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Pour conclureModifier

« La France, soldat de l’idéal… » Georges Clemenceau

Mon intention, en écrivant ce livre, était de vous convaincre qu’une France prospère, confiante, forte et exemplaire était à portée de main.

Oui, pour peu que les Français osent, pour peu que vous osiez reprendre le pouvoir que l’on vous a dérobé au fil du temps, un sursaut est possible. Le sursaut de la République qui fera vivre et revivre notre devise nationale: «Liberté, Égalité, Fraternité.»

Liberté, car il n’est pas de France sans le droit de son peuple à disposer de lui-même, à déterminer les grands choix qui le concernent, en un mot à maîtriser son destin.

Égalité, car sans elle il n’y a pas de « vouloir vivre ensemble », ciment d’une communauté nationale digne de ce nom.

Fraternité, car, dans notre pays, on ne peut réussir collectivement sans justice sociale ni partage de l’effort.

C’est pour cette « certaine idée de la France » que je me battrai au cours des prochains mois.

Un pays où il fait bon vivre, où l’on peut enfin dignement travailler pour subvenir à ses besoins, fonder une famille sans craindre excessivement l’avenir, se loger, circuler sans peur dans la rue, bénéficier d’un environnement protégé.

Une France où chacun trouve sa place quelles que soient sa couleur de peau et ses origines sociales, où l’on peut prendre des risques pour accomplir ses rêves.

Une France, enfin, qui joue la course en tête dans l’inno­vation, les découvertes scientifiques et techniques, la protection de l’environnement, l’invention du futur.

Bref, une France qui, dans les malheurs et les injustices grandissantes du monde, démontre pour elle-même, et pour ceux qui voudraient s’inspirer de son expérience, que la modernité n’est rien sans le progrès, que l’efficacité économique est forte lorsqu’elle s’appuie sur un juste partage.

En retrouvant ainsi le goût de la France, l’amour de la France, nos concitoyens ne se rendraient pas seulement service à eux-mêmes, mais tout autant à un monde qui a besoin de sa tolérance, de sa tempérance – en un mot, de son humanisme.

Une fois que notre pays aura retrouvé sa dynamique interne et donc sa crédibilité, il lui sera possible de relever la tête sur la scène internationale et de miser sur les nombreux atouts qu’il a laissés en jachère. Comme l’affirmait le général de Gaulle: « Pour tenir son rang, un pays doit être à la hauteur de l’histoire. »

Or l’Histoire se réveille, au risque de redevenir tragique. À la « globalisation » de l’Empire américain répondent les replis identitaires. Au matérialisme de l’homme-objet jetable répondent les fanatismes religieux. Le monde qui croyait, avec la chute du mur de Berlin, avoir échappé au choc frontal entre l’Est et l’Ouest découvre avec effroi un nouveau choc, cette fois dit « de civilisation ».

Par un dramatique enchaînement de ressentiments, de malentendus, d’intérêts, de maladresses, s’opposent les certitudes de l’« Empire américain » et la révolte multiforme des laissés-pour-compte. Le rôle de la France est de s’interposer pour prévenir ce choc.

Oui, il est de notre devoir de combattre le terrorisme, l’intolérance et le fanatisme. Mais il est aussi de notre devoir de nous attaquer au terreau qui les nourrit en prônant partout et toujours une transformation du système économique mondial. En un mot, notre mission en ce début du xxie siècle est d’incarner l’humanisme pour réconcilier les peuples, partager les richesses, rapprocher les cultures, sauver notre terre.

Pour y réussir, notre politique étrangère doit retrouver son espace, sa cohérence et ses moyens.

Au moment où un monde vraiment multipolaire est en train d’émerger, la France doit renouer avec la politique du grand large et ne plus rétrécir sa diplomatie au seul espace européen. L’Allemagne avec la Russie, l’Espagne avec l’Amérique latine, l’Angleterre avec le reste du monde l’ont déjà compris depuis longtemps.

La refondation de la construction communautaire sur le modèle de l’Europe des nations est totalement compatible avec une politique étrangère qui s’adresse à tous les peuples de la terre. Intensifier notre partenariat avec la Russie, soutenir les efforts d’indépendance des pays d’Amérique latine tels que le Venezuela, la Bolivie et l’Argentine, resserrer nos liens avec l’Asie du Sud-Est, relancer notre politique africaine, autant d’axes pour sortir du huis clos bruxellois.

D’ailleurs, la France n’est jamais autant estimée dans le monde que lorsqu’elle ose être elle-même. L’exemple de l’Irak l’a bien prouvé.

Mais cela ne doit pas être éphémère. La force de la diplomatie gaullienne tenait à sa cohérence et à sa constance. Cohérence pour que l’indépendance revendiquée par notre nation s’applique à toutes les autres. Ainsi, lorsque l’Iran menace ouvertement Israël nous devons réagir aussi fortement que lorsque Israël bafoue les droits des Palestiniens. Constance pour donner de la lisibilité à notre politique étrangère.

Ainsi est-il temps pour la France, par exemple, afin de stabiliser notre relation avec les États-Unis, le respect étant le fruit de la franchise, d’afficher clairement sa vision du monde multipolaire de demain. Un monde que le peuple américain, n’en déplaise à son Président actuel, sait au fond de lui-même inéluctable et qu’il vaut mieux anticiper que subir. Respect du droit des peuples, diversité culturelle, développement partagé, sauvegarde de la planète doivent être les points cardinaux de notre message au monde.

Il va de soi que l’émergence d’un monde plus équilibré, réellement multipolaire, exige autre chose que de simples discours: une action permanente, résolue et tous azimuts, qui s’appuie avec volontarisme sur nos forces et nos relais d’influence extérieure. À nous donc de les stimuler.

Curieux pays en effet qui valorise sans cesse en paroles l’ouverture au monde et qui néglige en actes d’y mettre les moyens.

Là aussi, le temps du sursaut est venu. La prospérité de la France, son image, sa capacité à infléchir la mondialisation imposent de muscler notre présence diplomatique, culturelle, audiovisuelle, Internet…

Auparavant, il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas de diplomatie sans armée solide. Nous n’avons pas à rougir de la nôtre, les efforts financiers du quinquennat ayant corrigé les dérives de la décennie 1990. Le perfectionnement de notre force de frappe, la modernisation de nos équipements, la capacité de projection de nos forces ne suffisent cependant pas si nous ne clarifions pas notre politique de défense, notamment vis-à-vis de l’OTAN. Revenir en son sein, alors même que la menace soviétique a disparu, signifie épouser le combat de l’Empire américain contre le reste du monde. Ce n’est pas cohérent avec la vocation mondiale de notre politique étrangère! Il faut choisir. Je propose ainsi de maintenir une coopération technique avec nos alliés, mais aussi de retrouver notre indépendance militaire, seul moyen d’amorcer une coopération à l’échelle européenne de ceux qui voudront, à l’avenir, se défendre sans dépendre des États-Unis.

Le préalable militaire levé, il va de soi que la France doit conforter ses réseaux d’influence. Comment se plaindre de l’insuffisante présence de nos entreprises à l’étranger quand l’État, pour des économies de bouts de chandelles, ferme alliances françaises et lycées français à l’étranger, ou restreint la diffusion de RFI, comme de la presse? Il est possible, là aussi, avec des moyens financiers modestes à l’échelle de notre nation (150 millions d’euros, soit le plan annuel en faveur des buralistes), de redonner des couleurs à la francophonie et de répondre à l’attente des soixante-trois pays membres regroupant plus de 180 millions d’habitants sur les cinq continents.

Développement des réseaux d’alliances françaises, aide à la diffusion de la presse, lancement d’une chaîne internationale en synergie avec TV5 et RFI, création de portails Internet, relance de l’AFP… Autant d’actions évidentes pour irriguer le monde d’une lecture française des événements, pour offrir tout simplement le choix aux différents peuples qui attendent beaucoup plus de notre pays qu’on ne l’imagine.

Mais pour porter la langue française à l’étranger, encore faut-il savoir la défendre en France et en Europe. Là aussi, le sursaut est possible, à condition d’aimer notre langue, notre culture, notre civilisation.

En définitive, comme pour les êtres, c’est l’amour, le plus beau des sentiments humains, qui fait avancer les nations.

La France ne se relèvera que lorsque ses concitoyens retrouveront l’estime d’eux-mêmes et la fierté de leur pays. Là est la mission principale du futur président de la République. Redonner un sens à l’action collective en faisant partout et toujours prévaloir l’intérêt de la France sur toute autre considération. Alors, chacun d’entre nous comprendra qu’il est possible de changer les choses.

Mes chers concitoyens, il n’y a aucune fatalité à nous laisser déposséder de notre liberté par un trompeur « cours des choses ».

La politique a toujours constitué une réponse collective aux désordres et aux violences des hommes. C’est donc tous ensemble que nous devons agir pour redresser la barre.

Reprenez, reprenons le pouvoir, pour l’amour de la France!