leurs galeries vers les galeries ennemies au risque, si l’Allemand les devance, d’avoir creusé eux-mêmes leur tombeau ; cavaliers impatients de l’attente, si contraire à leur vocation ; aviateurs dont les ailes protectrices couvrent lignes, camps et cités et qui retrouvent, aux champs de l’air, les lices des glorieux et sanglants tournois ; médecins, brancardiers que leur lâche de vie ne garde pas de la mort, — et, sur mer, où l’abnégation de nos marins connaît, dès la paix, les contraintes de la guerre, officiers et matelots veillant, jour et nuit, enveloppés de toutes les menaces, sur les routes où mines et sous-marins dissimulent la traîtrise de leurs mobiles récifs…

De même que toutes les armes, tous les grades confondent leurs sacrifices et les chefs sont si fraternellement mêlés à leurs hommes que la mort exigeante, pour mieux déblayer sa besogne, réclame souvent de les abattre les premiers…


D’où vient à notre armée la force de ce persistant héroïsme ? Que pense-t-il ce soldat silencieux de la plus grande guerre, dont l’âme est, bien souvent, comme un jardin secret… ? Quelles vertus habitent donc son âme pour que, malgré la clôture et les ombres du silence, sa beauté se dénonce

Comme, par ses parfums, un jardin dans la nuit[5].

Alfred de Vigny a signalé la « réserve perpétuelle » des soldats de son temps, leur « caractère contenu[6]. » « Il n’y a pas de profession, disait-il, où la froideur du langage et des habitudes contraste plus vivement avec l’activité de la vie que la profession des armes. On y pousse loin la haine de l’exagération et l’on dédaigne le langage d’un homme qui cherche à outrer ce qu’il sent ou à attendrir sur ce qu’il souffre… et pourtant, témoigne-t-il, ces soldats ont vécu et sont morts en hommes aussi forts que la nature en produisit jamais. Les Caton et les Brutus ne s’en tirèrent pas mieux, tout porteurs de toges qu’ils étaient… Dans cette froideur apparente, ajoute Vigny, il y a de la pudeur, et les sentiments vrais en ont besoin. Il y entre aussi du dédain, bonne monnaie pour payer les choses humaines… »

Cette réserve extrême ne paraît pas avoir diminué et, pas plus que les contemporains de Vigny, nos soldats ne pourraient se reconnaître aux « portraits effarés » que l’on fait. d’eux… D’où vient donc cette brusque timidité qui semble arrêter sur leurs lèvres l’expression de leurs sentiments ? Les Français de ce temps seraient-ils rebelles à l’idéalisme et les nobles pensées auraient-elles délaissé leurs Ames ? Voyez, pourtant, dans toute foule française, le grand frisson qui passe quand des bouches éloquentes lui jettent les cris éternels et soulèvent cette mer comme l’esprit de Dieu qui passe sur les eaux !… Cette pudeur ne serait-elle donc qu’un respect pour des sentiments que l’on se juge impuissant à exprimer dignement par des mots et qui réclament surtout d’être traduits en actes ? Est-elle la rançon de notre esprit rapide et léger qui se hâte trop de sourire de choses dont nous savons bien cependant qu’elles nous font pleurer ? Ou bien « l’affectation étant ridicule en France plus que partout ailleurs[7] » vient-elle de notre mépris du pharisaïsme et de la crainte que nous avons de sembler faire parade d’un titre à l’estime et au respect ?

Cependant notre âme est moins simple encore. Non seulement nos soldats taisent volontiers leurs plus hauts sentiments, mais, à les en croire, souvent ils les dédaignent. Ils « grognent » contre eux comme s’ils étaient leurs chefs. Ils le sont, en effet, et, ainsi qu’à leurs chefs, tout en grognant, ils leur obéissent.

Quelques pauvres mots, toutefois, sont sauvés par leur simplicité même, de la pudeur et de la raillerie et nous révèlent par instants toutes ces âmes, comme les rayons du phare dressent soudain un monde dans le néant de la nuit…

Entendez nos soldats… Une patrouille est nécessaire, d’où peut-être l’on ne reviendra pas : « Quand il faut, il faut… » Verdun réclame, pour notre salut, un immense holocauste : « Quand il faut, il faut… » Le séjour aux tranchées s’aggrave des duretés d’un quatrième hiver : « Quand il faut, il faut… » L’Orient les appelle, ou l’Italie. Ce n’est même pas dans leur patrie qu’ils vont tomber pour elle. « Quand il faut, il faut ! »

Mots tout pauvres et dépouillés mais qui traduisent, mieux que toutes les formules des philosophes, le caractère impérieux et comme implacable du devoir ! Admirable vertu d’un peuple qui ne parlait, à qui l’on ne parlait le plus souvent que de ses droits et qui, face au devoir, le mesure d’un œil calme pour l’accepter tout entier.

Ne prêtez pas, d’ailleurs, à cette acceptation totale, surtout chez les plus âgés, une sorte de ferveur joyeuse qui ajoute à son éclat sans pouvoir augmenter sa beauté. Ce ne sont pas des surhommes et c’est bien plus beau. Ils connaissent tous les déchirements et tous les risques que comporte leur fidélité et que leur mort peut venir la sceller. Et Néarque disait : « Dieu même a craint la mort ! » Mais ce n’est pas en vain que, durant des siècles, dans cet admirable sanctuaire des vertus nécessaires que fut la famille française, les pères et les mères ont patiemment formé les enfants à faire toujours « ce qu’il faut… » Le long atavisme n’a pas épuisé sa vigueur et si parfois, aux heures molles, de faciles excuses ont permis d’esquiver les devoirs moyens, quand la destinée nous prend par les épaules et nous maintient face à face avec les plus grands devoirs, c’est toujours le même « fiat » qui accueille le sacrifice et lui assure sa souveraine grandeur…


Ce sentiment du devoir que dresse, devant nous, la vie de "notre armée, n’est qu’un premier sommet dans une chaîne de grandeurs. Près de lui s’élève le sons de l’honneur.

L’honneur, disait Vigny, c’est « la conscience exaltée[8]. » Il apparaît, chez nos soldats, comme la fleur magnifique du devoir.

Il entre, pour eux, dans ce sentiment, l’orgueil d’être mêlé à une haute tâche et « la fierté de sentir sur les plus humbles fronts le rayon d’une grandeur commune[9]. » Il s’y ajoute ce goût du « beau travail » que nos soldats partagent avec nos artisans. Puisque l’effort était nécessaire, qu’il ait du moins toute sa beauté !

L’amour-propre, au sens le plus élevé du mot, rejoint ici le sentiment de l’honneur. « Le naturel d’un vrai Français, disait François Ier au témoignage de Brantôme, porte qu’il soit, à la bataille, prompt, gaillard, actif et toujours en cervelle. » François Ier reconnaîtrait les siens à ce « point d’honneur » qu’ils ont d’exceller dans les combats… Pour être « distingués, » ils veulent d’abord « se distinguer. » Sensibles à l’honneur, ils ne sont pas insensibles aux honneurs, mais ils veulent qu’il en soit la première condition. Et l’histoire recueillera le mémorial sanglant de leurs « citations » innombrables qui sont comme les versets d’héroïsme d’un hymne immense à l’honneur et à la patrie…

Cet amour-propre exalté qui semblerait devoir réserver son aiguillon aux sentiments individuels, voici que l’esprit de corps en fait une force collective d’une incomparable puissance-Chaque groupe de soldats « tient à honneur » de parfaire sa tâche avec l’orgueil que nul autre n’aurait pu faire mieux. Surexcité par une noble émulation, l’esprit de corps devient ainsi le ferment des plus héroïques sacrifices. Ce n’est plus le soldat qui vit, c’est le bataillon, le régiment qui vit en lui. Les victoires passées, écrites aux plis de l’étendard, réclament d’être suivies de nouveaux noms. Le drapeau n’évoque plus seulement toute la France, mais encore le groupe d’hommes qui, sous ses plis, ont combattu ou combattront. Troué comme une poitrine, on le décore comme elle. Il faut s’ingénier à trouver, pour symboliser les exploits incessants qu’il abrite, des insignes toujours nouveaux. Et quand la France, après1 trois années de guerre, veut s’affirmer à elle-même sa grandeur et se justifier ainsi sa foi dans l’avenir, il lui suffit, en sa fête nationale, de s’entourer, une heure, du manteau de gloire de tous ces drapeaux.


Le devoir et l’honneur réclament pour base la justice. S’ils ont, durant cette guerre, atteint dans notre armée leur suprême expression, c’est que tous nos soldats savent, de science sûre, que la France, une fois de plus, s’y trouve la messagère armée du droit…


Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre[10].


Le vœu du poète a été comblé, car nulle guerre ne fut plus juste que celle où il est tombé…

Sans doute la France souffrait, depuis quarante-quatre ans, non pas tant de sa défaite, que de l’injustice qui l’avait consacrée. Arracher des provinces à un pays quand, née de tant d’histoire, s’y était exaltée l’âme de l’indivisible patrie ; les rattacher de force à une nation dont elles avaient horreur ; nier les droits imprescriptibles qui doivent sauvegarder les peuples comme les individus, c’était mettre dans le monde un tel poids d’injustice que son instable équilibre menacerait désormais d’être à chaque instant rompu. La France le savait et que, tôt ou tard, pourrait sonner l’heure des revanches du droit. Et la vue de son armée lui épargnait l’amertume des souvenirs sans espérance…

Mais cette heure-là, qui donc chez nous eût osé avancer ou même souhaiter sa venue ? Sans pouvoir deviner ce que serait cette guerre, nous pressentions son effroi. Nous nous obstinions naïvement à prêter à nos ennemis la même horreur de l’évitable fléau, et les insuffisances de notre préparation, si elles accusent notre clairvoyance, témoignent, du moins, de notre candide bonne foi.

Il semble, d’ailleurs, que les Allemands, si impuissants à pénétrer notre âme, se soient ingéniés à nous rendre plus éclatante et plus chère la justice de notre cause. En se refusant à l’arbitrage proposé, ils se sont eux-mêmes arbitrés coupables. En reniant la parole donnée à la Belgique, ils se sont mis hors la loi et hors l’honneur. Et dédaigneux enfin d’attendre que le jeu de notre alliance et la violation de la neutralité belge nous aient conduits à leur demander raison, ils se sont jetés sur nous…

Quand notre soldat, méditant dans sa tranchée, se demande pourquoi il se bat, il se voit innocent de cette guerre. Le sang répandu ne retombera ni sur lui, ni sur ses enfants. S’il se bat, c’est parce qu’il a été attaqué, et la justice avec lui.

S’il pouvait interroger l’histoire, il trouverait symbolique que la Prusse soit née d’un parjure, puisque, ses terres ayant été remises par l’Église et le Saint-Empire romain aux chevaliers de l’Ordre teutonique chargés d’y arrêter les barbares, le dernier grand-maitre de ces moines guerriers, Albert de Brandebourg, laissa le froc et érigea en domaine héréditaire le territoire confié à sa bonne foi. Il verrait l’unité allemande « faite par la guerre et cimentée par la conquête. » Il constaterait que « les Germains nous ont envahis plus de vingt fois, cinq fois depuis le Révolution[11]. » Il retiendrait l’avertissement prophétique de Henri Heine, en 1833 : « Quoi qu’il arrive en Allemagne, Français, soyez sur vos gardes, demeurez à votre poste, l’arme au bras. » Et il admirerait que notre langue, pour flétrir une méchante querelle, l’ait appelée une querelle d’Allemand.

Mais qu’est-il besoin, pour notre soldat, de détailler le passé, quand le présent le lui résume si pleinement ? Il voit bien que pour les Allemands, la force, c’est le droit et que c’est son honneur à lui d’avoir à opposer, à ce droit de la force, la force armée du droit…

Et s’il se prend à rêver de l’avenir, il s’enchantera, sans doute, du désir fraternel de la société des nations. Il souhaitera que cette guerre soit la dernière guerre et que les peuples, de même que les individus, aient désormais un tribunal pour leurs conflits et une force au service de la loi qui leur sera commune. Mais les dures et terribles leçons accumulées depuis plus de trois ans le garderont de croire cette tâche aisée et de trop se fier à ceux dont la parole a, d’avance, perdu tout crédit. Notre Pascal l’a marqué avec une dure concision : « Qui veut faire l’ange fait la bête. » Croire à la société fraternelle, tant que l’agresseur aura gardé l’âme qui le fit agresseur, raisonner comme si, au jour de la paix, tous les peuples devaient se trouver également loyaux et fidèles, comme si l’intérêt avait perdu son emprise sur les âmes avides, comme si la justice pouvait, par elle-même, dominer la force, c’est peut-être « faire l’ange. ! . » Nos soldats, à défaut de Pascal, eussent achevé l’expression…


En même temps qu’il défend le sol de la France, le soldat de notre guerre défend donc tout ensemble la foi due aux traités, la liberté des peuples et tout l’avenir du monde. Ainsi sa cause s’affirme la cause même de l’humanité… Use retrouve le descendant fidèle des aïeux dont les exploits faisaient dire : « Gesta Dei per Francos. » Il se rattache aux Croisés qui s’en allaient, par les mers hostiles vers le Tombeau du Christ, tenter une conquête que, dans un détour émouvant, cette guerre a su réaliser. Il réincarne l’âme des soldats de l’an II promenant à travers le monde leurs drapeaux et la liberté !…

… Car, toujours, toutes les justes plaintes nous trouvèrent fraternels, toutes les indépendances nous virent favorables et c’est de nous seulement que la Pologne opprimée pouvait dire que « Dieu était trop haut et la France trop loin. »

Et si, Français, nous doutions jamais de nous-mêmes, de notre passé, de notre avenir, qu’une voix étrangère nous chante notre rôle dans le monde… C’est Swinburne, dans sa Litanie des Nations, qui fait dire à la France, parlant à la Liberté :

« Je suis celle qui fut ton enseigne et ton porte-drapeau,

« Ta voix et ton cri ;

« Celle qui te lava de son sang et te laissa plus belle ; « Je suis celle-là, la même.

« Ne sont-ce pas là les mains qui t’ont relevée gisante et t’ont nourrie,

« Ces mains meurtries ?

« Ne suis-je pas la langue qui a parlé pour toi, l’œil qui t’a conduite ?

« Ne suis-je pas ton enfant ? »

… Nous défendant nous-mêmes, nous défendons toujours plus que nous-mêmes, et puisque, dans cette guerre encore, notre soldat sauvegarde, en même temps que la terre des ancêtres, tout le magnifique patrimoine nécessaire à la beauté du monde, il a le droit de redire le vers de Sully Prudhomme avec un sens que, s’il avait vécu ces sublimes années, le poète ne lui eût pas dénié :

Et plus je suis Français, plus je me sens humain.


Sommet du devoir, sommet de l’honneur, sommet de justice et de liberté, voilà donc quel magnifique horizon moral découvre toute méditation sur notre armée. Et l’attrait, sans doute, en est grand puisque, l’un après l’autre, tous les peuples réclament l’honneur des mêmes ascensions…

Tout ce bel horizon resplendit pour nous d’une lumière de fraternité. « S’aimer, ce n’est pas se le dire[12] » et nos soldats, ici encore, sont de grands silencieux. Mais que la fraternité rayonne dans leurs actes ! Quel accent dans cet appel d’une gentillesse si française que jetait un jeune aspirant aux soldats âgés qu’il entraînait à l’assaut : <« Allons, mes vieux papas, vous n’allez pas laisser mourir tout seul votre enfant !… » — Quelle générosité totale quand il faut ramper sous les balles pour secourir un camarade blessé ! Quelle piété fraternelle quand un soldat risque la mort pour assurer à un chef ou à un ami mort la décence d’un tombeau !… Et si vous souhaitez un symbole à cette émouvante piété, voyez ce prêtre-soldat plaçant une croix sur une tombe et, soudain mortellement frappé, donnant sa vie sur cette croix[13] !


De toute cette beauté morale de notre année, rendons hommage à ses chefs et à ses soldats. Ceux-là sont grands, non seulement d’avoir prouvé combien, suivant le mot de Bossuet, « ce qu’il y a de plus fatal à la vie humaine, c’est-à-dire l’art militaire, est en même temps ce qu’elle a de plus ingénieux et de plus habile, » mais aussi d’avoir toujours été les premiers sur le chemin de l’honneur et d’avoir entouré leurs hommes d’une tendresse fraternelle. Ceux-ci demeureront le type éternel du peuple armé pour défendre, avec les champs et les foyers, la justice et la liberté. Il suffira toujours de les contempler tous, dans leur servitude et dans leur grandeur, pour que montent du cœur les mots fraternels du poète :


Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés.

Mais, de même qu’il faut maudire la science stérile qui ne tourne pas à aimer, de même l’amour est dérisoire qui ne tend pas à nous rendre dignes de son objet. La meilleure façon pour la France d’aimer son armée, c’est de sauvegarder toujours les vertus qui la firent telle. Que nos pensées pieuses et fidèles aillent donc souvent réclamer ses leçons…

Armée douloureuse, que ta grande pitié nous enseigne la fécondité de la souffrance, la royauté du sacrifice et qu’il n’est pas de flamme si le bois n’accepte de se consumer ;

Armée de devoir, que Jeanne eût tant aimée, dévoue-nous au devoir, dont tu es la martyre ;

Armée tenace, donne-nous la volonté des longs efforts, condition des vastes desseins ;

Armée d’honneur, rappelle-nous toujours qu’il est, pour les peuples comme pour les individus, des raisons de vivre qui valent plus que la vie ;

Armée généreuse, garde-nous des mols abandons ;

Armée de justice et de liberté, sauvegarde en nous la vocation qui rendit la France si grande et qui a si souvent fait d’elle comme le drapeau du monde ;

Armée glorieuse de soldats ignorés, que la gloire de la patrie nous soit plus sensible que notre propre gloire ;

Armée fraternelle, que par toi veille en nous cette tendresse profonde qui, dédaigneuse des mots, fait risquer sa vie pour ses amis ; que, par ton souvenir, nous nous aimions dans la paix comme nous nous aimons dans la guerre ; que notre fraternité soutienne les faibles et surtout ceux qui te doivent leur faiblesse ; qu’elle soit ingénieuse ouvrière de justice ; qu’elle soit, non pas une tolérance, mais un respect ; qu’elle nous conserve toujours tout ce qu’elle t’a donné ;

Armée douloureuse, armée d’honneur, armée généreuse, armée fraternelle, élève-nous, fortifie-nous, garde-nous de nous-mêmes, continue à jamais de nous sauver et qu’ainsi vive la France par ta servitude et par ta grandeur !


VICTOR DILIGENT.


  1. Discours qui a obtenu le prix à l’Académie française au concours pour le prix d’éloquence.
  2. Bossuet. Oraison funèbre du Prince de Condé.
  3. Charles Péguy.
  4. Heredia. Les Trophées
  5. Comtesse de Noailles.
  6. Alfred de Vigny. Servitude et Grandeur militaire. Passim.
  7. Alfred de Vigny, Servitude et Grandeur militaire. Passim.
  8. A. de Vigny.
  9. Etienne Lamy. Rapport sur les concours de 1914.
  10. Charles Péguy.
  11. Paul Deschanel. Discours à la séance plénière de l’Institut de 1916.
  12. Clemenceau. Déclaration ministérielle de 1917.
  13. Cf. cette citation à l’ordre de la Ve armée : « Abbê Antheunès. Brancardier aumônier du régiment. Exemple impressionnant d’héroïque simplicité dans l’accomplissement du devoir. A été tué glorieusement, ayant entre les mains la croix dont il marquait, sur le champ de bataille, la tombe d’un camarade qu’il venait d’inhumer… »