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Henri Heine - Ses derniers biographes allemands

Henri Heine - Ses derniers biographes allemands
Revue des Deux Mondes3e période, tome 74 (p. 683-695).

Après l’avoir quelque temps délaissé, la critique allemande s’est souvent occupée de Henri Heine dans ces dernières années. On le réédite, on le commente, on l’explique, et son histoire s’est enrichie de nouveaux documens, puisés pour la plupart dans des correspondances plus instructives que les maigres fragmens tronqués de ses mémoires Il semblait que M. Strodtmann, dont le livre restera, eût épuisé la matière ; de nouvelles biographies du grand poète ont paru tout récemment et méritent d’être lues [1]. Cependant, le meilleur moyen de connaître à fond l’auteur des Reisebilder et d’Atta Troll sera toujours de lire sa prose et ses vers, où il s’est mis tout entier. Il n’était pas du nombre de ces poètes qui cherchent le mystère, qui se cachent dans leurs œuvres. Il a passé sa vie à raconter et à chanter Henri Heine ses joies, ses chagrins, ses amours, ses haines, sans que personne s’avisât de se plaindre qu’il parlât trop de lui. Le seul moi vraiment odieux est celui des fats et des indifférens. L’homme dont on a dit que le Français qui a en le plus d’esprit après Voltaire était un Allemand avait beaucoup de petites vanités, et il ne craignait pas la vanterie, — Mais son exquis naturel le préservait de la fatuité, il n’essayait pas des poses devant son miroir, il se donnait pour ce qu’il était, et son vin fut toujours franc. Il ne ressemblait pas non plus à ces fakirs de la littérature, qui, absorbés dans la contemplation d’eux-mêmes, voient la lumière du Thabor resplendir sur leur nombril. Dès sa jeunesse et jusqu’à sa mort, il s’intéressa vivement à tout ce qui se passait dans le monde, il avait toutes les curiosités, et il mêlait les grandes pensées aux petites, les élans généreux aux misères. Il pouvait dire, lui aussi : « Quand je serai indifférent, je serai mort. »

Il faut convenir pourtant que, grâce à ses fragmens de mémoires, à ses lettres et à ses nouveaux biographes, nous connaissons mieux les premières années de ce poète rhénan de race juive, que ses origines et les préférences héréditaires de sa famille semblaient vouer au négoce ou à la banque. Nous savons quelle éducation il reçut dans sa ville natale, Dusseldorf, capitale du grand-duché de Berg, que n’habitaient plus les Ubiens et que Napoléon avait donné d’abord à son beau-frère Murat, puis à l’un de ses neveux. Né en 1797 ou le 13 décembre 1799, car ce point reste obscur, Heine a pu dire : « Je suis venu au monde à la fin d’un siècle très sceptique et dans une ville où régnait non-seulement la France, mais l’esprit français. » Goethe avait hérité de son père l’esprit d’ordre et de classement, de sa mère l’imagination et le goût des contes, die Lust zu fabuliren. Il en alla tout autrement pour Heine. Sa mère nous apparaît dans ses mémoires comme une femme d’humeur grave, fort raisonnable, pure déiste de profession, disciple de Rousseau et nourrie de son Emile. « La raison de ma mère et sa façon de sentir, a dit le poète, était la santé même et ce ne fut pas elle qui m’inspira l’amour du fantastique et du romantisme. Elle avait une sainte horreur pour la poésie, elle m’arrachait tous les romans qu’elle trouvait dans mes mains, elle me défendait d’aller au théâtre, de prendre part aux réjouissances populaires, elle surveillait mes relations, grondait les servantes qui racontaient en ma présence des histoires de revenans, faisait son possible pour éloigner de moi la superstition et la poésie. »

Cependant elle avait aussi ses chimères. Les grandeurs de la cour impériale l’avaient éblouie, elle rêvait pour son fils « les épaulettes les plus dorées. » Après la chute de l’empire, les étonnantes prospérités de la maison Rothschild frappèrent son imagination ; elle voulait faire de son Harry un riche banquier, elle voyait déjà en lui « un apprenti millionnaire. » Elle finit par se rabattre sur le barreau ; elle avait vu des avocats faire une grande fortune. Mais les étoiles avaient décidé qu’Harry ne serait ni un avocat, ni un banquier, ni un fonctionnaire à épaulettes, qu’il serait tout simplement un poète, qu’il ferait des vers dès sa jeunesse, qu’il en écrirait encore dans les angoisses et les langueurs d’une longue et féroce agonie. Quand les étoiles se sont prononcées, les mères n’y peuvent rien.

Heine n’avait pas attendu d’écrire ses Mémoires pour faire le portrait de son père : « C’était la meilleure âme du monde, lit-on dans un passage des Reisebilder, et il fut longtemps un homme superbe ; tête poudrée, petite queue élégamment tressée, qui ne pendait pas, mais était relevée au-dessus de la nuque par un petit peigne d’écaille. Ses mains étaient d’une blancheur éclatante et je les baisais souvent. Il me semble que je respire encore leur doux parfum et qu’il me pénètre d’une manière piquante dans les yeux. J’ai beaucoup aimé mon père, car je n’ai jamais pensé qu’il pût mourir. » Samson Heine, qu’on a représenté trop souvent comme un petit bourgeois fort insignifiant, était un homme d’humeur légère et de gaîté facile, prompt à l’oubli, insouciant du lendemain, jouissant de ses espérances autant que de ses bonheurs : « Heureux de vivre, il régnait dans son cœur une perpétuelle kermesse ; les violons étaient toujours accordés. »

Il avait suivi jadis dans les Flandres le prince Ernest de Cumberland en qualité d’officier de bouche ; il rapporta de ce qu’il appelait ses campagnes le goût des beaux uniformes, l’admiration de tout ce qui brille, la passion du luxe, du faste, du jeu et des aventures de coulisses. Ce marchand d’étoffes posséda jusqu’à douze chevaux, qui ne lui servaient à rien qu’à manger beaucoup d’avoine ; il ne consentit à s’en défaire que sur les pressantes sollicitations de sa femme. Il tournait tout en amusement, même ses affaires, qui allaient mal. Peu lui importait de revendre avec peu de profit ou même à perte les velours de coton qu’il faisait venir de Liverpool ; il avait eu le plaisir de les déballer. « C’était un grand enfant, » a dit son fils, et comme lui, son fils le poète eut toujours des entraînemens irrésistibles, des yeux pleins de désirs, la soif de voir et d’avoir, accompagnée de candeurs, de vanités et de joies d’enfant. Ses ennemis accusaient ce terrible moqueur, dont les flèches empoisonnées n’épargnaient ni les rois ni les dieux, d’avoir fait un pacte avec le diable. Mais le diable qui le possédait eut, jusqu’à la fin, le visage et la barbe jeunes et sut rire à gorge déployée, en montrant ses canines, comme on rit à douze ans.

Celui qu’on a défini fort justement un romantique défroqué était à la fois le plus sceptique et le plus imaginatif des hommes. A l’âge où l’on croit tout, il doutait déjà de beaucoup de choses. Il s’en est pris plus tard à l’un des prêtres catholiques qui avaient été ses premiers maîtres, au bon vieux recteur Schallmeyer, qui, pendant l’occupation française, dirigeait le lycée de Dusseldorf et faisait un cours de philosophie pour les élèves de la première classe : « Dans ce cours, il exposait crûment les systèmes de philosophie grecque les plus libres, les plus hasardés, dont le scepticisme était effroyablement contraire aux dogmes orthodoxes de la religion catholique… J’ose espérer qu’un jour, devant les assises du jugement dernier, dans la vallée de Josaphat, on me comptera comme une circonstance atténuante d’avoir été admis, par une faveur pernicieuse, à suivre dès mon âge le plus tendre les leçons philosophiques du recteur Schallmeyer. » En revanche, il attribuait à l’un de ses oncles maternels, Simon de Geldern, le développement précoce de son imagination. La maison de ce petit homme, au visage pâle et sérieux, était un magasin de curiosités, une arche de Noé, et il autorisait son neveu à passer de longues heures dans un grenier plein de vieilles caisses, où l’enfant découvrait des trésors. Sa tête se prenait, se montait, et la vieille chatte qui lui tenait compagnie dans ce mystérieux réduit lui faisait l’effet d’une princesse enchantée.

Il trouva dans les caisses des traités de magie noire et de magie blanche, les œuvres de Paracelse, de van Helmont, d’Agrippa, et le journal manuscrit d’un grand-oncle, surnommé le Chevalier ou l’Oriental, lequel avait couru de grandes aventures en Orient, où il avait fait tour à tour le métier de chef de brigands, de chevalier d’industrie, de mystique, de visionnaire, d’utopiste. « Ce mystique était quelque peu charlatan, lisons-nous dans les Mémoires de son très irrévérent neveu ; le bon Dieu lui-même n’a-t-il pas son charlatanisme ? Lorsqu’il promulgua sa loi sur le mont Sinaï, il ne dédaigna pas à cette occasion de fulgurer et de tonner, quoique sa loi fût si excellente, si divinement bonne qu’elle aurait pu se passer de ce grand déploiement de mise en scène. Mais le Seigneur connaissait son public. » A force de méditer les aventures merveilleuses du charlatan mystique, l’enfant prédestiné finit par les prendre à son compte. Il se persuada qu’il avait, lui aussi, couru l’Egypte, la Turquie et la Perse, étonnant les califes, tournant la tête aux sultanes ; comme par un coup de baguette, il était devenu son grand-oncle. Il a prétendu plus d’une fois que plusieurs de ses actions et de ses erreurs de conduite dont ses amis se scandalisaient ne lui étaient point imputables, qu’il fallait les attribuer à son double, dont l’influence occulte se fit sentir dans toute sa vie. Il citait à ce propos la Bible, qu’il aima toujours à citer : « Les aïeux ont mangé des raisins verts, et les fils ont en les dents agacées. »

Sa mère lui avait donné son bon sens, son pète l’amour de ce qui brille et la vivacité des sensations ; il devait au bon recteur Schallmeyer ses premiers doutes, à son oncle Simon de Geldern ses premiers rêves. Il n’eut pas besoin de sortir de sa famille pour trouver l’occasion qui fait les poètes, pour ressentir le choc douloureux de la réalité et des songes, pour connaître ces ennuis du cœur qu’il faut charmer par des contes, endormir par des chants. Nous savons maintenant qu’il nourrit longtemps une passion malheureuse pour sa cousine Amélie, troisième fille de son oncle Salomon Heine, le riche banquier de Hambourg. Le petit cousin pauvre pouvait-il trouver grâce aux yeux de cette opulente héritière ? Il pleura la femme, il pleura la dot. La blessure était profonde et toujours prête à saigner. Quand il apprit qu’Amélie épousait John Friedländer, il sentit se rouvrir dans son cœur la source des larmes et des chants, car ce bel oiseau à l’étincelant plumage ne pouvait pleurer sans avoir envie de chanter.

Il passa bien des années sans rencontrer l’ingrate ; lorsqu’il la revit, la blessure s’était formée et ne saigna plus ; mais il déclara « que le monde lui semblait fade et insipide, que la terre avait une odeur de violette séchée. » Au reste, ce n’était pas seulement en faisant des vers qu’il se soulageait de ses peines de cœur. Il avait une autre méthode plus efficace encore, qu’il pratiqua toute sa vie. Il avait reconnu dès sa petite jeunesse qu’on ne se guérit des femmes que par les femmes, qu’il faut conjurer Satan par Belzébut. Avait-il à se plaindre de la Vénus de Médicis, il se consolait de ses rigueurs auprès d’une autre divinité qu’il appelait la Vénus aux camélias. Jamais il n’usa de rien sans abus, et il l’a payé. Il était encore dans la force de l’âge lorsqu’il fit connaissance avec la femme noire, qui le tourmenta longtemps avant de le prendre et de l’emporter. Il a eu le courage de la chanter, elle aussi, « jusqu’au moment où elle lui ferma la bouche avec une poignée de terre. » — « La femme noire avait pressé ma tête sur son cœur ; où ses larmes avaient coulé, mes cheveux devinrent gris. Elle m’embrassa, et je perdis mes forces ; elle me baisa les yeux, et je devins aveugle ; de ses lèvres sauvages elle suça la moelle de mes reins. »

Salomon Heine ne s’était pas soucié d’avoir un poète pour gendre ; on ne peut lui en faire un crime. Il avait assez d’esprit pour goûter celui de son neveu et pour deviner à peu près ce que valait ce gaillard pèlerin ; mais il savait encore mieux ce que valait un groschen. Parti de petits commencemens, il lui semblait fort naturel que chacun s’industriât, s’évertuât comme lui, et il n’admettait pas qu’on fit danser ses écus. Son neveu l’accusait de ladrerie, le mettait au rang « de ces oncles chagrins qui calculent douloureusement ce que coûtera la partie de campagne. » Comme l’a remarqué Maximilien Heine, le plus jeune frère du poète, il y avait entre l’oncle et le neveu ou procès toujours pendant et une incompatibilité mutuelle de caractères et de principes. L’un disait : « Je suis la gloire de ma famille, que j’ai réconciliée avec les muses, et on me doit des remercîmens. Le meilleur emploi que mon oncle puisse faire de son énorme fortune est de pourvoir non-seulement à mes besoins, mais à mes plaisirs, qui sont pour moi des besoins d’imagination. » L’autre ripostait : « Mon neveu a du talent et tourne bien les vers ; mais c’est un bourreau d’argent, et je n’ai aucune envie de gaspiller à son profit une fortune péniblement amassée. Je consens à l’entretenir pendant tout le temps de ses études, jusqu’à ce qu’il ait un gagne-pain, mais je ne lui fournirai que le nécessaire, je n’entends pas faire les frais du culte qu’il lui plaît de rendre à la Vénus aux camélias. Cette divinité très coûteuse et très rapace ne saura jamais de quelle couleur sont mes écus. » On ne pouvait s’entendre ; si les reproches étaient fondés, les refus ne l’étaient pas moins.

Pendant un séjour de quelques mois qu’il fit à Londres, Heine se permit de jouer au banquier cinquante fois millionnaire un tour qui faillit les brouiller. Il était parti le gousset bien garni ; mais pour la forme et par surcroît de précaution, il obtint que son oncle lui donnât pour la maison Rothschild une lettre de crédit de 400 livres sterling, qui devaient servir à le bien poser et qu’il s’engageait à ne point encaisser. Vingt-quatre heures après son arrivée, elles avaient déjà passé dans sa poche. A quelques jours de là, le baron Nathan de Rothschild écrivait à Salomon Heine pour le remercier du plaisir qu’il avait eu à faire la connaissance d’un jeune et célèbre poète, à qui sa maison avait eu l’honneur de payer 400 livres sterling. Le vieillard entra dans une violente colère : « Que le diable emporte Rothschild ! s’écriait-il, et ses plaisirs et ses honneurs et les gens qui jettent mon argent par les fenêtres ! » Quand le jeune dissipateur fut de retour, il eut des comptes à rendre, et l’explication fut vive, orageuse. Au cours de ce débat, il prononça cette parole mémorable : « Tu devrais savoir, mon cher oncle, que ce qu’il y a de mieux dans ton affaire, c’est le droit que tu as de porter mon nom. — Ma parole ! disait de son côté l’oncle chagrin, ce garçon se fait un mérite et une vertu de ne pas exiger de moi des honoraires pour chaque ligne des lettres qu’il daigne m’écrire. » Toutefois, il le reçut à merci, et, jusqu’à sa mort, il lui servit une pension. Le payeur la trouvait trop grasse, le pensionné la trouvait trop maigre, tant leurs opinions étaient inconciliables. Chacun faisait son métier, chacun enrageait d’avoir raison.

Ce sont les impressions de leur jeunesse qui décident de la destinée des poètes ; Heine en est la preuve. Sa cousine Amélie lui avait inspiré ses premiers chants d’amour ; le malheur d’être né juif dans un pays où le juif était regardé comme une race inférieure lui inspira ses premiers cris de guerre, éveilla en lui l’esprit de rébellion, la haine des bigots, des hypocrites, des teutomanes, et fit de ce lyrique un poète militant, toujours prêt à quitter sa mandoline ou sa harpe pour emboucher la trompette des combats. Ses derniers biographes ont raison d’insister sur les souffrances que causèrent à son orgueil l’insolence du chrétien et l’attitude trop soumise des enfans d’Israël, qui s’abandonnaient à leur sort et consacraient l’injustice par le silence de leur résignation. Il lui en coûtait d’appartenir à un peuple honni, traqué par la police, méprisé des grands de ce monde et des cafards. Il était né sous le régime de la loi française, et la France avait émancipé les juifs de Dusseldorf. Après la guerre d’indépendance, on les fit rentrer dans leur antique servitude. A Francfort, on les parquait dans leur ghetto comme un vil bétail ; en Prusse, on les excluait de toutes les fonctions, de toutes les charges ; sauf la médecine, on leur interdisait l’exercice de toute profession libérale. Il a raconté lui-même ce qui se passa dans son âme d’enfant un jour qu’il baisa sur la bouche la fille d’un bourreau, Josepha ou Sefchen, qui lui avait pris le cœur par ses grâces un peu sauvages : « Je l’embrassai, dit-il, non-seulement pour obéir à un tendre penchant, mais pour jeter un défi à la vieille société et à ses sombres préjugés, et, dans ce moment s’allumèrent en moi les premières flammes des deux passions auxquelles j’ai consacré toute ma vie, l’amour pour les belles femmes et l’amour pour la révolution française, pour le moderne furor francese, dont je fus saisi, moi aussi, en combattant les lansquenets du moyen âge. »

Ce poète militant ne se piquait pas d’être un héros, il en convenait lui-même ; si peu modeste qu’il fût, il eut toujours cette sincérité qui est le sel des grands talens. « C’est une chose fatale, écrivait-il à son ami Moser, que chez moi l’homme soit régi par le budget. La disette ou l’abondance des espèces n’a pas la moindre influence sur mes principes, elle n’en a que trop sur mes actions. Oui, grand Moser, Henri Heine est très petit. Ne me mesure pas à l’aune de la grande âme, la mienne est en comme élastique, et tantôt elle s’allonge jusqu’à l’infini, tantôt elle se ratatine, se réduit à rien, verschrumpfl oft in’s Winzige. » Quand il eut reconnu que, pour arriver à quelque chose dans le royaume de Prusse, il devait abjurer la religion de ses pères, il se fit petit, il plia les épaules. Le 28 juin 1825, peu de jours avant de soutenir ses thèses pour passer docteur en droit à l’université de Goettingue, il reçut le baptême et entra dans la communion de l’église évangélique. D’autres juifs l’avaient fait avant lui ; il enveloppait Henri Heine et tous ces renégats dans la même réprobation. « Cohn, écrivait-il de Hambourg, le 14 décembre de la même année, m’assure que Gans prêche le christianisme et travaille à convertir les enfans d’Israël. S’il le fait par conviction, c’est un fou ; s’il le fait par hypocrisie, c’est un drôle. J’aimerais mieux, en vérité, avoir appris qu’il a volé des cuillers d’argent… Je le jure que si les lois autorisaient le vol des cuillers d’argent, je ne me serais pas fait chrétien. »

Il avait avalé ce calice d’un trait et jusqu’à la lie ; l’amertume lui en resta longtemps aux lèvres, longtemps il en eut le déboire. Mais il était dans sa nature de s’en prendre aux autres plus qu’à lui-même des défaillances qu’il se reprochait ; il se vengea de son humiliation et sur Jéhovah, le Dieu méprisé qui ne savait pas se faire respecter, et sur le Dieu superbe des chrétiens, qui lui avait imposé le sacrifice de son honneur et ne lui en tenait aucun compte. Les portes ne s’étaient pas ouvertes ; il avait beau s’enquérir, solliciter, il parlait à des sourds. Que lui restait-il à faire ? Il n’hésita pas, il partit pour la France, il s’en alla respirer cet air de liberté qu’il avait humé dans son enfance. Il résolut de vivre et de mourir dans un pays où la tolérance a si bien passé dans les mœurs qu’elle n’est plus une vertu, mais une habitude commode, dans une ville où personne ne s’avise de demander au talent des billets de confession, ni de s’informer s’il est circoncis ou incirconcis et qui a béni l’eau dont on l’a baptisé. Il arrivait à Paris le 3 mai 1831, et un an plus tard, en remettant une lettre de recommandation à son ami Ferdinand Hitler, qui partait pour l’Allemagne, il y glissait ces mots : « Si quelqu’un vous demande comment je me porte ici, répondez : comme un poisson dans l’eau, ou plutôt dites à tout le monde que toutes les fois que dans les profondeurs de la mer un poisson demande de ses nouvelles à un autre poisson, celui-ci répond : « Je me porte comme Henri Heine à Paris. » Vingt ans après, il écrivait : « Au lendemain de la révolution de juillet, je rompis mon ban et je vins m’établir en France, où j’ai vécu depuis, tranquille et content, en Prussien libéré. »

L’Allemagne a souvent varié dans ses sentimens pour le Prussien libéré, dans sa façon de juger l’homme et ses livres. Lorsque les éditeurs, longtemps méfians, se décidèrent enfin à publier ses premiers recueils de vers, ce fut un enchantement. Jamais musique n’avait été plus douce aux oreilles allemandes ; on se rappelait Goethe et ses débuts, à cela près que le nouveau musicien mêlait à ses mélodies les plus délicieuses, les plus caressantes, un ragoût de malice et d’ironie, des tintemens de grelots moqueurs, des dissonances hardiment cherchées, qu’il ne se mettait pas toujours en peine de sauver. Malice et sentiment, tout coulait de source ; l’homme était ainsi fait, et sa poésie, c’était lui. La sensation fut grande ; le jeune vainqueur eut du premier coup des admirateurs idolâtres, tout le monde voulait le connaître, et ses agrémens, ses séductions, le charme de son esprit et de ses manières, lui tirent beaucoup d’amis ; mais il ne s’entendait pas à conserver ses amitiés. Cet homme charmant était un paquet de nerfs, et les nerfs ne sont pas des compagnons sûrs. Il appartenait à la famille des grands félins. Petits ou grands, les félins ont l’humeur irritable et mobile. Dans leurs bons jours, tout leur plaît, tout leur va ; dans les mauvais, les existences les gênent et les offusquent ; qu’une ombre vienne à passer entre eux et le soleil, ils s’inquiètent, ils s’agacent, et leur majesté fourrée allonge des coups de griffe à la seule fin de se faire les ongles. Heine était d’un naturel généreux, il aimait à donner presque autant qu’à recevoir, et ce n’est pas peu dire, mais il avait le génie de l’ingratitude, et il n’est aucun de ses amis qu’un jour ou l’autre il n’ait égratigné ou mordu jusqu’au sang.

L’indépendance et les audaces de son esprit lui valurent plus d’ennemis encore que la versatilité de son humeur. Quand on se reporte au temps où parurent les Reisebilder, au régime de compression et de tutelle policière que M. de Metternich fit peser sur l’Allemagne entre 182 0 et 1830, il est aisé de comprendre que ce livre ait fait époque. On chantait alors aux peuples, pour les endormir, ce que Heine appelait « la vieille chanson des renoncemens. » Un coq à demi gaulois, battant l’aile, dressant sa crête, poussa tout à coup ce cri perçant qui chasse la nuit ; tous les paillers d’alentour le répétèrent, et l’on vit les peuples allemands, mal endormis, remuer dans leurs grands berceaux. De ce jour, Heine fut suspect à tous les gouvernemens de son pays comme à la diète de Francfort ; prose ou vers, la censure s’acharna sur ses livres, elle y trouvait partout quelque chose à rogner ou à tailler. Cela n’empêcha pas le coq de chanter et de se faire entendre ; il s’était réfugié en lieu sûr, on ne pouvait l’étrangler.

Mais les libéraux, qui l’avaient acclamé comme l’apôtre des idées nouvelles et d’un évangile de liberté, ne l’admirèrent pas longtemps sans réserve. On se prit à douter de sa vocation apostolique et de la solidité de ses convictions ; il avait trop de gaîté pour un prêcheur, trop d’esprit pour un tribun. Les teutomanes lui reprochaient d’aimer passionnément la France et le grand empereur. Wolfgang Menzel, « qui croquait tous les jours au moins une demi-douzaine de Français, et finissait ses repas en avalant un juif pour se rincer la bouche, » le dénonçait comme un patriote douteux, comme un impie détracteur des vieilles vertus germaniques. La jeune Allemagne, après l’avoir proclamé son chef, ne tarda pas à se brouiller avec lui. La démocratie lui plaisait, il goûtait peu les démocrates, et il exigeait que l’athéisme fût de bonne compagnie. Il éprouvait une invincible aversion « pour le règne des justes et des sots en littérature, pour les inepties vertueuses, pour les grandes convictions qui bredouillent, pour les poètes qui font des muses les vivandières de la liberté et qui n’ont eux-mêmes aucune liberté d’esprit, pour les philistins de la démagogie, dont la vieille queue est mal cachée sous leur bonnet rouge, pour toute la race des insectes enragés, bourdonnant avec colère et distillant sur le nez des despotes leur petite fiente de mouche. » Il ne voulait et ne pouvait être d’aucun parti, il ne consentait pas à se laisser encadrer. Au génie de l’ingratitude et de l’irrévérence il joignait la fureur de l’indiscipline, et son merveilleux bon sens autant que son imagination fantasque l’empêchaient de se donner à personne.

Longtemps l’Allemagne a renié ou boudé son poète ; elle affectait de le considérer comme un déserteur, comme un demi-étranger. Mais aujourd’hui qu’elle est pauvre en poésie et qu’à ses grands dieux ont succédé des dii minores, suivis eux-mêmes de dieux minuscules, elle cherche à réparer ses pertes en exerçant partout ses reprises et elle revendique comme son bien le plus cher la brebis infidèle qui refusa toujours de rentrer au bercail. On s’applique à démontrer qu’en dépit des apparences Henri Heine était un bon et chaud patriote, que ses épigrammes ne tiraient pas à conséquence, que ses colères étaient des dépits amoureux. Un illustre homme d’état disait d’un tribun très célèbre : « Nous devrons l’avaler, il faut le nettoyer. » Les nouveaux biographes du romantique défroqué le nettoient beaucoup avant de l’avaler. Ils lui prêtent gracieusement des vertus auxquelles il attachait peu de prix, une fermeté de principes et une droiture d’intentions qu’il se souciait peu d’avoir, et, au risque d’attenter à sa gloire de poète, ils en font un brave homme, qui, à vrai dire, fut quelquefois un grand pécheur. Que Dieu lui fasse grâce ! Il vivait dans un temps où tout le monde péchait. Il n’a pas connu les temps nouveaux, le royaume de gloire, séjour des bienheureux ; il n’a pas pu dire :

Quelle Jérusalem nouvelle
Sort du fond du désert, brillante de clartés ?

L’un de ces biographes, M. Robert Proelss, affirme que, si Heine avait pu contempler l’Allemagne telle qu’elle est aujourd’hui, il aurait approuvé tout ce qui s’y passe et que ses épigrammes se seraient changées en hosannas. Avec quelle joie n’aurait-il pas vu ses anciens coreligionnaires affranchis de toute servitude et devenus les égaux des chrétiens ! Il nous semble pourtant que les vieux préjugés ne sont pas morts, que les juifs allemands ont été naguère fort molestés, fort tracassés. Un prédicateur de la cour de Prusse avait découvert qu’ils étaient trop nombreux, et on a longuement disputé sur la meilleure méthode à suivre pour les empêcher de multiplier, pour rabattre leur orgueil et les faire rentrer dans leur néant. M. Proelss prétend aussi que, si Heine revenait au monde, il compterait parmi les admirateurs les plus enthousiastes du chancelier de l’empire. C’est possible, mais ce n’est pas certain. Il n’admirait pas seulement le grand empereur parce que le grand empereur gagnait lui-même ses batailles, il l’aimait pour sa folie et pour ses malheurs. On peut être un très grand homme d’état et n’avoir rien de ce qui enchante et séduit des yeux de poète. Les politiques, les historiens ont rendu un juste hommage au puissant génie de M. de Bismarck ; les muses, ces solitaires divines, n’ont rien trouvé à lui dire. Aucun rossignol n’a chanté sa gloire ; elle n’a été célébrée jusqu’ici que par des moineaux, par d’obscurs serins, dont son oreille difficile et superbe a méprisé l’insipide ramage.

M. Karpeles, plus hardi que M. Proelss, ne craint pas d’avancer que Heine a trahi son génie et sa renommée en venant s’établir en France, « que la Babylone des bords de la Seine exerça une influence funeste sur son caractère comme sur son talent. » Apparemment c’est chez nous qu’il perdit sa virginale innocence ; en ce qui concerne son talent, on pensait jusqu’à ce jour qu’il avait composé à Paris quelques-unes de ses œuvres les plus importantes et les plus accomplies, son livre sur l’Allemagne, ses Dieux en exil, Atta Troll, le Conte d’hiver, le Romancero. S’il en faut croire M. Karpeles, il a donné beaucoup à la France et il en a reçu peu de chose. Il convient pourtant qu’elle lui a donné sa femme et qu’à tort et à travers il a aimé tendrement sa Mathilde jusqu’à la fin, qu’il l’appelait son ange : « Seigneur, laisse-moi près d’elle. Quand je l’entends babiller, mon âme boit avec délices la musique de cette voix charmante. » La France a procuré aussi à cet exilé volontaire, qu’elle traita en fils adoptif, le repos, les douceurs de la vie, une pension, des amitiés dont il faisait gloire, tout un public d’admirateurs passionnés, sans parler des fêtes que la Revue où nous écrivons prépara plus d’une fois à son amour-propre exigeant, qui voulut bien se déclarer satisfait. Selon M. Karpeles, il employa tout le temps de son exil à soupirer après l’Allemagne. Sans doute il lui arriva souvent de la regretter. Comment ne l’eût-il pas aimée ? C’était là qu’on parlait sa langue et c’était là que vivaient tous ses ennemis, et ses ennemis étaient la chair de sa chair. Mais, après tout, il quitta l’Allemagne, qui ne le chassait point ; il passa vingt-cinq ans chez nous ; la France ne l’avait point appelé et rien ne l’empêchait d’en sortir.

La nièce du poète, Mme Maria Embden-Heine, devenue princesse della Rocca, est allée plus loin que M. Karpeles. Cette aimable personne, qui se sait tant de gré à elle-même d’avoir passé quelques heures au chevet de son oncle mourant et qui parle avec tant de hauteur de la femme qui le soigna huit ans, voudrait nous faire croire qu’il eût vécu longtemps encore s’il avait pu respirer un peu d’air allemand, presser un cœur allemand sur son cœur. En vérité, les cœurs allemands ne manquaient pas à Paris ; mais Heine les tenait à distance, et quelquefois leur défendait sa porte. Il accusait ses compatriotes de venir l’espionner en France pour le diffamer ensuite en Allemagne. La critique allemande a détruit plus d’une légende, elle en a créé quelques-unes. Dans un siècle d’ici, un autre Proelss ou un autre Karpeles racontera que Henri Heine était un grand poète et un chaud patriote, nourri de toutes les vertus germaniques, que pour son malheur il vint s’établir à Paris, où il contracta le goût des plaisirs défendus et de la plaisanterie profane, mais que, rongé d’un secret repentir, il avait résolu d’aller se retremper, se purifier dans l’air natal, que les Français imaginèrent toute sorte de ruses pour le retenir chez eux, et qu’il mourut du mal du pays, abandonné par sa femme et sans avoir en d’autre joie que celle de contempler pendant quelques heures le cher visage de sa nièce, princesse della Rocca. A l’appui de cette légende, on publiera une édition très expurgée de ses œuvres. On conservera, par exemple, le commencement du petit poème intitulé : Insomnie : « La nuit, quand je pense à l’Allemagne, j’ai bientôt perdu le sommeil. Depuis que je n’ai vu ma mère, douze ans se sont écoulés. » Mais on supprimera soigneusement la dernière stance : « Dieu soit loué ! par ma fenêtre entre un clair rayon du soleil de France. Ma femme accourt, belle comme l’aurore, et dissipe avec son sourire les noirs soucis allemands. »

Il faut que nos voisins en prennent à jamais leur parti, Henri Heine fut un poète allemand qui ne pouvait vivre qu’en France. Il occupera toujours dans leur littérature une place à part, sa gloire y fleurira comme une plante exotique, et ils n’auront le droit de le revendiquer comme leur bien que le jour où ils se décideront à tenir leurs juifs pour de vrais Allemands. Caractère et génie, Heine était juif jusque dans la moelle des os. Il a renié la foi de ses pères, il n’a pu désavouer sa race. On retrouve dans la substance infinie du mécréant Spinoza quelque chose du Dieu d’Israël, de l’Éternel des armées, en qui les créatures s’évanouissent comme une fumée chassée par le vent ou se fondent comme la cire dans le feu. Ainsi que Spinoza, Heine n’a jamais perdu la marque qu’il avait en venant au monde. Il était né en Allemagne, il n’était pas né Allemand. On trouve dans ses vers et dans sa prose le perpétuel souvenir de ses origines, le cosmopolitisme railleur d’un peuple qui, des siècles durant, a promené d’un bout de la terre à l’autre ses malheurs et son orgueil et qui ne pouvait avoir que des patries d’occasion. Ce peuple a produit des musiciens, des savans, des philosophes ; il a produit aussi un grand poète, doublé d’un incomparable moqueur, qu’il a chargé d’exercer sur les rois, sur les peuples, sur les dieux étrangers ses justes représailles et ses vengeances.

Ce poète des rancunes cruelles et des amours douloureuses, à qui Hegel avait enseigné la théorie des contradictions et qui la voyait partout dans l’histoire comme dans la vie, avait le rire juif et l’imagination sémite : « Avec le breuvage d’Arabie, la chaleur de l’Orient courut dans mes veines, ses parfums m’enveloppèrent, les doux chants de Bulbul retentirent, les étudians se métamorphosèrent en chameaux, les servantes du Brocken, avec leurs regards à la Congrève, devinrent des houris, le nez des philistins des minarets. » Il se vantait quelquefois d’être un gréco-païen ; il n’a jamais eu avec la muse grecque que des liaisons très passagères, et le peu de vers classiques qu’il a composés ressemblent à ces enfans trouvés dont il avait admiré dans le Harz « les jolies petites figures illégitimes. » Le propre des poètes sémites est d’unir une sensualité brûlante à beaucoup de fantaisie et de bon sens, et de joindre à l’exubérance, au désordre des images l’art d’exprimer très simplement des sentimens très raffinés. Mais c’est la Bible, plus que tout autre livre, qui a façonné le génie poétique de Heine, en lui donnant sa forme et sa couleur. Une lumière éclatante et des paysages pleins de soleil, que la mort noircit tout à coup de son ombre, des joies d’autant plus délicieuses qu’on les sent plus fragiles, plus périssables et plus inquiètes, les sens maîtres de la raison et troublés dans leurs plaisirs par de sinistres avertissemens, des cœurs durs où l’on voit éclore des pitiés imprévues, comme fleurit une rose dans la crevasse d’un rocher de granit, les ivresses du désir et de l’amour alternant avec les sombres voluptés d’une haine qui ne pardonne jamais, des attendrissemens suaves et la crudité cynique des anathèmes, le goût du symbole, une étonnante précision dans le rêve, des yeux de visionnaire accoutumés de bonne heure à apercevoir l’invisible caché sous le voile des apparences, partout présent dans ce monde de mystères et d’énigmes, une sagesse industrieuse à découvrir ses bornes, mettant sa gloire à maudire sa vanité, un sentiment profond de l’ironie des choses, la petite morale impitoyablement sacrifiée à la grande, qui consiste pour tout élu à remplir sa destinée en adorant sa passion comme un dieu, voilà l’Ancien-Testament, et voilà Heine et sa poésie.

« Je suis revenu à l’Ancien-Testament, écrivait-il en 1830. Quel grand livre ! Plus remarquable que son contenu est pour moi sa forme, ce langage, qui est pour ainsi dire un produit de la nature, comme un arbre, comme une fleur, comme la mer, comme les étoiles, comme l’homme lui-même… C’est le style d’un agenda où le Saint-Esprit écrit avec la même simplicité qu’une bonne ménagère en met à marquer les dépenses du jour. » Il ajoutait : « Le mot s’y présente dans une sainte nudité qui donne le frisson, » Quand il a respecté sa muse, avec laquelle il coquetait trop souvent, Heine a su trouver le secret du parfait naturel, et sa poésie est pleine de ces beautés nues qui font frissonner. Goethe, Schlegel, lui avaient appris son métier ; mais ses véritables maîtres, ses vrais inspirateurs sont les glorieux inconnus qui ont écrit l’Écclésiaste et les Proverbes, le Cantique des cantiques, le livre de Job et ce chef-d’œuvre d’ironie discrète intitulé : le livre du prophète Jonas. Celui qui s’appelait un rossignol allemand niché dans la perruque de Voltaire fut à la fois le moins évangélique des hommes et le plus vraiment biblique des poètes modernes.


G. VALBERT.


  1. Heine’s Leben und Werke, von Adolf Strodtmann, 3e Auflage. Hamburg 1884. — Heinrich Heine, sein lebensgang und seine schriften nach den neuesten Quellen dargestellt, von Robert Proelss. Stuggart, 1886. — Henrich Heine’s biographie von G. Karpeles. Hamburg, 1885. — Henrich Heine Memoren, Herausgegeben von Edouard Engel. Hamburg 1884.