Gabriel (Hetzel, illustré 1854)/Scène 3-2

Gabriel (Hetzel, illustré 1854)
GabrielJ. HetzelŒuvres illustrées de George Sand, volume 7 (p. 23-25).


Scène II.


ASTOLPHE, les précédents..


FRÈRE CÔME.

Justement, vous arrivez bien à propos ; nous parlions de vous.

ASTOLPHE, sèchement.

Je vous en suis grandement obligé. Ma mère, comment vous portez-vous aujourd’hui ?

SETTIMIA.

Ah ! mon fils ! je me sens ranimée, et, si je pouvais croire à ce qui a été rapporté au frère Côme, je serais guérie pour toujours.

ASTOLPHE.

Le frère Côme peut être un grand médecin ; mais je l’engagerai à se mêler fort peu de notre santé à tous, de nos affaires encore moins.

FRÈRE CÔME.

Je ne comprends pas…

ASTOLPHE.

Bien. Je me ferai comprendre, mais pas ici.

SETTIMIA, toute préoccupée et sans faire attention à ce que dit Astolphe.

Astolphe, écoute donc ! Il dit que l’héritier de la branche aînée a disparu, et qu’on le croit mort.

ASTOLPHE.

Cela est faux ; il est en Angleterre où il achève son éducation. J’ai reçu une lettre de lui dernièrement.

SETTIMIA, avec abattement.

En vérité ?

BARBE.
Hélas !


Et alors ce fat d’Antonio est venu avec son œil aviné… (Page 20.)


FRÈRE CÔME.

Adieu tous nos rêves !

ASTOLPHE.

Pieux sentiments ! charitable oraison funèbre ! Ma mère, si c’est là la piété chrétienne comme l’enseigne le frère Côme, vous me permettrez de faire schisme. Mon cousin est un charmant garçon, plein d’esprit et de cœur. Il m’a rendu des services ; je l’estime, je l’aime ; et, s’il venait à mourir, personne ne le regretterait plus profondément que moi.

FRÈRE CÔME, d’un air malin.

Ceci est fort adroit et fort spirituel !

ASTOLPHE.

Gardez vos éloges pour ceux qui en font cas.

SETTIMIA.

Astolphe, est-il possible ? Tu étais lié avec ce jeune homme, et tu ne nous en avais jamais parlé ?

ASTOLPHE.

Ma mère, ce n’est pas ma faute si je ne puis pas dire toujours ce que je pense. Vous avez autour de vous des gens qui me forcent à refouler mes pensées dans mon sein. Mais aujourd’hui je serai très-franc, et je commence. Il faut que ce capucin sorte d’ici pour n’y jamais reparaître.

SETTIMIA.

Bonté du ciel ! Qu’entends-je ? Mon fils parler de la sorte à mon confesseur !

ASTOLPHE.

Ce n’est pas à lui que je daigne parler, ma mère, c’est à vous… Je vous prie de le chasser à l’heure même.

SETTIMIA.

Jésus, vous l’entendez. Ce fils impie donne des ordres à sa mère !

ASTOLPHE.

Vous avez raison, je ne devais pas m’adresser à vous, Madame. Vous ne savez pas et ne pouvez pas savoir… ce que je ne veux pas dire. Mais cet homme me comprend. (À frère Côme.) Or donc, je vous parle, puisque j’y suis forcé. Sortez d’ici.

FRÈRE CÔME.

Je vois que vous êtes dans un accès de démence furieuse. Mon devoir est de ne pas vous induire au péché en vous résistant… Je me retire en toute humilité, et je laisse à Dieu le soin de vous éclairer, au temps et à l’occasion de me disculper de tout ce dont il vous plaira de m’accuser



Vous croyez qu’elle travaille… (Page 21.)

SETTIMIA.

Je ne souffrirai pas que sous mes yeux, dans ma maison, mon confesseur soit outragé et expulsé de la sorte. C’est vous, Astolphe, qui sortirez de cet appartement et qui n’y rentrerez que pour me demander pardon de vos torts.

ASTOLPHE.

Je vous demanderai pardon, ma mère, et à genoux si vous voulez ; mais d’abord je vais jeter ce moine par la fenêtre.

(Frère Côme, qui avait repris son impudence, pâlit et recule jusqu’à la porte. Settimia tombe sur une chaise prête à défaillir.)

BARBE, lui frottant les mains.

Ave Maria ! quel scandale ! Seigneur, ayez pitié de nous !…

FRÈRE CÔME.

Jeune homme ! que le ciel vous éclaire !

(Astolphe fait un geste de menace. Frère Côme s’enfuit.)