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Œuvres de Sully PrudhommeAlphonse LemerrePoésies 1865-1866 (p. 61-62).

Un Sérail


 
    J’ai mon sérail comme un prince d’Asie,
    Riche en beautés pour un immense amour ;
    Je leur souris selon ma fantaisie :
J’aime éternellement la dernière choisie,
        Et je les choisis tour à tour.

    Ce ne sont pas ces esclaves traîtresses
    Que l’Orient berce dans la langueur ;
    Ce ne sont pas de vénales maîtresses :
C’est un vierge harem d’amantes sans caresses,
        Car mon harem est dans mon cœur.

    N’y cherchez point les boîtes parfumées,
    Ni la guitare aux soupirs frémissants ;
    Chants et parfums ne sont qu’air et fumées :
C’est ma jeunesse même, ô douces bien-aimées,
        Que je vous brûle pour encens !


    Les gardiens noirs que le soupçon dévore
    Selon mes vœux ne vous cacheraient pas ;
    Ma jalousie est plus farouche encore :
Elle est toute en mon âme, et le vent même ignore
        Les noms que je lui dis tout bas.