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Jocelyn/Notes de Jocelyn/Note onzième

Chez l’auteur (Œuvres complètes de Lamartine, tome 4p. 514-515).

NOTE ONZIÈME

(NEUVIÈME ÉPOQUE. — Page 401.)

Avec eux chaque jour je déchiffre et j’épelle
De ce nom infini quelque lettre nouvelle.

J’emprunte au Cosmos de M. de Humboldt une page qui fait pour ainsi dire descendre et toucher à l’œil les merveilles et les splendeurs de ce firmament que mes vers ne font qu’adorer, et dont ils ne reflètent que l’éblouissement. La science prend les ailes de l’hymne quand elle s’élance dans le ciel de Dieu. Les chiffres sont les notes naturelles de cette musique des sphères qu’entendait Platon, et que l’âme pressent dans le silence des nuits étoilées.

« L’aspect du ciel étoilé, la position relative des étoiles et des nébuleuses, la distribution de leurs masses lumineuses, le charme pittoresque de tout le firmament, dépendent également, dans le cours des siècles, du mouvement propre des étoiles et des nébuleuses, de la translation de notre système solaire dans l’espace, de l’apparition de nouvelles étoiles, et de la disparition ou de l’affaiblissement subit de l’intensité lumineuse des anciens astres ; enfin, et principalement, des changements qu’éprouve l’axe terrestre par l’attraction du Soleil et de la Lune. Les belles étoiles du Centaure et de la Croix du Sud deviendront un jour visibles dans nos latitudes septentrionales, tandis que d’autres étoiles (Sirius et la Ceinture d’Orion) s’abaisseront au-dessous de notre horizon. Le point immobile du pôle nord sera successivement indiqué par des étoiles de Céphée et du Cygne, jusqu’à ce que, après un intervalle de douze mille ans, Wéga de la Lyre apparaisse comme la plus magnifique de toutes les étoiles polaires possibles. Ces données nous rendent sensible la grandeur des mouvements qui s’accomplissent sans interruption dans des moments infiniment petits, comme les mouvements d’une éternelle horloge du monde. Imaginons, par un rêve fantastique, que la puissance de nos sens soit surnaturellement élevée jusqu’à l’extrême limite de la vue télescopique ; resserrons dans un instant ce qui est séparé dans la durée par d’immenses intervalles : tout à coup le repos de l’espace est troublé, tout s’agite ; nous voyons les innombrables étoiles fixes se mouvoir par groupes, comme une fourmilière, dans mille directions ; les nébulosités, comme des nuages cosmiques, attirent à elles la matière environnante, se condensent, se séparent ; la voie lactée se brise en certains points, et déchire ses voiles ; le mouvement agit dans chaque point de la voûte céleste, comme, sur la surface de la terre, dans les évolutions de l’organisme végétal, qui font sortir du germe les feuilles et les fleurs. Le célèbre botaniste espagnol Cavanilles a eu le premier l’idée de voir pousser l’herbe en dirigeant le fil microscopique horizontal d’un télescope à très-fort grossissement, tantôt sur la pointe d’un bourgeon de bambou, tantôt sur le pédoncule à développement si rapide d’un aloès d’Amérique, précisément comme l’astronome observe la culmination d’une étoile au moyen du fil croisé. Dans la vie simultanée de la nature physique, dans le monde organique comme dans le monde sidéral, l’être, le subsister, le devenir, sont également liés au mouvement. »