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HYPOLITE ,
OV LE
GARCON
INSENSIBLE.
TRAGEDIE
A PARIS
CHEZ AVGVTIN COURBE, dans la Salle du Palais,
à la Palme.
M DC XXXXVII



===Acte premier===

Scène Première.Modifier


PHÆDRE, PASITHEE

PHÆDRE

Volage Athenien, infidele Thesée,
Qui ravis Ariane, et qui l’as abusée.
Tu vainquis par la ruse, et non par ta valeur,
Mon frere monstrueux, et ma credule sœur.
Ah ! qu’une fille est foible , et sa constance vaine ; (5)
Il faut pour nous gagner, peu d’art, et peu de peine.
Quelques pleurs respendus, et quelques faux sermens
Font de nostre vertu, triompher nos Amans :
Ils semblent ardamment desirer cette gloire,
Et mesprisent bien-tost le prix de leur victoire. (10)
Le lien leur desplaist qui les attache à nous,
ls sont nos ennemis dès qu’ils sont nos espous.
Il me l’a bien appris ce cruel fils d’Egée,
En plus de mille lieux sa foy s’est engagée,
Helene, Melibée, Antiope, et ma sœur, (15)
Servirent de trophée à cér esprit trompeur :
Il les quitta pour moy ; pour une autre il me laisse,
La Terre enfin pour luy manquera de Maistresse.
Mon déplorable sort m’a conduite en ces lieux,
J’ay quitté ma Patrie, et mon Pere, et mes Dieux ; (20)
Et ses cruels mespris sont l’injuste salaire
D’avoir quitté mes Dieux, ma Patrie, et mon Pere.

PASITHEE.

De vos larmes, le Ciel veut arrester le cours,
Il veut qu’un chaste Hymen couronne vos amours :
Il veut que de ce Dieu le flambeau vous esclaire, (25)
Thésée aussi le veut, cét espoux vous doit plaire,
Il est dessus le Trosne.

PHÆDRE.

Et mon Pere au cercueil.

PASITHEE

Vous avez accomply les jours de vostre deïl,
Rien ne sert plus d’obstacle à vostre mariage
Mais tout vous y convie, et la foy vous engage. (30)
N’irritez point le Roy, redoutez son courroux,
Il a pris dés long-temps le nom de vostre espoux.
N’estes-vous pas sa femme ?

PHÆDRE.

Ainsi le croit la Grece.