Hymne à la liberté

Hymne à la liberté
(p. 1-4).


HYMNE
À LA LIBERTÉ
Imitation libre de l’ode 5, du livre 4 des odes d’Horace.
Trouvée sous les scellés du citoyen Chazot, réputé suspect, et incarcéré comme tel.

Hymne à la liberté


O toi, fille du Ciel, auguste Liberté,
Seule divinité qu’adore ma Patrie !
Par nos ayeux long-tems ton culte abandonné
Est donc enfin vengé de tant d’ignominie.
Notre Sainte Montagne a sauvé les Français
Du trop honteux danger de la cruelle absence,
Et déjà plus heureux, nous goûtons les bienfaits
De ta salutaire influence.

Oui ! Tu rends la lumière à nos yeux dessillés !
Au retour du printems, telle on voit la verdure,
D’un jour pur & serein, dans nos champs dépouillés,
Recevoir en naissant, l’éclat & la parure :
À ton heureux aspect, ainsi notre horison,
S’aggrandit, s’embellit, reprend une autre vie.
Avec toi de concert, les mœurs et la raison
Vont regénérer ma Patrie.

Comme une mere tendre, à qui les vents du Nord
Refusent un enfant, son unique espérance,
Qu’ils arrêtent au loin sur un perfide bord,
Calcule les instans, mesure la distance,
Suit d’un œil inquiet, le pénible sillon,
Qu’elle croit voir tracer au navire indocile
Qui rend, si lentement, ce tendre rejetton,
Aux vœux de sa triste famille :

D’un dieu sourd à sa voix implorant le secours,
Elle répete en vain son ardente priere ;
L’œil humide de pleurs, on la voit tous les jours,
Parcourir le rìvage, & quitter la derniere,
Le port et son espoir : ainsi, depuis quatre ans,
Soupirants après toi, généreuse Déesse,
De toutes parts trahis, c’est par des vœux ardens,
Que nous te rappelions fans cesse.

Sans craindre les traitants, la dîme & son seigneur
Nous verrons donc enfin l’honorable charrue
Entr’ouvrir un sillon, dont l’heureux laboureur,
Désormais offrira les produits à la vue.
 
Nos vaisseaux respectés, avec le nom français,
Porteront sur les mers ses vertus & sa gloire :
De notre bonne foi, les plus généreux traits,
Du commerce orneront l’histoire.

Honteux d’avoir hanté la demeure des rois,
L’adultére odieux, respectant nos familles,
Verra les bonnes mœurs d’accord avec les loix,
Constamment réprimer ses vices indociles.
Garants de nos vertus, nous verrons nos enfans,
Ressembler à l’honneur comme aux traits de leurs peres ;
Les crimes sur leurs pas, trouver leurs châtimens
À la fois justes & séveres.

Eh ! que pourront alors, tous les tyrans du Nord,
Et l’esclave Germain que fait trernbler un maître ?
Qui pourra redouter le fanatique effort,
De l’espagnol armé pour l’autel et le prêtre,
Et les honteux projets d’un ministre pervers,
Qui, d’Albion, chez nous, attisant l’infamie,
De lâches trahisons, veut remplir l’univers,
Que déshonore encor sa vie ?

Sens ennemis bientôt, l’heureux cultivateur,
De ses côteaux fleuris, reverra la richesse,
Et de l’ormeau stérile, occupant la vigueur
De sa vigne rampante aidera la foiblesse ;
Le soir, dans ses foyers, satisfait & content,
Il chantera ton nom s’ennivrant à rasade,
Que verseront gaîment, sa femme & son enfant,
En attendant chaque Décade.

Mais, au jour de repos, les ayeux respectés,
De Ion culte chéri, dirigeront la fête,
Dans leurs coupes de vin, les tristes déités,
Dont le prêtre long-tems embarrassa sa tête,
Se noyant tour-à-tour, dans ton calendrier,
Au peuple laisseront le droit sacré d’inscrire
À côté du vainqueur, Marat, Le Pelletier ;
Dont ils chanteront le martyre.

Généreuse déesse, ah ! puisse-tu long-tems
En France présider à nos Sans-Culotides !
Que ton nom révéré, se mêlant à nos chants,
De nos Républicains égaye encore les rides !
Qu’au lever du soleil, nos enfans vertueux
Commencent leurs travaux, en chantant tes cantiques
Et qu’en commun le soir ils t’adressent leurs vœux
Dans nos Cercles patriotiques !

Chazot,
de la section des Gardes-Françaises