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Hetzel (p. 312-328).


XVI

encore quelques heures.


Quel effet produit sur moi cette nouvelle, et de quelle indicible émotion toute mon âme est saisie !… Le dénouement de cette situation approche, je le sens… Puisse-t-il être tel que le réclament la civilisation et l’humanité !

Jusqu’à présent, j’ai rédigé mes notes jour par jour. Désormais, il importe que je les tienne au courant heure par heure, minute par minute. Qui sait si le dernier secret de Thomas Roch ne va pas m’être révélé, si je n’aurai pas eu le temps de l’y consigner ?… Si je péris pendant l’attaque, Dieu veuille qu’on retrouve sur mon cadavre le récit des cinq mois mois que j’ai passés dans la caverne de Back-Cup !

Tout d’abord, Ker Karraje, l’ingénieur Serkö, le capitaine Spade et plusieurs autres de leurs compagnons sont allés prendre leur poste sur la base extérieure de l’îlot. Que ne donnerais-je pas pour qu’il me fût possible de les suivre, de me blottir entre les roches, d’observer les navires signalés au large…

Une heure plus tard, tous reviennent à Bee-Hive, après avoir laissé une vingtaine d’hommes en surveillance. Comme, à cette époque, les jours sont déjà de très courte durée, il n’y a rien à craindre avant le lendemain. Du moment qu’il ne s’agit pas d’un débarquement, et dans l’état de défense où les assaillants doivent supposer Back-Cup, il est inadmissible qu’ils puissent songer à une attaque de nuit.

Jusqu’au soir, on a travaillé à disposer les chevalets sur divers points du littoral. Il y en a six, qui ont été transportés par le couloir aux places choisies d’avance.

Cela fait, l’ingénieur Serkö rejoint Thomas Roch dans son laboratoire. Veut-il donc l’instruire de ce qui se passe… lui apprendre qu’une escadre est en vue de Back-Cup… lui dire que son Fulgurateur va servir à la défense de l’îlot ?…

Ce qui est certain, c’est qu’une cinquantaine d’engins, chargés chacun de plusieurs kilogrammes de l’explosif et de la matière fusante qui leur assure une trajectoire supérieure à celle de tout autre projectile, sont prêts à faire leur œuvre de destruction.

Quant au liquide du déflagrateur, Thomas Roch en a fabriqué un certain nombre d’étuis, et, — je ne le sais que trop, — il ne refusera pas son concours aux pirates de Ker Karraje !

Pendant ces préparatifs, la nuit est venue. Une demi-obscurité règne au-dedans de la caverne, car on n’a allumé que les lampes de Bee-Hive.

Je regagne ma cellule, ayant intérêt à me montrer le moins possible. Les soupçons que j’ai pu inspirer à l’ingénieur Serkö ne se raviveront-ils pas à cette heure où l’escadre s’approche de Back-Cup ?…

Mais les navires aperçus conserveront-ils cette direction ?… Ne vont-ils pas passer au large des Bermudes et disparaître à l’horizon ?… Un instant, ce doute s’est présenté à mon esprit… Non… non !… Et, d’ailleurs, d’après les relèvements du capitaine Spade, — je viens de l’entendre dire à lui-même, — il est certain que les bâtiments sont restés en vue de l’îlot.

À quelle nation appartiennent-ils ?… Les Anglais, désireux de venger la destruction du Sword, ont-ils pris seuls la charge de cette expédition ?… Des croiseurs d’autres nations ne se sont-ils pas joints à eux ?… Je ne sais rien… il m’est impossible de rien savoir !… Eh ! qu’importe ?… Ce qu’il faut, c’est que cet antre soit détruit, dussé-je être écrasé sous ses ruines, dussé-je périr comme l’héroïque lieutenant Davon et son brave équipage !

Les préparatifs de défense se continuent avec sang-froid et méthode, sous la surveillance de l’ingénieur Serkö. Il est visible que ces pirates se croient assurés d’anéantir les assaillants dès qu’ils s’engageront sur la zone dangereuse. Leur confiance dans le Fulgurateur Roch est absolue. Tout à cette pensée féroce que ces navires ne peuvent rien contre eux, ils ne songent ni aux difficultés ni aux menaces de l’avenir !…

À ce que je suppose, les chevalets ont dû être établis sur la partie nord-ouest du littoral, les augets orientés pour envoyer les engins dans les directions du nord, de l’ouest et du sud. Quant à l’est de l’îlot, on le sait, il est défendu par les récifs qui se prolongent du côté des premières Bermudes.

Vers neuf heures, je me hasarde à sortir de ma cellule. On ne fera point attention à moi et peut-être passerai-je inaperçu au milieu de l’obscurité. Ah ! si je parvenais à m’introduire dans le couloir, à gagner le littoral, à me cacher derrière quelque roche !… Être là au lever du jour !… Et pourquoi n’y réussirais-je pas, maintenant que Ker Karraje, l’ingénieur Serkö, le capitaine Spade, les pirates ont pris leur poste au-dehors ?…

En ce moment, les berges du lagon sont désertes, mais l’entrée du couloir est gardée par le Malais du comte d’Artigas. Je sors, cependant, et, sans idée arrêtée, je m’achemine vers le laboratoire de Thomas Roch. Mes pensées sont concentrées sur mon compatriote !… En y réfléchissant, je suis porté à croire qu’il ignore la présence d’une escadre dans les eaux de Back-Cup. Ce ne sera qu’au dernier instant, sans doute, que l’ingénieur Serkö le mettra brusquement en face de sa vengeance à accomplir !…

Alors cette idée me vient tout à coup de mettre, moi, Thomas Roch en face de la responsabilité de ses actes, de lui révéler, à cette heure suprême, quels sont ces hommes qui veulent le faire concourir à leurs criminels projets…

Oui… je le tenterai, et, au fond de cette âme révoltée contre l’injustice humaine, puissé-je faire vibrer un reste de patriotisme !

Thomas Roch est enfermé dans son laboratoire. Il y doit être seul, car jamais personne n’y a été admis tandis qu’il préparait les substances du déflagrateur…

Je me dirige de ce côté et, en passant près de la berge du lagon, je constate que le tug est toujours mouillé le long de la petite jetée.

Arrivé en cet endroit, je crois prudent de me glisser entre les premières rangées de piliers, de manière à gagner le laboratoire latéralement, — ce qui me permettra de voir si personne n’est avec Thomas Roch.

Dès que je me suis enfoncé sous ces sombres arceaux, une vive lumière m’apparaît, qui pointe sur l’autre rive du lagon. Cette lumière s’échappe de l’ampoule du laboratoire, et elle projette ses rayons à travers une étroite fenêtre de la devanture.

Sauf à cette place, la berge méridionale est obscure tandis que, à l’opposé, Bee-Hive est en partie éclairée jusqu’à la paroi du nord. À l’ouverture supérieure de la voûte, au-dessus de l’obscur lagon, brillent quelques scintillantes étoiles. Le ciel est pur, la tempête s’est apaisée, le tourbillon des bourrasques ne pénètre plus à l’intérieur de Back-Cup.

Arrivé près du laboratoire, je rampe le long de la paroi et, après m’être haussé jusqu’à la vitre, j’aperçois Thomas Roch…

Il est seul. Sa tête, vivement illuminée, se présente de trois quarts. Si ses traits sont tirés, si le pli de son front est plus accusé, du moins sa physionomie dénote une tranquillité parfaite, une pleine possession de lui-même. Non ! ce n’est plus le pensionnaire du pavillon 17, le fou de Healthful-House, et je me demande s’il n’est pas radicalement guéri, s’il n’y a plus à redouter que sa raison sombre dans une dernière crise ?…

Thomas Roch vient de poser sur un établi deux étuis de verre, et il en tient un troisième à la main. En l’exposant à la lumière de l’ampoule, il observe la limpidité du liquide que cet étui renferme. J’ai un instant l’envie de me précipiter dans le laboratoire, de saisir ces tubes, de les briser… Mais Thomas Roch n’aurait-il pas le temps d’en fabriquer d’autres ?… Mieux vaut m’en tenir à mon premier projet.

Je pousse la porte, j’entre, et je dis :

« Thomas Roch ?… »

Il ne m’a pas vu, il ne m’a pas entendu.

« Thomas Roch ?… » répétai-je.

Il relève la tête, se retourne, me regarde…

« Ah ! c’est vous, Simon Hart ! » répond-il d’un ton calme, — indifférent même.

Il connaît mon nom. L’ingénieur Serkö a voulu lui apprendre que c’était, non le gardien Gaydon, mais Simon Hart, qui le surveillait à Healthful-House.

« Vous savez ?… dis-je.

— Comme je sais dans quel but vous avez rempli près de moi ces fonctions… Oui ! vous aviez l’espoir de surprendre un secret qu’on n’avait pas voulu m’acheter à son prix ! »

Thomas Roch n’ignore rien, et peut-être est-il préférable que cela soit, eu égard à ce que je veux lui dire.

« Eh bien ! vous n’avez pas réussi, Simon Hart, et, en ce qui concerne ceci, ajoute-t-il, tandis qu’il agite le tube de verre, personne n’a réussi encore… ni ne réussira ! »

Thomas Roch, ainsi que je m’en doutais, n’a donc pas fait connaître la composition de son déflagrateur !…

Après l’avoir regardé bien en face, je réponds :

« Vous savez qui je suis, Thomas Roch… mais savez-vous chez qui vous êtes ici ?…

— Chez moi ! » s’écrie-t-il.

Oui ! c’est ce que Ker Karraje lui a laissé croire !… À Back-Cup, l’inventeur se croit chez lui… Les richesses accumulées dans cette caverne lui appartiennent… Si on vient attaquer Back-Cup, c’est pour lui voler son bien… et il le défendra… et il a le droit de le défendre !

« Thomas Roch, repris-je, écoutez-moi…

— Qu’avez-vous à me dire, Simon Hart ?…

— Cette caverne où nous avons été entraînés tous les deux est occupée par une bande de pirates… »

Thomas Roch ne me laisse pas achever, — je ne sais même s’il m’a compris, — et il s’écrie avec véhémence :

« Je vous répète que les trésors entassés ici sont le prix de mon invention… Ils m’appartiennent… On m’a payé le Fulgurateur Roch ce que j’en demandais… ce qui m’avait été refusé partout ailleurs… même dans mon propre pays… qui est le vôtre… et je ne me laisserai pas dépouiller ! »

Que répondre à ces affirmations insensées ?… Je continue cependant en disant :

« Thomas Roch, avez-vous conservé le souvenir de Healthful-House ?

— Healthful-House… où l’on m’avait séquestré, après avoir donné mission au gardien Gaydon d’épier mes moindres paroles… de me voler mon secret…

— Ce secret, Thomas Roch, je n’ai jamais songé à vous en enlever le bénéfice… Je n’aurais pas accepté une telle mission… Mais vous étiez malade… votre raison était atteinte… et il ne fallait pas qu’une telle invention fût perdue… Oui… si vous me l’aviez livrée dans une de vos crises, vous en eussiez conservé tout le bénéfice et tout l’honneur !

— Vraiment, Simon Hart ! répond dédaigneusement Thomas Roch. Honneur et bénéfice… c’est me dire cela un peu tard !… Vous oubliez que l’on m’avait fait jeter dans un cabanon… sous prétexte de folie… oui ! prétexte, car ma raison ne m’a jamais abandonné, pas même une heure, et vous le voyez bien par tout ce que j’ai fait depuis que je suis libre…

— Libre !… Vous vous croyez libre, Thomas Roch !… Entre les parois de cette caverne, n’êtes-vous pas enfermé plus étroitement que vous ne l’étiez entre les murs de Healthful-House !

— L’homme qui est chez lui, réplique Thomas Roch d’une voix que la colère commence à surélever, sort comme il lui plaît et quand il lui plaît !… Je n’ai qu’un mot à dire pour que toutes les portes s’ouvrent devant moi !… Cette demeure est la mienne !… Le comte d’Artigas m’en a donné la propriété avec tout ce qu’elle contient !… Malheur à ceux qui viendraient l’attaquer !… J’ai là de quoi les anéantir, Simon Hart ! »

Et, en parlant ainsi, l’inventeur agite fébrilement le tube de verre qu’il tient à la main.

Je m’écrie alors :

« Le comte d’Artigas vous a trompé, Thomas Roch, comme il en a trompé tant d’autres !… Sous ce nom se cache l’un des plus redoutables malfaiteurs qui aient désolé les mers du Pacifique et de l’Atlantique !… C’est un bandit chargé de crimes… c’est l’odieux Ker Karraje…

— Ker Karraje ! » répète Thomas Roch.

Et je me demande si ce nom ne lui cause pas une certaine impression, si sa mémoire ne lui rappelle pas ce que fut celui qui le porte… En tout cas, je constate que cette impression s’efface presque aussitôt.

« Je ne connais pas ce Ker Karraje, dit Thomas Roch en tendant le bras vers la porte pour m’enjoindre de sortir. Je ne connais que le comte d’Artigas…

— Thomas Roch, ai-je repris en faisant un dernier effort, le comte d’Artigas et Ker Karraje ne sont qu’un seul et même homme !… Si cet homme vous a acheté votre secret, c’est dans le but d’assurer l’impunité de ses crimes, la facilité d’en commettre de nouveaux. Oui… le chef de ces pirates…

— Les pirates… s’écrie Thomas Roch, dont l’irritation s’accroît à mesure qu’il se sent pressé davantage, les pirates, ce sont ceux qui oseraient me menacer jusque dans cette retraite, qui l’ont essayé avec le Sword, car Serkö m’a tout appris… qui ont voulu me voler chez moi ce qui m’appartient… ce qui n’est que le juste prix de ma découverte…

— Non, Thomas Roch, ce sont ceux qui vous ont emprisonné dans cette caverne de Back-Cup, qui vont employer votre génie à les défendre, et qui se déferont de vous lorsqu’ils auront l’entière possession de vos secrets !… »

Thomas Roch m’interrompt à ces mots… Il ne semble plus rien entendre de ce que je lui dis… C’est sa propre pensée qu’il suit et non la mienne, — cette obsédante pensée de vengeance, habilement exploitée par l’ingénieur Serkö, et dans laquelle s’est concentrée toute sa haine.

« Les bandits, reprend-il, ce sont ces hommes qui m’ont repoussé sans vouloir m’entendre… qui m’ont abreuvé d’injustices… qui m’ont écrasé sous les dédains et les rebuts… qui m’ont chassé de pays en pays, alors que je leur apportais la supériorité, l’invincibilité, la toute-puissance !… »

Oui ! l’éternelle histoire de l’inventeur qu’on ne veut pas écouter, auquel des indifférents ou des envieux refusent les moyens d’expérimenter ses inventions, de les acheter au prix qu’il les estime… Je la connais… et n’ignore rien non plus de tout ce qui s’est écrit d’exagéré à ce sujet…

À vrai dire, ce n’est pas le moment de discuter avec Thomas Roch… Ce que je comprends, c’est que mes arguments n’ont plus prise sur cette âme bouleversée, sur ce cœur dans lequel les déceptions ont attisé tant de haine, sur ce malheureux qui est la dupe de Ker Karraje et de ses complices !… En lui révélant le véritable nom du comte d’Artigas, en lui dénonçant cette bande et son chef, j’espérais l’arracher à leur influence, lui montrer le but criminel vers lequel on le poussait… Je me suis trompé !… Il ne me croit pas !… Et puis, Artigas ou Ker Karraje, qu’importe !… N’est-ce pas lui, Thomas Roch, le maître de Back-Cup ?… N’est-il pas le possesseur de ces richesses que vingt années de meurtres et de rapines y ont entassées ?…

Désarmé devant une telle dégénérescence morale, ne sachant plus à quel endroit toucher cette nature ulcérée, cette âme inconsciente de la responsabilité de ses actes, je recule peu à peu vers la porte du laboratoire… Il ne me reste plus qu’à me retirer… Ce qui doit s’accomplir s’accomplira, puisqu’il n’aura pas été en mon pouvoir d’empêcher l’effroyable dénouement dont nous séparent quelques heures à peine.

D’ailleurs, Thomas Roch ne me voit même pas… Il me paraît avoir oublié que je suis là, comme il a oublié tout ce qui vient de se dire entre nous. Il s’est remis à ses manipulations, sans prendre garde qu’il n’est pas seul…

Il n’y a qu’un moyen pour prévenir l’imminente catastrophe… Me précipiter sur Thomas Roch… le mettre hors d’état de nuire… le frapper… le tuer… Oui ! le tuer !… C’est mon droit… c’est mon devoir…

Je n’ai pas d’armes, mais sur cet établi, j’aperçois des outils… un ciseau, un marteau… Qui me retient de fracasser la tête de l’inventeur ?… Lui mort, je brise ses tubes, et son invention est morte avec lui !… Les navires pourront s’approcher… débarquer leurs hommes sur Back-Cup… démolir l’îlot à coups de canon !… Ker Karraje et ses complices seront détruits jusqu’au dernier… Devant un meurtre qui amènera le châtiment de tant de crimes, puis-je hésiter ?…

Je me dirige vers l’établi… Un ciseau d’acier est là… Ma main va le saisir…

Thomas Roch se retourne.

Il est trop tard pour le frapper… Une lutte s’ensuivrait… La lutte, c’est le bruit… Les cris seraient entendus… Il y a encore quelques pirates de ce côté… J’entends même des pas qui font grincer le sable de la berge… Je n’ai que le temps de m’enfuir, si je ne veux pas être surpris…

Cependant, une dernière fois, je tente d’éveiller chez l’inventeur les sentiments de patriotisme, et je lui dis :

« Thomas Roch, des navires sont en vue… Ils viennent pour détruire ce repaire !… Peut-être l’un d’eux porte-t-il le pavillon de la France ?… »

Thomas Roch me regarde… Il ne savait pas que Back-Cup allait être attaqué, et je viens de le lui apprendre… Les plis de son front se creusent… Son regard s’allume…

« Thomas Roch… oserez-vous tirer sur le pavillon de votre pays… le pavillon tricolore ?… »

Thomas Roch relève la tête, la secoue nerveusement, puis fait un geste de dédain.

« Quoi !… votre patrie ?…

— Je n’ai plus de patrie, Simon Hart ! s’écrie-t-il. L’inventeur rebuté n’a plus de patrie !… Là où il a trouvé asile, là est son pays !… On veut s’emparer de mon bien… je vais me défendre… et malheur… malheur à ceux qui osent m’attaquer !… »

Puis, se précipitant vers la porte du laboratoire, l’ouvrant avec violence :

« Sortez… sortez !… » répète-t-il d’une voix si puissante qu’on doit l’entendre de la berge de Bee-Hive.

Je n’ai pas une seconde à perdre et je m’enfuis.