Grand vocabulaire françois/2e éd., 1767/Tome 1





LE GRAND


VOCABULAIRE


FRANÇOIS.
LE GRAND
VOCABULAIRE
FRANÇOIS.
CONTENANT

I°. L’explication de chaque mot considéré dans ses diverses acceptions grammaticales propres, figurées, synonymes & relatives.

2°. Les loix de l’Orthographe celles de la Prosodie, ou Prononciation tant familière qu’oratoire ; les Principes généraux & particuliers de la Grammaire ; les Règles de la Versification, & généralement tout ce qui a rapport à l’Eloquence & à la Poësie.

3°. La Géographie ancienne & moderne ; le Blason ou l’Art héraldique ; la Mythologie ; l’Histoire naturelle des Animaux, des Plantes & des Minéraux l’Exposé des Dogmes de la Religion & des Faits principaux de l’Histoire Sacrée, Ecclésiastique & Profane.

4°. Des détails raisonnés & Philosophiques sur l’Economie, le Commerce, la Marine, la Politique, la Jurisprudence Civile Canonique & Bénéficiale, l’Anatomie, la Médecine, la Chirurgie, la Chimie, la Physique, les Mathématiques, la Musique, la Peinture la Sculpture, la Gravure, l’Architecture, &c. &c.

PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
Seconde édition.
TOME PREMIER.
PanckouckeVoca, 1767, T1.png
A PARIS,
Chez C. PANCKOUCKE Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
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M.DCC.LXVII.
Avec Approbation, & Privilége du Roi.
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PRÉFACE.

LES Dictionnaires sont répandus en foule dans le Public ; nous en comptons plus de cent dans notre Langue : mais si tous ont eu l’utilité pour objet, il en est bien peu qui aient atteint le but. La plupart ne sont qu’une compilation informe de matières accumulées sans choix & sans style ; quelques-uns portent, il est vrai, l’empreinte du génie qui a présidé à leur rédaction, mais aucun n’a encore embrassé l’universalité des objets dont chacun s’est occupé séparément ; aucun ne parle de tous les mots de la Langue avec cette juste étendue, qui en sauvant l’ennui d’une dissertation trop prolixe offre pour chaque mot des définitions claires & instructives, en expose tous les sens différens, en développe toutes les acceptions, donne des régles sûres pour la prononciation lente ou rapide des syllabes, apprend comme dit Boileau, la valeur d’un mot mis en sa place, en indique le choix, l’arrangement & les nuances, soit pour l’énergie ou l’harmonie du discours, soit pour la pureté du langage.

Il nous manque donc un Dictionnaire ou l’on trouve ainsi réunis tout ce que les autres ont dit de curieux d’intéressant & d’utile & qui offre de plus une méthode nouvelle, & des observations propres à faciliter la bonne prononciation, & l’étude de la Langue. Ce seroit sans doute bien mériter des lettres que d’en donner un qui pût tenir lieu de tous les autres, & qui suppléât á toutes leurs omissions. Tel est, nous osons le dire, le grand Vocabulaire François que nous présentons aujourd’hui au Public : son titre seul fait voir d’un coup d’œil son universalité & son utilité. Avant d’en détailler le plan, qu’on nous permette de donner une notice & des observations sur quelques-uns des Livres dont le nôtre pourroit d’abord ne paroître que la copie ou la répétition. Nous ne prétendons point par-là élever le grand Vocabulaire François au-dessus des Dictionnaires avec lesquels nous allons le comparer ; nous voulons seulement mettre tout Lecteur à portée de mieux juger & d’apprécier plus sûrement l’ouvrage qu’on lui présente, & nous desirons sur-tout de convaincre le Public qu’on ne lui redonne pas précisément, sous un titre nouveau, ce qu’il a déja tous des titres anciens.

Sans parler des Dictionnaires particuliers qui font restreints à une Science ou un Art, & dont plusieurs ne vaudroient pas la peine d’être nommés, nous avons dans notre Langue trois grands Dictionnaires connus : le Dictionnaire de Trévoux, celui de l’Académie Françoise & l’Encyclopédie. Les éditions du premier se font succédées les unes aux autres avec la plus grande rapidité. Il est dans presque tous les Cabinets, & il est encore quelques gens qui le consultent. Ce succès général & soutenu semble le mettre à l’abri de la critique ; qu’on nous permette cependant de dire ici, sans amertume, ce que nous pensons de ce Livre répandu.

Quand le Dictionnaire de Trévoux parut, la nation l’accueillit sans doute à cause de l’universalité qu’il paroissoit embrasser. Son titre fit sa vogue & sa fortune. On le crut Dictionnaire universel, & il ne l’étoit pas, comme il ne l’est pas encore, après les corrections & les augmentations considérables, & souvent peu judicieuses, qui se trouvent dans la huitième & dernière édition. Nous avons un grand nombre de mots connus dont il ne fait aucune mention. Les mots qui ont rapport aux Sciences, & sur-tout aux Arts & aux Métiers, ne sont ni clairement définis, ni suffisamment développés. L’Histoire, de l’aveu même des Editeurs, y est totalement négligée ; on n’y parle d’aucun de ces faits qui piquent la curiosité, ou qui instruisent sur les Mœurs des différens siècles ; on n’y fait connaître aucun de ces Hommes fameux qui ont bien mérité des Lettres ou de la Patrie, ou dont les vices & les passions ont été funestes aux Empires & à l’humanité. Comment la Géographie y est-elle traitée ? C’est souvent une dissertation fastidieuse sur l’étymologie du nom d’un Hameau, tandis que l’on n’y dit rien d’une Ville considérable située dans le voisinage. On n’y fait presque jamais connoître les Mœurs, la Religion, les Loix, le Commerce des Peuples, ni les productions des Pays qu’ils habitent, quoique toutes ces choses entrent essentiellement dans la définition de certains articles de Géographie. L’Histoire naturelle de l’Homme, celle des Animaux, & particulièrement la connoissance, l’usage & la vertu des Plantes & des Minéraux, devoient être traités avec soin dans un Dictionnaire qui s’arroge le titre d’universel. Celui de Trévoux n’est sur ces matières intéressantes qu’une nomenclature incomplette : en le comparant sur ce point avec le grand Vocabulaire François, on pourra juger de ses omissions.

Un Dictionnaire universel devroit être un Code de Littérature & de Belles-Lettres ; celui de Trévoux, plus occupé à copier les phrases de nos bons Auteurs qu'à recueillir & exposer les principes & les préceptes de la nature & de l’Art, n’enseigne presque rien sur des objets si interessans : c’est ce qu'on remarquera à tous les articles qui ont rapport à l'Eloquence, à la Poësie, & aux différens styles qu'exigent les différens genres d’écrire. On n’y trouve aucune règle pour la bonne prononciation, ni pour la quantité prosodique des syllabes : ce point étoit cependant essentiel dans un Livre fait pour apprendre l'usage de la Langue, & pour montrer l'emploi des mots qui la composent. Cette seule omission doit être une source d’erreurs pour les Etrangers & pour la plu plupart des Nationaux qui, n’étant point à portée de connoître les loix ou les caprices de l’usage prononcent les mots comme ils les trouvent écrits. Ce Dictionnaire, dit universel, n'indique point les nuances fines et délicates qui différencient un même mot placé différemment ou plusieurs mots crus synonymes. On n'y voit point cette gradation philosophique qui fait appercevoir d'un coup d'œil l'origine, la filiation les sens différens, la vraie valeur & le meilleur emploi d’un mot pris séparément ou réuni avec d’autres. On n’y dit que très-peu de chose sur le régime des verbes, sur la manière de conjuguer ceux qui sont irréguliers & sur quantité d'autres détails de Grammaire dont la connoissance est indispensable pour écrire & pour parler avec pureté.

Outre tant d’omissions, on peut encore se plaindre avec fondement de l'ambiguité, de l’obscurité même, & sur-tout de l’insuffisance & de l’inexactitude de la plupart des définitions. Le Principal & le seul mérite de ce Livre, si ce n'est pas un vice, est d’avoir accumulé une foule d’exemples tirés d'Auteurs connus : mais ces exemples ainsi entassés fatiguent bien plus le Lecteur qu’ils ne l'instruisent ; & comme le remarque très-bien l’Académie Françoise, dans son Dictionnaire, des phrases composés exprès pour rendre sensible toute l'énergie d’un mot, & pour marquer de quelle manière il veut être employé, donnent une idée plus nette & plus précise de la juste étendue de sa signification, que des phrases tirées de nos bons Auteurs, qui n’ont pas eu ordinairement de pareilles vues en écrivant ordinairement.

Ce sont tous ces défauts du Dictionnaire de Trévoux qui ont fait naître l'idée du grand Vocabulaire François. Nous assurons que ce Dictionnaire n’a de commun avec notre Livre que l'ordre alphabétique comme on peut s’en convaincre, en comparant l'un à l'autre : ainsi nous ne craignons pas que l'on nous reproche de l'avoir copié, ni même imité. Nous n'en parlons dans le cours de l'Ouvrage, que pour faire appercevoir ses erreurs les plus graves sur la Langue, & empêcher qu’on ne s'égare, en suivant sa doctrine : nous ne relevons pas toutes les fautes de style, la critique auroit été trop répétée, & peut-être trop amère.

Le Dictionnaire de l'Académie Françoise, digne à tous égards de la réputation des Hommes célèbres qui y ont travaillé, n'est point un Dictionnaire universel. Il ne s'y trouve aucun nom propre, & il y en a beaucoup de négligés, qui ont rapport à la Médecine, à l’Anatomie, à la Botanique, à la Chimie, à la Marine, au Commerce, &c. On n'y parle ni d'Histoire, ni de Géographie ; on n'y donne aucun enseignement sur la Littérature, sur les Sciences, les Arts & les Métiers ; on n'y expose point les significations relatives & les nuances de certains mots appelés synonymes ; on n'y trouve point de règles détaillées sur la Grammaire, sur la prononciation & sur la quantité prosodique des syllabes. Son unique objet est de fixer & de déterminer le vrai sens & la vraie signification des mots de la Langue les plus usités. Ses définitions sont justes, claires, courtes & précises, & nous publions avec reconnoissance les secours que nous avons trouvés dans ce Livre si estimable. Le plan du grand Vocabulaire a été présenté à l'Académie Françoise, & plusieurs de ses Membres ont encouragé les Auteurs à l'exécuter.

L'Encyclopédie, comme son titre l'annonce, est un Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts & des Métiers. Cette Collection immense, à laquelle des mains habiles ont imprimé le sceau de la célébrité, renferme des dissertations savantes & très-détaillécs, des traités approfondis, des vues neuves & philosophiques : ce qui concerne la partie mathématique, y est exposé avec cette méthode claire, précise & lumineuse qui annonce le génie de son Auteur, & qui caractérise ses estimables Ecrits.

Malgré cet amas de connoissances utiles que renferme I'Encyclopédie, ce Livre, à en juger par son exécution, ne paroit pas avoir été fait en vue de tenir lieu de tous les autres Dictionnaires. Les Faits historiques n'y sont pas rapportés ; la Géographie n'y est, pour ainsi dire, qu'indiquée ; on n'y fait connoître que la situation d'un lieu, sans parler de la nature du sol, des Mœurs, des Loix & des Usages des Nations. L'Encyclopédie n'entreprend pas même de définir tous les mots de la Langue francoise, ce qui rend sa nomenclature beaucoup moins complette que celle du grand Vocabulaire : Un très-grand nombre de termes usités y sont, ou totalement omis, ou bien on ne les définir que sous certains rapports : Il ne s'y trouve sur-tout que la moindre partie des verbes & des adjectifs.

On peut regarder l’Encyclopédie comme un grand amas de très-bons matériaux propres à construire. Tout Lecteur y trouve, pour ainsi dire sous la main les dépouilles de presque tous les Génies créateurs ; mais les Etrangers & les Nationaux n'y apprendront jamais, ni la signification de tous les mots françois, ni toutes les nuances d'un même mot, ni la manière de parler purement, & de prononcer correctement. Il est à présumer que tous ces détails de Grammaire n'entroient point dans le plan d'un Ouvrage où l'on s 'est particulièrement attaché à rassembler les connoissances qui pouvoient le plus contribuer aux progrès de la raison : l'Encyclopédie d'ailleurs n'est point entre les mains de tout le monde, & il est très-peu de Particuliers qui soient en état de se procurer une collection si considérable.

Par la comparaison que l'on pourra faire de quelques articles du grand Vocabulaire François, avec ceux de l'Encyclopédie, on s'appercevra que, sans être ni Plagiaires, ni précisément Imitateurs, nous avons su nous approprier quelques-unes des richesses de cette mine abondante. Nous avouons hautement que dans le cours de notre travail nous avions tous les Dictionnaires sous les yeux, & que sans en copier aucun, nous avons profité de tout ce qu'ils contenoient d'intéressant. Le plan détaillé que nous allons tracer, mettra tout Lecteur à portée de connoître plus particulièrement notre Ouvrage, & de voir ce qui le distingue de tous les Livres que nous avons en ce genre.

Le grand Vocabulaire François renferme généralement tous les mots usités de la Langue françoise, & la plupart de ceux du vieux Langage. Chaque mot y est d'abord suivi de son qualificatif, de sa signification latine, & même de son étymologie, lorsque celle-ci mérite la peine d'être indiquée. On présente ensuite le mot sous tous les sens différens, & avec toutes les acceptions diverses dont il peut être susceptible. On donne pour tous les sens une définition courte & précise, suivie d'exemples relatifs au sens expliqué, & une exposition plus détaillée, lorsque la matière le demande.

Outre le sens propre & le sens figuré, nous distinguons, avec M. d'Alembert, dans la plupart des mots, un troisième sens qu'il appelle le sens par extension, lequel tient le milieu entre le sens propre & le sens figuré ; ainsi, dit ce célèbre Académicien, quand nous disons, l' éclat de la lumière, l’éclat du son, l' éclat de la vertu, dans la première phrase, le mot éclat est pris dans le sens propre & primitif. Dans la seconde phrase, le mot éclat est transporté par extension de la lumière au bruit, du sens de la vue, auquel il est propre, au sens de l’ouïe, auquel il n'appartient qu'improprement. On ne doit pourtant pas dire que cette expression l'éclat du son soit figurée, parce que les expressions figurées sont proprement l'application qu'on fait à un objet intellectuel d'un mot destiné à exprimer un objet sensible, comme on peut le voir dans la troisième phrase, où éclat est pris dans un sens figuré.

Le sens propre des mots, dit toujours M. d'Alembert, à qui nous devons cette manière si philosophique de les envisager, a un usage fixe, déterminé, unique, ensorte qu’il n'y a jamais qu'une seule espèce de phrase où l’on puisse employer ce sens propre, au lieu que le sens par extension, & le sens figuré, peuvent avoir différentes acceptions, différentes nuances, se diversifier plus ou moins dans ces nuances & ces acceptions, & par conséquent entrer dans différentes sortes de phrases. Pour distinguer ces nuances & ces acceptions, nous commençons, comme l'enseigne l'illustre Auteur dont nous copions ici les expressions, par définir les mots dans leur sens propre le plus restreint & le plus rigoureux ; nous parcourons ensuite par degrés toutes les nuances que ce premier sens a produites pour exprimer d'autres idées : par-là on rapporte toutes ces différentes acceptions à un premier sens propre & primitif, & l'on voit comment ce sens primitif s'est en quelque sorte dénaturé par des nuances & des gradations successives.

C'est ainsi que nous avons tâché de réaliser pour cette partie de la Grammaire, le Dictionnaire dont M. d'Alembert a tracé le plan dans ses Elémens de Philosophie, & dont il desiroit l'exécution. Il a bien voulu nous permettre de nous approprier là-dessus ses idées ; il nous a même aidés de ses conseils, & si nous avons bien saisi son plan, l'Ouvrage, comme il le dit lui-même, ne peut manquer d'être très-philosophique & très-utile.

Après cette exposition & cette explication de tous les sens d'un mot, on le compare avec les mots qui peuvent lui être synonymes, & l'on s'attache à développer toutes les nuances qui les différencient. Les Synonymes de M. l'Abbé Girard nous ont servi de guide & de modèle : on doit sentir combien de telles observations peuvent contribuer à la pureté & à l'énergie du style.

Si le mot est un adjectif, on dit s'il doit précéder ou suivre son substantif, selon les règles du goût & de l'usage. Si c'est un verbe, on indique la manière de le conjuguer ; on le conjugue, s’il est irrégulier ; on assigne son régime simple, & son régime composé ; on enseigne quels auxiliaires forment les temps composés des verbes neutres, & lorsque deux verbes se suivent dans une phrase ; on apprend comment on doit les lier & les unir, pour ne pas pécher contre la Langue.

L'exacte prononciation des mots est si essentielle à l'agrément d'une Langue, & sur-tout à son harmonie, qu'on doit être étonné du silence de nos Dictionnaires sur une partie si importante : il n'est point indifférent de prononcer telle ou telle syllabe avec rapidité, ou avec lenteur. Toutes nos syllabes, comme l'a très bien remarqué M. l'Abbé d'Olivet, sont ou longues ou brèves, ou très-brèves ou moyennes. Le grand Vocabulaire François offre sur cet objet, & à la suite de chaque mot, des règles détaillées qui, combinées d'après le physique du mot, & d'après l'usage reçu, donnent la quantité prosodique de toutes les syllabes, & apprennent à les prononcer correctement.

L'Orthographe est encore parmi nous une source continuelle d'erreurs & de méprises sur la prononciation. Il seroit naturel de parler comme on écrit, puisque l'écriture n'a été instituée que pour être l'image de la parole : le même son devroit être marqué par les mêmes Lettres ; mais à comparer la Langue écrite avec la Langue parlée, on seroit souvent tenté de croire que ce sont deux Langues tout-à-fait différentes, tant est grande la bizarrerie de notre Orthographe. Ces bizarreries trop fréquentes multiplient les obstacles qui s'opposent aux progrès de notre Langue parmi les Etrangers, & même parmi les Nationaux : la méthode suivie dans le grand Vocabulaire doit faire cesser ces obstacles. Pour ne point choquer les zélés Partisans de l'étymologie, & ne rebuter personne par une Orthographe nouvelle, nous écrivons les mots tels que les écrit le Dictionnaire de l'Académie Francoise ; nous disons comment le mot se prononce, nous l'écrivons ensuite d'après la prononciation, & nous proposons les changemens qu'il conviendroit de faire pour ramener l'écriture à son institution primitive.

Les syllabes finales se prononcent différemment, selon qu'elles rencontrent une voyelle ou une consonne ; les unes se font sentir dans le discours soutenu, & deviennent muettes en conversation ; d'autres se font sentir également dans l'une & l'autre circonstance ; nous avons des expressions qui sont diphtongues en prose, & qui forment deux syllabes en Poësie : le grand Vocabulaire fait ces observations sur tous les mots qui en sont susceptibles.

On n’a sur-tout rien épargné pour rendre l’Ouvrage intéressant du côté des objets qu’embrasse la Littérature : on peut même le regarder comme un code très-détaillé & très-complet dans ce genre. Tout ce qui concerne l’Eloquence, la Poësie, la Mythologie, &c. y est traité avec une juste étendue, d’après les Maîtres de l’Art, & les modèles qu’ils nous ont laissés : on s’est particulièrement attaché dans cette partie, à donner des remarques de goût, & à joindre par-tout l’agréable à l’utile.

Nous croyons n’avoir rien laissé à desirer sur la Géographie, tant ancienne que moderne. On a consulté pour cet objet les meilleurs Géographes, les Voyageurs les plus estimés, les Cartes les plus connues & les plus exactes. On trouvera sur les quatre parties du Monde, sur les Empires, les Royaumes, les Provinces, les Villes & les lieux remarquables, des observations curieuses & instructives. On fàit connoître la nature & les productions du Climat, les Mœurs & les Usages d’une Nation, ses Forces, son Commerce, sa Religion, sa Politique & ses Loix, les causes de son agrandissement, de sa foiblesse ou de sa chûte.

Ce n’est pas dans un Dictionnaire qu’on peut saisir cette chaîne de causes & d’événemens que préfente l’Histoire Sacrée, Ecclésiastique ou Profane : mais il est des traits frappans, des faits curieux & intéressans qui forment époque dans un Siécle ; il y a des noms d’Hommes fameux, connus par leurs vertus ou leurs vices, leurs talens ou leurs travaux, & ce sont ces traits, ces faits & ces noms que nous avons recueillis avec soin.

Sous chaque mot qui peut avoir trait à l’Histoire naturelle de l’Homme & des Animaux, nous donnons les descriptions & les explications des plus célèbres Naturalistes : M. de Buffon est souvent notre guide. Qui mieux que lui a su réunir à la vaste étendue des recherches les plus profondes, l’énergie & l’aménité d’un style toujours harmonieux & éloquent ? On trouvera de même la description, les vertus & l’usage des Plantes & des Minéraux.

La définition & l’explication de tous les termes qui ont rapport aux Sciences, aux Arts & aux Métiers entrant nécessairement dans le plan du grand Vocabulaire François, on a tâché d’éviter également, & la secheresse d’une exposition trop succincte, & la prolixité d’une dissertation trop chargée.

Dans les objets qui ont rapport à la Théologie, on s’est fait un point capital de ne s’écarter en rien de la Doctrine de l’Eglise. On a cru pouvoir se dispenser d’entrer dans les discussions de l’Ecole ; on expose avec simplicité & avec exactitude les dogmes & les vérités de la Religion révélée ; on rapporte tout ce qui est fondé sur l Ecriture, la Tradition & les Décrets des Conciles œcuméniques ; on parle aussi des Hérésies qui ont si souvent déchiré le sein de l’Eglise, & qui, en troublant la tranquillité dts Empires, ont excité le feu de la sédition & de la révolte.

La Philosophie enseigne tout ce qui tend à exercer la raison á la perfectionner. La Logique apprend à penser, á juger & á raisonner. La Métaphysique traite, 1°. de l’existence de Dieu, de son essence, de ses attributs, de sa providence, &c. 2° ; Elle traite de l’Ame, de son essence, de ses facultés, &c. La Morale apprend ce que nous devons á Dieu, ce que nous devons aux hommes avec qui nous vivons, & ce que nous nous devons à nous-mêmes ; & c’est sous tous ces points de vue que nous avons présenté les articles qui sont du ressort de la Philosophie.

Dans les matières de Physique, nous nous contentons d’indiquer certaines causes que l’on croit communément les plus vraies ou les plus vraisemblables ; nous en détaillons plus ou moins les effets selon que les objets nous ont paru plus ou moins utiles. Dans tout ce qui concerne les Mathématiques, nous nous sommes spécialement attachés à mestre ces objets abstraits à la portée de tout le monde, en donnant des dèfinitions & des explications faciles à saisir par ceux mêmes qui ne sont point versés dans ces Sciences épineuses. Les Mémoires de l’Académie des Sciences que nous avons assiduement consultés ont fourni la plupart des matériaux employés dans les articles de Physique & de Mathématique, pour y jetter plus d’intérét & plus d’utilité.

Tout ce qui regarde le Droit Civil & Canonique, le Droit Romain & le Droit Francois, y est traité d’aprés nos plus habiles Jurisconsultes & Canonistes, d’après les Edits de nos Rois, les Arréts des Cours Souveraines & les différentes Coutumes du Royaume.

Nous avons développé, avec la plus scupuleuse attention, les objets qui ont rapport à la santé des hommes, tels que ia Médecine, la Chirurgie, l’Anatomie, &c. Nous disons les signes diagnostiques & les pronostics des maladies, & nous en indiquons les Cures d’après les Médecins les plus célèbres.

Nous n’avons point oublié la Médecine vétérinaire, dont la connoissance est un objet si important d’économie. Nous avons, en la traitant fait un usage particulier des Ouvrages de M. Bourgelat, qui a répandu tant de lumières sur cette partie.

Nous ne nous étendrons point ici sur méthode que nous avons suivie dans les autres parties de notre Ouvrage, on pourra mieux en juger par la lecture même du grand Vocabulaire.

D'après ces observations, il est facile de voir en quoi le grand Vocabulaire diffère des Dictionnaires dont nous avons parlé. Il renferme lui-seul la totalité des mots qui se trouvent dans tous les autres Dictionnaires, soit généraux, soit particuliers ; il dit sur chaque mot tout ce que les uns & les autres ont d'intéressant, & il y ajoute une méthode nouvelle, & des règles sûres pour perfectionner la prononciation, & apprendre la manière d’écrire avec plus de correction & d'énergie. Sans être ni aussi vaste que l'Encyclopédie ([1]), ni plus étendu que le Dictionnaire de Trevoux, il évite les défauts de ce dernier, & supplée aux omissions de l'un & de l'autre.

Nous n'ajouterons rien ici sur les différens Livres dont nous avons tiré des secours ; nous en avons déja indiqué quelques-uns, & nous ne manquerons pas de les indiquer successivement dans le cours ou à la fin de l'Oùvrage. Nous ne voulons pas qu'on nous accuse d'avoir voulu nous approprier le bien d'autrui. Si le grand Vocabulaire François est jugé utile, nous nous croirons bien dédommagés de nos peines : nous consentons même qu'on ne nous attribue que le foible mérite d'avoir rédigé sous une forme nouvelle, & réuni dans un même Ouvrage, des matières éparses dans une foule de Livres & de Dictionnaires.


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AVERTISSEMENT ESSENTIEL À LIRE.


Comme il est de notre plan de ne rien laisser à desirer sur tout ce qui peut avoir rapport à sa Grammaire & à la Prononciation, il paroît que nous aurions dû dire, à la suite de chaque mot, si la lettre finale en étoit muette, ou si elle se faisoit sentir, & comment se formoit le pluriel : c'est aussi ce que nous avons fait dans les premières feuilles du premier volume ; mais comme il y a une infinité de mots dont le pluriel se forme par la simple addition d'un s, qui est muet, ou prend le son du z ; qu'il y en a quantité d’autres terminés par un n ou par un t, qui se font, ou ne se font pas sentir, selon les circonstances ; la répétition fréquente des mêmes règles auroit infailliblement déplû, & auroit rendu l’Ouvrage plus volumineux que nous ne nous le sommes proposé : Nous avons donc cru qu’il suffisoit de faire aux premiers mots l’application des règles générales concernant ces objets, & d’avertir ici qu’on trouveroit les explications nécessaires sous les lettres, s, n, & t.

Si le mot dont il s'agit sort de la règle générale, par exemple, si le pluriel s’en forme par l'addition d'un x, ou en changeant al en aux, &c. Si le s, le n ([2]), ou le t qui le termine, se fait sentir en toutes circonstances, comme dans les mots as, examen, &c. nous annonçons ces exceptions.

Nous avons aussi supprimé, pour éviter les longueurs, la quantité prosodique de la plupart des noms propres : mais il ne sera pas difficile de la trouver, en appliquant aux syllabes dont ils sont camposés, les règles qui y ont rapport, & que nous donnons au mot Prosodie.

Nous en usons à peu-près de même, & pour les mêmes raisons, sur l'Orthographe des mots qui dérivent les uns des autres : ainsi quand nous disons, au mot acreté, qu’il faudroit changer le c en x, on conçoit assez que nos vues sont de proposer le même changement à l'égard du mot âcre.
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AVIS DU LIBRAIRE.


LE grand Vocabulaire François sera composé de dix-huit à vingt volumes in-quarto, dont chacun contiendra au moins six cens pages. Le prix du volume relié sera de douze livres, & de dix livres en feuilles. On délivrera gratis aux Souscripteurs le cinquième, le dixième, le quinzième & le dernier volume. Les Souscriptions ne seront teçues que jusqu’au premier Septembre, & l’on n’en recevra que six cens. La condition de la Souscription est simplement de s’obliger à prendre l’exemplaire, & d’en payer les volumes en les recevant.

Il sera aisé d’appercevoir, par le premier volume qui est en vente, qu’avec les parties propres au grand Vocabulaire François, & qu’on ne trouve dans aucun autre Livre, on aura pour une somme modique d’environ deux cens francs, la substance utile & épurée, non-seulement de tous les Dictionnaires qui ont paru jusqu’ici, mais encore des Ouvrages qui ont servi à les composer, tandis que ces Dictionnaires seuls, achetés en détail, coûteraient plus de deux mille écus.

Comme le Manuscrit est fort avancé, on publiera au moins quatre volumes par année.


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LE GRAND


VOCABULAIRE FRANCOIS.


A A


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Premiere lettre de l'alphabet ; substantif masculin. Dans ce sens il est long ; on dit un grand A, un petit a, une panse d' a.

L'A. est de toutes les lettres la plus facile à prononcer ; il ne faut qu'ouvrir la bouche & pousser l’air intérieur.

Les fonctions de cette lettre sont singulièrement multipliées dans notre langue : nous allons l'examiner dans quelques-unes de ses significations & de ses rapports.

Cette lettre représente la troisième personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe avoir. On dit, il ou elle a de l’argent.

Comme verbe auxiliaire, cet a forme le temps composé des verbes que les Grammairiens nomment prétérit indéfini ; comme il ou elle a chanté.

Comme préposition, l'usage & l'Académie lui attribuent la valeur des prépositions suivantes : après, avec,


dans ; en, par, pour, selon, suivant ; sur, vers.

A, dans la signification d' après. Gagner du terrein pied à pied, c'est-à-dire, pied après pied.

A, dans la signification d' avec. Il veille à la chandelle, c'est-à-dire, avec la chandelle.

A, dans la signification de dans. Il est comédien à Londres, c'est-à-dire, dans Londres.

A, dans la signification d' en. Quand on fera la revue, vous le verrez passer à son rang, c'est-à-dire, en son rang.

A, dans la signification de par. Je le soulage à force de remedes, c’est-à-dire, par beaucoup remedes.

A, dans la signification de pour. On m'a prié à danser, c'est-à-dire, pour danser.

A, dans la signification de selon. Je chante à la manière de la nouvelle actrice, c'est-à-dire, selon la manière.

A, dans la signification de suivant. Il faut à mon sens prendre un autre parti, c’est-à-dire suivant mon sens.

  1. (*) L'Encyclopédie mise in-quarto, comme le grand Vocabulaire François, se porteroit à plus de cinquante volumes de six cents pages chacun.
  2. (*) Nous donnons le genre masculin aux lettres n, s, &c. parce que nous les appelons ne, se, &c. & non ene, esse, &c. Nous faisons voir, en parlant de ces lettres • combien cette nouvelle dénomination est préférable à l'ancienne pour faciliter l'art de lire.