Ouvrir le menu principal

Intermède maternel[1]


Pour m’isoler un temps de l’angoisse hautaine.
Mère, dont rien n’a su tarir le cœur aimant,
Prends-moi sur tes genoux, berce-moi doucement,
Comme aux jours lumineux de l’enfance lointaine.

Roule, roule mon front las et décoloré
Entre les seins bénis qui m’ont versé la vie,
Et, pour me délivrer du mal et de l’envie,
Mets-y les frais baisers dont je suis altéré.

Pour que le sommeil vienne, il me faudrait entendre
Une vieille ballade, — oh ! mère, dis-la-moi :
Mais surtout pas d’amour, rien qui donne l’émoi.
Quelque chose de pur, de paisible, de tendre…

Lorsque tu m’endormais, jadis, par tes chansons,
Lisais-tu dans mes yeux naïfs la destinée ?
Entendais-tu vibrer dans ton âme étonnée
Le lamentable écho de mes futurs frissons ?

Devinais-tu qu’un jour ce fils que tu fis naître.
Cherchant la guérison de son spleen éternel,
Reviendrait implorer ton amour maternel,
Mère, et qu’il te faudrait deux fois lui donner l’être ?

Le vin de l’idéal a causé son tourment,
Son cœur porte on ne sait quelle plaie incertaine.
Comme aux soirs étoiles de l’enfance lointaine,
Prends-le sur tes genoux, berce-le doucement…

  1. Voici des vers admirables qui, dans leur genre, peuvent se comparer aux plus belles pièces des grands poètes français.