Hania (1876)
Traduction par Henri Chirol.
Calmann Lévy (p. 265-286).
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XII


Je ne sais plus ce qui se passa ensuite durant un certain temps ; quand je repris mes sens, j’étais couché sur le lit de mon père, et celui-ci, installé dans un fauteuil, avait la tête rejetée en arrière, le visage pâle et les yeux fermés. Les volets étaient clos ; sur la table brûlaient des bougies, et seul le tic-tac d’un balancier d’horloge rompait le silence profond. Je regardai longtemps le plafond et rassemblai paresseusement mes idées ; je voulus remuer, mais la tête me fit très mal. Cette douleur réveilla mes souvenirs, et je murmurai d’une voix affaiblie :

— Mon père !…

Il sursauta et s’inclina sur moi. La joie brillait sur sa figure.

— Mon Dieu, je te remercie ! il a repris ses sens. Que veux-tu, mon petit garçon ?

— Je me suis battu avec Sélim ?

— Oui, mon chéri. N’y pense plus !

Je me tus durant une minute ; puis je redemandai :

— Mon père ! qui donc m’a ramené de la forêt ?

— Je t’ai emporté dans mes bras. Seulement ne parle pas, ne t’inquiète de rien.

Au bout de cinq minutes, je recommençai, d’une voix presque imperceptible :

— Mon père ?

— Quoi, mon enfant ?

— Et Sélim ?

— La perte de son sang l’a aussi très affaibli. Je l’ai fait transporter à Khojéli.

Je voulais aussi l’interroger sur Hania et ma mère, mais je sentis que je perdais de nouveau connaissance. Il me sembla que des chiens noirs et jaunes se mettaient à danser sur leurs deux pattes de derrière autour de mon lit, et je me mis à regarder cette danse ; j’entendais le son d’une flûte rustique et, à la place de la pendule, suspendue devant mon lit, j’apercevais un visage qui tantôt disparaissait, tantôt apparaissait sur le mur.

Ce n’était pas là un manque complet de connaissance, mais une fièvre intense qui m’accablait ; et cet état devait durer longtemps encore. Par instants, je me sentais mieux, et je commençais à reconnaître la figure des gens qui entouraient mon lit : mon père, le prêtre Ludvig, ou bien Kaz, ou encore le docteur Stanislas. Je me souviens qu’au milieu de ces visages, j’avais la sensation qu’il en manquait un ; je ne savais lequel, mais j’en remarquais l’absence.

Une fois, durant la nuit, m’étant assoupi profondément, je ne me réveillai plus qu’au matin ; les bougies brûlaient encore sur la table ; je me sentis très mal à mon aise.

Soudain j’aperçus, penché sur mon lit, une personne que je ne reconnus pas tout d’abord, mais dont la vue me fit autant de bien que si j’étais mort et fusse entré au ciel. C’était un visage angélique, saint, tendre, avec des yeux pleins de larmes, qui me donnèrent envie de pleurer aussi. Un éclair de connaissance jaillit en moi, et je murmurai d’une voix faible :

— Maman !

Le visage d’ange s’inclina vers ma main amaigrie, qui reposait immobile sur la couverture, et la baisa. Je voulus me soulever, mais je sentis de nouveau une douleur aux tempes et je ne pus que gémir :

— Maman, j’ai mal !

Ma mère se mit à changer les compresses glacées qui entouraient ma tête ; ordinairement, cette opération me causait de grandes douleurs, mais cette fois les chères et douces mains remuèrent avec tant de soins ma pauvre tête blessée, que je ne ressentis aucun mal.

Depuis lors j’eus toujours ma connaissance, vers le soir seulement un accès de fièvre me reprenait. Je revoyais alors Hania, bien que je ne l’eusse jamais aperçue durant mes heures de calme.

Elle m’apparaissait toujours dans une situation dangereuse ; tantôt un loup aux yeux sanglants se jetait sur elle, tantôt elle était enlevée par Sélim, non pas ressemblant, mais ayant des cornes sur la tête et des poils noirs sur le visage. Alors je criais, ou bien je suppliais très doucement ce loup ou cet homme cornu de ne pas enlever Hania.

Ma mère posait alors sa main sur mon front, et les mauvaises visions s’enfuyaient aussitôt.

La fièvre finit par me quitter, et la mémoire me revint ; mais cela ne veut pas dire que ma santé s’était améliorée ; il me restait une faiblesse énorme, qui était cause que je m’éteignais visiblement. Durant des journées et des nuits entières, je considérais le même point du plafond. J’avais ma connaissance, mais j’étais indifférent à tout ; rien ne m’intéressait, ni la vie, ni la mort, ni le monde qui m’entourait. Je recevais des impressions, je voyais tout ce qui se faisait autour de moi, mais je n’avais pas assez de forces pour rassembler mes idées.

Un soir je sentis que j’allais sûrement mourir. On plaça auprès de moi un gros cierge jaune, et je vis le prêtre Ludvig, non pas dans son habit ordinaire, mais en chasuble. Il me fit communier, ensuite me donna l’extrême-onction, et se mit à pleurer si fort, qu’il manqua de s’évanouir ; on emporta de la chambre ma mère à moitié morte ; Kaz sanglotait le long du mur et s’arrachait les cheveux ; quant à mon père, il était assis et comme pétrifié, les mains serrées convulsivement. Je distinguais tout cela très bien, mais avec une profonde indifférence, et regardais avec mes yeux immobiles, comme à l’ordinaire, le dos en bois du lit et les traverses de la fenêtre, sur lesquelles glissaient les rayons argentés de la lune.

Par toutes les portes, les serviteurs se précipitèrent dans la chambre, et les cris, les sanglots et les pleurs retentirent, tandis que Kaz sanglotait plus fort que tous. Enfin, ils s’agenouillèrent tous : le prêtre se mit à lire la prière des mourants et s’arrêta au milieu d’un mot.

Mon père, à ce moment, ne pouvant plus se contenir, cria : « Jésus ! Jésus ! » et tomba sur le plancher, comme foudroyé.

Je sentis mes extrémités se refroidir peu à peu ; une paresse et une somnolence m’envahirent.

« Ah ! cette fois ! je me meurs », pensai-je.

Et je m’assoupis.

Et, en réalité, au lieu de mourir, je dormis, et je dormis si bien, que je ne me réveillai qu’au bout de vingt-quatre heures, avec des forces tellement renouvelées, que je ne pus moi-même me rendre compte de ce qui s’était passé. Je n’essaierai pas de donner l’idée des scènes de joie qui eurent lieu autour de mon lit. Kaz en était comme fou. On me raconta ensuite qu’aussitôt après mon duel, quand mon père m’avait rapporté blessé à la maison, le docteur avait déclaré qu’il ne répondait de rien, et il avait fallu enfermer Kaz à clef, car il voulait courir sus à Sélim comme sur une bête sauvage ; il avait juré de le tuer d’un coup de fusil, la première fois qu’il le rencontrerait, si je venais à mourir. Par bonheur, Sélim, également blessé, était resté aussi quelque temps cloué sur son lit.

Ma santé commença à se remettre de jour en jour ; le désir de vivre me revint ; mes parents, le prêtre et Kaz passaient les jours et les nuits auprès de mon lit.

Et je les aimais alors à ce point, que je m’affligeais d’en voir un quitter la chambre ; mais avec la vie reparut mon ancien amour pour Hania. Quand je sortis de ce sommeil, qui avait semblé à tous le prélude du repos éternel, je m’informai aussitôt d’elle.

Mon père me répondit qu’elle se portait bien, mais qu’elle se trouvait avec mes sœurs et madame d’Ives chez mon grand-père, parce que la variole sévissait toujours dans le village ; il ajouta qu’il lui avait tout pardonné, que tout était oublié, et me dit de me tranquilliser. J’en causai encore quelquefois avec ma mère, qui savait que cela m’intéressait plus que tout le reste ; mais elle ne me répondait que vaguement ; elle me dit que mon père avait à me raconter quelque chose qui me ferait plaisir, mais pas tout de suite, et seulement lorsque je serais rétabli, et elle me conseilla de ne pas me tourmenter. En disant cela, elle souriait tristement, et j’avais envie de pleurer de joie.

Mais un jour il se passa dans la maison un événement qui détruisit ma quiétude d’esprit et me remplit de crainte.

Ma mère était assise au pied de mon lit, quand Francis entra et lui dit qu’on la demandait chez Hania.

Je sursautai aussitôt dans mon lit.

— Hania est arrivée ? demandai-je.

— Non ! répondit ma mère, elle n’est pas encore arrivée. On me demande dans la chambre de Hania, parce qu’on y blanchit le plafond et qu’on change le papier de tenture.

Il me sembla cependant par moments qu’un nuage de tristesse mal dissimulé ombrageait le front des visages qui m’environnaient. Je ne compris pas ce qui se passait, et à mes demandes, on me répondit qu’il n’y avait rien du tout. J’interrogeai aussi Kaz, mais il fit la même réponse : que tout allait bien dans la maison, que nos sœurs, madame d’Ives et Hania rentreraient bientôt, et enfin il finit par l’éternel refrain, que je devais rester tranquille.

— Mais d’où vient cette tristesse ? lui demandai-je.

— Vois-tu, je vais tout te dire. Sélim et le vieux Mirza se rendent ici chaque jour ; Sélim est désespéré, il pleure, veut te voir à n’importe quel prix, mais les parents craignent que cela ne te fasse du mal.

Je souris.

— Comme il est intelligent, ce Sélim ! dis-je, il vient de me fracasser le crâne et, à présent, il pleure sur moi. Et pense-t-il toujours à Hania ?

— Oh ! il a bien autre chose à faire ! D’ailleurs, au fond, je l’ignore, je ne le lui ai pas demandé, mais je pense qu’il a dû y renoncer.

— C’est à savoir.

— En tout cas, elle ne lui appartiendra jamais, sois tranquille !

Et ici Kaz fit une grimace comique, et ajouta avec un sourire rusé :

— Je sais même à qui on la donnera. Si Dieu voulait seulement…

— Quoi ?

— Qu’elle revînt au plus vite ! se dépêcha de dire Kaz.

Ces paroles me tranquillisèrent complètement.

Deux jours après, vers le soir, nous jouions aux échecs, mon père et moi, quand ma mère entra ; la porte resta ouverte, laissant apercevoir l’enfilade des pièces, avec la chambre de Hania à l’extrémité. Je regardai mais ne pus rien distinguer, car toutes les pièces étaient plongées dans l’obscurité, à l’exception de la mienne ; les portes de la chambre de Hania étaient fermées.

Soudain quelqu’un y entra, le docteur, me sembla-t-il, et la porte resta ouverte derrière lui. Mon cœur battit anxieusement, en voyant de la lumière dans la chambre de Hania. Cette lumière formait comme une colonne lumineuse dans l’obscurité de la pièce voisine, et sur le fond de cette colonne on apercevait de légers nuages de fumée, comme des grains de poussière aux rayons du soleil.

Une odeur d’abord indéfinissable parvint jusqu’à moi et augmenta sans cesse ; mes cheveux se dressèrent soudain sur ma tête : je reconnaissais l’odeur du genévrier.

— Mon père, qu’est-ce que c’est ? m’écriai-je impétueusement, en rejetant la planche aux échecs, avec les pions par terre.

Mon père se leva tout ému, perçut aussi cette maudite odeur et ferma rapidement la porte de ma chambre.

— Rien, ce n’est rien ! me répondit-il à la hâte.

Mais j’étais déjà sur mes jambes et, quoique tout chancelant, je m’élançai vers la porte.

Mon père me saisit à la taille.

— Tu n’iras pas ! tu n’iras pas ! je te le défends !

Le désespoir m’envahit ; je saisis le bandage qui entourait ma tête et m’écriai :

— C’est bon ! s’il en est ainsi, je jure que je vais arracher le bandage et rouvrir ma blessure de mes propres mains. Hania est morte ? Je veux la voir !…

— Hania n’est pas morte, je t’en donne ma parole ! s’écria mon père, en me saisissant les mains et me faisant reculer de la porte. Elle a été malade, mais à présent elle va mieux. Tranquillise-toi, calme-toi !… Mon Dieu ! n’ai-je pas eu assez de malheur sans cela ? Je vais tout te raconter, mais reste dans ton lit ; il t’est impossible d’aller la trouver : tu la tuerais ! Calme-toi, couche-toi, je te jure qu’elle va beaucoup mieux.

Les forces m’abandonnèrent, je tombai sur mon lit en répétant seulement :

— Mon Dieu ! mon Dieu !

— Henri ! reviens à toi ! Voyons, tu n’es pas une femme ? Sois courageux. Elle n’est pas en danger. Je t’ai promis de tout te dire, et je vais le faire, mais à la condition que tu ménageras tes forces. Appuie ta tête sur l’oreiller ; c’est cela. Couvre-toi de la couverture, et reste tranquille.

Je lui obéis.

— Je suis tranquille, mais dépêche-toi, papa, vite ! Je voudrais tout savoir à la fois. Est-ce vrai qu’elle va mieux ? que lui est-il arrivé ?

— Voici : dans la nuit où Sélim l’enleva, il faisait de l’orage ; Hania n’avait qu’une robe légère, et elle fut trempée jusqu’aux os ; cette folie lui a coûté cher. À Khojéli, où l’amena Mirza, il n’y avait pas de quoi la faire changer de vêtements ; et elle dut revenir ici, avec sa robe toujours trempée, qui la refroidissait. Aussi une fièvre intense la prit durant la nuit. Le lendemain, la vieille Viengrovska ne sut pas retenir sa langue et lui raconta ton duel ; elle lui dit même que tu avais été tué.

» Tu comprends l’effet produit alors sur Hania ; le soir, elle n’avait pas encore repris connaissance. Le docteur ne sut pas pendant longtemps ce qu’elle pouvait avoir, mais enfin… Je t’ai dit qu’au village il y avait une épidémie de variole ; Hania l’avait attrapée !

Je fermai les yeux, il me sembla que j’allais reperdre connaissance, mais je me raidis et dis :

— Mon père, continue ; je suis tranquille.

— Elle fut en grand danger, continua mon père ; le même jour où nous crûmes te perdre, elle-même manqua mourir. Mais une crise favorable survint pour vous deux ; et maintenant, elle va mieux, ainsi que toi. Mais quelles aventures dans notre maison, mon Dieu !

Mon père, ayant terminé, m’examina, comme s’il craignait que ses paroles n’eussent ébranlé mon cerveau encore faible. Je restai immobile, rassemblant mes idées et réfléchissant à ce nouveau malheur. Mon père se leva et se mit à marcher à grands pas dans la chambre, en me regardant de temps en temps.

— Mon père ? lui demandai-je après un long silence.

— Quoi, mon enfant ?

— Est-elle très… très défigurée ?

Ma voix était calme, mais mon cœur battait atrocement, en attendant la réponse.

— Oui ! répondit mon père, comme on l’est ordinairement après la variole. Peut-être ne lui restera-t-il aucune marque ; maintenant il lui en reste quelques-unes, mais cela disparaîtra probablement, sûrement même.

Je me retournai vers le mur et je sentis que je me trouvais mal.

Une semaine après, j’étais enfin sur pieds et au bout de quinze jours, je pus voir Hania.

Oh ! je n’essaierai pas de décrire combien son charmant et doux visage était changé. Je m’étais juré de ne pas laisser paraître la moindre émotion ; mais, quand je la vis pour la première fois, un nuage me passa devant les yeux, et je tombai par terre sans connaissance.

Dieu ! comme elle était atrocement défigurée !

Quand je revins à moi, Hania pleurait, sur son malheur probablement, et aussi sur le mien, car je ressemblais plus à une ombre qu’à un homme.

— Je suis cause de tout, répétait Hania, je suis cause de tout !

— Hania, ma sœur, ne pleure pas, je t’aimerai toujours !

Et ayant saisi ses mains pour les porter à mes lèvres, comme jadis, je tressaillis et retirai ma bouche. Ces petites mains, autrefois si tendres, si blanches, si jolies, étaient à présent effrayantes ; des taches noires les marbraient presque en entier, et les couvraient d’une croûte rugueuse et repoussante.

— Je t’aimerai toujours ! répétai-je avec ardeur.

Je mentais, dans mon cœur étaient encore l’amour et la compassion d’un frère, mais l’ancien sentiment s’était envolé, comme un oiseau, sans laisser de traces.

J’allai dans le jardin, vers ce même kiosque de houblon, où Sélim et Hania s’étaient jadis fait leurs confidences ; je m’assis sur le banc, et je pleurai amèrement, comme après la perte d’un être cher.

Et, en effet, l’ancienne Hania était morte pour moi ; pour mieux dire, c’était mon amour qui était mort, et il ne restait en mon cœur que le vide et une douleur pareille à celle d’une blessure non cicatrisée.

Longtemps je restai assis. Le paisible soir d’automne commençait à dorer le sommet des arbres ; on me cherchait à la maison dans tous les coins ; mon père arriva enfin au kiosque.

Il me regarda, et respectant mon chagrin :

— Pauvre garçon ! dit-il, Dieu t’a envoyé une lourde épreuve, mais espère en lui, il sait ce qu’il fait !

J’appuyai ma tête sur la poitrine de mon père, et nous restâmes ainsi longtemps, silencieux.

Mon père reprit la parole le premier.

— Tu lui étais très attaché ; dis-moi, si je te disais : prends-la, donne-lui ta main pour toute la vie, que me répondrais-tu ?

— Mon père, répondis-je, mon amour peut m’abandonner, mais l’honneur reste. Je suis prêt.

Mon père m’embrassa tendrement.

— Que Dieu te bénisse ! Je te connais, mais ce n’est pas une obligation pour toi ; ce n’est pas ton devoir, mais celui de Sélim.

— Comment ? Sélim vient ici ?

— Il va venir avec son père, qui sait déjà tout.

Sélim arriva le soir. Lorsqu’il vit Hania, il rougit d’abord, puis devint blanc comme un linge ; on voyait sur son visage qu’une lutte terrible se passait en lui. L’oiseau aux ailes légères qu’on appelle l’amour s’envolait visiblement ; mais le noble garçon reprit le dessus, tendit les mains et tomba à genoux devant Hania, en s’écriant :

— Mon Hania ! je suis toujours le même ; je ne t’abandonnerai jamais, jamais !

Des larmes coulèrent des yeux de la jeune fille, mais elle le repoussa doucement :

— Je ne crois pas, je ne puis croire qu’on puisse m’aimer désormais.

Elle couvrit son visage de ses mains et se mit à pleurer.

— Oh ! comme vous êtes tous bons et nobles ! Et moi seule… Mais tout cela est bien fini : je ne suis plus la même.

Et malgré les instances du vieux Mirza, malgré les prières de Sélim, elle ne voulut pas devenir sa femme.

La première tempête de la vie avait brisé cette fleur charmante, à peine épanouie. Pauvre fille ! Après cet orage, elle avait besoin d’un refuge paisible, où elle pourrait tranquilliser son cœur et calmer sa conscience.

Elle trouva ce refuge calme et saint ; elle entra chez les Sœurs de la Miséricorde.

Divers concours de circonstances et une terrible tourmente nous séparèrent longtemps ; mais au bout de quelques années, je la revis inopinément : les traits de son visage respiraient la paix et la tranquillité, et les traces de la maladie avaient complètement disparu.

Dans la chasuble noire et sous le bonnet blanc de la religieuse, elle était ravissante plus que jamais, mais sa beauté n’avait rien de terrestre. C’était celle d’un ange et non d’un être humain.


fin