Fragments d’histoire/46

Imprimerie officielle (p. 91-94).

LA ROUTE DE FORT-DE-FRANCE AU LAMENTIN


par laquelle l’on accède au Bassin de radoub et aux établissements de la Compagnie Générale Transatlantique.

L’on voit tout d’abord l’ancien Polygone d’Artillerie, à l’origine « savane ou prairie que l’on a en partie employée au-dessus du niveau des eaux ordinaires pour établir ce polygone. »

Dans un projet de dessèchement du 20 mai 1827[1] Tessier dit que le Polygone se trouve dans un terrain aussi bas et plus humide encore que la plaine de l’habitation Sainville.

Neuf condamnés y ont été exécutés après l’insurrection de 1870.

La Colonie en a fait l’acquisition après en avoir été locataire et avoir fait dans le sol des travaux importants de drainage qui l’ont transformé.

Placé aux portes de la Ville, ce bel espace de plus de 6 hectares a été affecté à un Jardin public, le Jardin des Clieux, du nom — proposé par « Les Amis des Arbres » — de celui qui a importé le café à la Martinique vers 1720 et dont les titres de noblesse ont été enregistrés à la Martinique, le 6 novembre 1713. Il a été dessiné par le directeur du service de l’agriculture, M. Eugène Bassières, partie dans le style anglais ou paysage, partie dans le style français ou régulier.

Il a été inauguré, le 14 juillet 1918, par le gouverneur, M. Camille Guy, assisté de l’administrateur de la Dominique, M. Mahafy.

« Le nom de des Clieux fera connaître à nos enfants, il nous rappellera à tous, a dit le président des Amis des Arbres à la cérémonie d’inauguration, l’homme de bien à qui les Antilles ont dû pendant longtemps leur grande fortune[2] ».

Ce Jardin est indispensable à Fort-de-France dont la population s’accroît beaucoup. Et voici qu’il a subi quelques diminutions. Après les bâtiments du service de l’Agriculture et des Forêts qui y avaient leur place, après un faible prélèvement au profit du dépôt de mazout, on y a installé les bureaux de la Société d’électricité. On y construit maintenant l’hôtel du Conseil général. Il serait pourtant nécessaire d’éviter de nouvelles affectations et de conserver sa destination première à ce qui reste de ce beau terrain.

La route de Fort-de-France au Lamentin traverse les terres des habitations Dillon et Valmenière. La première porte le nom du comte Dillon qui a combattu en 1782 à côté du marquis de Bouillé. Il a été, avec Moreau de Saint-Méry, député de la Martinique en 1790 à l’Assemblée Constituante.

C’est à l’habitation Dillon que les officiers anglais représentant Charles Grey se rendirent, le 21 mars 1794, pour recevoir les propositions de capitulation envoyées de la part de Rochambeau par trois commissaires français[3].

L’habitation Valmenière figure au plan cité ci-dessus de Thimothée Petit de 1687 et a appartenu à Valmenier, conseiller au Conseil souverain de la Martinique et garde des sceaux, qui, dans une lettre du 16 juillet 1716 au président de l’Académie des Sciences, dit que, sur son habitation, « l’air est sain, frais, et les eaux excellentes, la terre commode pour la culture des plantes[4] ».

L’Usine Rivière Monsieur était construite sur la Valmenière. Aujourd’hui une distillerie de rhum s’y trouve et il y a, à la Dillon, une usine à sucre et une distillerie.

Près de ces propriétés, la rivière Monsieur coule sous un pont auquel a été donné le nom de l’amiral de Gueydon[5].

Non loin, le poste de T. S. F. de la Pointe-des-Carrières.

À 5 kilomètres de Fort-de-France, le domaine de l’Espérance où M. Emmanuel Rimbaud donne depuis 1917 un généreux asile au Patronage Saint-Louis fondé en 1906. Dans la principale cour de l’établissement un médaillon en marbre rappelle le souvenir du fondateur, M. Adolphe Trillard. Plus de 200 orphelins y sont entretenus grâce à une subvention de la colonie, à la charité privée et aux ingénieux efforts du R. P. Bauman, fidèle continuateur de l’œuvre à laquelle ont donné aussi tout leur dévouement, le frère Gérard, le R. P. Bioret, Mgr Grimaud et le R. P. Michel.


PAYSAGES

  1. Arch. Min. Col. n° 734.
  2. Inauguration du jardin Desclieux, page 14, discours de M. Théodore Baude
  3. Code de la Martinique, Tome 4, page 245.
  4. Recherches historiques sur les débuts de la culture du caféier en Amérique par MM. Aug. Chevalier et Dagron.
  5. Moniteur de la Martinique, 12 juillet 1855.