Inscription pour l’Arsenal de Brest

Inscription pour l’Arsenal de Brest
Poésies diverses, Texte établi par Charles Marty-LaveauxHachettetome X (p. 331-333).

XCI

Inscription pour l’arsenal de Brest.
Traduction.

Nous devons à l’obligeance de M. Julien Travers, bibliothécaire de la ville de Caen, l’indication d’un feuillet in-8o, contenu dans un volume in-4o de Mélanges qui appartient à la Bibliothèque de Caen. Ce feuillet, intitulé : Inscription pour l’Arcenal de Brest, présente la pièce française de notre poëte, signée : P. Corneille, traduite des vers de Santeul que nous donnons en note[1], et cinq pièces latines. C’est probablement d’après une autre édition que Granet a reproduit dans les Œuvres diverses (p. 227) ces vers de Corneille, car il dit en parlant de cette inscription qu’elle fut « imprimée d’abord en feuille volante in-4o, sans date d’année, et réimprimée dans les Œuvres de Santeul. » Ce poëte avait publié sur ce même sujet tout un petit recueil, dans le format in-4o, dont voici la description : Un feuillet non chiffré, imprimé seulement au recto, porte pour titre : Inscriptions pour l’Arcenal de Brest ; suivent les inscriptions latines de Santeul, numérotées 1–8, signées : Santolius, Victorinus, datées, en français : Du 6 septembre 1679. Ensuite vient la Réponse à la critique des Inscriptions faites pour l’Arcenal de Brest, en dix-huit pages, où Santeul dit à son censeur anonyme (p. 14) : « Nos épigrammes ne sont pas si malheureuses qu’elles n’ayent été jugées dignes d’être traduites par de grands poëtes, dont voici la traduction. Ils ont pris tous la septième pour leur modèle. » Il donne ensuite, sous le titre de Première traduction, mais sans nom d’auteur, la version de Corneille, et successivement les trois autres que nous renvoyons en note[2]. Enfin, continuant à faire contre son censeur l’apologie de la langue latine pour les inscriptions, il s’exprime ainsi : « C’est en vain qu’il crie au secours, et qu’il réveille le grand Corneille, qui dort dans le sein de la gloire. Il est bien plus grand prophète que lui, car ce grand personnage, dont le théâtre françois est encore si paré, me dit très-souvent qu’il sera un jour habillé à la vieille mode (p. 16). » Au tome III (p. 53 et suivantes) de l’édition des Œuvres de Santeul publiée en 1729, que nous avons citée souvent, on a joint une neuvième épigramme latine aux huit que Santeul avait publiées, et l’on a reproduit les quatre imitations françaises à la suite de la septième inscription, sans y ajouter les noms des auteurs. Les quatre pièces françaises n’en figurent pas moins d’ailleurs à leur place dans la réponse imprimée aux pages 57-71.

Colbert avait commencé dès 1663 à faire construire à Brest les bâtiments nécessaires à un arsenal maritime. Les travaux furent complétés en 1681 par l’achèvement des magasins et des ateliers de l’artillerie du côté de Recouvrance, la construction du bassin de radoub et de l’hôtel de l’Intendance du côté de Brest. La France posséda alors un arsenal qui, quoique loin encore du degré d’étendue et de magnificence où il est parvenu depuis, était le premier de l’Europe. Le Roi voulut en consacrer l’époque par une médaille, sur laquelle on voit, à l’entrée du port de Brest, le dieu Portunus, appuyé sur un dauphin et tenant en main une clef avec cette légende : Tutela classium, et pour exergue : Bresti portus et navale[3].


Palais digne de Mars, qui fournis pour armer
Cent bataillons sur terre et cent vaisseaux sur mer,
De l’empire des lis foudroyant corps de garde[4],
Que jamais sans pâlir corsaire ne regarde,
De Louis, le plus grand des rois, 5
Vous êtes l’immortel ouvrage.
Vents, c’est ici qu’il faut lui rendre[5] hommage ;
Mers, c’est d’ici qu’il faut, prendre ses lois[6].


  1. Quæ pelago sese arx aperit metuenda Britanno,
    Classibus armandis, omnique accommoda bello,
    Prædonum terror, francis tutela carinis,
    Æternæ regni excubiæ, domus hospita Martis,
    Magni opus est Lodoici. Hunc omnes omnibus undis
    Agnoscant venti dominum, et maria alta tremiscant.

    L’édition in-4o du petit recueil de Santeul porte au dernier vers : auræ, au lieu de venti. — Ce sixain est la septième des neuf inscriptions de Santeul. Il dit, dans sa Réponse à la critique, déjà citée, que c’est celle-là et la sixième qu’il estime les plus belles.

  2. Seconde traduction.

    Ce chef-d’œuvre élevé sur le bord de ces eaux,
    De qui le seul aspect rassure nos vaisseaux,
    Ce riche magasin d’équipage de guerre,
    Cet amas surprenant d’armements inouïs,
    C’est l’ouvrage du grand Louis,
    Redouté sur la mer autant que sur la terre.


    Troisième traduction.

    Ces longs murs que tu vois s’étendre sur ces mers,
    Fournir à nos vaisseaux tant d’armements divers,
    Effrayer le corsaire, assurer nos pilotes,
    Sur l’empire françois veiller de toutes parts
    Pour la défense de nos flottes,
    Sont l’ouvrage étonnant du plus grand des héros.
    Qu’à l’envi les vents et les flots
    Le reconnoissent tous pour leur dieu tutélaire,
    Et que tout l’Océan le craigne et le révère.


    Quatrième traduction.

    Cet arsenal, terrible à la mer britannique,
    Qui sous un monarque héroïque
    Voit à nos armements tout l’Océan soumis,
    L’effroi des vaisseaux ennemis,
    Des vaisseaux françois l’assurance,
    D’un empire éternel l’éternelle défense ;
    Ce fort où Mars toujours a les armes en main,
    Est de Louis le Grand le redoutable ouvrage :
    Les vents reconnoîtront ici leur souverain,
    Les mers craindront ici le maître de l’orage.

  3. Voyez les Antiquités de la Bretagne, par le chevalier de Fréminville. Finistère (1832, 1 vol. in-8o), p. 182 et suivantes.
  4. Var. De l’empire françois foudroyant corps de garde.
    (Réponse à la critique, tant dans l’édition originale que dans la réimpression de 1729.)
  5. « Qu’il lui faut rendre, » dans les Œuvres diverses de 1738.
  6. On lit, mais à tort, dans l’édition de Lefèvre et dans quelques autres : « Mers, c’est ici. »