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Chez l'auteur (p. 45).

La Voie lactée


Un beau jour s’est écoulé. Maintenant le soir est venu et l’obscurité règne. Les fleurs du jardin sont invisibles, le chant des oiseaux, le rire joyeux de l’enfant blonde se sont tus : tout cela qui était l’agrément des heures claires a fait place à la grande nuit. Dans un silence religieux, profond, j’admire la splendeur du ciel étoilé.

Au-dessus, bien au-dessus de la petite maison blanche qui m’abrite moi et les miens, je distingue là-haut, à peine perceptible, l’immense courbe de la Voie lactée, formée de millions et de millions d’étoiles. À des distances infinies, elle domine le point où je me trouve en ce moment possédé par le sentiment éperdu de ma petitesse et de l’incommensurable grandeur de l’univers. Pris de vertige, mes yeux plongent dans l’infini du ciel vers cette pâle route qui fit rêver nos premiers ancêtres et qui sera encore là lorsque les regards des derniers hommes s’éteindront à la lumière.

J’éprouve une émotion, une exaltation qui fait vibrer mon être. À cette heure, je sens plus qu’à tout autre moment le néant humain, l’éphémère de notre pauvre petite vie. Devant cette multitude d’astres que je peux à peine distinguer, que je devine plutôt, dans les profondeurs de l’espace et dont l’âge se chiffre par des millions de siècles, je reste confondu, l’esprit anéanti, sachant que le grain de sable que je foule aux pieds possède la durée que ne connaîtra aucun être humain.

Mais dans la grande nuit, tiède et douce, l’imagination de l’insecte que je suis s’élance avec ferveur vers l’inaccessible Voie lactée…