Jules Janin et le gâteau des rois (L’Art romantique)

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III. Les Contes de Champfleury L’Art romantique V. Pierre Dupont


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Pour donner immédiatement au lecteur non initié dans les dessous de la littérature, non instruit dans les préliminaires des réputations, une idée première de l’importance littéraire réelle de ces petits livres gros d’esprit, de poésie et d’observations, qu’il sache que le premier d’entre eux, Chien-Caillou, Fantaisies d’Hiver, fut publié en même temps qu’un petit livre d’un homme très célèbre, qui avait eu, en même temps que Champfleury, l’idée de ces publications trimestrielles. Or, parmi les gens dont l’intelligence journellement appliquée à fabriquer des livres est plus difficile qu’aucune autre, le livre de Champfleury absorba celui de l’homme célèbre.

Tous ceux dont je parle connurent Le Gâteau des Rois ; ils le connurent parce que leur métier est de tout connaître. Le Gâteau des Rois, espèce de Christmas, ou livre de Noël, était surtout une prétention clairement affirmée de tirer de la langue tous les effets qu’un instrumentiste tire de son instrument — jouer des variations infinies sur le dictionnaire ! Déplacement de forces ! Erreur d’esprit faible !

Dans cet étrange livre, les idées se succédaient à la hâte, filaient avec la rapidité du son, s’appuyant au hasard sur des rapports infiniment ténus ; elles s’associaient entre elles par un fil excessivement frêle, selon une méthode de penser exactement analogue à celle des gens qu’on enferme pour cause d’aliénation mentale ; vaste courant d’idées involontaires, course au clocher, abnégation de la volonté.

Ce singulier tour de force fut exécuté par l’homme que vous savez, dont l’unique et spéciale faculté est de n’être pas maître de lui, l’homme aux rencontres et aux bonheurs !

Sans doute, il y avait là du talent ; mais quel abus ! mais quelle débauche ! Et d’ailleurs quelle fatigue et quelle douleur ! Sans doute il faut montrer quelque respect ou du moins quelque compassion reconnaissante pour ce trémoussement infatigable d’une ancienne danseuse ; mais, hélas! moyens usés ! procédés affaiblis ! câlineries fatigantes ! Les idées de notre homme sont de vieilles folles qui ont trop dansé, trop montré et trop levé la jambe. Sustulerunt soepius pedes. Où est le cœur ? où est l’âme, où est la raison dans cette...?