Fragments d’histoire/43

Imprimerie officielle (p. 87-89).

LA ROUTE DES RELIGIEUSES


qui part de la Ravine Bouillé sur laquelle est le pont Traktir, ainsi désigné en souvenir de la victoire du 16 août 1855. Elle aboutit à l’Établissement thermal de Reynal, aujourd’hui Moutte, distant de Fort-de-France de 4 kilomètres et dont l’eau ferro-carbonatée acidule a la température de 30° 3. L’habitation sur laquelle est cette source a appartenu à Mme de Sarcus dont a hérité Mme Moutte aînée. La Rivière Madame coule à ses pieds. Elle est sur un des coteaux du Morne-Magloire célèbre dans les fastes de la Colonie par l’énergique et courageuse résistance qu’opposèrent en 1809 à l’invasion anglaise, les deux batteries élevées sur ses contreforts O. et N.-O. et dans lesquelles s’était mise en embuscade une faible partie des troupes et des vaillantes milices martiniquaises. L’on voit peut-être encore dans une ravine voisine de Moutte, la ravine José, une énorme roche où avait été se loger un boulet de 24 qui y était resté incrusté.

La guérison heureuse et inopinée de l’Amiral de Mackau quand il gouvernait la Martinique a eu lieu naguère à Moutte[1].

L’Ecole d’enseignement technique et professionnel y fut provisoirement installée en 1939.

On passe au pied du « Morne Pichevin » désigné naguère sous les noms de « hauteur des Capucins[2], de Morne des Capucins[3] ». La « Pointe des Capucins» est indiquée dans des plans de 1766, 1769 et 1783[4].

Une concession avait été accordée à ces religieux sur cette colline « au-dessus du canal du Carénage ». « Il existait déjà sur ce morne un petit hôpital qui servait de sanatorium aux soldats et colons du quartier, ainsi qu’une petite chapelle construite probablement par les bons soins de Mme de Gourselas, femme pieuse et renommée pour sa charité, qui en assurait l’entretien[5]. »

Dans un plan des environs du Fort Bourbon du 14 mai 1844[6], des constructions sont indiquées à peu près à l’endroit où une croix a été érigée en 1935 par Mgr Paul Lequien à l’occasion du Tricentenaire du rattachement de la Martinique à la France. Mais déjà le Morne des Capucins est marqué sur un plan de Thimothée Petit de juillet et août 1687[7]. Des Capucins, aumôniers des Troupes royales, s’y étaient établis afin d’être près du Fort Royal. Il s’y trouvait aussi une redoute.

L’on y voit aujourd’hui une partie de la vaste agglomération de Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus dont le docteur Émile Porry a eu l’initiative : nombreuses maisons, belle église, presbytère, écoles et dispensaire, etc.

En se rendant à Moutte, on passe devant l’habitation Morne-Vannier qui figure sous les mots « Ouvrage chez le Vannier » dans un plan joint à une lettre du Gouverneur de Beauharnais du 13 février 1760[8]. Les dames de la Providence y ont eu leur couvent, d’où le nom de route des Religieuses donné à cette voie qui va rejoindre la route n° 2 par le quartier de l’Entr’aide.

Le Morne Vannier a été réuni au Domaine en 1793 par application de la loi des 2 et 4 novembre 1789 et a été attribué à la Colonie par l’ordonnance royale du 17 août 1825 qui lui a abandonné tous les biens ayant un caractère civil. Il a été vendu aux enchères publiques en 1893.

  1. Moniteur de la Martinique, 12 juillet 1855.
  2. Archives Ministère Colonies n° 23.
  3. Archives Ministère Colonies et Atlas Antilles Vol. 1.
  4. Archives Ministère Colonies n° 291, 307, 380.
  5. La Martinique au premier siècle de la colonisation par M. Maurice de Lavigne Sainte-Suzanne, page 132.
  6. Arch. min. col. n. 990.
  7. Arch. Min. Col. Atlas Antilles, vol. 1.
  8. Arch. Min. Col. n° 171.