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LXXI.

D’OCTAVE À FERNANDE.

Votre mari est en Dauphiné et moi je suis à Tours ; vous m’aimez et je vous aime, voilà tout ce que je sais. Je trouverai moyen de vous voir et de vous parler, n’en doutez pas. N’essayez pas de me fuir encore, je vous suivrais jusqu’au bout de la terre. Ne craignez pas que je vous compromette, je serai prudent ; mais ne me réduisez pas au désespoir, et ne déjouez pas par une inutile et folle résistance les moyens que je prendrai pour arriver à vous sans que personne s’en doute. Que craignez-vous de moi ? quels sont ces dangers qui vous épouvantent ? Pensez-vous que je veuille d’un bonheur qui vous coûterait des larmes ? M’estimez-vous assez peu pour croire que je vous demanderai des sacrifices ? Je ne veux que vous voir, vous dire que je vous aime, et vous décider à retourner à Saint-Léon. Là nous reprendrons notre ancienne vie, vous resterez aussi pure que vous l’êtes, et je serai aussi malheureux que vous voudrez. Je puis tout promettre et tout accepter pourvu qu’on ne me sépare pas de vous ; cela seul est impossible.

J’ai déjà fait le tour du château et des jardins de Cerisy, j’ai déjà gagné le jardinier et apprivoisé les chiens. Cette nuit je suis passé sous vos fenêtres, il était deux heures du matin, et il y avait de la lumière dans votre chambre ; demain je vous écrirai comment nous pouvons nous voir sans le moindre danger. Je sais que vous êtes malade, et, s’il faut répéter l’expression de ceux qui parlent de vous, un secret chagrin vous tue. Et tu crois que je t’abandonnerai quand ton mari te laisse pour aller serrer ses foins et philosopher avec Sylvia, tout en comptant ses denrées et son argent ? Pauvre Fernande ! ton mari est une mauvaise copie de M. de Wolmar ; mais certainement Sylvia ne se pique pas d’imiter le désintéressement et la délicatesse de Claire ; c’est une coquette froide et très-éloquente, rien de plus. Cesse de mettre ces deux êtres de glace au-dessus de tout, cesse de leur sacrifier ton bonheur et le mien ; jette-toi dans les bras de celui qui t’aime, réfugie-toi dans le seul cœur qui t’ait comprise. Impose-moi tous les sacrifices que tu voudras, mais laisse-moi pleurer à tes genoux encore une fois, et te dire combien je t’aime, et que j’entende ce mot sortir de ta bouche.