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Chez l'auteur (p. 69-70).

Apothéose d’octobre


Ce dernier dimanche d’octobre était si beau, si ensoleillé, si radieux que je n’ai pu résister à la tentation d’aller passer quelques heures dans ma campagne. À peine sorti de la ville, l’automne m’apparut dans toute sa gloire. De chaque côté de la route, le feuillage des arbres était une symphonie de couleurs qui charmait tout l’être, me plongeait dans le ravissement. Je voyais le vert des sapins, le jaune des peupliers et des trembles, le rouge pourpre des vinaigriers, le brun des nobles feuilles de chênes. Une merveilleuse orchestration. J’allais émerveillé, impatient cependant d’arriver au petit coin de terre qui me tient si fort au cœur. Lorsque j’aperçus ma maison, blanche d’une éclatante blancheur au milieu du gazon vert, entre les branches dépouillées des arbres, une grande joie entra en moi. Cette maison blanche était une vision de rêve, non par ses lignes et ses proportions architecturales, car elle est extrêmement simple, très modeste, mais pour ce qu’elle représente pour moi. Elle est le havre, la retraite où un homme las de la foule turbulente, des multitudes enfiévrées, épileptiques, entraînées dans un mouvement perpétuel, se repose en paix. En la revoyant, c’était comme si je retrouvais un être cher dont j’aurais été séparé depuis des mois.

Le chaud soleil mettait un rayonnement sur cette demeure des jours d’été, il l’enveloppait d’un vêtement de lumière, la transfigurait. Au-dessus de ma tête, le ciel avait les tons irisés de l’opale et la rivière que l’épais rideau de feuilles des arbres me cachait partiellement il y a peine un mois, m’apparaissait maintenant dans toute sa beauté. Je voyais ses détours, ses méandres, ses rives bordées de villas aux toits bleus ou rouges. Les regards n’étaient plus bornés comme alors. Il y avait maintenant de l’espace, de la perspective et le paysage aux tons colorés de l’automne dégageait un charme indicible. Mes regards s’emplissaient de la beauté du ciel, de la terre et de l’eau et je m’enivrais de cette splendeur de la nature, cette grande magicienne. Je sentais que c’était là un jour inoubliable. Je goûtais là un calme apaisant, la douceur des choses finissantes en même temps que j’éprouvais comme une vague appréhension des coups du destin, de l’incertitude de l’avenir. Qui sait ? Cette visite pouvait être un adieu à ce coin de terre, mais dans tous les cas, c’était un adieu en beauté et pendant ces brèves heures, j’avais emmagasiné du bonheur pour de longs jours.

Avant de partir, ma fidèle et chère compagne, cueillit les dernières fleurs du jardin dont elle fit un petit bouquet : quelques pensées, des soucis d’un beau jaune orangé, des reines-marguerites violettes. Ce bouquet est sur notre table. Il est comme le dernier sourire du jardin de nos rêves.