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La dérive communautariste >> Rebâtir la citoyenneté française


Le démantèlement de notre politique migratoire


Le troisième aspect de cette politique de l’autruche concerne le démantèlement de notre dispositif de contrôle des flux migratoires. Avec le « système Schengen », mis en œuvre dès 1995, la France a renoncé à toute maîtrise de ses frontières, au titre de la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’Union européenne. Ainsi les immigrés clandestins, parfois régularisés par centaines de milliers à Rome et à Madrid, peuvent-ils pénétrer en France sans aucune difficulté et profiter du système social le plus généreux d’Europe.

Mais surtout avec le traité d’Amsterdam (contre lequel j’ai voté, et qui a entraîné mon départ de la direction du RPR de l’époque, en 1999), la France a renoncé, à compter du premier janvier 2004, à son droit d’appliquer une politique nationale d’immigration.

Les pays européens sont d’ailleurs incapables de déterminer une politique commune dans la mesure où, là encore, leurs intérêts fondamentaux divergent. Il va de soi que la France, qui a su maintenir une natalité forte, n’a pas à terme les mêmes besoins en main-d’œuvre que des nations dont le taux de fécondité ne dépasse pas 1,3 ou 1,5 enfant par femme. Dans ces conditions, on voit combien la mise en œuvre du « Livre vert » de la Commission de Bruxelles, qui prône une immigration massive pour repeupler l’Europe, serait pour la France une pure folie. En fait, ce serait une catastrophe pour tous les pays de l’UE, forcément déstabilisés par de tels bouleversements démographiques. Même les Pays-Bas, pourtant réputés pour leur ouverture à l’immigration, en ont pris brusquement conscience et ont rejeté massivement une Constitution européenne qui aurait fait passer à la majorité qualifiée plusieurs aspects de la politique d’immigration en Europe.

Tous les jours on s’aperçoit sur quantité de sujets combien notre pays s’est de lui-même placé dans un piège. Au nom de quoi, par exemple, sinon la démagogie des « bien-pensants », Nicolas Sarkozy a-t-il supprimé la « double peine »? De quoi s’agit-il, d’ailleurs, derrière ce vocable connoté, imposé aux médias par les prescripteurs d’opinion? Tout simplement d’une mesure d’éloignement du territoire national des étrangers s’étant rendus coupables de délits graves. La communauté nationale n’aurait donc pas le droit de se protéger contre des immigrés qu’elle a accueillis mais qui ne respectent pas ses lois? Ce sont les trafiquants de drogue, les multirécidivistes entrés relativement jeunes en France, qui bénéficient de cette mesure de clémence inouïe qu’on ne retrouve dans aucun autre pays au monde.

De même, au nom de quoi les titres de séjour délivrés à des étrangers pour des raisons médicales ont-ils été multipliés par seize en quatre ans (seize mille en 2004)? Les Français savent-ils que les refus de prise en charge des directions départementales des affaires sanitaires et sociales sont attaqués devant les tribunaux administratifs par des étrangers qui estiment comme un droit de venir se faire soigner en France? Souvent, par faiblesse une fois encore, les tribunaux désavouent l’État et autorisent un malade souffrant d’une pathologie lourde à entrer sur le territoire français. En général, il y a un accompagnant et un enfant. Des anciens déboutés du droit d’asile utilisent aussi cette procédure pour contourner le refus qu’ils ont essuyé. Bien évidemment, à titre individuel chaque cas est émouvant, mais la France peut-elle, sans se perdre elle-même, soigner gratuitement l’immensité de ceux qui en font la demande?

À l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, un médecin m’a confié que 50 % des lits sont occupés par des étrangers – une présence de trois mois sur le sol français suffit pour qu’ils bénéficient automatiquement d’une couverture médicale gratuite – et qu’il faut maintenant organiser des repas différents correspondant aux pratiques culturelles et religieuses.

On comprend mieux dans ces conditions pourquoi le navire France est en train de couler. Mais le rôle d’un gouvernement n’est-il pas de défendre l’intérêt général et la paix civile? Rien n’interdit, par exemple, de voter au Parlement des crédits pour aider la médecine dans les pays d’origine. Croit-on d’ailleurs que l’on réglera les problèmes des pays pauvres en ponctionnant tous les médecins d’Afrique qui viennent exercer dans nos hôpitaux? La politique émotionnelle médiatique mène au désastre. Un désastre qui fait d’ailleurs la une de l’actualité, de temps en temps, comme lors des incendies des hôtels meublés parisiens servant d’hébergement d’urgence aux étrangers, où des enfants ont scandaleusement péri dans les flammes. Cette fausse générosité affaiblit le pays tout entier. L’aveu d’impuissance manifesté sur le thème des « sans-papiers » par le président de la République, lors de sa dernière intervention du 14 Juillet, illustre la démission générale de l’État. Comment croire qu’un basculement démographique de cette ampleur, sans précédent dans notre histoire, puisse avoir lieu sans conséquences politiques, sociales et économiques?

Effet politique avec les émeutes, mais aussi effet social: les plus modestes, d’origine étrangère ou non, sont les premiers à souffrir de la panne de l’ascenseur social, qui n’est plus en mesure d’intégrer. Effet économique, enfin: notre pays voit les plus qualifiés et les plus fortunés quitter le territoire quand les plus pauvres et les moins formés y entrent en masse.

Le rêve se transforme vite en cauchemar. Cauchemar pour les étrangers déracinés, exploités par les marchands de sommeil, et déçus de ne pas trouver ce qu’ils avaient espéré. Les pays d’origine, de leur côté, se voient privés de leurs forces vives et des plus qualifiés. Quant aux pays d’accueil, ils sont également affectés puisque leurs budgets publics ne suffisent plus pour subvenir aux charges des arrivants.

Comme le résume de manière remarquable André Larané: « Dans les cités où les pouvoirs publics entassent les nouvelles vagues d’immigrants, les jeunes générations ne croisent plus d’Européens en nombre suffisant pour pouvoir s’imprégner du mode de vie et des valeurs du pays d’accueil, si ce n’est les policiers ou enseignants recrutés à coups de primes, lointains avatars des fonctionnaires coloniaux d’antan. C’en est fini du modèle national évoqué par Ernest Renan. »

Prisonnière de la naïveté de ses élites, la France se retrouve ainsi en décalage par rapport à ses voisins. Quand les autres nations prennent des mesures énergiques (Allemagne, Danemark, Hollande) pour réguler les arrivées de populations extraeuropéennes, nous cédons à la peur du nombre. En quatre ans, les Pays-Bas ont connu une division des demandes d’asile par quatre. Au Danemark, celles-ci ne sont accordées que s’il y a réelle volonté et capacité de s’inté­grer, et le regroupement familial est tellement encadré qu’il est de fait supprimé. Par démagogie électorale, la gauche promet le droit de vote aux étrangers pour les élections locales, sans s’embarrasser le moins du monde du fait que les conseillers municipaux élisent les sénateurs, c’est-à-dire la moitié de la représentation nationale! De son côté, Nicolas Sarkozy navigue à la godille pour ne pas s’aliéner les Français d’adoption.

Je crois, au contraire, que les étrangers régulièrement installés, ou leurs enfants français, sont tout à fait capables d’entendre un langage de vérité. Il est de leur intérêt de mettre fin à la dérive d’aujourd’hui, c’est-à-dire d’une part, en assimilant les nouvelles populations, et d’autre part, en fixant dans les pays d’origine tous ceux qui sont tentés, faute de mieux, de nous rejoindre.

Contrairement à ce qu’on veut faire croire, rien n’est irréversible à la double condition de le vouloir et de s’en donner les moyens, et surtout de prendre les choses dans le bon ordre.

En effet, rien ne servirait de prétendre bloquer l’immigration sans réaffirmer préalablement l’identité française, puis s’attaquer aux causes de l’appel d’air.