Fragments d’histoire/04

Imprimerie officielle (p. 23-26).

RUE DE LA LIBERTÉ


La rue qui borde la Savane à l’ouest et la sépare de la partie principale de la Ville a été récemment élargie.

Autrefois, rue de la Place d’armes, ensuite rue de la Liberté, nom sous lequel elle est désignée dans le décret impérial du 15 juin 1853 relatif à la Place Vaillant[1], puis rue de l’Impératrice. Elle est redevenue rue de la Liberté.

Il semble que pendant assez longtemps, cette rue n’existait pas et que la Savane arrivait jusqu’aux maisons qui longent maintenant la rue de la Liberté. C’est ainsi qu’en 1831, une de ces maisons est indiquée par les mots « Place d’armes, n° 17 ». En 1838, un autre immeuble est désigné comme se trouvant à la Place d’armes et à la Grand’Rue (J. O. M. 23 mai 1938) puis, en 1840, on employa l’expression « rue Place d’armes » dont le n° 26 était jusqu’alors occupé par les bureaux de l’Ordonnateur.

Sur un de ses côtés, les cafés et hôtels : la Coupole (n° 1), Gallia (n° 3), l’hôtel de l’Europe et le Central hôtel qui furent pendant longtemps désignés sous les noms de Hôtel Bédiat et Hôtel Nardy (nos 5 et 7), Au Petit Belge (n° 15) et la Pâtisserie Suisse (n° 19).


HÔTELS DE LA RUE DE LA LIBERTÉ

Aux nos 9 et 11, les bureaux de l’Intendance, l’Hôtel des Postes, édifiés sur les terrains de l’Inscription maritime et de l’Inspection de la marine et des colonies détruites par un incendie le 22 juin 1890.

La Caisse d’épargne fondée en 1883 est à l’Hôtel des Postes.

Au n° 17, le Crédit Martiniquais, banque au capital de 10.000.000 de francs, fondée en 1921 par M. G. Alizard.

Au n° 19, le Cercle de Fort-de-France.

An n° 21, sur le terrain de la maison Rimbaud se trouvait l’ancienne Direction du génie qui était en ruines en mai 1826[2]. Dans la salle à manger actuelle se trouvait un puits. C’était la continuation de l’ancien Conseil jusqu’à la Savane.

L’on voit enfin, au n° 23, la Bibliothèque Schœlcher, édifiée de 1886 à 1887 sur le terrain dit « du Petit Gouvernement ».


BIBLIOTHÈQUE SCHŒLCHER

Des constructions se trouvaient autrefois dans chaque angle avec un jardin au milieu[3]. L’Impératrice Joséphine les aurait habitées pendant son premier mariage : « Je tiens d’un contemporain de cette époque, a écrit le docteur Rufz de Lavison, que la belle et jeune comtesse de Beauharnais, dont le mari était alors aide de camp du Marquis de Bouille, occupait l’hôtel du Fort Royal dit le Petit Gouvernement, elle y était chargée des réceptions et préludait à ses hautes destinées. Un de ses caprices était de danser les mains et les bras nus, car elle avait les plus beaux du monde, ce qui donna bien souvent à lui appliquer, comme par une sorte de prédiction, les vers de Racine :

« Et de si belles mains
Semblaient demander l’empire des humains[4] »

Il est certain, au contraire, que « le jeune vicomte de Beauharnais après son mariage vint seul à la Martinique pour y connaître la famille de sa femme et aussi pour tâcher de s’employer à la suite du marquis de Bouillé dans la guerre qui se faisait alors pour l’indépendance des colonies anglaises[5]. » Il écrivît, du reste, de Fort Royal, à Joséphine le 30 janvier 1783, une lettre reproduite dans « le mariage de Beauharnais » de M. Jean Hanoteau, page 149, et dont l’original est aux archives de Leuchtemberg.

L’architecte de l’édifice actuel a été M. Henri Pick.

À droite, avant l’entrée, un obusier portant le millésime de 1627 qui était à pointage variable et mobile sur roues. Cet ouvrage original et unique aujourd’hui a été repêché aux Saintes par l’Amiral Grasset qui l’a transporté à la Martinique. Le Gouverneur, M. Camille Guy, en fit la remise le 2 mars 1917 à la Société des Souvenirs historiques pour le Musée qu’elle se propose de créer.

Les premiers livres de la Bibliothèque, au nombre de 9.534, en faible partie sauvés lors de l’incendie de 1890, ont été donnés à la Martinique par Victor Schœlcher en 1883, dix ans avant sa mort.

L’Établissement possède aujourd’hui plus de 11.000 volumes.

Son premier Conservateur a été M. Victor Cochinat, ancien Secrétaire particulier d’Alexandre Dumas père et membre de la Société des Gens de Lettres, lui aussi donateur de 1.100 volumes[6].

En face de la Bibliothèque s’est trouvé un bâtiment qui a servi d’église provisoire après le cyclone du 18 août 1891.

À cette place est maintenant un kiosque qui a été une dépendance de l’hôtel Ivanès, tout comme celui qui est en face de l’hôtel de l’Europe dépend de cet hôtel.

Un troisième kiosque existe à l’angle de l’allée des Soupirs et de l’allée parallèle à la rue Amiral de Gueydon. Il a servi d’annexe à un hôtel qui n’existe plus.

  1. B. O. Martinique, 1853, page 511.
  2. Plan du 26 mai 1826. Arch. minist. col. n° 659.
  3. Plan du 1er mai 1826. Arch. minist. col. n° 604.
  4. Études statistiques et historiques sur la population de la Martinique, 1830
    par Rufz de Lavison, tome. 2, folio 314. — Citation de M. Louis Baudza
    dans « La Formation de l’Armée coloniale », page 375.
  5. Histoire de Joséphine par M. Aubenas. Moniteur de la Martinique, 9 septembre 1858.
  6. La Bibliothèque Schœlcher, par M. Siméon Petit, page 7.