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XLVII.

DE SYLVIA À JACQUES.

Tu te trompes, sur l’âme de notre père ! je jure que tu te trompes : Fernande n’est pas coupable ; l’homme que tu as vu n’est pas son amant, c’est le mien, c’est Octave. Je l’ai vu, je sais qu’il est ici, et que c’est lui qui rôde autour de la maison. Je le croyais parti ; mais si tu as vu un homme parler à Fernande, ce ne peut être que lui. Il se sera adressé à elle pour qu’elle le réconcilie avec moi. Le baiser que tu as entendu aura été déposé sur sa main. Octave n’est pas un grand caractère, et il me reste peu d’amour pour lui ; mais c’est au moins un honnête homme, et je le sais incapable de chercher à séduire ta femme. Quant à elle, il est impossible qu’elle se laisse séduire ainsi et qu’elle sache mentir avec cet aplomb. Je ne sais rien encore ; ce qui se passe me semble bizarre, et je ne me chargerai pas de t’en donner l’explication à présent. Je ne sais comment ils peuvent être déjà amis, mais ils ne sont point amants, j’en réponds. Je connais, non leur conduite actuelle, mais leur âme. Ne juge donc pas, tiens-toi tranquille, attends ; demain tu sauras tout, j’espère. Je suis fâchée de ne pouvoir te donner une explication plus satisfaisante aujourd’hui, mais je ne veux point questionner Fernande ; je ne veux pas qu’elle se doute de tes soupçons. Tout ce que je puis oser te dire, c’est qu’elle ne les mérite pas. Adieu, Jacques ; tâche de dormir cette nuit. Quoi qu’il arrive, je ferai ce que tu voudras ; ma vie t’appartient.