Hymne des Montagnards aux Jacobins (la Marseillaise)

Hymne des Montagnards aux Jacobins (la Marseillaise)
Librairie administrative Paul Dupont (Tome 81, du 6 décembre 1793 au 19 décembre 1793p. 85).

HYMNE MONTAGNARD


Aux Jacobins[1].
Sur l’air : Allons, enfants de la patrie.

Français, volons à la victoire
Pour détruire tous les tyrans,
Perdons à jamais leur mémoire
Et sur eux soyons triomphants. (bis)

Qu’aucun danger ne nous arrête,
Avec notre mâle fierté
Combattant pour l’égalité,
Nous sommes sûrs de leur défaite.


Volons tous au combat, vengeons l’humanité.
Jurons (bis) de ne mourir que pour la liberté.


Tous les tyrans se réunissent
Pour nous donner de nouveaux fers.
Ah ! si jamais ils réussissent,
Ils régneront sur des déserts. (bis)

Non, non, jamais ; jamais la France
Ne sera l’asile des rois ;
Oui, plutôt mourir mille fois
Que d’être sous leur dépendance.


Volons tous au combat, etc.


Ô toi, déesse que j’adore
Protège-nous dans les combats
Extermine ceux que j’abhorre,
Porte la mort dans leur climat.

Que de la foudre vengeresse,
Tu détruises tous les palais,
Ton feu punira les forfaits
Des brigands et de la tigresse.


Marchons, mes chers amis, volons aux étendards.
Courons (bis) sur les tyrans, enfoncer nos poignards.


Il ne nous reste de l’espace,
Qu’un petit loup qu’il faut veiller
Comme ils sont tous remplis d’adresse,
Il pourrait bien nous étrangler.(bis)

Coupons ses griffes meurtrières,
Méfions-nous de douceur,
Craignons, redoutons sa fureur,
C’est un germe de nos misères.


Veillons, républicains, il est fils des tyrans,
Veillons (bis), soyons humains, mais soyons surveillants.


Si nous voulons la République,
Il n’est pour nous qu’un vrai moyen,
Chassons la troupe fanatique
Ennemie du citoyen. (bis)

Faisons rentrer dans la poussière
Tous les ennemis de nos lois,
Qu’ils soient exterminés cent fois
Ou chassés de notre frontière.


À bas les calotins, indignes charlatans !
urons (bis) de les punir des crimes des tyrans.


Ouvrons les yeux à la lumière,
Et n’adorons que l’Éternel,
Que le peuple ingrat, sanguinaire,
Succombe écrasé sur l’autel. (bis)

Nous ne voulons point d’autre idole
Que le Dieu de la liberté,
Sans ce Dieu point d’égalité,
Et tout autre culte est frivole.


Périssent les faux dieux, ennemis de nos droits.
Jurons (bis) de ne mourir qu’en défendant nos lois.


Et toi Sanson[2]vaillant athlète,
Protège tous les Philistins.
Que ta hache coupe la tête
Aux parricides Brissotins. (bis)

Que ton nom seul effraye la terre,
Que tous les tyrans endurcis,
Par toi soient vite raccourcis,
Et tous privés de la lumière.


Détruisons tous les rois, vengeons l’humanité.
Offrons (bis) ce sacrifice à notre liberté.


Ô toi, charmante guillotine,
Tu raccourcis reines et rois ;
Par ton influence divine,
Nous avons reconquis nos droits. (bis)

Viens au secours de la patrie,
Et que ton superbe instrument
Devienne toujours permanent
Pour détruire la secte impie.


Aiguise ton rasoir, pour Pitt et ses agents
Remplis (bis) ton sac divin de têtes des tyrans.

Picot-Belloc.
  1. Archives nationales, carton C 286, dossier 835.
  2. Exécuteur des hautes œuvres à Paris.