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Histoire naturelle/XVII/Chapitre 4

< Histoire naturelle‎ | XVII

Traduction par Emile Littré.
(1p. 614-615).
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terre est celle qui a un goût de parfum. Si l’on nous demande quelle est l’odeur de la terre, nous répondrons : L’odeur que l’on recherche est celle qui se fait souvent sentir, le sol n’étant pas remué, au moment du coucher du soleil, dans le lieu ou l’arc-en-ciel a placé ses extrémités (xii, 52), et quand, après une sécheresse continue, la pluie a humecté la terre : alors elle exhale cette haleine divine qui est à elle, quelle a conçue du soleil, et à laquelle nul arome ne peut être comparé. C’est cette odeur que, remuée, elle devra répandre ; trouvée, jamais elle ne trompe, et l’odeur est le meilleur indice de la qualité de la terre. Telle est d’ordinaire celle qu’exhale le terrain sur lequel on a abattu une ancienne forêt, et dont on s’accorde à louer la bonté. 12 Dans la culture des céréales, la même terre rapporte davantage toutes les fois qu’on l’a laissée reposer. On ne laisse pas reposer les vignes ; aussi faut-il choisir avec plus de soin le terroir pour les vignobles, si l’on ne veut pas denier de la vérité à l’opinion de ceux qui retardent le terrain de l’Italie comme déjà fatigué. En certaines qualités de terre, la culture est facilitée aussi par le ciel. Il est des terres qu’on ne peut labourer après la pluie ; la qualité qui les fait fertiles les rend alors gluantes. Au contraire, dans le Byzacium (v, 3 ; xviii, 21), région de l’Afrique, cette campagne qui rend cent cinquante grains pour un, et que des taureaux, quand elle est sèche, ne peuvent labourer, nous l’avons vue, après la pluie, fendue par un âne chétif, tandis que, de l’autre côté, une vieille femme dirigeait le soc. Quant à amender le terroir, comme quelques-uns le recommandent, en jetant une terre grasse sur une terre légère, ou une terre maigre et absorbante sur une terre humide et très grasse. C’est une opéra-


tion insensée : que peut espérer un homme qui cultive un pareil sol ?

IV. (VI.)

1 Autre est la méthode que la Gaule et la Bretagne ont inventée, et qui consiste à en graisser la terre avec la terre ; celle-ci se nomme marne. Elle passe pour renfermer plus de principes fécondants. C’est une espèce de graisse terrestre comparable aux glandes dans le corps, et qui se condense en noyau. (vii..) Les Grecs n’ont pas non plus omis ce procédé. De quoi en effet n’ont-ils pas parlé ? Ils nomment leucargille une argile blanche qu’on emploie dans le territoire de Mégare, mais seulement pour les terroirs humides et froids. 2 Il convient de traiter avec soin de cette marne, qui enrichit la Gaule et la Grande-Bretagne. On n’en connaissait que deux espèces ; mais récemment l’usage de plusieurs espèces a été introduit par les progrès de l’agriculture. Il y a en effet la blanche, la rousse, la colombine, l’argileuse, la tophacée, la sablonneuse. On y distingue deux propriétés : la marne est rude ou grasse ; l’épreuve s’en fait à la main. L’emploi en est double : on s’en sert ou pour la production des céréales seulement, ou pour celle des fourrages. La marne tophacée alimente les céréales, ainsi que la blanche (5) : si elle a été trouvée entre des fontaines, elle est d’une fécondité infinie ; mais, âpre au toucher, elle brûle le sol si on en met trop. 3 La suivante est la rousse, que l’on nomme acaunumarga ; c’est une pierre mêlée dans une terre menue et sablonneuse ; on pile la pierre sur le terrain même, et pendant les premières années on coupe difficilement le blé, à cause des pierres ; toutefois, comme elle est légère, cette marne coûte de transport moitié moins cher que les autres. On la sème clair ; on pense qu’elle est mélangée de sel. Ces deux espèces une fois mises sur un




Ita est profecto, illa erit optima quæ unguenta sapiat. Quod si admonendi sumus, quales sit terræ odor ille qui quæritur, contingit sæpe etiam quiescente ea sub occasum solis, in quo loco arcus cælestes deiecere capita sua, et cum a siccitate continua immaduit imbre. Tunc emittit illum suum halitum divinum ex sole conceptum, cui conparari suavitas nulla possit. Is esse e commota debebit repertusque neminem fallet, ac de terra odor optime iudicabit. Tales fere est in novalibus cæsa vetere silva, quæ consensu laudatur. 12 Et in frugibus quidem ferendis eadem terra utilior intellegitur, quotiens intermissa cultura quievit, quod in vineis non fit, eoque est diligentius eligenda, ne vera existat opinio eorum, qui iam Italiæ terram existimavere lassam. Operis quidem facilitas in aliis generibus constat et cælo, nec potest arari post imbres aliqua, ubertatis vitio lentescens. Contra in Byzacio Africæ illum centena quinquagena fruge fertilem campum nullis, cum siccum est, arabilem tauris, post imbres vili asello et a parte altera iugi manu vomerem trahente vidimus scindi. Terram enim terra emendandi, ut aliqui præcipiunt, super tenuem pingui iniecta aut gracili bibulaque super umidam ac præpinguem, dementis operæ est. Quid potest sperare qui talem colit ?

IV. (vi.)

1 Alia est ratio, quam Britanniæ et Galliæ invenere, alendi eam ipsa, genusque, quod vocant margam. Spissior ubertas in ea intellegitur. Est autem quidam terræ adeps ac velut glandia in corporibus, ibi densante se pinguitudinis nucleo (vii.). Non omisere et hoc Græci : quid enim intemptatum illis ? Leucargillon vocant candidam argillam, qua in Megarico agro utuntur, sed tantum in umida frigidaque terra. 2 Illam Gallias Britanniasque locupletantem cum cura dici convenit. Duo genera fuerant, plura nuper exerceri coepta proficientibus ingeniis. Est enim alba, rufa, columbina, argillacea, tofacea, harenacea. Natura duplex, aspera aut pinguis ; experimenta utriusque in manu. Usus æque geminus, ut fruges tantum alant aut eædem et pabulum. 3 Fruges alit tofacea albaque, si inter fontes reperta est, ad infinitum fertilis, verum aspera tractatu ; si nimia iniecta est, exurit solum. Proxima est rufa, quæ vocatur acaunumarga, intermixto lapide terræ minutæ, harenosæ. Lapis contunditur in ipso campo, primisque annis stipula difficulter cæditur propter lapides ; inpendio tamen minima levitate dimidio minoris, quam ceteræ, invehitur. Inspergitur rara ; sale eam misceri putant. Utrumque hoc genus semel iniectum in l annos valet et frugum et pabuli ubertate. (viii.) 4 Quæ pin-



terrain le fertilisent pour cinquante ans, soit terres à blé, soit terres à fourrages. (viii.). 4 Des marnes grasses la meilleure est la blanche. Il y a plusieurs espèces de marne blanche : la plus mordante est celle dont il vient d’être parlé ; l’autre espèce est la craie blanche qu’on emploie pour nettoyer l’argenterie (xxxv, 58) : on la prend à de grandes profondeurs ; les puits ont généralement cent pieds, l’orifice en est étroit ; dans l’intérieur, le filon, comme dans les mines, s’élargit. C’est celle que la Bretagne emploie surtout ; l’effet s’en prolonge pendant quatre-vingt ans, et il n’y a pas d’exemple d’un agriculteur qui en ait mis deux fois dans le cours de sa vie sur le même champ. La troisième espèce de marne blanche se nomme glissomarga ; c’est une craie à foulon, mêlée de terre grasse : elle vaut mieux pour les fourrages que pour les champs à blé ; de telle façon que, la moisson étant enlevée, on a, avant les semailles de la suivante, une très grande quantité de fourrages. 5 Tant qu’elle est couverte de blé, elle ne permet à aucune autre herbe de pousser ; l’effet en dure trente ans : si on en met trop, elle étouffe le sol comme le ferait le ciment de Sigulum (xxxv, 46). Les Gaulois donnent à la marne colombine, dans leur langue, le nom d’églécopala ; on la tire par blocs comme la pierre ; le soleil et la gelée la dissolvent tellement, quelle se fend en lamelles très minces ; elle est aussi bonne pour le blé que pour le fourrage. La marne sablonneuse s’emploie si on n’en a pas d’autre, mais dans les terrains humides quand même on en aurait d’autre. Les Ubiens sont, que nous sachions, les seuls qui, cultivant un sol très fertile, le bonifient, prenant à trois pieds de profondeur la première terre venue, et recouvrant le sol d’un pied de cette terre : cela ne dure pas plus de dix ans. Les Éduens et les Pictons ont


rendu leurs champs très fertiles avec la chaux, qui, dans le fait, se trouve très utile aux oliviers et aux vignes. 6 Toute marne doit être jetée après le labourage, afin que le sol s’empare de l’engrais ; il faut y joindre un peu de fumier, car d’abord elle est trop âpre, du moins si ce n’est pas sur des prairies qu’on en répand ; autrement la marne, quelle qu’elle soit, nuirait au sol par sa nouveauté ; et, même avec toutes les précautions, elle ne rend le terrain fertile qu’après la première année. Il importe aussi de savoir à quel sol on la destine : sèche, elle va mieux à un sol humide ; grasse, à un terrain sec ; à un terrain qui tient le milieu, la craie ou la colombine convient.

V. (IX.)

1 Les cultivateurs de la Transpadane font un tel cas de la cendre, qu’ils la préfèrent au fumier des bêtes de somme ; ce fumier est très léger, ils le brident pour en faire de la cendre : cependant on ne se sert pas également de fumier et de cendre pour le même terrain ; on n’emploie pas non plus la cendre pour les vignobles sur arbres ni pour certaines céréales, comme nous l’avons dit (xvii, 2). Quelques personnes aussi pensent que la poussière est un aliment pour les raisins : elles en saupoudrent les grappes qui commencent à mûrir, et en jettent à la racine des vignes et des arbres ; c’est un usage constant dans la province Narbonnaise. La vendange de cette façon mûrit plus sûrement, parce que là la poussière contribue plus à la maturité que le soleil.

VI.

1 Il y a plusieurs espèces de fumier. L’usage en est antique. Déjà dans Homère (Od. xxiv, 225) le vieillard royal est représenté engraissant ainsi le sol de ses mains. La tradition rapporte que le roi Augias, en Grèce, imagina de s’en servir, et qu’Hercule répandit ce secret dans l’Italie, qui a cependant, à cause de cette invention, accordé l’immortalité à son roi Stercutus, fils de Faunus.




gues esse sentiuntur, ex his præcipua alba. Plura eius genera : mordacissimum quod supra diximus. Alterum genus albæ creta argentaria est. Petitur ex alto, in centenos pedes actis plerumque puteis, ore angusto, intus, ut in metallis, spatiante vena. Hac maxime Britannia utitur. Durat annis lxxx, neque est exemplum ullius, qui bis in vita hanc eidem iniecerit. Tertium genus candidæ glisomargam vocant. Est autem creta fullonia mixta pingui terra, pabuli quam frugum fertilior, ita ut messe sublata ante sementem alteram lætissimum secetur. Dum fruges, nullum aliud gramen emittit. 5 Durat xxx annis : densior iusto Signini modo strangulat solum. Columbinam Galliæ suo nomine eglecopalam appellant : glebis excitatur lapidum modo, sole et gelatione ita solvitur, ut tenuissimas bratteas faciat. Hæc ex æquo fertilis. Harenacea utuntur, si alia non sit ; in uliginosis vero, et si alia sit. Ubios gentium solos novimus, qui fertilissimum agrum colentes quacumque terra infra pedes tres effossa et pedali crassitudine iniecta lætificent. Sed ea non diutius annis x prodest. Ædui et Pictones calce uberrimos fecere agros, quæ sane et oleis, et vitibus utilis-


sima reperitur. Omnis autem marga arato inicienda est. Ut medicamentum rapiatur, et fimi desiderat quantulumcumque, primo plus aspera et quæ in herbas non effunditur ; alioquin novitate quæcumque fuerit solum lædet, ne sic quidem primo anno fertilis. Interest et quali solo quæratur. Sicca enim umido melior, arido pinguis. Temperato alterutra, creta vel columbina, convenit.

V. (ix.)

1 Transpadanis cineris usus adeo placet, ut anteponant fimo iumentorumque, quod levissimum est, ob id exurant. Utroque tamen pariter non utuntur in eodem arvo, nec in arbustis cinere nec quasdam ad fruges, ut dicemus. Sunt qui pulvere quoque uvas ali iudicent pubescentesque pulverent et vitium arborumque radicibus adspergant. Quod certum est, Narbonensi provinciæ et vindemias circius sic coquit, plusque pulvis ibi quam sol confert.

VI.

1 Fimi plures differentiæ, ipsa res antiqua. Iam apud Homerum regius senex agrum ita lætificans suis manibus reperitur. Augeas rex in Græcia excogitasse traditur, divulgasse vero Hercules in Italia, quæ regi suo Stercuto Fauni filio ob hoc inventum inmortalitatem tribuit.