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UMP: « Union pour le Monopole du Pouvoir » >> La République des intérêts



Le Parlement entre vœu pieux et gesticulation

Le Parlement ne manque pas d’élus honnêtes, consciencieux et courageux. Il n’est qu’à lire la multitude de rapports de grande qualité écrits par des députés et des sénateurs dont, malheureusement, on ne parle quasiment jamais dans la presse. Mais qui ne voit combien la logique du parti majoritaire les anéantit? Un parti qui, nous l’avons vu, navigue à la godille faute d’avoir arrêté le moindre projet politique. À l’exception de quelques ministères où le cap était, à la différence de la gauche, remarquablement bien tenu tant sous les gouvernements Villepin que Raffarin (l’Intérieur, la Défense nationale et les Affaires étrangères, notamment pendant la crise irakienne), des parlementaires ne comprenaient pas toujours le sens de l’action menée! Le gouvernement le connaissait-il d’ailleurs? La chape de plomb de l’exécutif, la puissance d’inertie de la routine institutionnelle, la valse des ambitions de quelques-uns, ont peu à peu terrassé les meilleures volontés. Combien de parlementaires, par souci de loyauté vis-à-vis de leur camp, ne pipent mot mais « n’en pensent pas moins »?

Le Parlement n’est plus alors qu’une chambre d’enregistrement coincée entre le Président, le Premier ministre et la direction du parti majoritaire. Dans cette démocratie d’opinion, parodie post-moderne de démocratie, tout se résume au face-à-face entre le pouvoir et les médias.

Face à cette confusion des pouvoirs sans précédent, le seul choix offert aux partisans de la majorité est soit de se coucher, soit de se cabrer.

Dans un cas, il s’agit de participer, certains y excellent d’ailleurs, aux jeux de cour, à la recherche d’un avantage, d’une nomination, voire d’un portefeuille! Dans l’autre, il reste à prendre à témoin l’opinion au risque d’être taxé de grincheux, ou pis, de diviseur.

Prenant ce risque au cours des dernières années, je n’ai cessé de mettre en garde le gouvernement contre certaines décisions. Si nous avions été plus nombreux à dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas, la majorité n’en serait pas là! À l’automne 2003, quelques mois avant les élections régionales, j’avais rencontré Jean-François Copé alors secrétaire d’État aux relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, afin de l’avertir que le projet de budget (hausse des taxes sur le carburant, coupes dans la recherche, etc.) était politiquement contre-productif pour nous tous. François Bayrou, à sa façon, avait également prévenu, mais l’expression de la moindre réserve était reçue comme un crime de lèse-majesté. La perte par l’UMP de la quasi-totalité des conseils régionaux n’a d’ailleurs pas empêché le président de la République de reconduire le gouvernement Raffarin, comme si de rien n’était!

Fidèle, comme quelques autres, à l’idée que je me suis toujours faite du rôle d’un élu, je n’ai pas hésité à dire ce que j’avais à dire. J’ai continué à alerter, à poser des questions de fond, à prendre à témoin mes collègues… Je me heurtais à chaque fois à un mur de silence. Lorsque les choses empirèrent à la limite du supportable, je me suis résolu à aller plus loin en demandant un vote sur l’ouverture des négociations d’entrée de la Turquie ou sur la privatisation des autoroutes. Je me suis abstenu concernant le vote du budget, les lois de décentralisation, l’ouverture du capital d’EDF, et j’ai même voté contre le CPE et la loi criminalisant les échanges de fichiers culturels sur Internet.

On me le reprocha à chaque fois. Mais comment aurais-je pu accepter de pareilles mesures, souvent prises sous la pression de groupes d’intérêt économique bien identifiés et avec des arrière-pensées politiciennes? Je le demande: est-il digne, pour un représentant de la nation, de se résigner à un retour du corporatisme et de la « petite cuisine » politicienne, sans se soucier de l’intérêt général? Le « réalisme politique » doit-il nécessairement évacuer tout idéal? Je crois, au contraire, que l’Histoire montre et montrera encore que c’est la défense d’une certaine idée de l’homme, de la France et de la République qui constitue le vrai réalisme, et que les « demi-habiles » en seront pour leurs frais.