Et voici l’instant où tu meurs

Œuvres posthumesMesseinPremier volume (p. 155-156).

V


Et voici l’instant où tu meurs.
Nuit suprême en ma nuit extrême,
Deuil de deuils, malheur de malheurs !
Il me semble mourir encor moi-même.

Eh quoi ! l’expansion immense
De cette immense intensité,
Cette santé, cette gaité,
Tout ce triomphe enseveli, démence !

Mais ! le néant c’est bon pour moi,
Pour cet être absurde et fragile
C’est ce qu’il faut, mais quant à toi…
Nous ne sommes pas de la même argile.

Moi je suis la destruction
Dans le silence et les ténèbres,
Toi, monte avec l’assomption
Des femmes que l’amour rendit célèbres.


Car, dans l’ombre où l’on s’en ira,
Ta figure entre toutes celles
Des belles que l’on adora
Passe les amantes et les pucelles.

Et, dernier don à ton féal,
Ma tombe sera renommée
De ce chef divin et royal,
La gloire de l’avoir surtout aimée.