Géographie (Édrisi)/tome 2/climat 4/section 1

Géographie (Édrisi)
Traduction par (Pierre-)Amédée Jaubert.
Imprimerie royale (IIp. 1-67).
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4e climat, 1re section


QUATRIÈME CLIMAT.

Séparateur

PREMIÈRE SECTION.

Suite et fin de l’Afrique occidentale. — Ceuta. — Tanger. — Espagne ou Andalousie. — Algéziras. — Séville. — Badajoz. — Merida. — Coïmbre. — Lisbonne. — Talavera. — Tolède. — Calatayud. — Saragosse. — Tortose. — Valence. — Alicante. — Carthagène. — Murcie. — Alméria. — Grenade. — Cordoue.

Cette première section commence à la partie de l’extrême occident baignée par l’océan Ténébreux dont émane la mer de Syrie (la Méditerranée), qui s’étend[1] vers l’orient. C’est là qu’est situé le pays Andalous بلاد اندلـس, que les chrétiens appellent Espagne ou presqu’île d’Andalous, attendu que sa forme triangulaire se rétrécit du côté de l’orient au point de ne laisser entre la Méditerranée et l’Océan, qui l’entourent, qu’un intervalle de 5 journées. La plus grande largeur de cette presqu’île est d’environ 17 journées, à partir d’un cap[2] de l’extrême occident où se termine la portion habitée de la terre ceinte par la mer Océane[3]. Personne ne sait ce qui existe au delà de cette mer, personne n’a pu rien en apprendre de certain, à cause des difficultés qu’opposent à la navigation la profondeur des ténèbres, la hauteur des vagues, la fréquence des tempêtes, la multiplicité des animaux monstrueux et la violence des vents. Il y a cependant dans cet Océan un grand nombre d’îles, soit habitées, soit désertes ; mais aucun navigateur ne se hasarde à le traverser ni à gagner la haute mer ; on se borne à côtoyer, sans perdre de vue les rivages. Les vagues de cette mer, hautes comme des montagnes, bien quelles s’agitent et se pressent, restent cependant entières et ne se brisent (littér. ne se fendent) pas. S’il en était autrement, il serait impossible de les franchir.

La Méditerranée, d’après ce qu’on raconte, était autrefois un lac fermé, comme l’est aujourd’hui la mer du Tabaristan (la Caspienne) dont les eaux n’ont aucune communication avec celles des autres mers, de sorte que les habitants de l’extrême occident faisaient des Invasions chez les peuples de l’Andalousie et leur occasionnaient toute sorte de dommages. Ces derniers, à leur tour, résistaient aux Africains et les combattaient de tout leur pouvoir. Les choses demeurèrent ainsi jusqu’à l’époque où Alexandre pénétra dans l’Andalousie et apprit des habitants de ce pays qu’ils étaient en guerre continuelle avec ceux de Sous اهل السوس. Ce prince fit venir des ingénieurs et leur indiqua le lieu dit el-Zakak الزقاق (le Détroit), dont le terrain était aride, leur prescrivit de le mesurer avec le niveau et d’en comparer la hauteur avec celle de la surface de chacune des deux mers. Ceux-ci trouvèrent que le niveau de la grande mer était plus élevé que celui de la Méditerranée d’une quantité peu considérable[4]. On exhaussa (donc) les terrains sur le littoral de cette mer, et on les transporta de bas en haut ; puis on creusa un canal entre Tanger طنجة et l’Andalousie بلاد اندلس, et l’on poursuivit le creusement jusqu’à ce qu’on eût atteint la partie inférieure des montagnes. Là on construisit sans peine une digue en pierres et en chaux. La longueur de cette digue était de 12 milles, distance égale à celle qui séparait les deux mers ; on en construisit une autre en face, c’est-à-dire du côté de Tanger, en sorte que l’espace existant entre les deux digues était de 6 milles seulement. Lorsque ces ouvrages furent achevés[5], on creusa (un canal) du côté de l’Océan, et les eaux, par leurs pentes et leurs forces (naturelles), s’écoulèrent entre les deux digues et entrèrent dans la Méditerranée. Elles occasionnèrent une inondation par suite de laquelle plusieurs villes situées sur les deux rives furent détruites, et un grand nombre de leurs habitants périrent submergés, car les eaux s’élevèrent à la hauteur d’environ 11 coudées au-dessus des digues. Celui de ces ouvrages qui avait été construit sur la côte d’Andalousie est encore parfaitement visible, durant les basses marées, au lieu nommé el-Safiha الصفيحة (le Plateau). Il s’étend en ligne droite, et son épaisseur est d’une coudée. Nous l’avons vu de nos propres yeux, et nous avons marché tout le long du détroit sur cette construction que les habitants d’Algéziras الجزيرة appellent Alcantara القنطرة , et dont le milieu correspond au lieu nommé la Roche-du-Cerf حجر الايل , près de la mer. Quant à la digue qui se trouvait du côté du pays de Tanger, les eaux y ayant pénétré et ayant creusé le terrain qui se trouvait derrière, l’ouvrage s’est entièrement écroulé, en sorte que la mer touche aux montagnes de tous côtés.

La longueur du détroit connu sous le nom de Zakak الزقاق est de 12 milles. Sur ses bords, du côté du levant, est la ville d’Algéziras جزيرة الخضرة ou l’île Verte)[6], et du côté du couchant celle de Tarif جزيرة طريف (Tarifa), vis-à-vis de laquelle, sur la rive opposée, est situé le château dit Cassr Masmouda, القصر المنسوب لمصمودة[7]. Vis-à-vis d’Algéziras, sur la même rive, est la ville de Ceuta مدينة سبته (ou Sebta), située à 18 milles de distance. Entre Tarifa et le château de Masmouda, la distance est de 12 milles. Telle est également la largeur du bras de mer qui sépare ces deux points. Le flux et le reflux ont lieu deux fois par jour dans cette mer, et cela constamment, par un effet de la toute-puissance et de la sagesse du Créateur.

Au nombre des villes dépendantes de la présente section et situées sur les rives de la grande mer, on remarque Tanger طنجة (ou Tandja), Nekour نكور[8], Bades بادس, Mezma مزمة, Melila مليلة, Huneïn هُنين, Beni-Wazar بني وازار, Oran وهران (ou Wahran) et Mostaghanem مستغانم.

La ville de Sebta سبته (Ceuta), située vis-à-vis de l’île Verte (ou d’Algéziras), est bâtie sur sept collines qui se touchent. Elle est bien peuplée, et sa longueur, de l’ouest à l’est, est d’environ 1 mille. On voit à 2 milles de distance le Djebel Mousa جبل موسى, montagne ainsi nommée à cause de Mousa ben-Nassir موسى بن نصير, personnage qui fit la conquête de l’Andalousie dans les premiers temps de l’islamisme. Sebta est entourée de jardins, de vergers et d’arbres qui produisent des fruits en abondance. On y cultive la canne à sucre, et l’oranger dont les fruits sont transportés des environs de cette ville dans divers autres pays. Toute la contrée porte le nom de Beliounech بليونش ; il y a de l’eau courante, des sources d’eau vive et toute sorte de productions.

Il existe à l’orient de cette ville une montagne dite Djebel el-Mina جبل المينة, et sur le plateau qui couronne cette montagne, une muraille construite par ordre de Mohammed ben-beni-A’mer à l’époque de son retour d’Andalousie. Il voulait transférer la ville sur ce plateau ; mais la mort le surprit lorsqu’il venait d’en achever les murs. Les habitants de Sebta n’eurent pas la possibilité de se transporter à el-Mina ; ils demeurèrent dans leur ville et el-Mina resta privée de population. Quant au nom de Sebta سبتة[9], il lui fut donné parce qu’en effet elle est bâtie sur une presqu’île close par la mer de toutes parts, excepté du côté du couchant, en sorte qu’il ne reste (à sec) qu’un isthme de la largeur de moins d’un jet de flèche. La mer qui baigne ses murs au nord se nomme mer de Zakak كر الزقاق ; celle du côté du midi porte le nom de mer de Bosoul كربسول ; Sebta est un port excellent où l’on est à l’abri de tous les vents.

« Il existe auprès de Sebta des lieux où l’on pêche de gros poissons[10]. Nulle côte n’est plus productive, soit sous le rapport de l’abondance, soit sous celui de la qualité du poisson. On en compte plus de cent espèces différentes, et l’on se livre particulièrement à la pêche du gros poisson qui s’appelle le thon التن, et qui se multiplie beaucoup dans ces parages. On s’embarque dans des nacelles, muni de lances (ou de harpons) ; l’extrémité de ces lances renferme des ailes qui, en se déployant, pénètrent dans le corps du poisson et n’en sortent plus. Le bois du harpon [Feuillet 120 verso.] est garni de longues ficelles de chanvre. Ces pêcheurs sont tellement exercés et tellement habiles dans leur métier, qu’ils n’ont au monde point de rivaux.

On pêche également le corail aux environs de Sebta. Cet arbuste[11] y donne ses produits dont la beauté surpasse ce qu’on peut voir de plus admirable en ce genre dans toutes les contrées et dans toutes les autres mers.

On choisit, on dispose, on perce, enfin on travaille dans le marché de Sebta les conques de Vénus (sorte de coquillage) destinées à l’exportation. La majeure partie est transportée à Ghanat غانة et dans tout le Soudan où on en fait grand usage. »

On compte 12 milles de Sebta سبتة à Cassr Masmouda قصر مصمودة, « château fort situé sur le bord de la mer, où l’on construit des navires et des nacelles destinés à la navigation sur les côtes d’Andalousie. Ce fort est bâti sur le cap el-Madjan المجان, le plus voisin des possessions espagnoles.

[Tandja ou Tanger.]De Cassr Masmouda à Tandja طنجه (Tanger) on compte 20 milles. « Cette dernière ville est ancienne et connue. Bâtie sur une montagne assez haute qui gît parallèlement à la mer, ces habitations sont situées à mi-côte et s’étendent jusqu’au rivage. Cette ville est jolie : il y a un marché, des fabriques, et divers quartiers. On construit à Tanger des navires, et c’est un port d’où l’on fait voile et où l’on aborde. La ville est bâtie sur un terrain qui touche à une plaine cultivée, ensemencée et habitée par des Berbers appartenant à la tribu de Sanhadja[12].

À partir de Tanger, la mer Océane forme un coude et, se dirigeant [Feuillet 121 recto]vers le midi, atteint le pays de Techmes تشمـس, « dont la capitale fut autrefois considérable. Entourée de murs et de bons pâturages, cette ville est située sur les bords d’une rivière dite Safardad وفردد, à près d’un mille de la mer. Ses environs sont peuplés de Berbers querelleurs et méchants, et vivant dans un état de guerre et de disputes continuelles. »

De Techmes (on se rend) à Cassr A’bd al-Kerim قصرعبد الكريم, bourg situé dans le voisinage de la mer à 2 journées de distance de Tanger, « et sur les bords de la rivière de Lukus نهر اكس. Il y a des bazars dont l’importance est proportionnée à celle de l’endroit, et où l’on trouve toute sorte de marchandises. »

De Tanger à Azila ازيلا on compte une faible journée. « Azila est une très-petite ville dont il ne reste actuellement que peu de vestiges ; ses marchés étant situés auprès des terres (cultivables). On l’appelle aussi Assila اصيلا ; elle est ceinte de murs, et située à l’extrémité du détroit (de Gibraltar). On y boit de l’eau de puits, bien que la rivière de Safardad, qui coule entre elle est Cassr A’bd al-Kerim, n’en soit pas très-éloignée. Cette rivière est assez considérable pour recevoir des navires ; ses eaux sont douces, et les habitants de Techmes, ville dont nous venons de parler, en font usage. Elle est formée par la réunion de deux affluents dont l’un prend sa source dans le pays de Denhadja دنهاجة et dans les montagnes de Bassra بصرة, et l’autre dans la contrée de Kethama كثامة. Les habitants de Bassra naviguent sur cette rivière et s’en servent pour le transport de toute sorte d’objets. De Techmes à Bassra on compte un peu moins d’une journée en suivant ses bords.

Bassra بصرة (ou Bassra du Gharb بصرة من العرب) est une ville fréquentée. Ceinte de murs mais non point forte, elle est entourée de villages et de cultures. Ses principales productions consistent en coton, en blé et en autres céréales ; elles y sont très-abondantes. Le pays est bien cultivé, le climat tempéré, les habitants polis et d’un caractère facile. À dix-huit milles, ou environ, de distance, on trouve Babakelam باباكلام, ville bâtie par ordre d’Abdallah ben-Edris, au milieu de montagnes très-boisées[13] dont l’accès n’est possible que d’un seul côté. Cette ville est forte. Il y a de l’eau et des fruits en abondance. Non loin de là est Fout فوت, ville sans murs d’enceinte, située sur le sommet d’une montagne escarpée ; il y a beaucoup d’eau et d’habitations agglomérées ; on y cultive surtout du blé, de l’orge et d’autres céréales. Tout ce pays dépend de Tanger et fait partie du territoire de cette ville.

Au midi de Bassra et sur les bords de la Sebou نهر سبو, rivière qui vient du côté de Fez, est un gros bourg nommé Masna ماسنة. C’était jadis une ville entourée de murs et pourvue de marchés ; mais elle fut ruinée. On remarque dans son voisinage el-Hadjar الهجر, ville fondée par les Édrisites, sur le sommet d’une montagne très-escarpée ; cette place est forte et d’un accès très-difficile, car on n’y parvient que par un chemin tellement étroit et rapide qu’un homme n’y peut passer qu’après un autre. Le pays est fertile, abondant en ressources de toute espèce, couvert d’habitation et de jardins.

De Sebta سبتة au fort de Tetouan تطاون (ou Tetawan), en se dirigeant vers le sud-est, on compte une faible journée. Tetouan est une place forte « bâtie sur un terrain plat, » à cinq milles de distance de la mer Méditerranée. Elle est habitée par une tribu berbère dite Mahkesa مهكسة. De là à Anzelan انزلان, port florissant, bien habité et situé sur la limite du pays de Ghomara اوّل بلاد غمارة, on compte environ 15 milles. « Le pays dont nous parlons est très-montagneux et très-boisé. Il s’étend sur un espace d’environ 3 journées. Il touche, du côté du midi, aux montagnes dites el-Kewekeb الكواكب (ou des Étoiles), qui sont également habitées et très-fertiles ; elles comprennent un espace d’environ 4 journées et se prolongent jusqu’auprès de Fez مدينة فاس. Ces montagnes étaient autrefois habitées par une population nombreuse, mais le Tout-puissant en purgea le pays, détruisit les habitants et ruina leurs demeures à cause [Feuillet 121 verso.] de l’énormité de leurs crimes, de leur peu de foi, de leur impudicité, de leur dépravation, de leur habitude du meurtre illicite. Juste châtiment réservé aux méchants ! »

De Sebta pour se rendre à Fèz on a 8 journées à faire en marchant sans se presser[14]. « À la distance d’une demi-journée du port d’Anzilan مرسى انزلان on trouve le fort de Iatghasas يتغساس, dont les habitants sont en état de guerre continuelle « avec les peuplades de Ghomara غمارة. » De Iatghasas à Cassr Tazeka قصر تازكة, port de mer, on compte 13 milles.

De là à Hissn Mostâsa حصن مسطاسة, fort appartenant aux Ghomara, une demi-journée.

De là à Hissn Kerkal حصن كركال, dépendant aussi des Ghomara, 15 milles.

De là à Bades بادس une demi-journée.

« Bades est une ville bien habitée où l’on trouve des bazars « et des artisans, et où les Ghomara viennent chercher les objets qui leur sont nécessaires ; c’est l’extrême limite de leur pays. Elle est située à 4 milles vers le nord d’une montagne anciennement habitée par une peuplade dite Mazkala مزكلة qui se composait d’hommes audacieux, entreprenants, querelleurs et sans cesse incommodes à leurs voisins ; mais le Tout-puissant en a délivré le pays. »

De Bades à Bouzkour مزكلة, port « qui fut jadis une ville dont il ne reste pas de vestiges, et qui est désigné dans les chroniques sous le nom de Tekouz تكوز, » 20 milles.

Il existe entre Bades et Bouzkour une montagne connue sous le nom d’Adjraf اجراف où l’on ne trouve aucun port.

De Bouzkour à Mezma مازمه, « bourg autrefois peuplé et port où l’on chargeait des navires, » 20 milles.

Mezma est placée non loin d’une rivière située à 12 milles de distance du cap Ba’lan طرف بعلان[15] qui s’avance beaucoup dans la mer. De là au port de Kerta كرطة on compte 20 milles[16]. À l’orient de Kerta coule une rivière qui vient du côté de Sa’ صاع. De Kerta à l’extrémité d’un golfe, 20 milles.

De Kerta à Melila مليلة, par mer, 12 milles.

Et par terre, 20 milles.

« Melila مدينة مليلة est une ville jolie, de médiocre grandeur, entourée de fortes murailles et dans une bonne situation sur le bord de la mer. Il y avait, avant la présente époque des maisons contiguës et beaucoup de cultures. On y trouve un puits alimenté par une source permanente dont l’eau est abondante et sert à la consommation des habitants. Cette ville est environnée de tribus berbères, issues des Betaouïa بطوية. »

De Melila à l’embouchure de la rivière qui vient d’Akarsif اقرسيف. vis-à-vis cette embouchure, est un petit îlot ; et dans le désert une ville du nom de Haraoua[17] حراجة. On compte 20 milles.

De cette embouchure au port de Tafir Kenit, où est un château peu considérable mais bien fortifié, 40 milles.

De Tafir Kenit au fort de Tabahriat تابرية, par terre, 40 milles[18].

(Ce fort est bien construit, bien peuplé et domine un port de mer très-fréquenté. De Tabahriat à Henïn هنين on compte, par mer, 11 milles[19].)

Et de là à Telmesan تلمسان, par terre, 40 milles. Entre ces deux lieux (Henïn et Telmesan) on remarque Nedrouna ندرونة, ville considérable, bien peuplée, ceinte de murailles, pourvue de marchés et située sur une hauteur à mi-côte. Des champs [Feuillet 122 recto] ensemencés et arrosés par une rivière en dépendent. Sur la hauteur, du côté de l’orient, on trouve des jardins, des vergers, des habitations et de l’eau en abondance. Henïn هنين est une jolie petite ville sur le bord de la mer ; il y a un marché, et les environs sont couverts de cultures.

De Henïn, en suivant le rivage, au port dit Ourdania, الوردانية, 6 milles.

De là à l’île (ou à la presqu’île) de Cachcar جزيرة قاشقار, 8 milles.

De là à l’île de Archcoul جزيرة ارشقول, « qu’on appelle aussi Ardjeloun ارجلون[20], où était autrefois un château fort et où l’on trouve des citernes et beaucoup d’eau pour l’approvisionnement des navires (la distance manque).

Cette île est habitée et située vis-à-vis l’embouchure de la rivière dite Melwia ملوية.

De cette embouchure au fort d’Aslan اسلان, par mer, on compte 6 milles.

De là à un cap qui s’avance dans la mer, 20 milles.

Vis-à-vis ce cap est l’île des Moutons جزيرة الفنم, à une distance de 12 milles.

De cette île à Beni-Wazar بنى وزار[21], 17 milles.

Du cap Diwaly طرف دولى au cap el-Harcha طرف الحرشا, 12 milles.

De là à Wahran وهران, (ou Oran), dont nous avons parlé en détail dans le troisième climat, 12 milles[22].

Nous revenons maintenant à la description de l’Espagne الاندلس, à celle de ses routes, « au détail de la circonscription de ses provinces et de ses limites, des sources de ses fleuves et de leurs [Feuillet 122 recto.]embouchures dans la mer, de ses montagnes les plus célèbres, « de ses raretés les plus remarquables ; et cela sans négliger d’invoquer le secours divin. »

Nous disons donc que l’Espagne forme, dans la plus grande extension de ce terme, un triangle. Elle est, en effet, bornée de trois côtés par la mer, savoir : au midi par la Méditerranée, à l’ouest par l’Océan, et au nord par la mer que les chrétiens الروم nomment mer de Galice بحر الفايشين[23]. Elle s’étend en longueur depuis Keniset el-Ghorab كنيسة العراب (le cap Saint-Vincent ou l’église du Corbeau), situé sur l’Océan, jusqu’à la montagne dite Heïkel el-Zahira هيكل الزهرة (le temple de Vénus ou le cap de Creuz près Collioure[24]) sur une distance de onze cents milles, et en largeur depuis l’église de Saint-Jacques (de Compostelle) كنيسة سنت ياقوب, située sur un cap de la mer de Galice (le cap Finistère), jusqu’à Alméria مسديـنـة المريـة, ville située sur les bords de la Méditerranée, sur un espace de six cents milles.

La péninsule espagnole est séparée en deux sur toute sa largeur par une longue chaîne de montagnes qu’on appelle Charrat الشارات (espagnol[25]), au midi de laquelle est située Toleïtala طليطلة (Tolède). Cette ville est le centre de toute l’Espagne, car de Tolède à Cortoba قرطبة (Cordoue), au sud-ouest, on compte 9 journées ; de Tolède à Lichbona لشبونه[26] (Lisbonne), à l’ouest, 9 journées ; de Tolède à Saint-Jacques سنت ياقوب, sur la mer de Galice, 9 journées ; de Tolède à Jaca جاقة, à l’orient (ou plutôt Feuillet 122 recto, au nord), 9 journées ; de Tolède à Balensia بالنسية (Valence), au sud-est, 9 journées ; enfin de Tolède à Alméria المرية, 9 journées.

La ville de Tolède était, du temps des chrétiens, la capitale de l’Espagne et le lieu de la résidence de ses rois. On y trouva la table de Salomon, fils de David, ainsi qu’un grand nombre de raretés qu’il serait trop long d’énumérer. Le pays situé au sud des monts Charrat se nomme Espagne اسنانيه ; la partie située au nord [Feuillet 122 verso.] de ces montagnes porte le nom de Castille قشتـالة. « À l’époque actuelle encore, le sultan des chrétiens des deux Castilles et de l’Andalousie, qui composent ce qu’on nomme l’Espagne, fait sa résidence à Tolède[27]. Ce pays comprend diverses provinces, diverses régions cultivées, et un grand nombre de villes que nous nous proposons de décrire une à une, » en commençant par la province connue sous le nom de Boheïra بهيرة, qui s’étend depuis les bords de l’Océan jusqu’à ceux de la Méditerranée, et qui comprend (dans ses dépendances) l’île de Tarif جزيرة طريف (espagnol), l’île Verte الجزيرة الخضرة (Algéziras), l’île de Cades (جزيرة ق قادس Cadix), le fort d’Arkoch حصن ارڪوش[28] (espagnol), Beka بڪه (espagnol), Cherech شرش (Xérès), Tasana طسـانه[29] (espagnol), Medinet ebn Selam مدينه ابن سلام et un grand nombre de châteaux forts comparables en population à des villes « et dont nous traiterons en leur lieu. »

Vient ensuite la province de Chedouna شدونة (espagnol), située au nord de la précédente (de celle de Boheïra), qui compte au nombre de ses dépendances Echbilia اشبيلية (Séville), Carmouna قرمونة (espagnol), A’lchana ءلشانة et divers autres lieux fortifiés.

Cette province est limitrophe à celle d’el-Charf الشرف (Alxarfe), située entre Séville, Lebla لبلة (Niebla) et la mer Océane, et comprenant, entre autres lieux fortifiés, Hissn el-Cassr هصن القصر (Castro Marin), la ville de Lebla لبلة (Niebla), Welba ولبة (Huelba), l’île de Saltich جزيرة سالطيش (l’île d’Huelba), Djebel O’ïoun جبل ءيون (la montagne des Sources, en espagnol Gibraleon).

Puis vient la province dite Kanbania كنبانية (Campiña), dont dépendent Cortoba قرطبة (Cordoue), el-Zahra الزهرة ; (Zara), Esidja اسيجة (Ecija), Biana بيانة (Baena), Cabra قبرة et Alichana اليشانة (Lucena).

Puis la province d’Ochonna اشونة (Ossuna), comprenant des châteaux forts, tels que Lora اورة et Ossuna. Cette province, d’une étendue peu considérable, confine du côté du midi avec celle de Riat رية (Rute), dont les villes principales sont Malca مالقة (Malaga), Archidonna ارشدونة, Mortela مرتلة (Montilla), Bister بيستر, Bechkessar بشكصار et autres.

Puis la province d’Alboucharat البشارات {Alpujarras), dont la ville principale est Djian جيان (Jaen), et qui compte, indépendamment d’un grand nombre de châteaux forts, plus de six cents villages d’où l’on tire de la soie[30].

Puis la province de Bedjaia بجاية, comprenant dans sa circonscription les villes d’Alméria الرية, de Berdja برجة (Vera), et plusieurs lieux fortifiés, tels que Merchana مرشانة (Marchena), Burchana برشانة (Purchena), Toudjala طوجالة (Tuegla), Bales بالس (Velez Blanco).

Puis, vers le midi, la province d’Elbira البيرة (Elvira), où sont Garnata غرناطة (Grenade), Wadi Ach وادي اش, (Guadix), el-Monkeb النكب (Almuñeçar), et autres lieux fortifiés dont nous traiterons ci-après.

Puis Le pays de Tadmir كورة تدمير, où sont Murcie مورسية, Oriwala اوريولة (Orihuela), Carthagène قرطاجية, Lorca لورقة, (Lurca), Moula مولة (Mula), Handjala حنكيلة (Chinchilla), située sur la limite de la province de Kounka كونكة[31] (Cuenca), et de plus Oriwala اوريولة (Orihuela[32]), Elcha arabe (Elche), Lecant لقنت (Alicante), Kounka كونكة (Cuenca), Chacoura شقورة (Segura).

Puis la province d’Arghira ارغيرة (Alcira), où sont Chateba شاطية (Xativa), Choucar, شقر (Xucar) Dania دانية (Denia), et un grand nombre d’autres lieux fortifiés.

Puis la province de Murbathr, مرباطر (Murviedro), où sont Balensia بالنسية (Valence), Murbathr مرباطر (Murviedro)[33], Buriana بوريانة.

Puis, en se dirigeant vers l’intérieur des terres, la province d’el-Caratam القراطم, où sont Alcant القنت et Santa-Maria سنت مرية, également connue sous le Dom d’Ebn-Razin ابـن رازيـن (Albarracin). »

Puis la province d’el-Ouldja الولجة (Alulgha ?), où sont : Seria سرية (Sarrion ?), Meya مية (Moya ?), Cala’t Rabah قـلعــة ربــاح (Calatrava).

Puis celle d’Albilalta البيلالطة (Villada de Montesa ?), où sont divers lieux fortifiés dont les plus considérables sont : Betrous بطروس, Ghafec غافق, Hissn ebn-Haroun حصن ابن هارون.

À l’occident de cette province est celle d’Alfaghar الفغر, où sont : Santa-Maria سنت مرية (Santa-Maria de l’Algarve), Martela مارتلة (Mertola), Chelb شلب (Silves), et diverses autres.

À cette province est limitrophe celle du Château d’Ebn Abi Danes القص النسوت لابن ابن دانـس, où sont : Iabora يابوره (Tabora), Batalios بطليوس (Badajoz), Chericha شريشـة (Xerès de Extremadura), [Feuillet 123 recto.]Marida مارده (Merida), Cantarat el-Seïf قنطرة السيف, (Al-cantara) et Couria قورية (Coria).

Puis vient la province d’el-Belath البلاط, où est la ville du même nom et Medellin ; puis la province de Belatha بلطة, où sont : Chancharin شنشرين (Santarem), Lichbona لشبونة, (Lisbonne) et Chintra شنتره (Cintra) ; puis celle d’el-Charran الشاران (ou des Montagnes), qui comprend : Talbira تلبيرة (Talavera), Toleïtala طليطلة (Tolède), Madjlit مجليط (Madrid), el-Cahemin القهمين, Wadil’hidjara وادي للحجرة (Guadalaxara)[34], Eclich اقليش et Weheda وهدة, (Huete), et qui est limitrophe de la province d’Arlith ارليط (Ariza), dans le territoire de laquelle sont situés Cala’t Aïoub قلعه ايودب (Calatayud), Cala’t Darouca قلعه دروقه (Daroca), Saracosta سرقسطة (Saragosse), Wechka وشقه, (Huesca) et Tuteïla تطـيـلـة (Tudèle).

Vient ensuite la province d’el-Zeïtoun, الزيتون (ou des Oliviers), qui comprend Djaca جاقة (Jaca), Larda لارده (Lerida), Meknasa مكناسة (Mequinenza) et Afragha افراغة (Fraga), puis le pays des Bortat افليم البرتات (des portes ou des Pyrénées), où sont : Tortoucha طرطوشة (Tortose), Tarrakona ترڪونه (Tarragone) et Barchelouna برشلونة (Barcelone) ; puis enfin, vers l’occident, le pays de Marmeria مرمرية, qui contient des forteresses abandonnées[35], et, sur les bords de la mer, le fort de Tachker, طشكر, Kachtali ڪشتالى (Castello de la Plana), et Kenawa ڪنوه[36].

Telles sont les diverses provinces de l’Espagne, pays dont l’ensemble porte le nom d’Andalous.

Djeziret Tarif جزيرة طريف (Tarifa) est située sur les bords de la Méditerranée, au commencement du détroit de Zakak. Elle a du côté de l’occident la mer Océane. C’est une ville peu considérable « dont les murs sont en terre, et l’enceinte traversée par un cours d’eau. On y voit des marchés, des caravansérails et des bains. » Vis-à-vis sont deux îles qui portent le nom d’el-Cantir القنـتـيـر, et qui sont situées à peu de distance du continent. De Djeziret Tarif à Djeziret el-Khadra جزيرة الحضرة (l’île Verte ou Al-géziras), on compte 18 milles.

On traverse Wadi’l-Nesa وادى النسا, (la rivière des Femmes).

De là à Algéziras (la distance manque).

« Cette dernière ville est bien peuplée. Ses murs sont en pierres et consolidés avec de la chaux. Elle a trois portes et un arsenal situé dans l’intérieur de la ville. Algéziras est traversé par un ruisseau appelé Nahr Asel نهر عسل, dont les eaux sont douces et servent aux besoins des habitants et à arrosage des jardins et des vergers. C’est un lieu de travail, d’embarquement et de débarquement ; le détroit maritime qui le sépare de Sebta سبتة a 18 milles de large. Vis-à-vis est une île cconnue sous le nom de Djeziret Omm Hakim جزيرة اَم حكيم, où l’on remarque une chose singulière ; c’est un puits profond et abondant en eau douce, tandis que l’île, en elle-même peu considérable, est de surface plate, à tel point que peu s’en faut qu’elle ne soit submergée par la mer. »

Djesiret el-Khadra جزيرة الخضرة (Algéziras) fut la première ville conquise par les musulmans en Andalousie durant les premiers temps, c’est-à-dire en l’an 90 de l’hégire. Elle fut prise par Mousa ben-Nassir de la tribu de Merwan, et par Tarek fils d’Abd-allah le Zenaty[37] qu’accompagnaient des tribus berbères. Il y a du côté de la porte de la mer une mosquée dite la mosquée des Drapeaux (مسجد الرايات). On rapporte que ce fut là qu’on déposa les étendards des musulmans venus par le Djebel-Tarek (Gibraltar), nom qui fut donné à cette montagne parce que Tarek, fils d’Abdallah le Zenaty, lorsqu’il eut passé (le détroit) avec ses Berbers, s’y fortifia. Mais réfléchissant que les Arabes pourraient bien ne s’y pas maintenir, et voulant prévenir ce malheur, il ordonna que l’on brûlât les navires avec lesquels il était passé ; précaution qui lui réussit. De là à Algéziras on compte 6 milles.

Cette montagne est isolée à sa base ; du côté de la mer on voit une vaste caverne d’où découlent des sources d’eau vive ; près de là est un port dit Mers el-Chadjra مرس الشجرة (le port des Arbres).

D’Algéziras جزيرة الخجضرة à Séville on compte 5 journées, et d’Algéziras à Malca مالقه (Malaga), 5 journées faibles, c’est-à-dire 100 milles[38].

D’Algéziras à Séville آشبيليه il y a deux routes, l’une par eau, l’autre par terre. Voici la première :

D’Algéziras à el-Rommal الرمال (les Sables), à l’embouchure de la rivière de Berbât نهر برباط, dans la mer, 28 milles.

De là à l’embouchure de la rivière de Beka نهر بكة,i6 milles.

De là au détroit de San-Bitar سنت بيطر (San-Pedro), 12 milles.

De là à el-Canatir القناطر (les Ponts), vis-à-vis la presqu’île de Cades قادس (Cadix), 12 milles.

(La distance entre ces deux points est de 6 milles.)

D’el-Canatir à Rabeta Rota رابطة روطة,i8 milles.

De là à el-Mesajid المساجد (San-Lucar), 6 milles.

Ensuite on remonte le fleuve en passant par Tarbichana طربشانة (Trebuxêna), el-O’touf العطوف (les détours), Cabtour قبتور, Cabtal قبطال (Cabtour et Cabtal sont deux villages situés au milieu du fleuve[39]), Djeziret Ienchtalat جزيرة ينشتالة, Hissn el-Zahar حصن الزهر ; puis on arrive à Séville. De cette ville à la mer on compte 60 milles.

Quant à la seconde route (la route par terre), elle est comme il suit :

D’Algésiras on se rend à Aretba ارتبة, puis à la rivière de Berbât نهر برباط, puis à Nisana نيسانة, village ; puis à la ville d’Ebn-Selim مدينة ابن سليم, puis à Djebel Mount جبل منت, puis à Aslouka عسلوكة, village où est une station (posada) ; puis à el-Modaïn المداين, puis à Deïrat el-Djemala ديرة الجمالة, station ; de là à Séville une journée.

« Cette dernière ville est grande et bien peuplée, les édifices y sont hauts, les murailles solides, les marchés vivants et animés par une population considérable. Le principal commerce de cette ville consiste en huiles qu’on expédie à l’orient et à occident par terre et par mer ; ces huiles proviennent d’un territoire dit el-Charf الشرف, dont l’étendue est de 40 milles, et qu’est entièrement planté d’oliviers et de figuiers ; il se prolonge depuis Séville jusqu’à Lebla لبله (Niebla), sur une largeur d’environ 12 milles. Il y existe, dit-on, huit mille villages florissants, un grand nombre de bains et de maisons de plaisance. De Séville au lieu où commence ce territoire on compte 3 milles. Il se nomme el-Charf الشرف, parce qu’en effet[40] c’est la partie la plus haute du district de Séville ; il se prolonge du nord au sud, formant une colline de couleur rouge, Les plantations d’oliviers s’étendent jusqu’au port de Lebla لبله (Niebla). » Séville est bâtie sur Les bords du Wad al-Kebir ; واد الكبير, c’est-à-dire du fleuve de Cordoue نهر قرطبة.

Lebla لبله est une ville ancienne, jolie, « de moyenne grandeur, et ceinte de fortes murailles, » à l’orient de laquelle coule une rivière venant des montagnes, et qu’on passe auprès de cette ville sur un pont. « On fait à Lebla un bon commerce, et on en tire diverses productions utiles. On y boit de l’eau des sources existantes dans une prairie située à l’occident de la ville, » De Lebla à la mer Océane on compte 6 milles. Là est un bras de mer auprès duquel est située la ville de Welba مدينة ولبة (Huelba), ville peu considérable mais bien peuplée, ceinte d’une muraille en pierres, pourvue de bazars où l’on fait le négoce, et où l’on exerce divers métiers. L’île de Chaltich جزيرة شلطيش est entourée de tous côtés par la mer. Du côté de l’orient, elle est séparée du continent par un bras de mer qui n’a de largeur que celle d’un demi jet de pierre, et par lequel on transporte l’eau nécessaire à la consommation des habitants. »

Cette île a un peu plus d’un mille de long, et la ville principale est située du côté du midi.

Là est un bras de mer qui coïncide avec l’embouchure de la rivière de Lebla, et qui s’élargit au point d’embrasser plus d’un mille. Les vaisseaux le remontent sans cesse jusqu’au lieu où il se rétrécit et n’a plus que la largeur de la rivière, c’est-à-dire la moitié d’un jet de pierre[41]. La rivière provient du pied d’une montagne au-dessus de laquelle est la ville de Welba ولبة, par où passe le chemin de Lebla.

Quant à la ville de Chaltich, elle n’est point entourée de murailles, ni défendue par une citadelle. Toutefois les maisons y sont contiguës ; il y a un marché. On y travaille le fer, sorte d’industrie à laquelle répugnent de se livrer les habitants du pays, et qui est très-commune dans les ports de mer, dans les lieux où mouillent les vaisseaux, et dans ceux où l’on charge et où l’on décharge des marchandises[42]. »

De la ville de Chaltich مدينه شلطيش à la presqu’île de Cades [Feuillet 14 recto.] جزيرة قادس (Cadix) on compte 100 milles.

De Cades à l’île de Tarifa, 63 milles.

De l’île de Chaltich en se dirigeant par mer vers le nord à Hissn Kastala حصن كستلة, 18 milles.

C’est entre ces deux points que sont situés, 1o l’embouchure de la rivière de Iana نهر يانه (la Guadiana), qui est celle qui coule à Marida ماردة et à Bataleos بطليوس (Badajoz), et 2o le château de Mertola حصن مرتله, si connu par la bonté de ses fortifications. Hissn Kastala (Castro Marim) est un fort construit sur les bords de mer. De là à Tabira تبيرة, à proximité de la mer, 14 milles.

De Tabira (Tavira) à Santa-Maria el-Gharb شنت مـرية الغرب, 12 milles.

Cette dernière ville est bâtie sur les bords de l’Océan, et ses murs sont baignés par le flot de la marée montante. « Elle est de « grandeur médiocre et très-jolie ; il y a une grande et une petite mosquée ; on y fait la khotba (le vendredi) ; il y aborde et il en part des navires. Le pays produit beaucoup de figues et de raisins. »

De la ville de Santa-Maria à celle de Chelb شلب (Silves en Algarbe), 28 milles.

« Chelb شلب (Silves), ville bâtie dans une plane, est entourée de murs et défendue par une citadelle. Ses environs sont cultivés et plantés en jardins ; on y boit l’eau d’une rivière qui vient à la ville du côté du midi[43], et qui fait tourner des moulins. La mer « Océane en est à trois milles du côté de l’occident. L’embouchure de la rivière forme un ancrage, et les montagnes environnantes produisent une quantité considérable de bois qu’on exporte au loin. La ville est jolie et l’on y voit d’élégants édifices et des marchés bien fournis. Sa population ainsi que celle des villages environnants se compose d’Arabes de l’Iémen et autres, qui parlent un dialecte arabe très-pur : ils savent aussi réciter [Feuillet 124 recto.] des vers, et sont en général éloquents et habiles. Les habitants des campagnes de ce pays sont extrêmement généreux ; nul ne l’emporte sur eux sous ce rapport. La ville de Chelb fait partie de la province de Chenchir شنشير, dont le territoire est renommé par les figues qu’il produit, et qui sont d’une bonté et d’une [Feuillet 124 verso.] douceur incomparables. »

De Chelb à Batalios (بطليوس, (Badajoz), 3 journées.

De Chelb à Martola مارتلة, fort, 4 journées,

De Martola à Welba ولبة, (Huelba), 2 journées faibles.

De Chelb au détroit de Zawaïa حلت الزاويــــة, port et village, 20 milles.

De là à Chakrach شـقـــــرش, village « sur le bord de la mer, » 18 milles.

De là au cap des Arabes طرن العرب, qui s’avance dans l’Océan, 12 milles.

De là à l’église du Corbeau كنيسة الغران, 7 milles.

« Cette église, depuis l’époque des premiers chrétiens, n’a point éprouvé de changements ; il y a des richesses qu’on emploie à faire des aumônes et des offrandes, et qui y sont apportées par les chrétiens. Elle est située sur un promontoire qui s’avance dans la mer[44]. Sur le faîte de l’édifice sont dix corbeaux : personne ne sait pourquoi ils y existent, personne n’a jamais pu constater leur absence ; les prêtres desservant l’église disent que ces oiseaux ont quelque chose de merveilleux. Du reste il est impossible de passer par là sans prendre part au repas hospitalier que donne l’église ; c’est une nécessité, un usage dont on ne se départ jamais, et auquel on se conforme d’autant plus exactement qu’il est ancien, transmis d’âge en âge et très-connu.

« L’église est desservie par des prêtres et des religieux. Il y a un trésor et quantité d’objets précieux ; la majeure partie de ces richesses à été recueillie dans les contrées occidentales, et est employée en totalité ou en partie aux besoins de l’établissement. »

De cette église à Alcassar القصر,i2 journées.

De Chelb à Alcassar, 4 journées.

Alcassar est une jolie ville de grandeur moyenne, bâtie sur les bords du Chetawir شطوير[45], grand fleuve qui est remonté par quantité d’embarcations et de navires de commerce. « La ville est de tous côtés entourée de forêts de pins dont le bois sert à de nombreuses constructions. Le pays, naturellement très fertile, produit en abondance du laitage, du beurre, du nul et de la viande de boucherie. » D’Alcassar à la mer on compte 20 milles, et d’Alcassar à Iebora يبوره (Evora), 2 journées.

« Cette dernière ville est grande et bien peuplée. Entourée de murs, elle possède une Cassaba (ou château fort), et une grande mosquée. Le territoire qui l’environne est d’une fertilité singulière ; il produit du blé, des bestiaux, toute espèce de fruits et de légumes. C’est un pays excellent où le commerce est avantageux soit en objets d’exportation, soit en objets d’importation. »

De Iébora à Batalios بطليوس (Badajoz), vers l’orient, 2 journées.

« Batalios est une ville remarquable, située dans une plaine et entourée de fortes murailles. Elle possédait autrefois vers l’orient un faubourg plus grand que la ville même, mais il est devenu désert par suite des troubles. Cette ville est bâtie sur les bords de la Iana نهر يانه (la Guadiana), fleuve qui porte aussi le nom de fleuve des Précipices parce qu’après avoir été assez grand pour porter des vaisseaux il se perd ensuite sous terre, au point qu’il ne reste pas une goutte de ses eaux ; il poursuit ensuite son cours jusqu’à Martola حصن مارتله (Mertola), et finit par se jeter dans la mer auprès de l’île de Chaltich جزيرة شلطيش.

De Batalios à Séville on commpte 6 journées en passant par Hadjar ebn-abi-Khalid حجر يبن خلد, et Djebel O’ioun جبل عيور.

De Batalios à Cortoba قرطبة (Cordoue) par la grande route, 6 journées.

De Batalios à Marida ماردة (Merida), en suivant les bords de la Iana نهر يانه, à l’orient, 30 milles.

« Dans l’intervalle est un fort que le voyageur qui se rend à Marida laisse à sa droite. Cette dernière ville (Merida ماردة) fut le siège du gouvernement de la reine fille du roi Hersous هرسوس, et il y existe des vestiges qui attestent la puissance, la grandeur et la gloire de ce roi. Au nombre de ces monuments est le pont situé à l’occident de la ville, remarquable par la hauteur, la largeur et le nombre de ses arches. Au-dessus de ce pont on a pratiqué des arceaux voûtés qui communiquent de l’extrémité du pont à l’intérieur de la ville, et qui sont destinés à y conduire les eaux, sans être visibles. Les hommes et les animaux passent au-dessus de cet aqueduc dont la construction est des plus solides et le travail des plus curieux. Il en est de même des murs (de Merida) qui sont en pierres de taille et d’une grande solidité.

On voit dans l’une des Cassabas[46] un pavillon tombant en ruines qu’on nomme la cuisine, et voici pourquoi : ce pavillon était placé au-dessus de la salle d’assemblée du château. L’eau y parvenait au moyen d’un canal dont il subsiste encore aujourd’hui des traces, bien qu’il soit à sec. On plaçait des plats d’or et d’argent dans ce canal, au-dessus de l’eau, de telle façon qu’ils arrivaient devant la reine ; on les posait ensuite sur des tables. Lorsque son repas était terminé, on remettait les plats sur le canal, et au moyen des circonvolutions de l’eau, ils revenaient à la portée des cuisiniers qui les enlevaient. L’eau s’écoulait ensuite par les aqueducs du château. »

« Ce qu’il y avait de plus curieux, c’était la manière dont on amenait les eaux à cet édifice. On avait élevé quantité de colonnes nommées ardjelat ارجلات[47], qui subsistent encore sans savoir souffert en aucune façon des injures du temps. Il y en avait de plus ou moins hautes, selon les exigences du niveau du sol au-dessus duquel elles avaient été placées, et la plus haute avait six coudées. Elles étaient toutes construites sur une ligne droite. L’eau y arrivait au moyen de conduits pratiqués sous terre. Ces colonnes étaient construites avec tant d’art et de solidité qu’on pourrait croire (encore aujourd’hui) qu’elles sont d’une seule pierre. Au centre de la ville on voit une arcade au-dessous de laquelle peut passer un cavalier tenant un drapeau. Le nombre des blocs de pierre dont se compose cette arcade est de onze seulement, savoir : trois de chaque côté, quatre pour le cintre et une pour la clef de la voûte.

Au midi des murs de la ville était un petit édifice surmonté d’une tour, où était placé le miroir où la reine Merida regardait sa figure. Ce miroir avait 30 choubras (environ 6 pieds 8 pouces) de circonférence. Il tournait sur des gonds dans le sens vertical. Le lieu où il était subsiste encore. On dit qu’il avait été fabriqué par (ordre de) Merida pour correspondre avec la femme d’Alexandre, qui exerçait ses talents dans le phare d’Alexandrie. »

De Merida à Camarat el-Seïf قنطرة السيف (le pont de l’Épée), 2 journées.

« Ce pont est une des constructions les plus singulières qu’il soit possible de voir. Il est surmonté d’un fort pour ainsi dire imprenable ; on n’y peut pénétrer que par une porte seulement. »

De Cantarat el-Seïf à Coria قورية,i2 journées faibles.

« Coria est maintenant au pouvoir des chrétiens. C’est une ville forte, ancienne, bien bâtie, entourée d’un territoire extrêmement fertile, qui produit en abondance des fruits, et surtout des raisins et des figues. »

De là à Colimria قلمرية (Coïmbre) on compte 4 journées.

« Cette dernière ville est bâtie sur une montagne ronde, entourée de bonnes murailles, fermée de trois portes, et fortifiée en perfection. Elle est située sur les bords de la rivière de Mondic منديق (Mondego), qui coule à l’occident de la ville vers la mer, et dont l’embouchure est défendue par le fort de Mont Maïor, منت ميور (Montemor), et sur laquelle sont des moulins. Le territoire de cette ville consiste en vignobles et en jardins. Dans la partie qui s’étend vers la mer, du côté du couchant, sont des champs cultivés où l’on élève des bestiaux. La population fait partie de la communion chrétienne. »

D’Alcassar القصر, dont il a été fait mention, à Achbouna اشبونه (Lisbonne), 2 journées.

« Lisbonne est bâtie sur le bord d’un fleuve qu’on nomme le Tage تاجة, ou fleuve de Tolède ; sa largeur auprès de Lisbonne est de 6 milles, et la marée s’y fait ressentir violemment. Cette belle ville s’étend le long du fleuve, est ceinte de murs et protégée par un château fort. Au centre de la ville est une source d’eau chaude en été comme en hiver.

Située à proximité de la mer Ténébreuse (ou de l’Océan, cette ville a vis-à-vis d’elle, sur la rive opposée et près de l’embouchure du fleuve, le fort d’el-Ma’aden المعدن ou de la Mine (Almiada), ainsi nommé parce qu’en effet la mer jette des paillettes d’or pur sur le rivage. Durant l’hiver les habitants de la contrée vont auprès du fort à la recherche de ce métal, et s’y livrent avec plus ou moins de succès, tant que dure la saison rigoureuse. C’est un fait curieux dont nous avons été témoins nous-mêmes. »

Ce fut de Lisbonne que partirent les Maghrourin مغرورين, lors de leur expédition « ayant pour objet de savoir ce que renferme « l’Océan et quelles sont ses limites. » Ainsi que nous l’avons dit plus haut[48], il existe (encore) à Lisbonne, auprès des bains chauds, une rue qui porte le nom de rue (ou de chemin) des Maghrourin.

Voici comment la chose se passa : ils se réunirent au nombre de huit, tous proches parents (littéral. cousins-germains) ; et après avoir construit un vaisseau de transport ils y embarquèrent de l’eau et des vivres en quantité suffisante pour une navigation de plusieurs mois. Ils mirent en mer au premier souffle[49] du vent d’est. Après avoir navigué durant onze jours où environ, ils parvinrent à une mer dont les ondes épaisses exhalaient une odeur fétide, cachaient de nombreux récifs et n’étaient éclairées que faiblement. Craignant de périr, ils changèrent la direction de leurs voiles, et coururent vers le sud durant douze jours, et atteignirent l’île des Moutons جزيرة الغنم, ainsi nommée parce que de nombreux troupeaux de moutons y paissaient sans berger et sans personne pour les garder.

Ayant mis pied à terre dans cette île, ils y trouvèrent une source d’eau courante et des figuiers sauvages. Ils prirent et tuèrent quelques moutons, mais la chair en était tellement amère qu’il était impossible de s’en nourrir. Ils n’en gardèrent que les peaux, naviguèrent encore douze jours, et aperçurent enfin une île qui paraissait habitée et cultivée ; ils en approchèrent afin de savoir ce qui en était ; peu de temps après ils furent entourés de barques, faits prisonniers et conduits à une ville située sur le bord de la mer. Ils descendirent ensuite dans une maison où ils virent des hommes de haute stature, de couleur rousse et basanée, portant des cheveux longs (littéral. non crépus) ; et des femmes qui étaient d’une rare beauté. Ils restèrent trois jours dans cette maison. Le quatrième [jour] ils virent venir un homme parlant la langue arabe, qui leur demanda qui ils étaient, pourquoi ils étaient venus, et quel était leur pays. Ils lui racontèrent toute leur aventure ; celui-ci leur donna de bonnes espérances et leur fit savoir qu’il était interprète. Deux jours après ils furent présentés au roi (du pays), qui leur adressa les mêmes questions, et auquel ils répondirent, comme ils avaient déjà répondu à l’interprète, qu’ils s’étaient hasardés sur la mer afin de savoir ce qu’il pouvait y avoir de singulier et de curieux, et afin de constater ses extrêmes limites.

Lorsque le roi les entendit ainsi parler, il se mit à rire et dit à l’interprète : Explique à ces gens-là que mon père ayant (jadis) prescrit à quelques-uns d’entre ses esclaves de s’embarquer sur cette mer, ceux-ci la parcoururent dans sa largeur durant un mois, jusqu’à ce que, la clarté (des cieux) leur ayant tout à fait manqué, ils furent obligés de renoncer à cette vaine entreprise. Le roi ordonna de plus à l’interprète d’assurer les Maghrourin de sa bienveillance afin qu’ils conçussent une bonne opinion de lui, ce qui fut fait. Ils retournèrent donc à leur prison, et y restèrent jusqu’à ce qu’un vent d’ouest s’étant élevé on leur banda les yeux, on les fit entrer dans une barque et on les fit voguer durant quelque temps sur la mer. Nous courûmes, disent-ils, environ trois jours et trois nuits, et nous atteignîmes ensuite une terre où l’on nous débarqua les mains liées derrière le dos, sur un rivage où nous fûmes abandonnés. Nous y restâmes jusqu’au lever du soleil, dans le plus triste état, à cause des liens qui nous serraient fortement et nous incommodaient beaucoup ; enfin ayant entendu des éclats de rire et des voix humaines, nous nous mîmes à pousser des cris. Alors quelques habitants de la contrée vinrent à nous, et nous ayant trouvés dans une situation si misérable, nous délièrent et nous adressèrent diverses questions auxquelles nous répondîmes par le récit de notre aventure. C’étaient des Berbers. L’un d’entre eux nous dit : Savez-vous quelle est la distance qui vous sépare de votre pays ? Et sur notre réponse négative, il ajouta : Entre le point où vous vous trouvez et votre patrie il y a deux mois de chemin. Celui d’entre ces individus qui paraissait le plus considérable disait (sans cesse) : Wasafi (hélas !) voilà pourquoi le nom de lieu est encore aujourd’hui Asafi. C’est le port dont nous avons déjà parlé comme étant à l’extrémité de l’occident.

De Lisbonne, en suivant les bords du fleuve et en se dirigeant vers l’orient, jusqu’à Chantarin شنترين (Santarem), on compte 80 milles. On peut s’y rendre à volonté par terre ou par eau. Dans l’intervalle sont les champs dits de Belat بلاط. Les habitants de Lisbonne et la plupart de ceux du Gharb غرب disent que le blé qu’on y sème ne reste pas en terre plus de quarante jours, et qu’il peut être moissonné au bout de ce temps. Ils ajoutent qu’une mesure en rapporte cent, plus ou moins.

« Chantarin شنترين (Santarem) est une ville bâtie sur une montagne très-haute, au midi de laquelle est un vaste enfoncement. Il n’y a point de murailles, mais au pied de la montagne est un faubourg bâti sur le bord du fleuve (du Tage) : on y boit de l’eau de source et de l’eau du fleuve. Il y a beaucoup de jardins produisant des fruits et des légumes de toute espèce. »

De Chantarin à Batalios بطليوس (Badajoz) on compte 4 journées.

À droite de la route est Belch بلش (Elbas)[50], ville forte située au pied d’une montagne. « Dans la plaine qui l’environne sont de nombreuses habitations et des bazars. Les femmes y sont d’une grande beauté. »

De là (d’Elbas) à Batalios بطليوس (Badajoz), 12 milles.

De Marida مارده (Merida) à Kerkera ڪرڪرى (Caracuil)[51], forteresse, 3 journées.

De Kerkera à Cala’t Rabah قلعة رباح (Calatrava), sur les bords de la Iana نهر يانه (Guadiana), (la distance manque).

« Ce dernier fleuve prend sa source dans des prairies situées au-dessus de Cala’t Rabah قلعة رباح, passe auprès de cette place, puis auprès de celles d’Iana حصن يانه et de Obra حصن اوبرة (ou Obda), puis à Merida ماردة, puis à Badajoz (بطليوس), puis auprès de Chericha الى مقربة شريشة, puis à Martola مارتلة (Mertola), puis se jette dans l’Océan. »

De Calat Rabah قلعة رباح (Calatrava), en se dirigeant vers le nord, au fort de Belat حصن بلاط,i2 journées.

De ce fort à Talbira طلبيره (Talavera), 2 journées.

De Cantarat el-Seïf قنطرة السيف à Almakhada المحاضة,i4 journées.

D’Almakhada à Talavera, 2 journées.

De Merida à Medelin حصن مدلين, « forteresse habitée par des hommes très-braves et des cavaliers très-considérés parmi les chrétiens, » 2 journées faibles.

De Medelin à Tordjala ترجالة (Truxillo), 2 journées faibles.

« Cette dernière ville ressemble à une forteresse : il y a des bazars bien approvisionnés. Les habitants de cette place, tant prêtons que cavaliers, exercent continuellement des brigandages sur le pays des chrétiens. Leur caractère dominant est l’amour du pillage et la perfidie. Leurs murs sont très-solidement construits.

« De là à Câsseres قاصرس[52],i2 journées faibles. Cette derrière place est également forte, si ses habitants pillent et ravagent le pays des chrétiens.

« De Meknasa مڪناسة à Makhadet el-Belat محاضة البلاط,i2 journées.

« D’el-Belat البلاط à Talavera طلبيرة,i2 journées.

« Talavera مدينة طلبيرة est une grande ville bâtie sur les bords du Tage, parfaitement bien fortifiée et remarquable par sa beauté comme par l’étendue de son territoire et la variété de ses productions. Les bazars sont curieux à voir, et les maisons agréablement disposées ; un grand nombre de moulins s’élèvent sur le cours du fleuve. Capitale d’une province importante, Talavera est environnée de champs fertiles et de riants paysages. Ses édifices sont solidement construits, et ses monuments très anciens. Cette ville est située à 40 milles de Tolède طليطلة.

« La ville de Tolède, à l’orient de Talavera, est une capitale non moins importante par son étendue que par le nombre de ses habitants. Entourée de bonnes murailles, elle est défendue par une Cassaba bien fortifiée. L’époque de sa fondation est très-ancienne (littéral. remonte aux temps des Amalécites). Elle est située sur une éminence, et l’on voit peu de villes qui lui soient comparables pour la solidité et la hauteur des édifices, la beauté des environs, et la fertilité des campagnes arrosées par le grand fleuve qu’on nomme le Tage. On y voit un pont très-curieux, composé d’une seule arche au-dessous de laquelle les eaux coulent avec une grande violence et font mouvoir une machine hydraulique qui fait monter les eaux à 90 coudées de hauteur ; parvenues au-dessus du pont, elles suivent la même direction (littéral. elles coulent sur son dos) et pénètrent ensuite dans la ville.

« À l’époque des anciens chrétiens, Tolède fut la capitale de leur empire et un centre de communications. Lorsque les musulmans se rendirent maîtres de l’Andalousie, ils trouvèrent dans cette ville des approvisionnements et des richesses incalculables, entre autres cent soixante-dix couronnes d’or enrichies de perles et de pierres précieuses, mille sabres damasquinés de l’espèce dite melki, des perles et des pierreries par boisseaux, quantité de vases d’or et d’argent, la table de Salomon, fils de David, qui, dit-on, était enrichie d’émeraudes et qu’on voit actuellement à Rome.

« Les jardins qui environnent Tolède sont entrecoupés de canaux sur lesquels sont établies des roues à chapelet destinées à l’arrosage des vergers qui produisent, en quantité prodigieuse, des fruits d’une beauté et d’une bonté incomparables. On admire de tous côtés de beaux domaines et des châteaux bien fortifiés.

« À quelque distance, au nord de la ville, on aperçoit la chaîne des hautes montagnes dites el-Charrat الشارات (Sierra), qui s’étendent depuis Medinet Salem مدينة سالم jusqu’à Colimria قلمرية (Coïmbre), à l’extrémité de l’occident. Ces montagnes nourrissent quantité de troupeaux de moutons et de bœufs qui sont ensuite conduits par des pâtres voyageurs[53] dans d’autres contrées. Il est impossible de voir des bestiaux plus grands et donnant du beurre d’une qualité supérieure. On n’en trouve jamais de maigres ; c’est un fait proverbialement répandu dans toute l’Espagne.

« Non loin de Tolède est un village connu sous le nom de Ba’am بعام, dont les montagnes produisent une terre comestible supérieure à toutes celles qu’on peut rencontrer dans l’univers. On en expédie en Égypte, en Syrie, dans l’Irâc et dans le pays des Turks. Cette terre est très-agréable au goût et son usage est très-salutaire. On trouve également dans les montagnes de Tolède des mines de cuivre et de fer. Au nombre des dépendances de cette ville et au pied des montagnes est Makhrit مخريط, petite ville et château fort ; du temps de l’islamisme, il y existait une grande mosquée où l’on faisait toujours la khotba. Il en était de même d’el-Bahmïn البهمين, jolie ville, bien habitée, pourvue de beaux bazars et d’édifices où l’on voyait une grande mosquée à khotba. Tout ce pays aujourd’hui est, ainsi que Tolède, au pouvoir des chrétiens dont le roi, d’origine castillane, est « connu sous le nom d’Alphonse الاذفونس اللك.

« À 50 milles ou 2 journées à l’orient de cette capitale est Wadi’lhidjara وادى الحجــارة, (Guadalaxara), ville dont le territoire est fertile et abondant en productions et en ressources de toute espèce. Elle est entourée de murs et bien fortifiée, et l’on y boit de l’eau de source. À l’occident de cette ville coule une petite rivière qui arrose des jardins, des vergers, les vignobles et des campagnes où l’on cultive beaucoup de safran destiné pour l’exportation. Cette rivière coule vers le sud et se jette ensuite dans le Tage.

« Quant à ce dernier fleuve, il prend sa source dans les montagnes qui touchent à el-Cala’ القلعة (Alcolea ?) et à el-Font الفنت, puis, se dirigeant vers l’occident, il descend à Tolède طليطلة, puis à Talavera طلبيرة, puis à Almakhada المخادة, puis à Alcantara القنطرة, puis à Canitra Mahmouda قنيطرة محمودة, puis à la ville de Santarem مدينة شنتريم, puis à Lisbonne لشبونة, où il se jette dans la mer. »

Du Wadi’lhidjara وادى الحجــارة, (Guadalaxara), en se dirigeant vers l’orient, à Medinet Salem مدينة سالم (Medina-Céli), 50 milles.

« Cette dernière ville est jolie ; située dans un bas-fond, elle est vaste et possède un grand nombre d’édifices, de jardins et de vergers. »

De là à Santa-Maria ebn-Razin سنت مارية لبن رازين (ou d’Albarracin), 2 journées faibles.

De là à el-Font الفنت[54],i4 journées.

De Santa-Maria à el-Font الفنت,i2 journées.

Ces deux villes sont belles, « bien bâties, pourvues de marchés permanents et d’édifices contigus. C’étaient, au temps de l’islamisme et des seigneurs du Caratam القراطم[55], deux stations. »

De Medinet Salem à Cala’t Aïoub قلعة ايوب (Calatayud), 50 milles vers l’orient.

« Cala’t Aïoub est une ville considérable, forte et bien défendue, et dont le territoire est planté de beaucoup d’arbres et produit beaucoup de fruits. Des sources nombreuses et des canaux fertilisent cette contrée où l’on peut se procurer de tout à bon marché. On y fabrique le ghizar غزار (sorte d’étoffe tissue d’or) qu’on exporte au loin. »

De Cala’t Aïoub قلعة ايوب (Calatayud), en se dirigeant vers le sud, à Daroca دروقة, on compte 18 milles.

« Cette dernière ville est peu considérable, mais populeuse et bien habitée ; ses jardins et ses vignobles sont remarquables : on y trouve de tout en abondance et à bon marché. »

De Daroca دروقة à Saracosta سرقسطه (Saragosse), 50 milles.

De Cala’t Aïoub à Saracosta, également 56 milles.

« Saragosse سرقسطه est l’une des villes capitales de l’Espagne. Elle est grande et très-peuplée. Ses édifices publics sont considérables, ses rues larges, ses maisons belles et contiguës. Elle est entourée de vergers et de jardins. Les murailles de cette ville sont construites en pierres et très-fortes ; elle est bâtie sur les bords d’un grand fleuve qu’on nomme l’Èbre ابره. » Ce fleuve provient en partie du pays des chrétiens بالاد الروم, en partie des montagnes de Cala’t Aïoub, et en partie des environs de Calahorra من نواى قلهـوره. La réunion de ces divers cours d’eau s’effectue au-dessus de Tudèle هطيلة[56]. « Le fleuve coule ensuite vers Saragosse, puis vers Hissn Hamra حصن حمـره[57], où il reçoit les eaux de la rivière de Zeïtoun نـهـر زيتون (la Cinea), puis vers Tortose طتطسة, ville à l’occident de laquelle il se jette dans la mer. Saragosse porte aussi le nom d’el-Beïdha البيضا, ou de ville blanche, à cause de ses fortifications revêtues de chaux. Une particularité remarquable, c’est qu’on n’y voit jamais de serpents. Lorsqu’un reptile de cette espèce y pénètre ou y est apporté du dehors, il périt à l’instant. Il existe à Saragosse un très-grand pont sur lequel on passe pour entrer dans la ville dont les murailles et les fortifications sont d’une grande hauteur. »

De Saragosse à Wesca وسقة (Huesca), 40 milles.

De Wesca à Larida لاردة (Lerida), 30 milles.

De Saragosse à Tudèle تطيلة[58],i50 milles.

« Lerida est une petite ville bien habitée, entourée de fortes murailles et bâtie sur les bords d’une grande rivière. »

De Meknasa مكناسة (Mequinenza) à Tortose on compte 2 journées ou 50 milles.

Tortose طرطسة est une ville bâtie au pied d’une montagne et ceinte de fortes murailles. Il y a de beaux édifices, un château, des bazars et de l’industrie. On y construit de grands vaisseaux avec le bois que produisent les montagnes qui l’environnent, et qui sont couvertes de pins d’une grosseur et d’une hauteur remarquables. Ce bois est employé pour les mâts et les antennes des navires : il est de couleur rouge, très-sain, très-solide et il n’est pas, comme les autres, sujet à être détérioré par les insectes. Il a de la réputation. »

De Tortose طرطسة à l’embouchure du fleuve, 12 milles.

De Tortose à Tarracona طرقونة (Tarragone), 50 milles.

Tarragone est une ville juive bâtie sur les bords de la mer. Ses murs sont en marbre, « ses édifices beaux et ses tours très-fortes. » De Tarragone à Barcelone برشلونة, en se dirigeant vers l’orient, 60 milles.

De Tarragone à l’embouchure de l’Èbre, fleuve qui est ici d’une grande largeur, 40 milles.

De cette embouchure en se dirigeant vers l’occident et près de la mer à Rabeta Kastaly ربطة كاسطلى, (Castellon de la Plana), 16 milles.

« Ce dernier château fort est solidement construit et habité par une population estimable. Sur les bords de la mer, et auprès de ce fort est une ville assez considérable environnée de cultures.

« De là à Iana يانه, vers l’occident et près de la mer, 6 milles.

« De là à Peniscola بنى شكلة, place forte sur le rivage, entourée de cultures et de villages où l’on trouve de l’eau en abondance (la distance manque). »

De Peniscola بنى شكلة, à Abicha ابيشة, « montagne très-haute qui s’élève au-dessus du rivage, d’un accès difficile et dont le sommet est très-escarpé, » 7 milles.

De la même ville à Buriana بريانة, « jolie ville abondante en ressources de toute espèce, entourée d’arbres et de vignobles, et bâtie dans une plaine à 3 milles où environ de la mer, » 25 milles.

De Buriana à Murbatr, مرباطر (Murviedro), réunion de bourgs bien peuplés entourés de vergers arrosés par des eaux courantes et « situés à proximité de la mer, » 26 milles. De là à Balensia بلنسية (Valence), en se dirigeant vers l’occident, 12 milles.

« Valence, l’une des villes les plus considérables de l’Espagne, est bâtie dans une plaine et bien habitée. Sa population se compose {surtout) de marchands. Il y des bazars, et c’est un lien de départ et d’arrivée pour les navires. Cette ville est située à trois milles ou environ de la mer où l’on parvient en suivant le cours d’un fleuve qui se nomme Djar جار (Guadalaviar), et dont les eaux sont utilement employées à l’arrosage des champs, des jardins, des vergers et des maisons de campagne. »

De Valence à Saragosse, en passant par Kentera كنتـرة[59], i4 journées.

De Valence à Kentera كنترة, i3 journées.

De Kentera à Hissn el Riahïn حسن الرياحين, deux journées.

De là à el-Font الفنت, i2 journées.

De Valence à Djeziret Choucar جزيرة شقر, lieu situé sur les bords de la rivière du même nom, « d’un aspect agréable, planté d’un grand nombre d’arbres fruitiers, bien arrosé, bien peuplé et sur la route de Murcie مرسية, i18 milles. »

De Djeziret Choucar à Chatiba شاطبة (Xativa), 12 milles.

« Xativa est une jolie ville possédant des châteaux dont la beauté et la solidité ont passé en proverbe ; on y fabrique du papier ڪاغـذ tel qu’on n’en trouve pas de pareil dans tout l’univers. On en expédie à l’orient et à l’occident. »

De là à Dania دانية (Denia)[60], 25 milles.

Et à Valence بلنسية, i32 milles.

De Valence à Denia, en se dirigeant par mer vers le sud, 65 milles.

Le château de Colleira قليرة (Cullera), situé près de l’embouchure du Choucar شقر, est bien fortifié : de là à Valence on compte 40 milles.

« Quant à Dania دانية (Denia), c’est une jolie ville maritime avec un faubourg bien peuplé. Elle est ceinte de fortes murailles et ces murailles, du côté de l’orient, ont été prolongées jusque dans la mer, avec beaucoup d’art et d’intelligence. La ville est défendue par un château fort qui domine les habitations. Elle est entourée de vignobles et de plantations de figuiers. Il s’y fait des expéditions de navires pour les contrées les plus lointaines de l’orient ; il en part aussi des flottes et des armements pour la guerre[61], et il s’y fabrique des navires, car c’est un chantier de constructions. »

Au midi de cette ville est une montagne ronde du sommet de laquelle on aperçoit les hauteurs de Iabesa يابسة (Ivice) en pleine mer. Cette montagne s’appelle Ca’oun قاءون.

De Xativa à Bekiren بكيرن (Bocayrente), vers l’accident, 40 milles.

« Bekiren est un lieu fortifié qui a l’importance d’une ville. Il y a un marché renommé, et, à l’entour, beaucoup d’habitations contiguës. Il s’y fabrique des étoffes blanches qui se vendent à très-haut prix et qui sont de longue durée. Elles sont incomparables sous le rapport du moelleux et de la souplesse du tissu ; c’est au point que, pour la blancheur et pour la finesse, elles égalent le papier.

« De Bekirin à Denia, 40 milles.

« Et à Elch الش,i40 milles. »

Elch الش (Elche) est une ville bâtie dans une plaine traversée par un canal « provenant d’une rivière. Les eaux, après avoir passé sous les murailles de la ville, servent à alimenter des bains et coulent dans les bazars et dans les rues. Les eaux de la rivière dont nous parlons sont chaudes et salées. Pour boire, les habitants sont obligés d’apporter, dans des vases de terre, de l’eau du dehors, c’est-à-dire de l’eau pluviale.

« D’Elch الش à Oriwala اوريوالة (Orihuela), ville bâtie sur les bords de la rivière Blanche النهـر الابيض ou du fleuve de Murcie نهـر مرسيه,i28 milles[62].

« Les murs d’Oriwala s’élèvent sur la rive occidentale de ce fleuve traversé par un pont de bateaux qui donne accès à la ville. Cette ville est défendue par un château très-fort, bâti sur une éminence, et environnée de jardins et de vergers qui produisent des fruits en quantité prodigieuse. On y jouit de toutes les commodités de la vie. Il y a un marché public.

« D’Orihuela اوريوالة, à Murcie مرسية, i12 milles. »

Et à Carthagène قرطاجنة, i45 milles.

De Dania دانية (Denia), ville maritime dont il a été plus haut fait mention, à Alcant القنـت (Alicante), en se dirigeant vers l’ouest par mer, 70 milles.

« Alicante est une ville peu considérable, mais bien peuplée. Il y a un bazar et une grande mosquée où l’on fait la khotba. On fait venir d’Alicante, pour tous les pays maritimes, des hommes habiles dans l’art de calfater (les navires). Le pays produit beaucoup de fruits et de légumes, et particulièrement des figues et du raisin. Le château qui défend cette ville, construit sur la montagne que l’on ne peut gravir qu’avec beaucoup de peine, est très-fort. Malgré son peu d’importance, Alicante est un lieu où l’on construit des vaisseaux pour le commerce et de petites embarcations[63]. » Dans le voisinage, c’est-à-dire à 1 mille de distance est un très-beau port nommé Eblnasa ابلناصة (Blanes), qui sert à abriter les navires destinés à la guerre. Vis-à-vis de ce port est le cap dit el-Nadher طرن الناظر (Castillo Santa-Pola). De là à Alicante on compte 10 milles[64].

D’Alicante à Elch الش, par terre, 1 journée faible.

Et d’Alicante aux bouches de Bales حلوق بالس, i57 milles.

Bales, avec son port et ses embouchures, est un grand étang où entrent les navires[65].

De Bales à Djeziret el-Firan جزيرة الفيران, i1 mille.

De cette île à la terre ferme, 1 mille et demi.

De là au cap el-Cabtal طرن القبطال, i12 milles.

De là à Bortoman[66] el-Kebir برتمان الكبير, port, 30 milles.

De là à Carthagène قرطاجنة,i12 milles.

Carthagène قرطاجنة est le port de la ville de Murcie. C’est une ville ancienne, « possédant un port qui sert de refuge aux plus grands comme aux plus petits navires, ei qui offre beaucoup d’agréments et de ressources. Il en dépend un territoire connu sous le nom d’el-Candouna القندونَ, d’une rare fertilité. On rapporte que les grains qu’il produit, arrasés seulement par les eaux pluviales, sont d’une qualité parfaite. »

De Carthagène sur mer قرطاجنة ءلى الساحل à Sedjana سجـانـة, « bon port d’où dépend un village, » 24 milles.

De là à Hissn Ecla حصن اقلة (Aguila), « petit port situé sur le bord de la mer, marché principal de Lourca لورقة, dont il est éloigné de 25 milles, 12 milles. »

De Hissn Ecla à la rivière de Beyra وادى بيرة, (Vera), au fond d’un golfe, 43 milles.

Près l’embouchure de cette rivière est une montagne sur laquelle est bâti le fort de Beyra حصن بيرة, qui domine la mer.

De là à l’île nommée Carbonera قربنيرة,i12 milles.

Puis à el-Rassif الرصيف,i6 milles.

À Chamet el-Beïdha شامة البيضا,i8 milles.

Au cap de Cabitat ebn-Asouad قابطة ابن اسود,i6 milles.

De là à Alméria المرية,i12 milles.

De Carthagène à Murcie on compte, par terre, 40 milles.

Murcie مرسية, capitale du pays de Tadmir تدمير, est située dans une plaine sur les bords de la rivière Blanche نهر الابيض. Il en dépend un faubourg qui, ainsi que la ville, est entouré de murailles et de fortifications très-solides. » Ce faubourg est traversé par des eaux courantes. Quant à la ville, elle est bâtie sur l’une des rives de la rivière ; on y parvient au moyen d’un pont de bateaux. « Il y a des moulins construits sur des navires, comme les moulins de Saragosse, qui peuvent se transporter d’un lieu à un autre, et quantité de jardins, de vergers, d’habitations et de vignobles complantés de figuiers. De cette ville dépendent divers châteaux forts, maisons de plaisance et métairies d’une beauté admirable. » De Murcie à Valence on compte 5 journées ;

À Alméria sur mer المرية ءلى الساحل,i5 journées ;

À Cortoba قرطبة (Cordoue), 10 journées ;

À Hissn Chacoura حصن شقوره (Segura), 4 journées ;

À Djindjala جنجالة (Chinchilla), 50 milles.

« Diindjala جنجالة (Chinchilla) est une ville de moyenne grandeur défendue par un château fort, et entourée de vergers. On y fabrique des couvertures de laine qu’on ne saurait imiter ailleurs, circonstance qui dépend de la qualité de l’air et des eaux. Les femmes y sont d’une rare beauté. »

De là à Counka قونكة (Cuença), « ville petite, mais ancienne, et fréquentée à cause des objets qu’on y fabrique, » 2 journées.

« Cuença est environnée de murs, mais sans faubourg. Les étoffes de laine qu’on y fait sont d’excellente qualité. »

De Cuença à Calssa قلصة, vers l’orient, 3 journées.

« Ce dernier lieu est fortifié et construit sur le revers de montagnes où croissent beaucoup de pins. On en coupe le bois et on le fait descendre par la rivière jusqu’à Dania دانية (Denia) et à Valence بلنسية. En effet, ces bois descendent de Calssa à Djeziret Choucar جزيرة شوقـر, et de là au fort de Belbera sur mer بابرة ; là on les embarque pour Denia où ils sont employés à la construction des navires, ou pour Valence où ils servent à celle des maisons. »

De Calssa à Santa-Maria, 3 journées.

De Calssa à Alicante, même distance.

De Cuença à Webde وبده (Huete), même distance.

Webde وبده et Ouclis اقليس (Ucles) sont deux petites villes « entourées de champs cultivés et d’habitations, et » distantes l’une de l’autre de 18 milles[67].

D’Ouclis à Chacoura سقورة (Segura), 3 journées.

Chacoura سقورة (Segura) est un fort habité comme une ville, situé sur le sommet d’une montagne très-haute et très-escarpée. Ses constructions sont belles. Du pied des montagnes surgissent deux rivières, dont l’une est celle de Cordoue ou le Nahr el-Kebir نهر الكبير (la grande Rivière), et l’autre celle de Murcie ou le Nahr el-Abiad نهر الابيض (la rivière Blanche).

La première (celle de Cordoue) sort d’un lac formé par la réunion des eaux, au sein de la montagne, puis se précipite sous les rochers et en ressort, se dirigeant à l’ouest vers le mont Nidjda نجدة, puis vers Ghadira غادرة et Ebda ابدة (Ubeda), passe au pied des murs de la ville de Biasa بيـاسـة (Baeza), puis auprès du fort de Andoudjar انـدوجـر (Anduxar), de Cosseïr قصير, du pont d’Istichan اشتشان (Puente de Estefan), de Cordoue قـرطـبـة, des forts d’Almodovar حصن المدور, de Djarf جرف, de Lora لورة, de Coleï’a قليعة, de Cateniana قطنيانة[68], d’Alzerada الزرادة, de Séville اشبيلية, de Cabtal قبطال, de Kabtour كبتور, de Torbichana طربشانة (Tribuxêna), d’el-Mesadjid المساجد, de Cades قادس (Cadix), » puis se jette dans l’Océan.

L’autre, c’est-à-dire la rivière Blanche ou de Murcie, sort des mêmes montagnes (on prétend qu’elle dérive du même lieu que la rivière de Cordoue), se dirige vers le midi en passant par Alcarad القرد[69], Moula مولة (Mûla), Murcie مرسية, Oriwala اوريوالة (Orihuela), Almodovar, المدور, puis se jette dans la mer.

De Chacoura شقورة (Segura) à Sora سورة, « ville assez considérable, dont la construction est belle et le territoire fertile, située dans le voisinage du fort de Cana قنة,i2 journées fortes. »

De ce fort à Toleïtola طليتلة (Tolède), 2 journées.

Celui qui veut se rendre de Murcie à Alméria doit passer par Cantarat Achkana قنطرة اشكانة (Alcantarilla), Lebrala لبرالة (Librilla), Hama الحامة et Lourca لورقة (Lorca), « ville importante, fortifiée sur une montagne, avec bazar et faubourg entouré de murs et situé au-dessous de la ville. Il y a un marché aux farines et un marché aux drogueries. Le pays produit de la terre jaune (de l’ocre) et de la terre rouge (de la sanguine) dont il se fait une grande exportation. »

De Lorca à Murcie on compte 40 milles.

À Abar el-Racha ابار الرقبة et à Beyra بيرة (Vera), « place forte dans un vallon auprès de la mer, 1 journée. »

De là à la montée de Choucar عقبة شـقـر, montée tellement escarpée qu’un cavalier ne peut la gravir qu’en mettant pied à terre[70] (la distance manque).

De cette montée à Rabeta الرابطة, qui n’est point un fort ni un village, mais une station où sont des gardes chargés de veiller à la sûreté du chemin, 1 journée.

De là à Alméria المرية,-1 journée faible.

« Alméria المرية était une ville musulmane à l’époque des Moravides فى ايام الملثم. Elle était alors très-industrieuse et on y comptait, entre autres, huit cents métiers à tisser la soie, où l’on fabriquait des manteaux précieux, des brocarts, les étoffes connues sous le nom de saclatoun سقلاطون, de isfahani اصفهاني, de murdjani مرجاني (ou couleur de corail) ; des voiles ornés de fleurs الستور الكللة, des vêtements riches et épais الشيان المعبنة, le hamd حمد, le a’thabi عثابى, le mucâdjir مقاجر et divers autres tissus de soie.

« Avant l’époque actuelle Alméria المرية était également renommée pour la fabrication des ustensiles en cuivre et en fer parfaitement travaillés. La vallée qui en dépend produisait une quantité considérable de fruits qu’on vendait à très-bon marché. Cette vallée, connue sous le nom de Bedjana بجانة, est située à 4 milles d’Alméria, On y voyait nombre de vergers, de jardins et de moulins, et ses produits étaient envoyés à Alméria. Le port de cette ville recevait des vaisseaux d’Alexandrie et de toute la Syrie, et il n’y avait pas, dans toute l’Espagne, de gens plus riches, plus industrieux, plus commerçants que ses habitants, ni plus enclins, soit au luxe et à la dépense, soit à l’amour de thésauriser.

« Cette ville est bâtie sur deux collines séparées par un fossé où sont des habitations. Sur la première est le château si connu sous le nom de Hissana حصانة : sur la seconde, dite Djebel el-Amïm جبل الاميم, est le faubourg : le tout est entouré de murs et percé de portes nombreuses. Du côté de l’orient est le faubourg nommé el-Haudh الحـوض, entouré de murs, renfermant un grand nombre de bazars, d’édifices, de caravansérails et de bains. En somme Alméria était une ville très-importante, très-commerçante et très-fréquentée par les voyageurs ; il n’y en avait pas en Espagne de plus riche et de plus populeuse. Le nombre des caravansérails enregistrés à la douane était de mille moins trente (970). Quant aux métiers à tisser, ils étaient, comme nous venons de le dire, également très-nombreux.

« Le terrain sur lequel est bâtie cette ville est, jusqu’à un certain rayon de tous côtés, fort pierreux. Ce ne sont que roches amoncelées et que cailloux roulés comme des dents molaires sous la terre végétale ; c’est comme si on avait passé au crible ce terrain et qu’on eût fait exprès de n’en conserver que les pierres. À l’époque où nous écrivons le présent ouvrage, Alméria est tombée au pouvoir des chrétiens. Ses agréments ont disparu, ses habitants se sont dispersés, les maisons, les édifices publics ont été détruits et il n’en subsiste plus rien. »

Les dépendances où succursales منابر de cette ville sont Berdja بَرْجَة et Delaïa دلاية (Dalia).

La distance qui sépare Alméria de la première de ces villes est de 1 forte journée.

De Berdja à Delaïa on compte 8 milles.

« Berdja, plus considérable que Delaïa, possède des marchés, des fabriques et des champs cultivés. »

On peut se rendre d’Alméria à Malca مالقة (Malaga) par terre ou par mer.

La première de ces voies est montueuse ; la distance est de 7 journées.

Par mer on compte 180 milles ;

Savoir :

D’Alméria au bourg d’el-Bedjanis بجانس[71] sur mer, 6 milles.

(La route de terre de Berdja et de Delaïa passe par el-Bedjanis.)

De ce bourg à l’extrémité du golfe où est une tour où l’on allume du feu pour avertir de l’approche des bâtiments ennemis, 6 milles.

De ce cap au port de Nafira مرسى النفيرة,i22 milles.

De là au bourg d’A’dra sur mer عذرة على البحر,i12 milles.

« Ce bourg n’est point un lieu de marché, mais il y a des bains et il est très-peuplé. À l’occident est l’embouchure d’une grande rivière qui vient des montagnes de Cheblir شبلير (ou peut-être Chelir), reçoit les eaux de Berdja برجة et autres, et se jette ici dans la mer.

D’A’dra à Belisana بليسانة, « bourg peuplé sur les bords de la mer, » 20 milles.

De là à Mers el-Feroudj ميرس الفروج, anse ou petit port, 12 milles.

De là à Baterna بطرنة, « où l’on trouve une mine de mercure, métal qui est ici d’une qualité supérieure, » 6 milles.

De là à Cheloubania شلوبنية, bourg, 12 milles.

De là à el-Mankeb المنكب, sur mer, 8 milles.

« Cette dernière ville est de moyenne grandeur, mais jolie. On y pêche beaucoup de poisson et on y recueille beaucoup de fruits. Au milieu de cette ville est un édifice carré comme le piédestal[72] d’une statue, large à sa base, étroit à son sommet. Il y existe deux ouvertures parallèles des deux côtés et se prolongeant de bas en haut. Vers l’angle formé par un de ces côtés est un grand bassin creusé dans le sol et destiné à recevoir les eaux amenées d’environ 1 mille de distance par un aqueduc composé d’arcades nombreuses construites en pierres très-dures.

« Les hommes instruits du pays d’el-Mankel disent que l’eau s’élançait autrefois au sommet de l’obélisque المنار et descendait ensuite du côté opposé où était un petit moulin. On voit encore aujourd’hui, sur une montagne qui domine la mer, des vestiges dont personne ne connaît l’ancienne destination.

D’el-Mankeb المنكب à Grenade غرناطة, par terre, 40 milles.

De la même ville au bourg de Chât قرية شاط, 12 milles[73].

« Ce bourg produit quantité de raisins secs de couleur rouge, et dont le goût approche de celui du vin sec et doux[74]. On en expédie dans toute l’Espagne, et il est connu sous le nom de raisin de Chât. »

De ce bourg à celui de Tarch طرش, sur le bord de la mer, 12 milles.

De là à la ville et château de Balich طرش, lieu fortifié sur le bord de la mer, à l’occident duquel est l’embouchure d’une rivière dont les eaux sont salées et qui vient du côté du nord… milles. Cette rivière passe à Alhama الحمة, traverse des campagnes fertiles où elle reçoit quantité de bonnes eaux, descend au bourg d’el-Besath البساط, puis se jette dans la mer à l’occident de Balich بلش. »

De cette ville à Seira صيرة, bourg, 7 milles.

De Scira à Bezliana بزليانة, « gros bourg situé dans une plaine sablonneuse, pourvu de bains, de caravansérails, et de madragues destinées à la pêche du gros poisson, lequel s’expédie dans les pays environnants, » 7 milles.

De Bezliana à Malca مالقة, (Malaga), 8 milles.

« Malaga مالقة, est une ville très-belle, très-peuplée, très-vaste et très-célèbre. Ses marchés sont florissants, son commerce étendu et ses ressources nombreuses. Le territoire environnant est planté en vergers de figuiers, produisant des fruits qu’on expédie en Égypte, en Syrie, dans l’Irâc et même dans l’Inde ; ces figues sont d’une qualité parfaite. Auprès de la ville sont deux grands faubourgs ; l’un se nomme Casala قسالة, et l’autre el-Tebânin التبانين. Les habitants de Malaga boivent de l’eau de puits, et cette eau, prise à la source, est d’une douceur extrême. Près de la ville est un torrent dont les eaux ne coulent que durant l’hiver et le printemps, et qui est à sec le reste de l’année. Notre intention étant, s’il plaît à Dieu, d’en reparler plus loin, nous revenons à Alméria المرية. »

Celui qui veut se rendre de cette dernière ville à Garnata Albira غرناطة البيرة (Grenade), doit faire d’abord 6 milles pour parvenir à Bedjana بجانة, ville jadis célèbre dont la population fut transportée à Alméria, « et dont il ne reste plus maintenant que des ruines et une grande mosquée qui est encore debout. Autour de Bedjana sont des vergers, des jardins, des lieux de promenade, et des vignobles produisant un revenu considérable aux habitants d’Alméria المرية. » À droite et à six milles de Bedjana بجانة est el-Hama الحامة, forteresse située sur le sommet d’une montagne. Les voyageurs dans les pays lointains rapportent qu’il n’en est point au monde de plus solidement construite et qu’il n’est point de lieu dont les eaux thermales soient plus efficaces. De tous côtés il y vient des malades, des infirmes ; ils y restent jusqu’à ce que leurs maux soient soulagés ou totalement guéris. Comme les habitants de la ville, dans la belle saison, prennent ces bains avec leurs femmes et leurs enfants, et y dépensent beaucoup d’argent, soit pour leur nourriture, soit pour leur entretien, il arrive que le loyer d’une habitation s’y élève quelquefois jusqu’à trois dinars (moravides) par mois. Les montagnes voisines d’el-Hama sont en totalité formées de gypse. On en extrait cette substance, on la brûle et on la transporte à Alméria pour être employée à la construction des édifices. Elle s’y vend à très-bon marché à cause de son abondance. »

De Bedjana بجانة au bourg de Beni A’bdous بنى عبدوس,i6 milles.

De là à Mondoudjar, مندوجر (Monduxar), lieu où est une auberge pour les voyageurs qui viennent d’Alméria, 6 milles.

« Le fort de Mondoudjar est construit sur une colline dont la terre est de couleur rouge, et auprès de laquelle coule une rivière. L’auberge est dans le village ; on trouve à y acheter du pain, du poisson et toute sorte de fruits selon la saison.

De là on se rend à Burchana برشانة, (Purchena), lieu situé près le confluent de deux rivières et fort très-solidement construit ; puis à Beledzouz بلذوذ (Bolodui), puis à Hissn el-Cosseïr حصن القصير, fort très-solide, construit dans la partie la plus étroite de la vallée et par laquelle il faut nécessairement passer ; puis à Khandak-Cabir خندق قبير, puis à Ratbat رتبة (Artebat), puis à A’bla عبلة, puis au fort de Finana فينانة, puis à Sansara صنصره, bourg, puis au commencement de la fertile plaine d’A’bla عبلة « qui a 12 milles de longueur, sans courbure ni embranchement. Le voyageur laisse à sa droite la montagne dite Chelir el-Tedj شلير الثلج (ou de la Neige), où l’on remarque divers lieux fortifiés, tels que Fereira فريره, aussi appelé le fort des Noix, parce qu’en effet le terrain en produit en quantité extraordinaire et d’une qualité supérieure, et Dar حصن دار, dont les environs produisent d’excellentes poires ; une seule de ces poires pèse quelquefois un rotl (une livre) d’Andalousie ; communément deux atteignent ce poids. »

De l’extrémité de la plaine d’A’bla فحص عبلة on se rend à Khandac-As خندق اَُس et de là à Wadi Ach وادى اش, (Guadix), ville de médiocre grandeur, ceinte de murailles, où l’on peut faire des bénéfices dans le négoce, abondamment pourvue « d’eau, car il y a une petite rivière qui ne tarit jamais : » puis à Dachma دشمة (Diezma), bourg où est une auberge ; puis à Ratbat رتبة, puis à Afrafaranda افرافراندة (Farayana), puis au bourg de Wad فرية واد, « dont les maisons sont contiguës, de distance de la ville de Grenade. »

Wadi Ach وادى اش, est un point où aboutissent plusieurs routes. Le voyageur qui (par exemple) veut se rendre de là à la ville de Basat بسط, (Baza), gravit le mont A’ssim عاصم, passe au bourg de Beroua قرية بروا et parvient à Basat بسط, après avoir fait 30 milles.

« Cette dernière ville est de grandeur moyenne, agréablement située et bien peuplée ; elle est entourée de fortes murailles et possède un bazar très-propre et de belles maisons. Il s’y fait du commerce, et il y a des fabriques de divers genres. Non loin de là est le château de Tachkar, طشكر, qui par sa hauteur, la solidité de ses fortifications, la bonté du sol et la pureté de l’air, est préférable à tous les forts de l’Espagne. Il n’est possible d’y gravir que par deux points distants entre eux de l’espace de 22 milles et par des sentiers très-étroits[75] ; au sommet de cette montagne sont des champs cultivés, extrêmement fertiles et parfaitement arrosés. »

De Wadi Ach وادى اش, à Djian جيان (Jaen), on compte 2 fortes journées ;

Et de Basat بسط à Djian جيان (Jaen), 3 journées faibles.

« Jaen est une jolie ville dont le territoire est fertile, et où l’on peut se procurer de tout à bon compte, principalement de la viande et du miel. Il en dépend trois mille villages[76] où l’on élève des vers à soie. La ville possède un grand nombre de sources qui coulent au-dessous de ses murs, et un château des plus forts où on ne peut parvenir que par un sentier étroit. Elle est adossée contre la montagne de Kour, ڪور, entourée de jardins, de vergers, de champs où l’on cultive du blé, de l’orge, et toute sorte de céréales et de légumes. À 1 mille de la ville coule la rivière de Heloun نهر حلون, qui est considérable et sur laquelle on a construit un grand nombre de moulins. Jaen possède également une grande mosquée très-honorée et à laquelle sont attachés de savants docteurs. » De là à Biasa بياسـة (Baeza), on compte 20 milles. De Jaen on aperçoit Baeza, et réciproquement. « La deuxième de ces villes (Baeza) est bâtie sur une colline de terre noire, près des bords du Wadi’lkebir (Guadalquivir), fleuve qui passe à Cordoue, ceinte de murailles et pourvue de bazars. Les champs qui l’environnent sont bien cultivés et produisent beaucoup de safran. » À 3 milles de distance vers l’orient, non loin du même fleuve, est Ebda ابده (Ubeda), petite ville dont le territoire est également très-fertile.

Dans l’espace compris entre Jaen, Baeza et Guadix, sont divers lieux fortifiés, florissants, bien habités et produisant de tout en abondance. Tels sont, 1o Choudhar, شوذر (Jodar), forteresse importante, située à l’orient de Jaen et vis-à-vis Baeza, d’où la teinture écarlate[77] dite choudari tire son nom. De là au fort de Touna طونة[78], vers l’orient, on compte 12 milles.

2o Kidjata قيجاطة (Quesada)[79], fort peuplé comme une ville, possédant des bazars, des bains, des caravansérails et un faubourg. « Ce lieu est situé au pied d’une montagne où l’on coupe le bois qui sert à fabriquer des écuelles, des plats et autres ustensiles dont il se fait un grand débit, tant en Espagne que dans la majeure partie de l’Afrique occidentale. Cette montagne se prolonge jusqu’auprés de Baeza. » De là (de Quesada) à Jaen, on compte 2 journées ;

À Guadix, 2 journées ;

Et à Grenade, 2 journées ;

Et de Guadix à Grenade, 40 milles.

« Garnata غرناطة (Grenade) fut fondée à l’époque de invasion musulmane en Espagne. La principale ville de ce pays était (auparavant) Elbira البره (Elvira) dont les habitants émigrèrent et se transportèrent à Grenade. Celui qui en fit une ville, qui la fortifia, l’entoura de murs et fit construire son château, fut Habous le Sanhadji حبوس الصنهاجى, auquel succéda Badis بادس, son fils. Celui-ci acheva les constructions commencées et l’établissement de la population qui y subsiste encore aujourd’hui. Cette ville est traversée par une rivière qui porte le nom de Hadrou, حـدرو. Au midi coule la rivière salée qu’on appelle Chenil شنيل, et commence la chaîne de montagnes dites Chelir, ou montagnes de Neige. Cette chaîne s’étend sur un espace de 2 journées ; sa hauteur est considérable, et les neiges y sont perpétuelles[80]. Wadi Ach وادى اش (Guadix), Garnata غرناطة (Grenade), et la partie des montagnes qui s’étend vers le sud peuvent être aperçues de la mer à une distance de 100 milles ou environ. Dans la partie inférieure, vers la mer, sont Beni-Hamr بنى حمر (Benimer) et Delaïa دلايـت (Dalia), dont nous avons déjà parlé. »

De Grenade à el-Mankeb المنكب (Almunegar), sur mer, on compte 40 milles.

De Grenade à Loucha لوشة (Loja), en suivant le fleuve, 25 milles.

D’el-Mankeb المنكب (Almuneçar) à Alméria المرية, par mer, 100 milles.

D’el-Mankeb المنكب à Malca مالقة, (Malaga), ville capitale du pays de Riah ريـة,i80 milles.

De Malca مالقة (Malaga) à Cortoba قرطبة (Cordoue), en se dirigeant vers le nord, 4 journées.

De Malaga à Grenade, 80 milles ;

À l’île Verte (Algéziras), 100 milles ;

À Séville, 5 journées ;

À Marbila مربلة (Marvella), sur la route d’Algéziras, 40 milles.

« Marbila مربلة (Marvella) est une ville petite, mais bien habitée, et dont le territoire produit des figues en quantité. Au nord est le fort de Boubachtera ببشترة, d’une très-bonne défense et d’un difficile accès. » Entre Malaga et Cordoue sont divers lieux fortifiés et peuplés d’habitants à demeure fixe ; parmi ces lieux on remarque Archidouna ارشدونة et Antekira انتقيرة (Antequera), villes situées à 35 milles l’une de l’autre, et à 35 milles de Malaga. « Ces deux villes étaient (continuellement) en état de guerre à l’époque de l’invasion musulmane, et même après la domination d’Ebn-abi-Omar, qui gouvernait le pays au nom des khalifes Ommiades. »

D’Archidouna ارشدونة à Achir اشر, « forteresse contenant une population nombreuse et de vastes bazars, » 20 milles.

Et de là à Bagha باغة,i18 milles.

« Bagha باغة, est une ville de peu d’étendue, mais extrêmement agréable, à cause de la quantité d’eaux qui la traversent. Ces eaux font tourner des moulins dans l’intérieur même de la ville dont le territoire, couvert de vignobles et de vergers, est on ne peut pas plus fertile. » Ce pays confine du côté de l’orient avec celui du fort dit el-Fandak الـفنـدق[81], « bâti sur le sommet d’une montagne qui fait face à l’occident, et où est un marché renommé. »

De là à Biana بيانه (Baena), château fort « bâti sur une éminence entourée de vergers, d’oliviers et de champs ensemencés, » 1 journée faible.

De Biana au fort de Cabra قبرة, « comparable par son importance à une ville, solidement construit et situé à l’entrée d’une plaine couverte d’habitations et de cultures, 1 journée faible. »

De là à la ville de Cortoba قرطبة (Cordoue), 40 milles.

Entre le sud et l’ouest (de cette ville) est Alisana اليسانة (Lucena), « autrement dite Elbira البيره (Illora ?), d’où dépend un faubourg habité par des musulmans et par quelques juifs, pourvu d’une grande mosquée, mais non point entouré de murs. Quant à la ville, elle est ceinte de bonnes murailles et de toutes parts environnée par un fossé profond et toujours plein d’eau. Les Juifs habitent l’intérieur de la ville et n’y laissent pas pénétrer les musulmans. La population (je veux dire Les juifs) y est plus riche qu’en aucun des pays soumis à la domination musulmane ; elle y est à l’abri de toutes entreprises hostiles. »

D’Alisana اليسانة à Cordoue on compte 40 milles.

« Ce pays est limitrophe de celui de Belaï بلاى (Velay) et de Mesouk مسوك, qui furent jadis des lieux fortifiés et habités par des Berbers. »

Du fort de Belaï بلاى à Cordoue, 20 milles.

Dans le voisinage de Belaï est Sant-Iala سنت يالة (Santaella), lieu fortifié, dépourvu d’eau de source, si ce n’est à une grande distance. »

De là à Esidja اسجه[82], vers l’occident oriental, on compte 15 milles,

Et à Cordoue, 23 milles.

Esidja اسجه est une ville bâtie sur les bords du fleuve de Grenade, qu’on appelle le Chenil شنيل (Xenil). « Cette ville est jolie ; elle possède un pont très-remarquable, construit en pierres de taille d’excellente qualité, des bazars très-fréquentés où il se fait beaucoup de commerce, des jardins et des vergers où la végétation est très-vigoureuse[83], les enclos où croissent des arbres fruitiers. »

D’Esidja اسجه à Cortoba قرطبة (Cordoue), 35 milles.

D’Esidja, en se dirigeant vers Le sud, au fort d’Ochouna حصن اشونة, (Ossuna), « place dont la population est considérable, » une demi-journée.

Et de là à Belichana بلشانة (Belicena), « place bien habitée et dont les fortifications sont entourées de vergers, d’oliviers, » 20 milles.

D’Esidja à Carmouna قرمونة, 5 (Carmona), 45 milles.

« Cette dernière ville est grande, et ses murailles sont comparables (littéral. semblables) à celles de Séville, Elle était précédemment au pouvoir des Berbers, et ses habitants actuels sont encore très-méchants. Située sur le sommet d’une montagne, elle est tres-forte. La campagne qui l’environne est extrêmement fertile et produit en abondance de l’orge et du froment. »

De là, en se dirigeant vers l’occident, à Séville, dont nous avons déjà parlé, on compte 18 milles.

De Carmouna à Cherich شريش (Xerès), ville dépendante de la province de Chidhouna ڪورة سذونة, (Sidonia), 3 journées.

De Séville à Xerès on compte 2 fortes journées.

« Chirich شريش (Xerès) est une place forte de grandeur moyenne, entourée de jardins d’un agréable aspect et de quantité de vignobles. On cultive aussi dans ses environs l’olivier, le figuier et le froment. Les vivres y sont à un prix raisonnable. » De Xerès à l’île de Cadès جزيرة قادس (Cadix), 12 milles, savoir : de Xerès à el-Canatir القناطر (les Ponts), 6 milles ;

Et de là à Cadès قادس (Cadix), 6 milles.

« De Séville à Cordoue on compte 3 journées, et l’on peut s’y rendre par trois chemins différents, savoir : par el-Zindjar الزنجار, par Lora لورة, ou par le fleuve (le Guadalquivir). » Le premier de ces itinéraires (nous l’avons déjà donné) est ainsi qu’il suit :

De Séville à Carmouna, 1 journée.

De Carmouna à Ésidja, 1 journée ;

Et d’Ésidja à Cordoue, 1 journée.

« Quant à la route de Lora لورة, la voici : de Séville on se rend à la station d’Abar ابـار, puis à Chirich شيريش (Xerès), puis à Coleïah القليعة, où est la station. Entre Chirich et Coleïah, on aperçoit le fort de Catania حصن قطانية, situé au nord. La route de Coleïah se prolonge sur les bords du Nahr el-Kebir نهر الكبير (Guadalquivir), fleuve qu’on traverse au moyen de bateaux. De Coleïah on se rend à Ghaïran الغيران, puis à Lora لورة, lieu situé à la distance d’à peu près un jet de flèche de la route. À droite du voyageur est une grande citadelle, bâtie sur les bords du fleuve. De Lora on va au bourg de Saf قرية صاف, en face duquel, sur la gauche du voyageur, est un fort construit sur une haute montagne. Ce fort s’appelle Sakila ساقيلة, et c’était anciennement un entrepôt de marchandises pour les Berbers. De Saf صاف[84] on se rend à Melial مليال, fort situé sur les bords de la rivière de ce nom, qui porte aussi celui de rivière de (Carandjiloch نهر قرنجلوش. De ce pont[85] à Carandjiloch قرنجلوش, on compte 12 milles. Du même pont on se rend au bourg de Mourchan مرشان[86], situé sur les bords du Guadalquivir, puis au fort de Meradouba مرادوبة, où est la station. » La distance totale de Séville à Cordoue est par cette voie de 80 milles.

« D’Almodovar المدور, dont nous avons déjà parlé, à Farandjoloch فرانجولش, ville agréable, forte, entourée de quantité de vignes et de vergers, et dans le voisinage de laquelle sont des mines d’or et d’argent situées dans un lieu nommé el-Marh المرح (ou el-Mardj المرج),i» 12 milles.

« De là à Constantine du Fer قسنطينة الحديد, lieu renommé par l’abondance et l’excellente qualité du fer qu’on on tire et qui s’exporte dans tous les pays, … milles. Non loin de Constantine est le fort de Farch حصن فرش, où l’on taille une espèce de marbre renommé par sa beauté et connu sous le nom de Farchi الرخام الفسشى — Ce marbre est en effet le plus blanc, le mieux veiné, le plus dur qu’il soit possible de voir. De ce fort à celui connu sous le nom de Djebel O’ïoun جبل عيون (la montagne des Sources), on compte 3 faibles journées. »

Celui qui veut se rendre par eau de Séville à Cordoue s’embarque sur le fleuve et le remonte en passant par les moulins dits el-Zarada ارحا الزرادة, par le coude dit Menzil Aban عطف منزل ابان, par Cotaniana قطنيانة, par Coleï’ah القليعة, par Lora لـورة, par le fort el-Djarf حصن الجـرف, par Souchenil سوشنيل, par le confluent de la rivière de Melbal نهر ملبـال (ou Melial مليال), par le fort d’Almodovar حصن المدور, par Wadi Romman وادى رمّان, par les moulins de Nasih ارحا ناصى, d’où il arrive à Cordoue.

« Cordoue est la capitale et la métropole de l’Espagne et le siège du khalifat parmi les Musulmans. Les tribus qui composent sa population sont trop nombreuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire d’en faire mention, et les vertus qui caractérisent les habitants sont trop évidentes pour qu’il soit possible de les passer sous silence. Ils possèdent au plus haut degré l’élévation et la splendeur. Sommités intellectuelles de la contrée, sources de savoir et de piété, ils sont renommés par la pureté de leur doctrine, l’exactitude de leur probité, et la beauté de leurs coutumes, soit en ce qui concerne leur manière de se vêtir et leurs montures, soit en ce qui touche l’élévation des sentiments qu’ils apportent dans leurs assemblées et dans l’assignation des rangs, ainsi que dans le choix des aliments et des boissons ; joignez à cela qu’ils sont doués du caractère le plus aimable, des qualités les plus dignes d’éloges, et que jamais Cordoue ne manqua de savants illustres ni de personnages distingués. Quant aux négociants, ils possèdent des richesses considérables, des ameublements somptueux, de beaux chevaux, et ils ne sont mus que par une noble ambition.

« Cordoue se compose de cinq villes contiguës les unes aux autres, entourées chacune en particulier de murailles[87] et possédant en quantité suffisante des marchés ouverts, des marchés fermés, des bains et des édifices pour toutes les professions.

« La ville s’étend en longueur de l’occident à l’orient, sur un espace de 3 milles. Quant à sa largeur, depuis la porte du pont jusqu’à celle des Juifs, située vers le nord, on compte 1 mille. Elle est bâtie au pied d’une montagne qu’on appelle Djebel el-A’rous جبل العروس (ou de la Nouvelle-Épouse). C’est dans le quartier central que se trouvent la porte du pont et la grande mosquée qui, parmi les mosquées musulmanes, n’a pas sa pareille, tant sous le rapport de l’architecture et de la grandeur des dimensions, que sous celui des ornements.

« La longueur de cet édifice est de 100 toises باع مرسلة, et sa largeur de 80[88]. Une moitié est couverte d’un toit, l’autre est à ciel ouvert. Le nombre des nefs couvertes est de dix-neuf. On y remarque des colonnes (je veux dire des piliers portant chacun un cintre qui s’étend d’une colonne à l’autre en face), grandes et petites. En y comprenant celles qui soutiennent la grande coupole, elles sont au nombre de mille[89].

« On compte dans cette mosquée cent treize candélabres destinés à l’illumination. Le plus grand de ces candélabres supporte mille lampes, et le moindre douze.

« La charpente supérieure de cet édifice se compose de pièces de bois fixées au moyen de clous sur les solives de la toiture. Ces bois proviennent des énormes pins de Tarsous من عـيـون الصنوبر الطرصوص[90]. La dimension de chaque pin est, savoir : en épaisseur, sur une face, de 1 grand choubra (de 9 à 10 pouces) ; sur l’autre face, de 1 choubra moins 3 doigts (de 8 à 9 pouces) ; et en longueur, de 37 choubras (environ 20 pieds 3 pouces).

« Entre une solive et l’autre il existe un intervalle égal à l’épaisseur d’une solive. La charpente dont je parle est entièrement plate et revêtue de divers ornements hexagones ou treillagés ; c’est ce qu’on appelle châtons, cercles ou peintures. Ils ne sont point semblables les uns aux autres, mais chaque charpente forme un tout complet sous le rapport des ornements qui sont du meilleur goût et des couleurs les plus brillantes. On y a employé en effet le rouge de cinabre, le rouge orangé, le blanc de céruse, le bleu lapis, le vert de gris, le noir d’antimoine ; le tout réjouit la vue à cause de la pureté des dessins, de la variété et de l’heureuse combinaison des couleurs.

« La largeur du pavé de chaque arcade cintrée est de 33 choubras (environ 23 pieds 11 pouces). La distance qui sépare une colonne de l’autre est de 15 choubras (11 pieds 3 pouces). Chaque colonne s’élève sur un piédestal en marbre et est surmontée d’un chapiteau de même matière.

« Les entrecolonnements consistent en arceaux d’un style admirable au-dessus desquels s’élèvent d’autres arceaux portant sur des pierres de tulle très-dures ; le tout est recouvert en chaux et en plâtre, et disposé en compartiments[91] ronds et en relief exécutés en mosaïques de couleur rouge. Au-dessous (et dans l’intérieur) des arceaux sont des ceintures ازار en bois, contenant (inscrits) divers versets du Coran.

« La kibla[92] de cette mosquée est d’une beauté et d’une élégance impossibles à décrire, et d’une solidité qui dépasse tout « ce que l’intelligence humaine peut concevoir de plus parfait. Elle est entièrement couverte d’émaux[93] dorés et coloriés envoyés en grande partie par l’empereur de Constantinople à Abderrahman Nassr-eddin-Allah l’Ommiade.

« De ce côté, je veux dire du côté du sanctuaire du mihrab[94] il y a 3 arcades soutenues par des colonnes ; chacune de ces arcades se fut remarquer par une délicatesse d’ornements supérieure à tout ce que l’art des Grecs et des Musulmans a produit en ce genre de plus exquis.

« Au-dessus de chacune d’elles sont des inscriptions dans des cartouches formes d’émaux dorés sur un fond bleu d’azur. La partie inférieure est ornée d’inscriptions semblables, c’est-à-dire composées d’émaux dorés sur un fond d’azur. La surface même du mihrab est revêtue d’ornements et de peintures variées. Sur les côtés sont quatre colonnes dont deux sont vertes et deux jaunes d’or d’une inestimable valeur. Au-dessus du sanctuaire est une coupole[95] en marbre d’un seul bloc, ciselée, sculptée et enrichie d’admirables ornements d’or, d’azur et d’autres couleurs ; tout autour règne un encadrement[96] en bois orné de précieuses peintures.

« À droite du mihrab est la tribune (ou chaire à prêcher) qui n’a pas sa pareille dans tout l’univers. Elle est en ébène, en buis et en bois de senteur[97]. Les annales des khalifes Ommiades rapportent qu’on travailla à la sculpture et à la peinture de ce bois durant sept ans ; que six ouvriers, indépendamment de leurs aides, y furent employés, et que chacun de ces ouvriers recevait par jour un demi-mithcal mahmoudi d’or.

« Au nord est un édifice contenant quantité de vases d’or et d’argent destinés à l’illumination de la 27e nuit du ramadhan. On voit dans ce trésor un exemplaire du Coran que deux hommes peuvent à peine soulever à cause de sa pesanteur, et dont quatre feuillets sont écrits de la main d’Othman fils d’Affan (que Dieu lui soit favorable !) ; on y remarque plusieurs gouttes de son sang. Cet exemplaire est extrait du trésor tous les vendredis[98]. Deux d’entre les gardiens de la mosquée, précédés d’un troisième portant un flambeau, sont chargés du soin d’apporter et d’ornements du travail le plus délicat. Une place particulière (littéral. un trône) lui est réservée dans l’oratoire. L’imam, après avoir lu la moitié d’une section du Coran, le remet à cette place.

« À droite du mihrab et de la tribune est une porte servant à la communication entre la mosquée et le palais (el-cassr) et donnant sur un corridor pratiqué entre deux murailles percées de huit portes, dont quatre s’ouvrent du côté du palais et quatre du côté de la mosquée.

« Cet édifice a vingt portes[99] recouvertes de lames de cuivre et d’étoiles[100] de même métal. Chacune de ces portes tourne sur deux gonds très-solides ; les murs qui leur font face sont ornés de mosaïques travaillées avec art en terre cuite rouge et formant divers dessins.

« Les parties extérieures des ouvertures ou des fenêtres qui règnent tout autour et au haut de l’édifice pour donner passage à la lumière, et l’intérieur (de ces fenêtres) sont soutenus jusqu’au plafond de la toiture par des entablements de marbre dont la longueur est de 1 toise, la largeur de 36 pouces et l’épaisseur de 4 doigts. Tous ces entablements sont travaillés en hexagones et en octogones sculptés, taillés en creux[101] de diverses manières, de sorte qu’ils ne se ressemblent point entre eux.

« Au nord de la mosquée il existe une tour dont la construction est singulière, le travail curieux et la forme d’une beauté rare. Elle s’élève dans les airs à une hauteur de 100 coudées rechachè. De la base au balcon où se place le muedzin (le crieur) on compte 80 coudées, et de là jusqu’au sommet de la tour 20 coudées. On monte au haut de ce minaret au moyen de deux escaliers dont l’un est situé à l’ouest et l’autre à l’est de l’édifice, de sorte que deux personnes parties chacune de son côté du pied de la tour et se dirigeant vers son sommet, ne se rejoignent que lorsqu’elles y sont parvenues. La façade de cet édifice se compose de pierres dures jointes ensemble, et revêtues, à partir du sol jusqu’au sommet de la tour, de beaux ornements, produits des divers arts de la dorure, de l’écriture et de la peinture.

« Sur les quatre côtés de la tour règnent deux rangs d’arcades reposant sur des colonnes du plus beau marbre. Le nombre des colonnes existantes dans l’intérieur ou à l’extérieur de l’édifice s’élève à trois cents en y comprenant les grandes et les petites. Au haut est un pavillon avec quatre portes destiné au logement des crieurs qui doivent y passer la nuit. Ces crieurs sont au nombre de seize employés chacun à son tour, de telle sorte qu’il y en a toujours deux de service par jour. Au-dessus de la coupole qui couvre ce pavillon on voit trois pommes (ou boules) d’or et deux d’argent[102]. La plus grande de ces pommes pèse 60 rotls (ou livres de l’espèce de celles dont on se sert pour le pesage de l’huile). Le nombre total des personnes attachées au service de la mosquée est de soixante. Elles sont sous l’inspection d’un intendant chargé de veiller à leurs intérêts. Lorsque l’imam à commis quelque faute où négligence, il ne fait point ses adorations avant la cérémonie dite le selam, mais bien après.

« À l’époque où nous écrivons le présent ouvrage, la ville de Cordoue a été écrasée sous la meule du moulin de la discorde ; les rigueurs de la fortune ont changé sa situation, et ses habitants ont éprouvé de très-grands malheurs, en sorte que sa population actuelle est peu considérable. Il n’est pas (cependant) de ville plus célèbre dans toute l’Espagne.

« On voit à Cordoue un pont qui surpasse tous les autres en beauté et en solidité de construction. Il se compose de dix-sept arches. La largeur de chaque pile et celle de chaque arche même est de 50 choubras (environ 44 pieds 3 pouces), Ce pont est couvert de tous côtés de parapets qui s’élèvent à hauteur d’homme. La hauteur du pont, à partir du plancher sur lequel on marche, jusqu’au niveau des plus basses eaux dans les temps de sécheresse, est de trente coudées ذرعا. Lors des fortes crues, l’eau atteint à peu près à la hauteur des ouvertures. En aval du pont et au travers de la rivière est une digue construite en pierres de l’espèce de celles dites Cobtïé قبطية, et portant sur de solides piliers de marbre. Au-dessus de cette digue sont trois édifices contenant chacun quatre moulins. En somme la beauté et la grandeur (des édifices) de Cordoue sont au-dessus de tout ce qu’il est possible d’imaginer. »

De Cordoue à al-Zahira الزهرة, on compte 5 milles.

« Cette dernière ville subsiste encore avec ses murailles et les vestiges de ses palais habités par un petit nombre d’individus et de familles. C’est une ville considérable bâtie en étages (littéral. ville sur ville), en sorte que la ville supérieure est parallèle (ou correspond) à celle du milieu, et celle-ci à l’inférieure. Toutes sont entourées de murs. Dans la partie supérieure il existait un château dont il est impossible de donner la description. Dans la partie moyenne étaient des jardins et des vergers, en bas les maisons et la grande mosquée. Mais cette ville est en ruines et en état de décadence. »

De Cordoue à Alméria المرية on compte 8 journées :

À Séville اشبياية,i80 milles ;

À Malca (Malaga) مالقة,i100 milles ;

À Tolède طليطلة,i9 journées.

Celui qui, partant de Cordoue, veut se diriger vers le nord, passe par le col d’Arlech عقبة ارلش (ou d’Awlech اولش),i11 milles.

De là à Dar el-Bacra دار البقرة,i6 milles.

De là à Betrouch بطروش,i40 milles.

« Betrouch est une place forte, bien bâtie, bien peuplée et pourvue de hautes fortifications. Ses habitants sont braves, courageux et toujours prêts à repousser leurs ennemis. Les montagnes et les plaines environnantes produisent une espèce de chêne portant un gland bon à manger, et qui surpasse en qualité tous les autres ; aussi les habitants de ce lieu ont-ils soin d’en conserver des provisions pour subvenir à leur nourriture durant les années de disette. »

De Betrous à Ghâfec غافـق,i7 milles.

« Ce dernier fort est un bon lieu de refuge : ses habitants sont braves, courageux, et entreprenants. Ils s’exercent surtout à la poursuite des chrétiens ; lorsque ceux-ci sortent de leurs domaines, ils les réduisent en captivité et se partagent le butin. Les chrétiens, connaissant leur force, exercent beaucoup de surveillance sur ces terres, et se mettent, autant que possible, à l’abri de leurs attaques. »

De là à Djebel Amir جبل عامر,i1 journée ;

Puis à Dar el-Bacar دار البقـر,i1 journée ;

À Cala Rebah قلعة رباح (Calatrava), jolie ville dont nous avons déjà parlé, 1 journée.

« L’itinéraire de Cordoue à Batalios بطليوس, (Badajoz) est comme il suit :

« De Cordoue à Dar el-Bacar دار البقر, dont nous avons déjà fait mention, 1 journée.

« De là au fort de Seïder حصن سيدر (probablement) 1 journée.

« Puis à Zouagha زواغة, fort situé sur une éminence et dont le mur d’enceinte est de terre, 1 journée ;

« Puis à la rivière d’Athana اثنة,i1 journée ;

« Puis à Honach حنش (Honachez), fort très-haut, très-bien construit, d’une très-bonne défense et protégeant bien le pays, 1 journée.

« De là à Marida ماردة,i1 journée agréable.

« De là à Batalios بطليوس (Badajoz), 1 journée faible.

« Ce qui forme, pour le total de la distance qui sépare Cordoue de Badajoz, 7 journées.

« À partir de la première de ces villes, en se dirigeant vers le nord, on trouve à une journée de distance le fort d’Abal حصن ابال, auprès duquel sont situées des mines de mercure, d’où l’on extrait ce métal ainsi que le cinabre, destinés à être exportés dans toutes les parties du monde. L’exploitation se fait au moyen de plus de mille ouvriers dont les uns descendent dans les puits et travaillent à la coupe des pierres, les autres sont employés au transport du bois nécessaire pour la combustion du minerai, d’autres à la fabrication des vases où l’on fond et où l’on sublime le mercure, et enfin d’autres au service des fours.

« J’ai visité moi-même ces mines, et j’ai été informé que leur profondeur, à partir de la surface du sol jusqu’au point le plus bas, est de plus de 250 brasses فامة[103]. »

De Cordoue à Grenade غرناطة on compte 4 journées ou 160 milles ;

Et de Grenade à Djian جيان (Jaen), 50 milles ou 2 journées.

La mer de Syrie (la Méditerranée), qui baigne les côtes méridionales de l’Espagne, commence vers le couchant المغـرب et se termine à Antakié انطاڪية (Antioche). La distance qui sépare ces deux points est de 36 journées de navigation. Quant à la largeur de cette mer, elle varie beaucoup ; ainsi, par exemple, de Malca مالغة (Malaga) à Mezma المزمة et à Badis باديـس, lieux situés sur la rive opposée, on compte 1 journée de navigation, en supposant un vent de force moyenne et favorable. À Alméria المرية correspond sur l’autre rive Henïn هنين, et la distance est de 2 journées. Dania دانية est située vis-à-vis de Tennés تنّس, et la distance est de 3 journées. (Enfin) de Barcelone بارشلونه à Bougie بجايه, ville située en face, sur la côte de l’Afrique moyenne الغرب الاوسط, on compte par mer 4 journées. Or, la journée de navigation équivaut à 100 milles.

L’île de Iabesa جزيرة يابسة (Iviza) est jolie, plantée en vignobles et produisant beaucoup de raisin ; on y remarque une ville petite, mais agréable et bien peuplée. » Le point le plus voisin de cette partie du continent de l’Espagne est Dania دانية, ville située à 1 journée de navigation. À l’orient de cette ville et à 1 journée de distance est l’île de Maïorca ميورقة (Majorque), « dont la capitale est grande et dont le prince gouverneur commande une brave garnison et peut disposer de beaucoup d’armes et de ressources. » Également à l’orient, on remarque l’île de Minorque منورقة, située en face de Barcelone, à 1 journée de distance. De Minorque à l’île de Sardaigne جزيرة صردانية, on compte 4 journées de navigation.

  1. Je lis ici مارًّا et non مـارا, malgré l’autorité de don Joseph Antonio Conde, auquel on est redevable de la reproduction du texte arabe et d’une version de la description de l’Espagne. — Madrid, Imprenta real, 1789.
  2. Le cap Saint-Vincent.
  3. Voyez tom. Ier, pag. 3.
  4. Voici le texte de cette observation qui est très-juste au fond : و وجدوا البحر الكبير يشف علوه على البحر الشامى بشى يسير. On sait que, vers l’isthme de Suez, la différence des niveaux est de 30 pieds 6 pouces à marée haute.
  5. Le ms. A présente ici une lacune que l’édition espagnole du texte nous met à portée de remplir.
  6. En espagnol isla de las Palomas (île des Colombes) auprès d’Algéziras.
  7. En espagnol Alcazar.
  8. Le texte imprimé à Madrid porte تكرور Tekrour.
  9. L’étymologie proposée par Édrisi consiste à faire dériver le nom de Ceuta du mot latin septa, qui signifie enclos.
  10. Ainsi que nous l’avons fait remarquer dans la note explicative placée en tête du tome Ier, p. xxiv et ailleurs, les passages compris entre guillemets n’avaient jamais été traduits. Les deux manuscrits de la Bibliothèque du roi présentent donc un texte beaucoup plus complet que ne l’est celui qui a été reproduit en arabe et traduit en espagnol par M. Conde.
  11. N’oublions pas qu’au temps de l’Édrisi les Arabes regardaient le corail comme une production végétale.
  12. وسكلنها برابر ينسبون الر صنهاجة.
  13. نين جبال رشعار متّصله.
  14. Le traducteur espagnol, n’ayant pas bien lu les mots طريق, a cru qu’il s’agissait de journées marines, et a mis mal à propos (page 18) : por mar.
  15. La version espagnole ne donne pas le nom de ce cap.
  16. Cette distance manque dans le ms. A.
  17. Ces indications manquent dans le ms. A.
  18. La version espagnole porte seulement 8 milles.
  19. Le passage compris entre deux parenthèses manque dans le ms. A.
  20. L’île dont il est ici question est celle de Rachgoun, bien connue comme faisant partie des possessions françaises en Afrique.
  21. Le ms. A porte بنى وراد Beni-Warad.
  22. Cette distance manque dans le ms. A.
  23. L’abrégé porte بحر الانفايسين, ce que les traducteurs latins ont rendu par mare Anglorum. M. Conde adopte cette leçon.
  24. Voyez, au sujet de ces dénominations, l’Edrisii Hispania de Hartmann. — Marbourg, 1802.
  25. Dans la présente version de la description de l’Espagne, les noms modernes des lieux sont placés entre deux parenthèses. Nous avons généralement adopté les judicieuses concordances proposées par M. Conde à cet égard.
  26. La deuxième, la troisième et la quatrième de ces indications manquent dans le ms. A.
  27. Nous croyons devoir transcrire ce passage important : وصديـنـة طليـطـلة من رتتنا هـذا يسكنها ساطان الروم الفشناليين والاندلـس السمـات اشنانـيـة.
  28. La version latine porte par erreur Sabrissa ou Hobrissa.
  29. La version espagnole porte طشانه ou Taxêna.
  30. Le texte arabe porte ست ماية قرية يتخذ بها الحرتر ; on ne sait pourquoi M. Conde traduit ces mois ainsi qu’il suit : Cuentanse hasta seiscientas alguerias, y se hallan muchas fuentes.
  31. La conjecture de M. Conde se trouve ici parfaitement fondée ; nos manuscrits portent كونكة et non كوتكة.
  32. Sic.
  33. L’ancienne Sagonte.
  34. Ces mots signifient : la rivière des pierres.
  35. Le texte porte : وفية حصوت خالية.
  36. Lieu dont la situation n’est pas déterminée d’une manière précise.
  37. L’Abrégé et le ms. B portent بن نمو ben nemou ; le ms. A porte : وهو الزناتى. C’est la leçon que nous croyons devoir adopter.
  38. M. Conde croit que la journée est de 100 milles. C'est une erreur, car le texte arabe dit : من الجزيرة الخصرة ابن مالقة خمس مراحل خغان وهى ماية ميل.
  39. D'après M. Conde, ce sont les lieux connus sous la dénomination de las islas de las Maresmas.
  40. Cette étymologie donnée par l’Édrisi paraît préférable à celle que propose M. Conde, pag.  157.
  41. Nous suivons ici l’Abrégé ; ce passage manque dans le ms. A.
  42. Ici le texte du ms. A contient, relativement à de prétendus sorciers, un conte que nous nous abstenons de traduire.
  43. Marée montante.
  44. Le cap Saint-Vincent.
  45. Le ms. A porte طوير Tavir.
  46. Nous hasardons ce mot dont la signification est bien connue en France, surtout depuis la conquête de l’Algérie.
  47. Il s’agit ici des sou-terazi, au des siphons, dont on trouvera la description dans l’ouvrage de M. le général Andréossy, intitulé : Constantinople et le Bosphore de Thrace.
  48. Voyez t. Ier, p. 200 et 201.
  49. Le ms. A porte : من اوّل طسوس الريح الشرفية « aux premiers feuillets du vent oriental. » Feuillet 126 recto.
  50. L’Abrégé porte يلش ou Ielch.
  51. L’Abrégé porte ڪرڪوى Kerekouï.
  52. Le ms. A nous met à portée de remplir ici une lacune assez considérable qu’on remarque dans l’Abrégé, et par conséquent dans la version latine et dans la version espagnole.
  53. Le texte porte جلابون.
  54. M. Condé lit القنت et pense qu’il s’agit ici d’Alcaniz ; mais le ms. A, d’accord avec l’abrégé, porte الفنت.
  55. Nom d’une partie du pays d’Albarracin qui était renommé pour la culture du Carthame. Voyez la Descripcion de España, trad. de M. Conde, p. 192.
  56. Le ms. A porte بطيله, sans doute par erreur.
  57. Le même ms. porte حمده.
  58. Le ms. A porte encore ici بطيلة.
  59. M. Conde lit ici Kentada et pense qu’il s’agit peut-être de Cutanda (Descripcion de España, p. 214).
  60. L’ancienne Dianium, d’après le même auteur.
  61. الى الغزو.
  62. Le ms. A porte 20 milles.
  63. Le texte porte : مع صفرتها تنشا بها المراڪب السفرية والـزوارق.
  64. Ces distances manquent dans le ms. A.
  65. M. Conde lit اودية ڪثيرة, au lieu de اودية ڪبيرة.
  66. Le même auteur pense que ce nom est une altération de Portus magnus. Cette conjecture paraît très-plausible.
  67. M. Conde fait observer que ces distances sont trop fortes.
  68. M. Conde propose de lire ici Constantina.
  69. Le même auteur lit ici Alfered : ne serait-ce point Alcaras ?
  70. Voici le texte de ce passage qui ne me paraît pas avoir été bien rendu par le traducteur espagnol : ولا يقدر احد على جوازها راڪبًا واغا ياخذها الرڪبان رجالة.
  71. M. Conde lit Ben-Égas.
  72. Bien que le mot صنم signifie généralement une idole, il paraît que dans le dialecte de l’Édrisi on l’employait aussi pour exprimer l’idée d’une base, d’un piédestal. Cette dernière acception résulte évidemment du passage que nous mettons sous les yeux du lecteur, et justifie suffisamment, ce nous semble, la manière dont nous avons cru devoir traduire le mot صنم dans la première partie de la présente version (1er climat, 1re section), et au sujet de laquelle nous avons reçu de M. de Macedo, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences de Lisbonne, de judicieuses et bienveillantes observations.

    Voici le texte de ce passage curieux :

    وفر وسطها بناً مسبح كلطنم اسفلة واسح واعلاه ضيـق وبه حفيران من جانبيه متصلان من اسفله الى اعلاه وبازاُيه من الناحيت الواحدة فر الارض حـوض ڪبير ياقر اليه الماء من نحو ميل عاى طهر قناطر ڪثيرة معقودة من الحجر الصلد فيصب ماوُها فر ذلك الحوض وبجكر اهل المعرفة من اهل المنكب ان ذلك اغا كان يصعد الى اعلا المنار وينزل الى الناحية الاخري ويجرى هناك الى رهى صغيرة ٗ

    Cette description correspond parfaitement avec ce qu’on sait des sou-teruzi. Voyez là-dessus l’ouvrage de M. le général Andréossy, que nous avons cité p. 25.

  73. L’auteur reprend ici son itinéraire d’Alméria à Malaga.
  74. يصحب طعمه مزازة.
  75. Littéralement : « semblables à des courroies de souliers ou à des escaliers de fourmis, » مثل شروك النعل ومدرج النمـل.
  76. ثلاث الان.
  77. خلاط.
  78. Le ms. A porte طوبه.
  79. Ce nom de lieu devenu célèbre à jamais, grâce à l’admirable roman de Michel Cervantes, est écrit قيشاطة dans l’Abrégé.
  80. Littéralement : « y durent été comme hiver. »
  81. L’Abrégé et la version espagnole portent Algaïdac الغيداق, nom de lieu dont l’emplacement correspond, selon M. Conde, à celui d’Alcaudete.
  82. L’Abrégé et la version espagnole portent استجه Estidja ; mais l’orthographe du ms. A paraît préférable, puisqu’il existe en effet, sur le Guadalquivir, une ville bien connue sous le nom d’Ecija.
  83. نساتين وجنات ملتفّة.
  84. Ou Sadf صدف.
  85. Sic.
  86. Ou Sourchan سورشان.
  87. حاجر agger, mur ou rempart.
  88. M. le comte A. de Laborde (Description de l’Espagne, tom. II, pag. 7) porte ces dimensions à 620 pieds de long sur 440 de large. Pour que le rapport indiqué par l’Édrisi fût exact, il faudrait réduire le premier de ces nombres à 550 pieds, ou porter le second à 496 ; la valeur de la toise arabe dite ba’ murselet serait, dans cette dernière supposition, d’environ 6 pieds 2 pouces.
  89. M. le comte A. de Laborde dit : huit cent cinquante.
  90. Le ms. A porte de Tortose ; mais je crois que la vraie leçon est celle que donne le ms. B.
  91. Le texte porte بحـور, mot technique dont il ne m’a pas été possible de trouver l’exacte signification.
  92. Lieu indiquant avec précision la direction vers laquelle les Musulmans doivent se tourner pour faire leurs prières.
  93. J’entends par émaux ces fragments cubiques de marbre artificiel, de pierres de couleur ou autres, qu’on employait dans les mosaïques et dans les arabesques du moyen âge, et qu’à Constantinople on fait monter en bagues encore aujourd’hui.
  94. Le mihrab est une sorte de niche indiquant d’une manière générale la direction dont il s’agit.
  95. خصّة.
  96. خطيرة.
  97. عـود المجمر.
  98. Le ms. A porte : tous les jours.
  99. M. de Laborde dit : dix-sept.
  100. ڪواڪب.
  101. C’est ainsi du moins que je crois devoir rendre le mot منفوذة.
  102. Le texte ajoute ici les expressions suivantes : واوراق سوسنية تسع ce qui signifie : » et les feuilles de lys sont (au nombre de) neuf. »
  103. Le ms. A porte : de plus de cent cinquante coupes.