Encyclopédie méthodique - Architecture, T1/A

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ARCHITECTURE.
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A

ABAJOUR, subst. masc. quelques uns écrivent ABBAJOUR, d’autres ABATJOUR : espèce de fenêtre en forme de grand soupirail, dont l’usage est d’éclairer tout étage souterrain, comme cuisines, offices, caves, &c. Elle reçoit le jour, par le moyen de l’embrasement de l’appui qui est en glacis, autant incliné que l’épaisseur du mur peut le permettre.

On appelle aussi Abajour, la fermeture ou glacis d’un vitrail d’église ou de dôme, d’un grand salon ou gallerie, &c. Lors qu’on est obligé de pratiquer à cette croisée, un glacis à la traverse supérieure ou inférieure de son embrasure, pour raccorder la décoration extérieure & intérieure d’un édifice, comme on le remarque aux églises de la Sorbonne & des Invalides.

Le mot Abajour est composé de ces deux mots, abattre, & jour, parce que cette sorte de fenêtre affoiblit, diminue la lumière, en la faisant descendre de haut en bas.

ABAISSER, verb. act. terme de jardinage, c’est couper une branche près du tronc, la ravaler. On abaisse les arbres fruitiers, quand ils sont trop vieux, pour leur faire prendre une figure convenable en les taillant.

ABAQUE, s. m. c’est la partie supérieure, ou le couronnement du chapiteau de la colonne. Ce mot vient du latin Abacus, du grec Aβαξ, & plus loin encore de l’hébreu, qui veut dire Extolli, être élevé, ou du phénicien יא, qui signifie poussière & poudre. Les anciens Mathématiciens se servoient pour dessiner leurs figures, d’une petite table couverte de poussière, sur la quelle ils traçoient leurs plans & leurs lignes, témoin le passage de Perse :

Nec qui abaco numeros & facto in pulvere metas
Scit risisse vafer.

Sat. 1. v. 131.

Toutes ces étymologies prouvent que l’Abaque étoit ou une planche élevée, ou tout au moins une table ; ce qui convient parfaitement à l’usage & à la forme de l’Abaque, ou tailloir des chapiteaux.

L’Abaque fut le chapiteau primitif. Si l’on en recherche l’origine dans la charpente, ce ne fut autre chose qu’un morceau de bois quarré qu’on mit entre la colonne & l’architrave, pour assurer l’une & mieux asseoir l’autre. Il fut d’abord très épais & très saillant, comme nous l’indiquent encore les tailloirs des co-


lonnes doriques Grecques, qui ont conservé fidèlement écrite, l’histoire de leur origine ; dans la suite une partie de l’Abaque taillé en bizeau, servit à faire l’échine ; celle-ci s’arrondit & s’embellit par les recherches de l’Art ; l’Abaque ne fit plus enfin qu’une portion du chapiteau.

Si l’on veut qu’il ait pris naissance dans les constructions en pierre, il ne dut être imaginé, comme dans la charpente, que pour donner aux pierres de l’architrave, une assiette plus solide & plus étendue. Les Egyptiens n’employerent souvent pour tout chapiteau, qu’un simple Abaque. Ses formes varient beaucoup chez eux : le plus souvent il ne consiste qu’en un dé de pierre ; il s’en trouve aussi quelquefois, jusqu’à trois l’un sur l’autre ; on l’y voit presque toujours nud, & par fois orné. Voyez. Archit. Egypt.

L’Abaque est, comme on le voit, une partie des plus importantes à la solidité réelle & apparente de l’Architecture. Et cette invention étant du nombre de celles que la nature, en tous temps & en tous lieux suggère à tous les hommes, on ne doit point s’étonner de voir qu’elle est commune à tous les peuples. Les Chinois cependant, qui le plus souvent usent de colonnes en bois, les employent assez volontiers sans chapiteau & sans Abaque.

On doit s’étonner davantage de quelques exemples modernes, où la supression de l’Abaque se fait remarquer. Une pareille licence dans l’Architecture régulière que nous professons ne sçauroit jamais s’excuser ; cet abus est d’autant plus blamable, que dans les exemples en question, où l’Abaque est supprimé, l’on a conservé l’échine sur laquelle pose l’Architrave. On ne sçauroit douter que la méthode Chinoise ne soit préférable à celle-ci ; & que, si des raisons impérieuses forçoient de supprimer l’Abaque, il ne valût mieux renoncer tout-à-fait au chapiteau.

L’Abaque est devenu, d’après les règles de l’Art, une partie essentielle & constitutive du chapiteau. Ce couronnement a une forme différente, selon les ordres d’Architecture. Au Toscan, au Dorique, à l’Ionique, il est quarré ; au Corinthien & au Composite, il est échancré sur les faces. Dans ces deux derniers ordres, ses angles s’appellent Cornes, le milieu Balai, & la courbure Arc ou Ove. Cette courbure a ordinairement une rose dans le milieu ; dans le Dorique grec ou l’ancien Dorique, l’Abaque a la moitié du chapiteau ; mais, dans le Dorique postérieur, dans le Toscan & dans l’Ionique, les règles ordinaires de l’Architecture lui donnent le tiers de tout le chapiteau. Aux temples de Paescum, à ceux de Syracuse, l’Abaque à plus de saillie au — dessus de l’échine, qu’aux autres temples de la Grece, ce qui donne au chapiteau un caractère imposant, & une grandiositéextraordinaire. Voyez Dorique.

Dans l’ordre Corinthien l’Abaque, ainsi qu’au Composite, est ordinairement la septième partie du chapiteau. Mais il y a beaucoup d’attention à apporter dans les dimensions de l’Abaque Corinthien. Voyez Corinthien.

Suivant les auteurs du dictionnaire de Trévoux d’après Harris, les ouvriers donnent le nom d’Abaque à un ornement gothique avec un filet ou chapelet de la moitié de la largeur de l’ornement ; &, ils nomment ce filet le filet ou le chapelet de l’Abaque. Quelques architectes, au contraire, comme Palladio, entendent, par Abaque, le plinthe qui est autour de l’échine ; d’autres, suivant Scamozzi, appellent Abaque une moulure en creux, qui couronne le piedestal de l’ordre Toscan.

L’Abaque s’appelle encore Trapeze ou Tailloir. Voyez Tailloir.

ABATE (Nicolas), appellé aussi dell’Abbate & Messer Nicolo, né à Modène en 1512. Peintre de l’école de Bologne, & architecte, mort à Paris fort agé, fut un des meilleurs élèves de Bégarelli. Le Primatice ayant vu ses ouvrages, à Bologne & à Modène, l’emmena avec lui en France en 1552, où il étudia la manière de ce grand maître, & peignit d’après lui, à Fontainebleau, les travaux d’Ulisse dans la salle du bal. Sa manière & sa couleur, approchoient de celles de Raphaël. Ces ouvrages lui acquirent l’estime de François I. & de ses successeurs, au service desquels il est resté jusqu’à sa mort.

Ses ouvrages en Architecture sont, le château vieux de Meudon, bâti sur ses desseins pour le cardinal de Lorraine, & le tombeau de François I. à saint-Denys.

ABATON, s. m. latin. Nulli pervius, du grec Aζατος, inaccessus : on appelloit ainsi à Rhodes, un édifice dont l’entrée étoit défendue à toutes sortes de personnes, parce qu’il renfermoit un trophée & deux statues de bronze, que la reine Artemise y avoit fait élever en mémoire de son triomphe, après avoir surpris cette ville. Voyez Vitr. liv. 2. pag. 48.

ABATTRE, verb. act. mettre à bas, détruire, démolir une maison, un mur, un plancher.

ABATTUE. Voyez Retombée.

ABAVENTS, s. m. pl. nom qu’on donne à de petits auvents au dehors des tours d’église & des clochers, dans les tableaux des couvertures. Ils sont faits de chassis de charpente, couverts d’ardoise ou de plomb, & servent à empêcher que le son des cloches ne se dissipe en l’air, de sorte que le son


est renvoyé en bas par réflexion. Les Abavents garantissent aussi le beffroy de charpente, de la pluie qui entreroit par les ouvertures ; il semble même que ce seroit leur principal usage, à en juger par la signification du terme composé des deux mots, abatetre & vent, qui abat le vent, qui rabat la pluie.

ABBAYE, s. f. c’est un bâtiment joint à un couvent, & habité par un abbé ou une abbesse, lequel consiste en plusieurs appartemens également commodes & propres, & qui dans une Abbaye de fondation royale, s’appelle Palais Abbatial, comme l’Abbaye de S. Germain-des-Prés à Paris.

Ce mot vient de l’hébreu Ab père, d’où les Chaldéens & les Syriens ont formé Abba, les Grecs Abbas que les Latins ont retenu, & les François Abbé.

ABBÉE, s. m. (terme d’Architecture Hydraulique) : nom qu’on donne à l’ouverture par laquelle on fait couler l’eau d’un ruisseau ou d’une rivière, pour faire moudre un moulin, & qu’on ferme pour la détourner, quand il n’est plus nécessaire que la roue tourne.

ABOUTIR, verb. act. c’est, selon les Plombiers, revêtir de tables minces de plomb blanchi, une corniche, un ornement ou toute autre saillie de Sculpture ou d’Architecture de bois : ce qui se fait avec des coins & autres outils ; en sorte que le profil se conserve nonobstant l’épaisseur du métal. Quelques uns disent Amboutir.

ABOUTIR, v. act. (terme d’Architecture Hydraulique) raccorder un gros tuyau sur un petit, lors qu’il est de fer, de grès ou de bois, cela se fait par le moyen d’un collet de plomb, qui vient en diminuant du gros au petit. L’opération est plus aisée, si le tuyau est de plomb. On suppose ici que la différence de la grosseur des tuyaux n’est pas considerable ; car autrement, au lieu d’un collet, il faut un tambour de plomb fait en cône, pour aboutir deux tuyaux.

ABREUVER, v. act. (terme de Jardinage) c’est arroser un terrein, par le moyen de l’eau qu’on fait venir d’une rivière, d’une source ou d’un ruisseau, dans une grande rigole, ou canal situé à la partie supérieure des terres, & divisé ensuite par de petits canaux de ramifications, dans toute l’étendue du terrein. Cette pratique ne peut pas avoir toujours lieu. On est quelque fois o bligé de faire un batardeau dans le ruisseau, pour arrêter l’eau & la faire gonfler à l’endroit de la rigole. Le batardeau se construit avec des perches mises de travers, & d’autres qu’on fiche en terre le long des premières & à l’opposite de l’eau. On jette ensuite des gazons contre ces perches, depuis le fond de l’eau jusques à la superficie, qui entassés l’un sur l’autre, afin que l’eau ne passe pas à travers, forment un soli de d’un pied d’épaisseur. Voyez encore Canal d’arrosage.

ABREUVOIR, s. m. c’est un glacis le pius souvent pavé de grès, & bordé de pierres, qui conduit à un bassin ou à une rivière, pour abreuver les chevaux.

ABRIER, v. act. (terme de Jardinage) c’est mettre une couche, une fleur, à l’abri du vent. Pour abrier les fleurs & les fruits, les jardiniers se servent de cloches de verre & de paillassons.

ABUS, s. m. on appelle ainsi en Architecture, des pratiques introduites par le désir d’innover & autorisées par l’habitude, qui tendent le plus souvent à dénaturer les plus solides principes, & à corrompre les meilleures choses, par le mauvais & vicieux emploi qu’on en fait. Les Abusrésultent ordinairement, ou des fausses conséquences qu’on tire des principes les plus vrais en eux mêmes ; ou des analogies forcées, qu’on déduit d’exemples fameux & de licences autorisées ; ou de l’application erronnée de ces règles équivoques, dont le sentiment seul peut être le juge, comme il en fut l’auteur.

Les Abus sont en Architecture, ce que sont les paradoxes en Morale. Il en est que le simple bon sens est capable de renverser ; il en est qui s’appuyant de l’exemple & de l’usage, exigent toute la force du raisonnement pour être combattus ; il en est d’autres qui sçavent prendre, si l’on peut le dire, la raison en défaut, & que le goût perfectionné, & le sentiment du vrai beau peuvent seuls détruire.

Mais il ne faut pas espérer de déraciner tous les Abus de l’Architecture : plusieurs sont identifiés avec les mœurs & les usages des peuples ; d’autres n’ont pris force de loi, que par le laps des siècles & le pouvoir de l’habitude. De même que dans les langues, il se trouve beaucoup de manières de parler, contraires aux règles de la Grammaire, & qu’un long usage à autorisées, au point qu’il n’est pas même permis de les corriger ; &, que d’autres moins généralement reçues, peuvent être rejettées par les écrivains qui sont en possession de fixer les règles du langage ; de même on peut remarquer dans l’Architecture deux sortes d’Abus, par rapport au crédit qu’ils se sont acquis.

Les premiers, non seulement se sont rendus supportables par l’habitude, mais ils sont devenus tellement nécessaires, que nonobstant la raison & les anciennes règles, ils sont parvenus eux mêmes à être des règles d’Architecture. Ces Abus sont le renflement des colonnes, les modillons des frontons perpendiculaires à l’horizon, & non à la ligne de la pente du tympan. On peut encore ajouter la manière reçue, de mettre des modillons aux quatre côtés d’un édifice, & à la corniche qui traverse sous le fronton ; d’en mettre à un premier ordre, au lieu de les réserver pour le dernier d’en haut. Les modillons, en effet, ne devant être qu’aux côtés sur lesquels sont posés les


chevrons & les forces, dont il représentent les extrémités, ne doivent point être à la corniche qui traverse sous le fronton ; mais seulement au fronton ; & n’y ayant rien de plus contraire, à ce que les modillons doivent représenter, que de les mettre aux endroits où il ne peut y avoir ni chevron, ni force, ni pannes.

Les autres Abus n’ont encore d’autorité, qu’autant qu’il en faut pour se faire supporter : on doit les condamner absolument, ou du moins, les éviter pour la plus grande perfection.

Palladio en a fait un chapitre : il les réduit seulement à quatre, sçavoir : d’employer des cartouches à supporter des objets quelconques ; de briser les frontons & les laisser ouverts par le milieu ; d’affecter la grande saillie des corniches ; & de faire des colonnes à bossage. Si Palladio eût écrit de nos jours, son chapitre des Abus, eût probablement été plus long. Perrault l’a augmenté de plusieurs, dont voici les principaux.

Le premier est de faire que des colonnes ou des pilastres se pénétrent & se confondent l’un dans l’autre ; cette pénétration dans les colonnes, est plus rare que dans les pilastres. On en voit un exemple dans la cour du Louvre, où, aux angles rentrant, on a mis deux colonnes au lieu d’une, qui eut pû faire ce que font les deux & même plus naturellement. Cet Abus est plus ordinaire dans les pilastres, la pratique des modernes étant, lors qu’un pilastre fait avant-corps, & en fait faire un pareil à l’entablement & au piedestal, de lui joindre un demi pilastre qui le pénétre, & qui en est pénétré.

Le deuxième Abus est l’accouplement des colonnes, dont l’antiquité ne nous a point transmis d’exemples. Voyez ACCOUPLEMENT.

Le troisième est d’élargir les Métopes dans l’ordre Dorique, pour donner aux entrecolonnemens, les largeurs dont on a besoin. Voyez METOPES & ORDRE DORIQUE.

Le quatrième, est de supprimer dans le chapiteau Ionique moderne, la partie inférieure du tailloir que quelques uns appellent l’écorce, qui est ce qui fait la volute dans le chapiteau Ionique ancien.

Le cinquième Abus, est de faire un grand ordre comprenant plusieurs étages, au lieu de donner un ordre à chaque étage, ainsi que faisoient les anciens ; il y a apparence que cette licence est fondée sur l’imitation des cours des anciens, appellées Cavaedium & principalement de celles qu’ils nommoient Corinthiennes, où l’entablement des bâtimens qui les entouroit, étoit soutenu par des colonnes qui alloient de bas en haut, formoient gallerie tout au tour, & comprenoient dans leur hauteur plusieurs étages. Voyez ORDRE.

Le sixième Abus, consiste à joindre, contre la pratique ordinaire des anciens, la plinthe de la base de la colonne, avec l’extrémité de la corniche du piedestal, en manière de congé ; ce qui supprime en effet cette partie essentielle de la base, & la fait paroître plutôt une partie de la corniche du piédestal, qu’une partie de la base de la colonne.

Le septième Abus est de faire ce qu’on appelle une corniche architravée, en confondant l’architrave & la frise avec la corniche ; cela se fait lors qu’on n’a pas assez de place pour un entablement complet ; l’Abus consiste en ce qu’on veut faire passer pour un ordre, ce qui ne l’est point ; car il vaudroit mieux ne point faire d’ordre, & supprimer les colonnes & les pilastres.

Le huitième Abus est d’interrompre l’entablement d’un ordre, & de faire aller la corniche du fronton, de manière qu’elle monte au-dessus d’une colonne, d’un pilastre, ou d’un pied droit, vis-à-vis duquel l’entablement est interrompu, pour redescendre sur l’autre endroit où l’entablement recommence, sans qu’il y ait d’architrave, de frise ni de corniche qui traverse au-dessous.

Il y a encore d’autres Abus de moindre importance, comme de faire profiler des impostes contre des colonnes ; de faire qu’elles ayent plus de saillie que le pilastre contre lequel elles se profilent, comme à S.— Pierre de Rome ; de faire que la corniche du haut d’un étage, serve d’appui à une terrasse, ou aux fenêtres d’un autre étage qui est au-dessus ; de continuer la plate-bande de l’appui des fenêtres, de manière qu’elle fasse une ceinture au bâtiment ; de recouper les coins des chambranles, & leur faire des espèces d’oreillons ; de mettre aux côtés des portes & des fenêtres, sous les corniches qui les couvrent, des consoles qui ne soutiennent point ces corniches, n’y ayant point de raison de vouloir que ce qui est fait pour soutenir, ne soutienne rien ; de placer des frontons dans le sens opposé à la direction du toit, comme cela se voit dans une infinité d’hôtels à Paris, où le fronton qui n’y est que de pure décoration, contredit toutes les idée de vraisemblance, & choque autant i’œil que la raison ; d’orner extérieurement de plusieurs ordres, qui supposent plusieurs étages, des édifices tels que nos temples qui ne comportent qu’un rez-de-chaussé ; de mettre des balustres qui supposent une terrasse aux couronnemens des édifices, dont le toit est apparent ; de placer des frontons, qui sont l’indication d’un toit, dans les endroits couverts, & dans des intérieurs qu’on ne peut point supposer ouverts ; d’inscrire plusieurs frontons l’un dans l’autre, comme on le voit au pavillon des Caryatides dans la cour du Louvre.

La différence entre les Abus & les vices, consiste en ce que ces derniers dénaturent les parties de l’Architecture, ou dégradent les principes, & que les premiers ne font que les confondre, en méconnoissant leur esprit. Mais les plus grands vices, naissent des plus légers Abus.

ABYDOS, ancienne ville d’Egypte ; elle étoit, selon Pline, au-dessous de Diospolis & de Tentyris, en descendant le Nil vers le Delta, à sept-mille cinq-cents pas de ce fleuve en tirant vers la Lybie ; elle étoit ramarquable par le temple d’Osiris, & le pa-


lais de Memnon. Strabon dit que ce palais étoit merveilleusement bâti ; qu’il y avoit une source dans un lieu profond, où l’on descendoit par un escalier en limaçon, dont les pierres étoient remarquables par leur grandeur & leur arrangement. Paul Lucas y a vu plusieurs belles colonnes dont, la plupart sont encore sur pied, & qui servent d’appui à quelques maisons bâties de terre ; il y a vu à chaque pas des colonnes renversées, avec leurs chapiteaux d’un beau granit, & les restes précieux d’un temple où l’on a pratiqué quelques boutiques d’artisans. La plupart des pierres qui servoient à cet édifice, sont remplies de figures en bas-relief, où l’on distingue encore celles d’Osiris, d’Anubis & des autres divinités de l’Egypte, sans parler d’un grand nombre d’hiéroglyphes.

ACADÉMICIEN, s. m. membre d’une société qui a le nom d’Académie, & pour objet les arts, les sciences ou les belles-lettres, &c. à l’avancement & perfection desquels elle est destinée.

ACADÉMIE, c’étoit à Athênes un jardin, ou une maison située dans le Céramique, un des fauxbourgs de cette ville qui en étoit éloigné d’environ un mille. Les philosophes s’y assembloient. Le nom d’Académie fut donné a cette maison on jardin, à cause d’un certain Académus, citoyen d’Athênes qui en étoit possesseur, & qui en fit présent aux philosophes pour s’y reassembler. Ce mot Académie, se prend ordinairement pour une société de sçavans. Sous une autre acception, c’est un lieu composé de plusieurs salles, où s’assemblent des sçavans, des gens de lettres & d’autres personnes qui font profession d’arts libéraux.

ACADÉMIE ROYALE D’ARCHITECTURE (l’) ; elle fut établie en 1671, par les soins du grand Colbert. D’abord elle étoit composée d’Architectes célebres, d’un professeur, & d’un secrétaire. On devoit toujours choisir ces derniers parmi les Architectes du roi. Pour être académicien, il falloit obtenir des brevets. Louis XV. confirma par lettres-patentes du mois de Février 1717, cette Académie dont il se déclara le protecteur. On lui donna pour lors de nouveaux réglemens, qui portent qu’elle doit recevoir les ordres du roi, par le directeur général des bâtimens ; & qu’elle doit être composée de deux classes de seize académiciens chacune ; dans la première classe sont compris, un professeur & un secrétaire perpetuel : celui-ci est à la nomination du directeur général des bâtimens ; les académiciens de cette classe ne peuvent point faire les fonctions d’entrepreneur ; ceux de la seconde peuvent entreprendre dans les bâtimens du roi seulement. Lors qu’une place est vacante dans la première, l’Académie élit, à la pluralité des voix, trois sujets de la seconde, parmi lesquels le roi en choisit un ; l’Académie élit de même trois sujets pour remplir les places de la seconde classe ; &, le roi en nomme un des trois. Il y a deux classes d’honnoraires associés libres. On compte encore dans cette Académie douze associés correspondants, dont neuf résident dans les pays étrangers, & trois dans le royaume à cinquante lieues au moins de distance de la capitale. Les officiers des bâtimens du roi, sçavoir : les intendants, les contrôleurs-généraux, &c. ont séance aux assemblées de l’Académie, quoiqu’ils ne soient pas Architectes. Le premier Architecte du roi est directeur de l’Académie ; il y a deux professeurs dont l’un enseigne l’Architecture, l’autre la géométrie ou le toisé, la coupe, la méchanique, &c. On distribue tous les ans, à la S.-Louis, deux médailles aux élèves ; la première qui est d’or, donne droit d’être pensionaire à l’Académie de Rome. M. J. F. Blondel connu par son zèle pour les progrès de l’Architecture, avoit obtenu du feû roi, par l’entremise de M. le marquis de Marigni, que, pour avoir droit de concourir aux grands prix, les élèves devoient remporter auparavant, quelques uns des petits prix consistant en médailles d’argent, qu’on distribue tous les mois. L’Académie d’Achitecture tient ses séances tous les lundis, depuis trois heures jusqu’à cinq, au Louvre, dans un sallon de l’appartement de la reine.

ACADÉMIE, c’est encore le nom d’un lieu, composé de logemens, de salles & manège où l’on apprend à monter à cheval, & les autres exercices du corps : Vitruve appelle ce lieu Ephoebeum, du mot Ephaebus, jeune garçon.

ACADÉMIQUE, qui appartient à l’Académie, se dit assez souvent du goût & du style que les étudians contractent dans les écoles, & qu’on a vu bien dés fois s’éloigner des vrais principes de l’art, & de la marche de la nature, Ce goût ou ce style de convention qu’on appelle Académique, pour l’opposer à celui de la nature, est ordinairement le fruit de la routine, de l’exemple, & de l’esprit d’imitation aveugle, qui s’empare des jeunes gens, & qui leur fait préférer les modèles des artistes vivans, à ceux de l’antiquité & des grands maîtres. Il provient de l’habitude de se comparer à tout ce qui nous entoure, de l’émulation même qui ressère souvent l’ambition dans le cercle étroit de la jalousie. Il est aussi l’effet de cet esprit de corps, qui vient à bout de mettre tout au même niveau, & qui préfère, à l’audace du génie, l’indulgence de la médiocrité.

ACANTHE, s. f. ce mot est le nom d’une plante, & par conséquent n’est pas un terme d’Architecture ; mais il appartient à cet Art par l’application qu’on a faite de cette espèce de plante aux ornèmens de l’Architecture, & sur-tout à la décoration du chapiteau Corinthien.

On distingue deux sortes d’Acanthes, l’une sauvage & l’autre cultivée ; la première s’appelle en grec Acantha, qui signifie épine ; on la distingue de l’autre par ses feuilles plus finement découpées, & dont chaque segment se termine par un piquant assez roide & fort aigu : le verd en est aussi plus


obscur ; les sculpteurs gothiques ont copié dans leurs ornemens l’Acanthe épineuse, comme on le voit à plusieurs Eglises.

La seconde espèce est appellée, en latin, Branca Uisina, parce qu’on prétend qu’elle ressemble au pied d’un ours ; ses feuilles sont larges, lisses, découpées assez profondément en plusieurs segmens qui sont encore découpés en de plus petits lobes charnus, d’un verd obscur, luisant en dessus, & plus pâle en dessous. Entre ses feuilles s’élève une tige haute de trois ou quatre pieds, de la grosseur du doigt, garnie, vers sa partie moyenne, de quelques petites feuilles au-dessus, desquelles s’élève un bel épi de fleurs très-piquant. Sur les côtes de Barbarie cette plante sert de haie aux jardins. Cette dernière espèce, bien différente de la première que la culture ne change pas, est celle qui fut appliquée, suivant la tradition des Grecs, par le sculpteur Callimaque (Voyez Callimaque) à la décoration du chapiteau Corinthien, (Voyez Corinthien) auquel on employoit auparavant la feuille de l’olive ou celle du laurier.

Tout le monde connoît l’aventure de la corbeille recouverte d’une tuile placée sur le tombeau d’une jeune fille, & le hazard heureux qui donna lieu à la composition du chapiteau connu sous le nom de Corinthien. On a voulu ranger cette histoire au nombre des fables inventées à plaisir par la vanité Grecque, pour s’approprier des découvertes étrangères. Mais il faut distinguer, dans le chapiteau Corinthien, deux choses fort différentes & très-indépendantes l’une de l’autre : sa forme & sa décoration. Quant à la forme, il est certain que le chapiteau Corinthien existoit long-temps avant Callimaque, & que les Grecs l’empruntèrent de l’Egypte. (Voyez chap. Corinthien) L’idée de sa décoration paroît également imitée des Egyptiens, qui environnoient ce chapiteau de feuilles & de plantes sacrées. (Voyez Arch. Egypt.) Mais rien n’empêche que Callimaque ait du, à la rencontre de la corbeille, l’idée de substituer l’Acanthe aux autres plantes ou feuilles en usage avant lui dans l’Egypte & dans la Grèce ; & que l’arrangement fortuit de cette Acanthe ne lui ait suggéré cet ordre & cette disposition de feuilles dont l’usage semble avoir fait depuis une loi pour ce chapiteau. Cependant la très-grande variété qu’on observe chez les anciens dans la décoration du chapiteau Corinthien, prouve assez que sa forme ou son type fut toujours indépendant de l’ornement accessoir que la religion, l allégorie & le goût des sculpteurs surent y appliquer de tant de manières différentes ; &, par conséquent, Callimaque peut avoir été l’inventeur du chapiteau à feuilles d’Acanthe, sans qu’on puisse, ni qu’on doive lui attribuer, quant à la forme & quant à l’essence, l’invention entière du chapiteau connu sous le nom de Corinthien. Voyez chap. Corinthien.

ACHEMIN, ville de la haute Egypte, située sur une petite hauteur, distante d’un mille à l’orient du Nil. Pockocke croit que c’est l’anciene Panopolis, autrefois fameuse par ses tailleurs de pierre & ses manufactures de toile. (Strab. liv. 17.) On voit encore autour de cette ville moderne les restes de l’ancienne. On trouve au nord quelques ruines d’un ancien temple, dont il reste quatre grosses pierres. L’une d’entr’elles plus remarquable que les autres, a environ 18 pieds de long hors de terre, l’autre extrémité étant sous un édifice moderne, 8 pieds de large & 3 d’épaisseur ; & il y a dessus une inscription grecque dans laquelle il est fait mention de Tibérius— Claudius. Il y a sur un autre côté de la pierre une sculpture extraordinaire, qui feroit croire que ce temple étoit dédié au soleil. Parmi les ornemens, sont quatre cercles, & dans celui qui est plus près du centre, est une figure qui, vraisemblablement, représente le soleil, les espaces compris entre les deux qui suivent, sont divisés en douze parties : dans le premier sont représentés douze oiseaux ; & dans le second douze figures effacées qui sont probablement les signes du zodiaque ; l’espace extérieur qui n’est point divisé, contient douze figures d’hommes ; dans chacun des angles, compris entre le cercle extérieur & les ornemens quarrés qui sont autour, est une figure qui représente une des quatre saisons. A côté est un globe porté par deux aîles. Ces pierres, & quelques autres d’un temple qui est auprès, sont si grosses, qu’on n’a pu les mouvoir de leur place. Les habitants n’employent aucune pierre dans leurs bâtimens, & brisent ces beaux morceaux d’antiquité pour en faire de la chaux, Environ cent verges plus haut, est une autre ruine dont les pierres sont encore plus grosses. L’entrée de ce temple paroît avoir été du côté du midi : il est presque tout bâti de pierre blanche entre-mêlée de cailloux, & ornée d’hiéroglyphes. Une de ces pierres est ornée d’étoiles, & couvroit pobablement une partie de l’édifice. On voit dans une place de la ville & dans une mosquée quantité de colonnes de granit rouge & d’autre de marbre.

ACCOLEMENT, s. m. c’est un espace de terrein entre les bordures d’un pavé & les fossés d’un chemin, ordinairement d’une toise de large & qui est, ou doit être de niveau avec les bordures du pavé pour lui servir d’élargissement.

ACCOLER, v. act. embrasser. On se sert de ce terme en Architecture, pour exprimer l’entrelacement autour d’une colonne, des branches de palmes, de lauriers, de pampres, &c. comme l’on en voit aux colonnes du baldaquin de S.-Pierre, & de quelques autres, composés à son imitation.

ACCORD, s. m. Ce terme particulièrement relatif à la Musique, l’est aussi aux autres Arts par métaphore ; il s’applique à la Peinture, par rapport au mélange des couleurs, à l’effet de la lumière & des ombres. Les Architectes l’employent, soit pour l’art de dessiner & d’ombrer leurs projets, soit plus essentiellement encore, par rapport à la


disposition du plan, à la distribution des ornemens, à l’arrangement des parties, & à l’unité de caractère & de style.

On distingue, dans l’Architecture, deux sortes d’Accord, l’un qu’on peut appeller Accord de composition, & l’autre Accord de goût & de style ; le premier consiste dans cette sage intelligence qui n’admet rien d’inutile ; qui combine le plan avec l’élévation ; qui calcule tous les rapports, & toutes les dimensions ; qui fait quadrer la décoration extérieure avec les formes intérieures ; qui satisfait l’œil par toutes les apparences de la solidité, & l’âme par une correlation de toutes les parties avec l’ensemble. Cet Accord frappe peu les sens au premier coup-d’œil ; mais les jouissances qu’il procure se renouvellent sans cesse ; on ne revoit jamais les édifices où il se trouve, sans qu’on y découvre de nouvelles raisons du plaisir qu’on éprouve ; & ce plaisir, qui résulte de la raison satisfaite, est un des plus grands que l’Architecture puisse procurer ; tel est celui qu’on ressent à la vue des édifices des Grecs, & sur-tout de leurs temples Doriques, les plus beaux modèles qu’on connoisse de cet Accord parfait, qui liant toutes les parties de l’Architecture entr’elles, rend agréable le nécessaire, & nécessaire l’agréable. C’est cet Accord qui préside sur-tout au choix des ornemens ; qui les dispense avec économie, & rejette tous ces détails parasites d’un luxe pauvrement fastueux, dont la fausse variété détruit l’unité, gâte l’ensemble, & rompt l’harmonie des édifices.

Cet Accord, l’un des premiers mérites de l’Architecture, ne se trouve que rarement dans les édifices modernes. Il n’y a point d’Accord dans le plan d’un édifice, dont la forme intérieure est d’une façon & l’extérieure d’une autre. Il n’y a point d’Accord dans l’élévation d’un temple qui présente un grand ordre dans sa décoration extérieure, & un petit dans son intérieur, non plus que dans l’ajustement de plusieurs ordres au frontispice d’un édifice dont le dedans n’en comporte qu’un seul. Il n’y a point d’Accord dans la décoration des Palais dont la façade se trouve ornée de colonnes, qui souvent y sont très-inutiles, & dont toutes les autres parties, & tous les détails offrent par trop de simplicité le contraste choquant de la plus grande richesse & de la plus grande pauvreté. Ce defaut d’Accord est trèsremarquable dans un grand nombre de monumens modernes & des plus importans où les colonnes ne semblent être qu’un hors-d’œuvre placé exprès pour mieux faire sentir la nudité de tout le reste.

Le second Accord, dont nous avons parlé & que nous avons appellé Accord de goût & de style, tient à l’union des Arts entr’eux. Il exige de l’Artiste la connoissance pratique & même l’exercice des autres Arts qui contribuent à l’embélissement de l’Architecture. Il en résulte dans les édifices cette identité de caractère, cette unité de style & de manière qui font qu’un monument semble être l’ouvrage d’un seul homme, & laissent à douter, par l’air de fraternité qui règne entre la décoration & la construction, si le décorateur fut l’Architecte ou l’Architecte le décorateur. Ce mérite se rencontre dans les beaux ouvrages des anciens : comme les Arts étoient alors unis entr’eux ; qu’on n’en possédoit presque jamais un exclusivement aux autres, soit que l’Architecte exécutât toutes les parties d’un monument, soit qu’il en confiât l’exécution à des coopérateurs, c’étoit toujours une intelligence unique qui présidoit à la confection de tout l’ouvrage ; & comme un seul esprit avoit tout dirigé, l’effet en étoit un, & l’impression non divisée.

Mais, depuis que chez les modernes l’esprit de méthode, si funeste aux Arts, a élevé des barrières entr’eux qui les ont isolés ; depuis que les Arts, se faisant des écoles & des règles à part, ont rompu la parenté qui les unissoit jadis, & ne sorment plus, si l’on peut le dire, une espèce de république fédérative, on a vu chaque Artiste concentré dans l’art qu’il professe, ignorer jusqu’aux plus simples élémens des autres Arts. L’Architecture cependant liée à la Peinture & à la Sculpture par une chaîne commune & dépendante d’eux par des rapports particuliers, a plus qu’aucum autre perdu à cet isolement ; de-là le manque d’Accord entre le style de l’Architecte & le style de ceux auxquels il abandonne la décoration comme une chose qui lui est étrangère, & dont il ne se croit pas responsable. De-la ces disparates choquantes, dans presque tous les monumens où les différens Arts qui devroient s’unir & se prêter la main, sont livrés à la discorde & à l’insubordination d’Artistes mercenaires, qui agissent sans concert, & travaillent sans se connoître, Voyez HARMONIE.

ACCORDER, v. act. mettre d’Accord. Ce mot est particulièrement appliqué à la Peinture ; mais il convient aussi à l’Architecture. Comme le Peintre ne met l’Accord à son tableau que lorsqu’il est assez terminé pour qu’il puisse juger, par l’effet du tout ensemble, des fautes locales contre l’harmonie ; de même l’Architecte qui n’a pu prévoir dans son deslein l’effet général des masses & des détails, se trouve obligé d’Accorder son édifice, soit en supprimant des accessoires, soit en donnant, soit en ôtant de la saillie aux parties. Accorder se dit encore losqu’il faut appliquer, par exemple, à une église Gothique, un portail ou des parties de construction d’un goût différent ; on l’employe aussi pour exprimer la jonction d’un vieil ouvrage à un neuf. Voy. RACCORDER.

ACCOUDOIR, s. m. balustrade ou mur à hauteur d’appui, qu’on pratique devant une croisée ou sur l’extrémité d’un mur de terrasse, ou entre les piedestaux ou socles des colonnes. Voyez Allège, Appui.

ACCOUPLEMENT, s. m. on entend par ce terme la manière d’espacer les colonnes le plus près


qu’il est possible, sans que les bases & les chapiteaux s’engagent les uns dans les autres.

Cette manière de disposer les colonnes fut absolument inconnue aux anciens. Du moins on n’en trouve aucun exemple dans les restes nombreux de leurs monumens de tous les âges, & de tous les pays ; ca c’est par erreur que Serlio & ceux qui l’ont répété d’après lui, ont avancé que les colonnes de l’Arc— de-Pôla étoient accouplées. Les voyageurs modernes qui ont mesuré depuis peu les édifices de cette ville, ont tous relevé cette méprise de Serlio ; c’est aussi, par mégarde, qu’on a cru trouver au petit temple de Spoléto, une autorité antique en faveur de l’Accouplement des colonnes. Cet Accouplement, s’il pouvoit en être un, existe ici entre le pilastre qui fait l’angle de la Cella ou mur du Pronaos, & la colonne du péristyle. Mais ce pilastre ne doit être considéré que comme les Antes ; &, quoique cette disposition ne soit pas très-heureuse, on ne peut cependant en rien conclure pour l’Accouplement des colonnes, d’autant que ce pilastre voisin de la colonne n’est pas même isolé.

Les ruines de Palmyre publiées depuis quelques années par MM. Wood & Dauckins, nous ont cependant fait voir des autorités favorables au systême de l’Accouplement des colonnes ; mais, comme leurs plans ne sont point accompagnés de mesures, & qu’on est trop bien fondé, par tous les détails de leur voyage, à se méfier de la fidélité de leurs élévations, nous ne sçaurions admettre comme preuves, des dessins faits à la hâte, & qui manquent de l’authenticité nécessaire à de pareils ouvrages. En attendant la vérification des ruines de Palmyre qui doit bientôt paroître par les soins & sous les auspices de M. de Choiseul-Gouffier, on ne voit pas encore quelle grande & victorieuse induction on pourroit en tirer en faveur de l’Accouplement des colonnes ; le petit nombre de colonnes accouplées qu’on remarque dans les dessins des voyageurs Anglois, se trouve adossé à un mur comme seroient celles de l’avant-corps du milieu du péristyle du Louvre ; mais dans les nombreuses colonades qui sont encore sur pied dans cette ville, on n’en remarque point qui soient accouplées ; elles y sont toutes au contraire disposées & espacées à entre-colonnemens égaux ; ainsi cette autorité, en lui supposant toute sa force, loin d’en être une, loin d’appuyer le systême moderne, ne pourroit tout au plus se considérer que comme une exception unique à la loi générale ; & que deviendra cette exception d’après les considérations particulières qu’il ne faut point perdre de vue ? Pourroiton oublier que l’Architecture de Palmyre est probablement du temps d’Aurélien, c’est-à-dire, d’un siècle postérieur même à la ruine générale & à l’annéantissement des Arts ? Voyez PALMYRE.

Sans doute Perrault n’eut point connoissance des ruines de Palmyre, ou ce ne fut que par les relations imparfaites des voyageurs de son temps. Si son péristyle du Louvre fait croire que le motif lui en fut suggéré par les restes de Palmyre, la manière dont il cherche à justifier l’Accouplement des colonnes, indique assez qu’il ignoroit les autorités qu’on a cru depuis lui, trouver dans les monumens de cette ville. Ou bien, supposeroit-on, que dérobant à la connoissance publique ces ruines antiques dont il pouvoit étayer son sytême, mais qui dans sa colonnade lui eussent enlevé le mérite de l’invention, il aima mieux perdre l’avantage dans sa dispute avec Blondel, que la gloire d’originalité dans son péristyle ? Cependant les voyageurs Anglois justifient Perrault à cet égard, & lui accordent le titre d’inventeur dans la composition du péristyle du Louvre.

Ce monument est, sans doute, l’exemple le plus imposant qu’on puisse citer en faveur de l’Accouplement des colonnes ; la beauté qui y règne & qu’on y admire, quoiqu’elle ne résulte en rien de cet Accouplement, eût cependant été, & seroit encore le meilleur argument qu’on pourroit employer à l’appui de cette nouvelle méthode ; & sans doute, tout vicieux qu’il soit, il vaut mieux que ceux dont Perrault se servoit pour défendre cette moderne innovation. Voici son raisonnement :

<<S’il est permis, dit-il, d’ajouter quelque chose aux inventions des anciens, l’Accouplement des colonnes mérite d’être reçu dans l’Architecture, comme ayant une beauté & une commodité considérable. Pour ce qui est de la beauté, elle est tout à fait selon le goût des anciens, qui aimoient sur-tout les genres d’édifices ou les colonnes étoient serrées, & ils n’y trouvoient rien à redire, que l’incommodité que causoit ce serrement de la manière qu’ils le faisoient. Car cette incommodité les obligea d’élargir les entre-colonnemens du milieu, & fut aussi cause qu’Hermogène inventa le Pseudodiptère pour élargir les aîles ou galeries aux portiques des temples appellés Diptères, parce que les aîles y étoient doubles ayant deux rangs de colonnes, lesquelles avec le mur du temple formoient deux galleries par le dehors. Or ce sçavant Architecte s’avisa d’ôter le rang de colonnes qui étoient au milieu ; & de deux galeries étroites, il en fit une qui avoit la largeur des deux ensemble, & de plus celle d’une colonne. A l’exemple d’Hermogène, les modernes ont introduit cette nouvelle manière de placer les colonnes, & ont trouvé le moyen, en les accouplant, de donner plus de dégagement aux portiques, & plus de grâce aux ordres. Car, mettant les colonnes deux à deux, on peut tenir les entre-colonnemens assez larges pour faire que les portes & les fenêtres qui donnent sur les portiques ne soient pas offusquées comme elles l’étoient chez les anciens, où ces ouvertures avoient plus de largeur que les entre-colonnemens. Cette manière de placer les colonnes peut être considéré comme un sixième genre ajouté aux cinq qui étoient en usage chez les anciens, sçavoir le Pycnostyle, le Systyle, l’Eustyle, le Diastyle & l’Araeostyle ; or on peut


dire que ce sixiéme ajouté est composé des deux genres extrêmes. Sçavoir du Pycnostyle où les colonnes sont très-serrées, & de l’Araeostyle ou elles sont très-écartées>>.

Ce paradoxe, comme on le voit, se refute de luimême : il n’y a aucun rapport entre la suppression du Pseudodiptère, & l’Accouplement des colonnes, puisque, dans le premier cas, la colonne ôtée ne produit, aucun effet ni bon ni mauvais, pour l’œil, & que dans le second, la colonne déplacée gâte la symêtrie & l’ordonnance. A l’égard de cette réunion du Pycnostyle & de l’Araeostyle, c’est-à-dire de l’entre-colonnement serré, & de l’entre-colonnement large, quand il seroit vrai que ces deux dispositions seroient bonnes en elles-mêmes, ce qui n’est pas, puisque l’Araeostyle a toujours été blâmé, même par Vitruve ; qui ne sçait que deux choses bonnes en soi, peuvent devenir vicieuses par leur réunion ; mais voici le plus grand ridicule de ce raisonnement : l’Araeopycnostyle de Perrault, au lieu de réunir, comme il le dit, les deux extrêmes, les outrepasse tous les deux. Loin de rassembler dans sa colonade les deux perfections, celle d’un dégagement heureux dont il n’avoit que faire, puisqu’il n’avoit aucun jour à ménager, & celle qui provient de l’âpreté des entre-colonnemens, il est visible que ces deux mérites qui se détruiroient entr’eux, s’ils y existoient, ne s’y rencontrent même point, & qu’il ne résulte d’un tel Accouplement qu’une disparate très-sensible d’entre-colonnemens trop étroits, & d’autres trop larges.

Ce qu’on dit ici ne tend point à détruire le mérite du péristyle du Louvre : sa beauté très-indépendante de l’Accouplement des colonnes, est d’autant plus réelle que ce défaut n’a pas pu y porter atteinte ; mais, comme il est peu de monumens plus fameux, il seroit à traindre qu’un préjugé aveugle ne vint, comme il n’arrive que trop souvent, à consacrer sans discernement les fautes de ce bel ouvrage, & à se méprendre sur la source des beautés qu’on y admirera toujours. Voyez PÉRISTYLE.

Quoiqu’il en soit, de tous les argumens de Perrault, on voit assez clairement que cet Architecte eut plus en vue dans l’Accouplement des colonnes, la solidité de la construction, que la beauté de la disposition dans son péristyle ; il craignoit extrêmement la poussée des plate-bandes du plafond, & malgré tout le fer qu’il y employa, il sçavoit que vis unita fit fortior. C’est aussi la raison qui dans d’autres monumens, comme à Sainte-Géneviéve, a fait accoupler les colonnes qu’on destine à servir de contre-forts.

Perrault, pour soutenir son systême, invoque à son secours les plus grands Architectes modernes ; obligé d’avouer que les anciens n’en fournissent point d’exemple, il se permet de croire qu’ils l’eussent aimé, s’ils s’en fussent avisés ; il donne à entendre que cette moderne invention a manqué à leur gloire, que, depuis sa découverte, tout le monde y a applaudi ; & qu’elle doit se mettre au nombre de celles que l’usage a consacrées ; il ne se trompoit pas. L’usage, il est vrai, n’accrédita que trop long-temps, ce systême destructeur de l’ordre & de l’harmonie ; mais, comme il n’étoit fondé que sur l’usage & non sur la raison, il a éprouvé l’inconstance de l’esprit qui l’avoit fait naître. S’il trouve aujourd’hui des apologistes parmi un petit nombre de septiques en Architecture, il n’en compte plus parmi ceux qui la professent & qui sont entièrement revenus au systême des anciens.

Est-il croyable que, pendant tant de siècles, cette invention, si toutefois on peut lui donner ce nom, eût échappé au génie des Grecs & des Romains ? Et n’est-il pas visible que ce furent eux au contraire, qui sçurent échapper à cet abus ainsi qu’à bien d’autres qu’on voudroit transformer en découvertes inconnues aux anciens, pour avoir le droit de se passer de leur autorité & d’éluder leur suffrage ? Mais qu’est-il besoin de l’autorité des anciens pour condamner ce que le simple bon sens réprouve ?

De telle manière qu’on envisage la colonné, soit comme soutien, soit comme décoration, l’Accouplement est vicieux. Comme soutien, il est évident qu’on ne réunit deux forces inutiles à côté l’une de l’autre, qu’aux dépens du grand entre-colonnement, dont le grand vuide, privé de support, rend la construction foible dans un point, tandis qu’elle a, dans un autre, plus de force qu’il ne lui faut. L’œil se trouve blessé de ce dérangement de supports, & de ce défaut de solidité aussi réel qu’apparent. Cette dispositionrépugne aux loix de l’équilibre, de la solidité & de l’harmonie. Elle doit déplaire à la vue, comme déplairoit à l’oreille une musique dont les mesures seroient inégalement báttues Comme décoration, la colonne se refuse également à l’Accouplement. Si on ne la considèreque comme ornement & richesse dans l’Architecture, l’Accouplement des colonnes n’est autre chose que la confusion des richesses ; &, puisque les richesses ne valent que par les repos, & qu’ici les seuls repos sont les entre-colonnemens, il est également certain que la colonne se détachant sur une autre colonne n’est qu’une broderie mise sur une autre broderie ; que par conséquent il y a trop de richesse en un endroit, & trop de repos dans un autre. La colonne d’ailleurs perd à cette disposition la plus grande partie de sa beauté celle qui provient de l’isolement, de même qu’elle perd, sous un grand nombre de points-de-vue, une partie de sa forme. Quels aspects désagréables ne résultent point de ces colonnes accouplées qu’on voit se confondre ensemble, & ne présenter à l’œil que des masses lourdes & souvent bizarres ? Ces effets sont bien plus sensibles & plus vicieux dans les colonnes isolées, que dans celles qui sont adossées. Mais les abus s’augmentent & se multiplient bien davantage encore dans l’ordre Dorique, dont la frise régulière ne sçauroit se prêter à toutes les incohérences de cette disposition. Nous ne rapporterons pas ici les régles qu’on s’est efforcé de trouver pour plier l’ordre le plus


simple & le plus naturel aux combinaisons forcées d’un systême essentiellement vicieux.

Que l’on considère enfin quels abus ne sont point nés & ne peuvent point naître encore de ce désordre en Architecture, & combien dans les Arts comme dans la Morale, un premier pas fait vers le vice peut en entraîner d’autres. Si l’on peut accoupler deux colonnes, pourquoi n’en pas groupper quatre ou six à-la-fois ? Pourquoi proscriroit-on ces aggroupemens monstrueux, enfans d’une licence effrénée, qui ne faisant de l’Architecture qu’un jeu de caprice, l’a deshonnorée par toutes sortes de travers & d’indécences puériles ? Pourquoi condamneroit-on ces bizareries incroyables, imaginées par le délire du dernier siècle ; ces rêves d’une imagination romanesque, qui ne trouve plus rien d’impossible que le possible, & de naturel que l’extraordinaire ; ces élévations fantastiques où toutes les idées d’ordre sont renversées ; ces plans déréglés où l’esprit de confusion semble avoir présidé, pour faire voir jusqu’à quel point on pouvoit, en sens inverse, lutter & rivaliser avec la sagesse & la simplicité d’ordonnance des anciens ?

Il n’est point de raison qui puisse justifier l’Accouplement des colonnes ; &, si l’Architecte s’y trouve forcé dans quelques cas, c’est toujours par le vice de son plan, & non par la nature des choses.

ACCOUPLER, v. act. poser des pilastres ou des colonnes le plus près qu’il est possible l’un de l’autre. Voyez Accouplement.

ACROTERES, s. m. ce mot vient du grec αχρωτηριον, qui signifie pointe, extrémité ; il se disoit en général de toute extrémité du corps, comme sont dans les animaux, le nez, les oreilles, les doitgs ; dans les bâtimens, il signifioit les amortissemens des toits, & dans les navires, les éperons qu’on appelle rostre. Dans les édifices, les Acroteres sont particulièrement des piédestaux, souvent sans base & sans corniche, qu’on met au milieu & aux côtés des frontons, & qui sont destinés à porter des figures. Le même mot signifie quelquefois tout simplement, les extrémités ou faîtes des bâtimens. Les Acroteres des corniches rampantes, selon Vitruve, doivent avoir de hauteur, la moitié de celles du haut du fronton.

On donne aussi le nom d’Acroteres, aux petits murs ou dosserets qu’on place à côté des piédestaux, entre le socle & la tablette des balustrades.

ADAPTER, v. act. c’est ajouter après coup, par encastrement ou assemblage, un membre saillant d’Architecture ou de sculpture à quelques corps d’ouvrage, soit de maçonnerie, soit de menuiserie.

ADDITION, s. f. augmentation qu’on fait à un bâtiment, comme on a ajouté les gros pavillons des Tuilleries, par ordre de Louis XIV, au palais que Catherine de Médicis avoit fait construire par Philibert de Lorme.

ADOS, s. m. (terme de Jardinage), élévation de terre en talus le long d’un mur bien exposé, pour y semer pendant l’hiver & le printems, ce qu’on veut avancer plus qu’il ne le feroit en pleine terre ; les rayons du soleil échauffent ces talus, comme s’ils étoient de véritables murailles. On fait aussi des élévations à dos de bahu, dans les terres froides & humides pour en corriger le défaut, & procurer plus de bonté à tout ce qu’elles produisent. Telles sont les terres du Potager de Versailles. Les Ados servent encore pour y planter des faises, sur lesquelles on met des chassis de verre. L’étimologie du mot Ados, n’a pas besoin d’explication : c’est une élévation de terre à dos d’un mur.

ADOSSER, v. act. c’est joindre un appenti ; appuyer une maison contre une autre, ou simplement contre un mur.

ADOUCIR, v. act. c’est l’art de laver un dessin d’Architecture, de manière que les ombres se perdent insensiblement dans le clair, pour éviter la dureté qu’emporteroit avec elle une ombre trop tranchante ; cette règle n’est point cependant générale. Lors qu’il s’agit de corps spheriques & de corps quadrangulaires, on doit la négliger pour les exprimer distinctement ; la plupart des dessinateurs ne font pas cette attention : ils fondent indistinctement leurs ombres. Mais on ne peut les adoucir qu’en supposant que les ombres viennent d’un certain jour, & non pas du soleil ; & alors les ombres ne sont plus décidées ; elles paroissent foibles & incertaines, & ôtent l’effet du dessin.

ADOUCISSEMENT, s. m. c’est la liaison ou le reccordement qui se fait d’un corps avec un autre, par un chanfrein ou un cavet, comme le congé du fût d’une colonne ; ou lors que le plinthe d’une base, est joint à la corniche de son piédestal par un cavet. Ordinairement toutes les plinthes extérieures d’un bâtiment, s’unissent avec le nud des murs par un adoucissement ; quelquefois aussi l’on ne pratique qu’un talus en glacis, pour faire écouler l’eau qui séjourneroit sur la saillie horizontale des plinthes, corniches, impostes, &c.

ADRIA, ville d’Italie dans les états de Venise, la même que l’Atria des anciens, qui donna son nom à la mer Atriatique depuis Adriatique, ainsi qn’a ces portiques appellés atrium chez les Romains. (Voyez ATRIUM). Elle fut dans l’origine une colonie Etrusque ; on n’y voit plus d’autre preuve de son ancienne splendeur, que les restes d’un théâtre, trouvé sous les fondemens d’une église.

ADRIANEUM, tombeau d’Adrien. Voyez TOMBEAU.

ADRIEN (l’empereur) étoit versé en tout genre d’arts & de sciences ; ce n’étoit pas seulement un connoisseur, un amateur, un protecteur ; il étoit artiste, & il fit réellement des statues de marbre & de bronze. Mais Victor en parle en flateur, quand il dit que cet empereur pouvoit être mis à côté de Polycléte & d’Euphranor. L’art cependant qu’il chérit & pratiqua le plus, fut l’Architecture ; il bâtit dans tout l’empire Romain, un nombre prodigieux d’édifices, & en fit graver la liste dans le fameux Panthéon qu’il construisit à Athènes. Il voulut qu’on nommât Adrianée Adrianeum, tous les temples qu’il fit élever lui même à sa propre gloire. Le palais qu’il construisit à Tivoli, étoit un assemblage de tous les monumens rares qu’il avoit vus dans ses voyages, & qu’il fit copier. On en voit encore aujourd’hui les restes, à la Ville qui porte son nom. (Voyez VILLA ADRIENNE). Il ternit la gloire que cet amour des arts devoit lui assurer, par la cruauté qu’il eut de faire mourir l’Architecte Apollodore, pour avoir fait des railleries d’un temple de Vénus, qu’il avoit composé. (Voyez APOLLODORE.)

Un autre Architecte plus courtisan qu’Apollodore (Detrianus), captiva les bonnes graces d’Adrien, & exécuta une infinité d’édifices, d’après les idées bonnes ou mauvaises de son maître. Adrien voyagea beaucoup ; & par-tout, il ordonnoit des constructions. Il fit bâtir non-seulement à Athènes comme Periclés, mais encore dans tous les endroits célèbres de la Grece ; il acheva le temple de Jupiter Olympien à Athènes, qui étoit resté imparfait pendant septcents ans, depuis Pisistrate. Le temple qu’il éleva à Cysique, étoit compté parmi les merveilles du monde. Une certaine grande muraille qui séparoît l’Ecosse de l’Agleterre, & qui avoit vingt-sept lieues de long, fut bâtie par ses ordres, lors qu’il passa dans la Grande-Bretagne. Il répara la ville de Jérusalem, & construisit un temple de Jupiter à la place de l’ancien. Enfin il fit élever tant d’édifices, sur les murailles desquelles il faisoit graver so nom, & sa qualité de restaurateur, qu’on le comparoit à la pariétaire, qui se trouve sur toutes les vieilles murailles.

ADRIENE ville (ou maison de campagne d’Adrien à Tivoli) ; c’étoit un édifice immense, ou plutôt une réunion d’un très grand nombre d’édifices superbes, dans lesquels l’empereur Adrien fit représenter des contrées entieres, avec leurs plus célébres monumens, jusqu’aux lieux fortunés connus sous le nom de champs — élisées. Il orna cette maison vraiment impériale, de tous les ouvrages de l’art qu’il avoit rassemblés dans les pays où il avoit voyagé. La circonférence des ruines de ce bâtiment, selon Winckelmann, étoit de plus de dix milles d’Italie. Mais ce qu’on peut en examiner actuellement, n’a pas le quart de cette étendue. On peut avoir une idée de l’immensité de cette maison, & des ses dépendances, en voyant le plan & la description qu’en ont donnés Pirro Ligoris, le P. Kircher, & un Architecte nommé François Contini ; néammoins tout ce qui a été fait jusqu’à présent sur cet objet, laisse beaucoup à désirer ; nous-nous contenterons de rapporter ice le détail des diverses parties subsistantes, extrait des auteurs les plus accrédités.

On reconnoît aux extrémités de ces ruines, deux théâtres en demi-cercle, dont l’un avoit trente-quatre toises de diamétre, & l’autre vingt-quatre. Dans un de ces théâtres on apperçoit encore le portique extérieur, les salles qui servoient aux acteurs, les six escaliers par lesquels on montoit au théâtre, la porte de la scène, les portiques latéraux du proscenium, ou de l’avant-scène, l’orchestre, &c. Ce théâtre a été dessiné par Pannini, & est gravé en trois feuilles. On y a trouvé les fragmens de 48 statues dont il étoit décoré.

La palestre qui est près de-là, formoit une grande cour de 117 toises de long, sur 54 de large, autour de laquelle, suivant les débris qui en restent, il y avoit des portiques en arcades. Dans le fond est une grande niche, où l’on croit que l’empereur se plaçoit, pour faire la revue de ses troupes.

Un peu plus loin, est un autre édifice qui reste presqu’en son entier, & qui paroit avoir servi de bain. Toutes les pièces en sont fort petites, & presque toutes éclairées par en haut. Les formes de ces pièces sont toutes différentes les unes des autres, & il y en a quelques-unes qui sont assez singulières.

On reconnoit aussi un emplacement rond de 22 toises de diamétre, qui paroit avoir été une ménagerie, ensuite une naumachie de 85 toises de longeur, qui se remplissoit avec les eaux de l’Anio ; elle se terminoit à un temple. Winckelmann prétend que ce grand étang, qui servoit de naumachie, étoit revêtu de marbre jaune antique.

Une cour carrée de 30 toises en tout sens, ornée de colonnades & de portiques. Un pan de mur de 180 toises de long, percé d’arcades, à l’extrémité duquel est une petite rotonde de 9 toises de diamétre, dont la circonférence est formée par trois arcs concaves, & trois arcs convexes, placés alternativement.

Un autre édifice peu endommagé, dont plusieurs pièces sont belles, grandes bien proportionnées ; & dont les formes sont sagement variées. D’un côté sont plusieurs petites pièces qui servoient probablement, pour la commodité de la distribution ; & de l’autre les pièces de parades. On remarque sur-tout les débris d’un grand édifice, appellé Canope. Il est situé sur une colline, & forme un vaste bassin, qu’on prétend avoir été une naumachie. Au fond, on trouve une très grande niche. Tout le devant de cet édifice est tombé, à moinsqu’on ne le suppose avoir été un temple demi-circulaire, ou en forme de coquille, c’éroit le temple de Neptune que les Egyptiens ré-véroient sous le nom de Canope, & qui donna son nom à cette partie de la ville Adriene. On y a trouvé le cheval marin consacré à Neptune, Isis, Osiris, Orus, l’oiseau Ibis & d’autres hiéroglyphes qui font voir que c’étoit là le Canope. Le P. Kircher y observa des escaliers à vis, par lesquels on montoit


& l’on descendoit par deux routes différentes. Dans le fond est une espèce de grande niche, qui renferme d’autres petites niches quarrées & rondes, ayant sur le derrière des chambres voutées, & sur le devant, des dégrés l’un desquels est revêtu de marbre blanc. Dans le fond de ces niches il reste des ornemens faits avec des pétrifications. Par ce qui subsiste de cet édifice, on juge que c’étoit une grotte ornée de cascades qui étoient dans les niches quarrées dont on a parlé ci-dessus. La lumière y est répartie de façon à faire beaucoup d’effet ; &, cette partie avec la naumachie qui étoit devant, devoit former un bel ensemble.

Dans l’emplacement où est la Roccabruna, maison qui appartenoit aux Jésuites, on croit qu’étoient les endroits appellés les champs-élisées, & le royaume de Pluton ; on y avoit pratiqué des canaux pour représenter le Léthé, le Cocyte, & le Phlégéton ; des sculptures y représentoient les supplices d’Ixion, de Prométhée, &c. Dans d’autres endroits, on apperçoit encore quelques salles presqu’entières, une sur-tout qu’on appelle stauza d’Adriano, des restes de grands escaliers, des cours, des colonnades, des temples, des aquéducs. On distingue une grande place de 59 toises de long sur 42 de large, qui suivant Ligorio, étoit un hippodrome.

Du côté du nord, on trouve une autre place qui a 125 toises de long sur 56 de large, un portique circulaire avec des colonnes de 14 pieds, auquel est joint un temple quadrangulaire, qui a 53 pieds sur 44, avec son hémicycle ou tribune circulaire, qui a 36 pieds de large & sept niches carrées. Mais un des plus renommés de ces édifices, & celui peut-être qui mérite le plus d’ètre vu, selon Winckelmann, est celui qu’on nomme les cent chambres destinées pour la garde impériale ; elles n’avoient de communication l’une avec l’autre, que par une gallerie extérieure de bois, qu’on pouvoit fermer & faire occuper par une sentinelle. Il y a un bâtiment rond, où il est à croire que se tenoit le corps-de-garde, à chaque rang de vo ûte étoient deux guérites élevées sur un plancher assis sur des pierres saillantes ; dans l’une on a trouvé le nom abrégé d’un soldat, écrit en noir comme avec le doigt.

Spartien nous apprend qu’Adrien avoit rassemblé ou du moins imité dans ce palais, tout ce que l’antiquité avoit eu de plus célèbre. Le Lycée, l’Académie, le Pritanée, le Portique, le temple de Thessalie, le Poecile d’Athènes, &c. Ce Poecile étoit un double portique d’une très grande longueur, avec un mur très élevé dans le milieu, qui garantissoit du soleil à toute heure du jour ; ce mur existe encore presque tout entier, & se dirige d’occident en orient : il avoit 800 pieds de long, & étoit orné de portiques en colonnes, & de peintures comme le Poecile d’Athènes.

La bibliothèque étoit près du Poecile : il en reste un mur fort élevé avec 25 niches pour des statues. Enfin l’empereut avoit fait transporter d’Asie, d’ Afrique le & de la Grece, toutes les raretés qui pouvoient orner ses édifices ; aussi la ville Adriene a t’elle été, & ne cesse t’elle point d’être une mine inépuisable, où les cabinets de Rome trouvent perpétuellement de quoi s’enrichir. Il est are qu’on y fasse des fouilles infructueuses ; & la dernière a embelli le Musœum du Vatican, de la belle collection des Muses qu’on y admire.

Cet immense édifice ne dura pas long-tems ; il y avoit à peine quatre-vingts ans qu’il étoit achevé, lors que Caracalla en tira plusieurs statues ; les autres empereurs imitèrent son exemple, & il fut bientôt abandonné.

Voyez les figures 209, 210 & 211.

ADYTUM étoit un endroit secret & obscur des temples dans lequel les prêtres seuls pouvoient entrer ; c’est de-là qu’on entendoit sortir les Oracles, Sénèque dans sa tragédie de Thyeste. (4. 1. 679.)

Hinc orantibus

Responsa dantur certa, cum ingenti sono

Laxantur Adyro fana.

Cette partie des temples des Grecs, répondoit au Secos des temples Egyptiens, dont Strabon nous a donné la description, & où il n’entroit même point de figure humaine ; mais qui étoit rempli de figures simboliques d’animaux, ce que Lucien nous apprend aussi lors qu’il dit : semblable à ces temples de l’Egypte qui sont si précieux au dehors, & qui dedans ne renferment que des monstres.

Le seul Adytum bien conservé & bien entier qui soit resté des anciens, se voit au petit temple de Pompeii ; c’est dans son intérieur que fut trouvée la Diane de travail Etrusque, que l’on conserve au cabinet de Portici. Cet Adytum étoit élevé de quelques marches au-dessus du niveau de temple, & étoit privé de lumière.

ÆDES, pris pour Maison. Voyez MAISON.

ÆDES, pris pour Temple. Voyez ce mot.

ÆDES. Les Romains distinguoient des temples proprement dits, les endroits consacrés aux Dieux, tels qu’Ædes delubra fana saclla. (Voyez ces mots). AEdes différoit du temple, selon Varron, en ce que le second étoit inauguré après sa consécration, & que la première avoit étéseulement consacrée. On comptoit un grand nombre d’Ædes répandues dans les différens quartiers ou régions de Rome. Une inscription placée à l’entrée de ces bâtimens sacrées, apprenoient qu’ils n’aviont pas été sanctifiés par les augures. Cette distinction entre ædes & templum, établie par les premiers Romains, se perdit dans la suite, & on les confondit souvent ensemble. Il seroit même difficile d’après les restes antiques, de leur assigner une différence de forme précise. Voyez leDictionnaire d’Antiquités.

ÆDICULA. Ce mot à eu chez les Romains différentes acceptions tantôr il exprimoit une maison


basse & petite, aedes parva, tantôt un bâtiment consacré à quelque divinité, mais un bâtiment si étroit qu’il n’étoit qu’un diminutif de l’Ædes. On entendoit aussi par ædicula, une niche ou armoire pratiquée dans le mur pour renfermer quelque statue, & celles des Dieux Lares ou Penates en particulier. Quelquefois enfin, ce mot exprimoit des représentations de temples qu’on offroit, & qu’on suspendoit comme des ex voto dans les temples des Dieux, & sur-tout dans celui de Diane d’Ephèse.

Rien ne donne mieux une idée de l’aedicula, considérée comme un diminutif de temple, que le petit édifice circulaire du Bramante, qu’on voit à Rome dans une cour du couvent de S. Pietro in Montorio, ou le petit monument compris dans l’enceinte du temple de Pompeii, & vers l’angle sur la gauche en entrant. Telles devoient être les aedicula de Jupiter, de Junon, & de Minerve an Capitole, élevés par Tarquin, & qui furent depuis, renfermés dans l’enceinte du grand temple, c’est-à-dire dans une des cours environantes. Il y avoit un grand nombre d’aedicula à Rome ; (Voyezle DICT. D’ANTIQ.) mais les antiquaires se sont aussi bien souvent mépris dans le choix des petits monumens antiques parvenus jusqu’à nous, auxquels ils ont donné le nom d’aedicula ; ce ne sont pour la plus grande partie, que des tombeaux dont a méconnu le caractère ; telle est la prétendue aedicula Rediculi, qui n’est qu’un tombeau des bas-siècles, ce qu’indiquent assez sa disposition intérieure, & les petites niches destinées à recevoir les urnes.

ÆGESTE, ville antique de Sicile, où il reste un temple d’ordre Dorique Grec bien conservé. Voyez SEGESTE.

AERÉ, adj. qui est explosé à l’air, soit sur une montagne, soit dans une plaine.

ÆTHERIUS, cet Architecte vivoit au commencement du sixième siècle, sous le règne d’Anastase I., empereur d’Orient ; son mérite lui procura l’entrée au conseil de ce prince, & il y occupa même une des premières places. Il bâtit dans le grand palais de Constantinople un édifice nommé Chalcis, & l’on croit que ce fut aussi lui qui construisit cette forte muraille depuis la mer jusqu’à Sélymbrie, pour empêcher les courses des Bulgares & des Scythes.

AFFAISSÉ, adj. qui a descendu ou panché. Un bâtiment s’affaisse par son propre poids, lors qu’il est mal construit, soit sur un mauvais fond, soit que les joints en mortier ou plâtre soient trop forts ; &, de-là s’en suivent les fractures des voûtes, & l’irrégularité du niveau des planchers. En conséquence dans les grands édifices, il convient de laisser les fondemens s’affaisser, & les mortiers prendre corps, avant de les élever hors de terre. Les ouvrages de terrasse, tels que ceux de fortfications, & les chaussées de chemins faites de terre rapportée s’affaissent beaucoup. Les planchers faits de solives trop foibles, relativement à leur longueur, ou dont le bois n’est pas assez sec avant d’être employé, sont sujets à s’affaisser dans le milieu.

AFFAISSEMENT, s. m. l’action par laquelle un édifice descend, ou vient à pancher.

AFFERMIR, v. act. rendre stable, inébranlable ; fortifier un terrein pour des fondemens, soit par des pilotis, soit par des arcs renversés entre les piliers.

AFFILER, v. act. (terme de Jardinage.) c’est planter à la ligne. Voyez ALIGNER.

AFFLEURER, v. act. c’est réduire deux corps saillans l’un sur l’autre à une même saillie ou surface, comme une porte en feuillure, le parement d’un mur, &c. Désafleurer est le contraire ; une porte, une croisée désafleurent le nud d’un mur, lorsque l’une des deux relève de quelques lignes.

AFFOIBLIR, v. act. ôter de la force d’un mur en diminuant son épaisseur, ou en supprimant des contreforts, avec lesquels il étoit lié de distance en distance.

AGAMEDES & TROPHONIUS. (Achitectes Grecs) Ils vivoient 1400 ans avant J. C. Ce sont les premiers Architectes dont l’Histoire fasse mention. Ils étoient, à ce qu’on dit, fils d’Arginus roi de Thébes en Béotie ; ou du moins, s’ils n’étoient pas unis par les liens du sang, ils vécurent dans la plus étroite amitié. L’édifice le plus considérable qu’ils sirent bâtir fut le fameux temple d’Apollon à Delphes ; mais, à peine l’eurent-ils achevé, dit Cicéron, qu’ayant prié le Dieu de leur accorder pour récompense les choses qui pouvoient être les plus utiles à l’homme, ils furent trouvés morts trois jours après. Selon Pausanias, au contraire, ils bâtirent encore d’autres édifices, & sur-tout un à Lébadia aujourd’hui Lévadie, ville de la Béotie, lequel étoit destiné à renfermer les trésors du roi Hiérius. Instruits de cette destination, les deux Architectes employèrent dans le bâtiment certains morceaux de marbre qu’on pouvoit ôter & remettre à son gré. Par cet artifice, il leur étoit aisé de pénétrer dans les salles où se trouvoient les trésors, & d’en enlever ce qu’ils vouloient. Hiérius surpris de les voir diminuer, malgré les bonnes précautions qu’il avoit prises, tendit des piéges pout découvrir les voleurs. Agamédes y fût pris ; & Trophonius ayant vainement tâché de le débarrasser, lui coupa la tête pour lui éviter un supplice honteux, & pour n’être pas découvert lui-même ; mais la terre s’étant aussitôt ouverte sous ses pieds, il fut englouti tout vivant. Il se forma, dans cet endroit, une Caverne où l’on crut que Trophonius rendoit les oracles qui attiroient beaucoup de monde. On compte une pareille fable de Rampsinitus, roi d’Egypte.

AGAPENOR (Architecte Grec). Il avoit bâti le célèbre temple de Vénus à Paphos. On en voit le frontispice sur plusieurs médailles qui indiquent une forme particulière. On y remarque devant le frontispice une petite place en demi-cercle, qui repré-


sente probablement l’Area dont parle Pline, dans laquelle il ne pleuvoit jamais.

AGAPITUS. Cet Architecte Grec fit élever chez les Eléens, un portique qui portoit son nom, comme cela se pratiquoit souvent chez les anciens. C’est tout ce qu’on sçait de lui.

AGATE. s. f. C’est le nom d’une pierre précieuse, transparente & dure, dont on distingue quatre sortes principales l’Onix ou Agate Orientale, la Cornaline, la Noire & l’Agate d’Allemagne. La première est tanée avec quelques veines blanches ; la deuxième est rougeâtre ; la troisième est une espèce de jais ; & la dernière qui est la plus tendre & la moins estimée, est blanche & bleuâtre. Pline veut que cette pierre ait été trouvée en Sicile, le long du fleuve Achates, aujourd’hui Canthéra, d’où elle tira son nom.

Cette pierre ne s’emploie, en Architecture, que pour orner les Tabernacles & Cabinets de pièces de rapport & de marquéterie. En Italie, & particulièrement à Florence, elle entre dans la composition des revêtissemens de Mosaïque qui se font en pierres dures. La coupole de Saint-Laurent, autrement dit le tombeau des Médicis, qu’on admire dans cette dernière ville, offre une étonnante profusion de pierres précieuses ; & l’on distingue beaucoup de belles Agates dans ce riche revêtissement qui n’est pas encore terminé.

Il paroit que, dans les pavés de Mosaïque, les anciens employoient les pierres dures & l’Agate entr’autres, comme nous l’indique Lucain en décrivant le luxe de Cléopatre : totâque effusus in aulá calcabatur Onix.

AGESISTRATE. (Ingénieur & Méchanicien de l’antiquité) Il a écrit sur la construction des machines.

AGRAFFE, s. f. nom qu’on donne à tour ornement de Sculpture qui semble unir plusieurs membres d’Architecture les uns avec les autres. C’est la définition particulière du mot Agraffe : car en général on entend, par ce terme, la décoration dont on embellit le parement extérieur de la clef d’une croisée ou d’une arcade. Une attention qu’on ne sçauroit trop avoir, est de bien prononcer les Agraffes, c’est-à-dire de les former de façon qu’elles unissent, lient, Agraffent, en un mot, l’archivolte, le chambranle ou bandeau avec le claveau, sommier, plinthe ou corniche de dessus.

Les modernes, comme l’avoue M. Blondel, ont pris sur cet objet des licences impardonnables, en plaçant des ornemens chimériques en toutes sortes de formes variées, très-opposées à ce que demande la clef d’une arcade dont l’emploi doit être d’annoncer la solidité que cette même clef donne à tous les voussoirs qu’elle tient on équilibre. Les ornemens en pierre, continue le même auteur, doivent être en général d’une composition grave ; la beauté des formes doit en faire tous les frais, & sur-tout dans ce genre-ci. Sa forme doit indiquer son nom.

De toutes les Agraffes, celles qui sont en console sont les plus propres à remplir cette condition qui est de bien embrasser toutes les parties qu’elles doivent paroître Agraffez ; c’est peut-être aussi de cette forme que cet ornement d’Architecture aura tiré son nom ; ainsi, sous ce point de vue, l’Agraffe rentre dans la classe des clefs, (voyez ce mot.) ou des consoles. Voy. CONSOLE. Les exemples modernes qu’on pourroit citer de cetre espèce d’ornemens à Paris, sont tous si bizarres, si ridicules & si défectueux, que nous-nous dispenserons de faire sortir tous ces produits fantastiques de l’oubli auquel les a condamnés l’esprit de modes qui les avoit enfantés. Nous ne citerons pas même les modèles de Blondel en ce genre. Mais les quatre observations qu’il fait relativement à ces compositions, peuvent être utiles : il recommande 1º de ne point faire les Agraffes inclinées ; 2º d’éviter de les faire trop matérielles ; 3º de leur donner une saillie convenable qui ne péche ni par excès ni par défaut, deux inconvéniens soumis à l’examen & au jugement du goût ; 4º de les faire simples ou riches en raison de la magnificence des façades où elles sont employées.

C’est dans les consoles antiques qu’il faut puiser le bon goût qu’exige ce genre de décoration, La console ou clef de l’arc de Titus, celle qu’on voit au Capitole dans la Cour des conservateurs ; celle de l’arc de Pola, sont des chefs-d’œuvre de forme, de richesse, de bon goût & d’exécution qu’on ne sçauroit trop consulter. Les Anciens sculptoient souvent des figures entières, ou des masques sur ces clefs. Voyez CLEF.

AGRAFFE. (terme de Jardinage.) C’est un ornement qui sert à lier deux figures dans un parterre, un nœud qu’on colle à la plate-bande, pour n’en faire paroître que la moitié qui se lie, & former un tout avec le reste de la broderie.

AGRANDIR, v. act. donner plus d’étendue à un Palais, à un Jardin.

AGRIGENTE, appellée aujourd’hui Girgenti, fut une des plus célébres villes de l’antiquité pour l’Architecture. On disoit de ses habitans qu’ils se livroient au plaisir comme n’ayant qu’un jour à vivre, & qu’ils bâtisloient comme ne devant jamais mourir. Agrigentini ita deliciis indulgent ac si postridiè morituri, domos vero aedificant quasi perpetuò victuri. Cette ville antique est de celles, dont les restes nous sont parvenus, une des plus considérables, & des plus importantes par ses ruines & les débris précieux de ses monumens, dont quelques-uns sont encore presqu’entiers ; nous allons en faire le détail.

Le plus considérable de ses temples, & un des premiers de la Grece pour la grandeur, étoit celui de Jupiter qu’on apelle aujourd’hui temple des Géants ; Il doit cette dénomination populaire soit aux blocs


gigantesques qui formoient sa construction, soit au bas-reliefd’un de ses frontons qui représentoit la chute des Géants. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un amas confus de pierres énormes, & dont la majeure partie a été employée à la construction du nouveau mole Girgenti. Ce temple, selon Diodore de Sicile, avoit 340 pieds de long, 60 de large, & 120 de haut jusqu’à la naissance de la voûte. M. de Saint-Non observe qu’il y aura eu une erreur de copiste à l’égard des 60 pieds de large, & qu’on aura oublié le nombre cent auparavant : cette correction est plus que probable d’après la connoissance des autres temples Grecs & le parallèle de leurs proportions : ce temple auroit eu en longueur près de cinq fois sa largeur, ce qui est entièrement contraire aux usages de l’antiquité, & aux mesures connues de tous les temples. Ses colonnes, continue Diodore, avoient 20 pieds de circonférence ; &, comme elles étoient cannelées, un homme, dit-il, pouvoit se cacher dans une de ses cannelures.

Un seul chapiteau échappé à la destruction totale nous a permis de faire cette vérification ; & nous avons trouvé le récit de l’historien antique conforme à la vérité : nous avons reconnu qu’une de ces cannelures avoit, prise auprès du chapiteau, 19 pouces 3 lignes de large. M. de Saint-Non n’y compte que 18 pouces, petite différence qui peut résulter de la variété des cannelures.

Le temple d’Hercule ne le cédoit pas beaucoup en grandeur à celui de Jupiter : il n’en subsiste en pied que quelques assises de deux colonnes, une partie de mur intérieur, & quelques fragmens de soubassement. Le tout ne présente aujourd’hui qu’une montagne de blocs de pierres culbutées & amoncelées d’une manière effrayante.

Le temple de Junon-Lucine ou Lacinie, situé à l’angle oriental de la partie méridionale de la ville, devoit être un des plus beaux d’Agrigente, quoiqu’il ne fût pas des plus grands : il a 118 pieds de long sur 51 de large ; au commencement de ce siècle, il existoit presqu’en entier ; mais diverses secousses de tremblemens de terre, & les ouragans qui sont violens dans ce pays ont successivement abatu plus de la moitié de ses colonnes. En 1779, il restoit encore, sur pied, une quinzaine de colonnes. Ce temple se restaureroit aisément parce qu’on n’a point enlevé ses matériaux, & qu’on trouveroit facilement à remettre en leurs places les mêmes pierres. Il est élevé sur un grand Stylobate ou socle de dix pieds de hauteur qui sert de base à tout l’édifice, & présente une plate-forme au couchant & à l’orient du temple ; c’est de ce dernier côté qu’étoit l’entrée : on montoit à cette plate-forme par deux escaliers latéraux de six marches qui coupoient par moitié trois gradins formant l’élévation totale du Stylobate. Sur ce soubassement sont les quatre gradins sur lesquels posent les colonnes d’ordre Dorique sans base & cannelées formant un carré long, de treize colonnes de profondeur, sur six de face. On trouve dans le Stylobate Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/29 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/30 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/31 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/32 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/33 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/34 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/35 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/36 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/37 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/38 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/39 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/40 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/41 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/42 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/43 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/44 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/45 Page:Encyclopédie méthodique - 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Pierre du Vatican. Ceft pourquoi il co« !ji- ` pw le»vagabond»« : peos &» aveu d’y travailler fous peinede bantùiTeincnt. ATTENTE, t*V*t Pu*m h Taili d’At-T 1NTS.)

ATTICURGE adj. m. Ce mot ſignifie ouvrage Athénien. On s’en ſert pour déſigner une certaine eſpèce de colonnes quartées. (Voyez Attique.) On l’applique auſſi à une ſorte de baſe, & à une forme de porte.

Pour faire la baſe atticurge, dit Vitruve, il faut la diviſer ainſi : on prendra la troiſième partie du diamètre de la colonne qui ſera pour le haut de la baſe, le reſte demeurant pour la plinthe. Ce haut de la baſe ſera diviſé en quatre, dont la partie ſupérieure ſera pour le tore ſupérieur ; les trois qui reſtent ſeront diviſées en deux : la moitié inférieure ſera pour le tore d’en bas, l’autre pour la ſcotie, y comprenant les deux petites quartés.

La base atticurge qui eſt ici décrite, eſt celle dont on ſe ſert quand on en met à l’ordre Dorique.

La porte atticurge eſt, ſelon Vitruve, celle dont le ſeuil eſt plus long que le linteau, & dont les piédroits ne ſont pas parallèles. De cette manière eſt conſtruite la porte du temple de Veſta, ou de la Sibille, à Tivoli près de Rome.

ATTIQUE f. m. P«h ’ordre«rarcnfaedttredom en fe fen ordtnaircraent pour eooroonef un grand ordre. On Tcmploye i la décorationde* ètagw peu llevés qui terminentla partie ftipériettred’nne wçade. Cet étwe«’appelle attuptt parce<uk Ctproportion unité des bâàmens pranquét a Athene* qui rtoiect tenat d’une batireur mMiocrt tt fitr lefoucis il ne paroidôn point de coït Le mot a/ftfcKt’cmployc donc en deux {êns ou par rapportà l’ordre, «i p« rapport à Téugc auquel oa pet» adapter cet ordre. L’ordre oitifjtt. û l’on en croit Pline, raroù fait ua ordre à par ?différer» da antres M fe* colonnes ètotent onarrées.Aptes avoir parlé des autre» oriret contras il dit Prttw h*s fioa en* vûesntttr attisa totumn* qiuu.mU angttûs pari Lurun tnur^rnih. Vimnre fcnble infirmer la rocoKdure a l’endroit ou il établit let mefuiesde la porte Ameutei mais d en parle û obfcurt’raeiit & Gluccinaeoiew qu’on re ûuroh d’aptescela «a <*cviaerni roroonoaoceni les ornemens. Koat ne aooroo» <Uas te» telle* de rantuuitc’ aucun eiemplcde cet coIpopu^{ttarrûs fi Ton en excepte cepeodant celles qui (ont au autfaum de rtorence, tt dont les tpuxn races font ««vertes de tzopbèet. Mais elles pazvôilèat avoir fervià bdêcoraooa plutôt ou’à la ooafintâtoni & fonne Ikuratt «s dm tacaae »»" pont lotit* en avelbacu rwuïoevoyooïcbei let anciens,l’ordre attirât tmploye qa’en pilaftrei.Il fe trouve airû appliqué aux nvaJlifjqui ferventde couronnement aux arcs de triomphe. Leurs chapiteauxoc coniîfteœ qtte dam le»moulure

  • de la cornichequi profilent fur eux en faillie.

D’où il rrfulteroit que cette efpcce d’ordre t c’auroit eu dam I*anricioe aucun caraâère à lui propre Se fpccial & qu’il autoit cntpnmté toirjoan celui de» ordre» avec lefqucliil fe ierost trouvé placé. Par la manière dont il fc trouveemployé il paroirroicn’ votr été regarde que comme un aicetfoire allez indifférent 9coui ne drroir jamais Ce concilier uue attention particulière. Lesœodcrnei ont enerebi à fixer le genre & tes proportions de cet ordre i maisde tu» Xetmefforts a cet égard il n’eu refaite qu’une plus erandr inerrrâude fur (à nature (on emploi & fou caraârre. Oa n’a pu s’accotdermême à détenauwr la proportion relativement à tordre fur lequel A k trouve placé1.Lrs uns lui donnent les oeux tien de l’titdre q«i le foutsent les atttrrs ne lui en donnent que la moine. Pour fan chapiteau il icnWe qu’on l’oit d’accord d’une efpècede mêU«çc d’ionkme & de Corinthien. L’or eft atxuj coevenu qu’il doit avoir un rapport avec h genred*arcntxeâofc qui te refoic Chacun des ordresayant Cmproportion particulière Vuniquedoit «npnrnter de enacne d’eux, le caraâêre qui lui convient ûtr avoir, pour cela plus de cinq diamètres an mon», ou ux au plus. Il faut aatC qu’il fe diftinguepar la riebese oa la fimpliœe fcloo «|oe rexige la convenanceda birimme On enfooee qoetqoefb»le pBaftre d’une etpece de paimexa forM-’parun cadre root m. D’ancresfois ce cadre reçoit de* oeneroeo».Enfin tt n^r fitr cet ordre anenae règle fixée même par l*dàge~On doit dire qu’il n’eft autre ch&fcqu’un adetnblage arburaire des dtfcrens ornemensde rarchttcâme oà la principe » des oedresne font point eïnployes & donc rordomianec ne peut être règle* qoe par le goût de l’arcbitcâe. L’ampe. cooûdréc comme etace i’empJoye Coovent fan« aucune décoration ainfi qu’on le voie à un grand nombre de palais en Italie. Loriqae cet rtage reçoit fordredoot on a padé commc au Louvre ce qui dépend de la décor irion générale ôe r édifice alors on ob&rvc qoand il Cettbbve des colonnes dam rordonnanceda Mriiwtr de reculer Tordre de Ymuiyu i-plomb des pilaftio de deuoits. L’étage «ttt>w ne fait « gentil aneun boa e£èt dans les cdtfices tratocen çrand » il 1edifpotc atot autresétages réouit à de moiadrs propocopnt, il ne présente qo’an bon d*cmvcc. uns accord avec il Coaa~e pasr Cx r- acCord doir la suite geocsak Comme pae la nature,, il doit le ceoer aux étages iaftrieorj 3 en tefoite qoe Un, entiblrnunr doit «cakmcttc par proportion, tvoir oxnns de faillieque ceux des ordres qu’a fonnoote. Cela trpogoe doncà la convenancedes choies^ Ui h «iririinfinn des entablemeo». *pi ae font &»«  poor rejette*les eaux de b finie aa plu*îoia <ju’a Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/179 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/180 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/181 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/182 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/183 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/184 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/185 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/186 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/187 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/188 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/189 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/190 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/191 Page:Encyclopédie méthodique - Architecture, T1.djvu/192 une ligne verticale qui passeroit au centre d’un édifice ou d’une de ses parties. Quelquefois, on fait passer par l’axe des points d’appui d’un édifice, des barres de fer, pour les réunir, & pour y arrêter des chaînes, ou tirans, qui les empêchent de s’écarter à l’extérieur.


Dans les grandes constructions massives & isolées, qui ne peuvent être formées que par une infinité de pierres, il faut tâcher de leur procurer une tendance à l’axe principal, pour qu’elles concourrent à former une seule masse. (Voyez construction.)

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BAC


BAC, s. m. (terme de Jardinage.) C’est le nom d’un petit bassin quarré ou rond, placé d’espace en espace dans les quarrés d’un potager, & garni d’un robinet pour arroser. Il y en a ainsi dans chacun des petits jardins de Versailles & de Sceaux.

BACCIO D’AGNOLO, architecte Florentin, né en 1460, & mort en 1543. Sa première profession fut la sculpture en bois. Il la quitta pour l’architecture dans laquelle il se rendit célèbre, sans avoir eu aucun maître, & sans en avoir étudié les premiers principes, ailleurs que dans l’analogie qui lie ensemble tous les arts du dessin. C’est au sujet de cet architecte, que Vasari observe la facilité avec laquelle l’architecture avoir éré professée dans les premiers-tems par une foule de gens qui en ignoroient jusqu’aux termes, & ne connoissoient pas même les élémens de la perspective. Il est vrai, ajoute-t-il, qu’on ne sauroit exceller dans l’architecture, sans un très-bon jugement, & sans avoir une connoissance très-pratique de la peinture ou de la sculpture, soit en marbre soit en bois. La raison de cette facilité qu’ont les peintres & les sculpteurs à apprendre l’architecture, continue Vasari, est que les uns & les autres, soit dans les rapports des statues avec les édifices, & de l’ornement avec l’architecture, soit par la nécessité de faire & de peindre les fonds d’architecture dans les tableaux, sont forcés de connoître cet art, & de faire l’étude des mesures qui y sont relatives. (Voyez Architecte.)

Ce fut donc par cette route que Baccio parvint à l’intelligence de l’architecture. Après avoir sculpté les belles stalles du chœur de santa Maria Novella, fait les ornemens de l’orgue de cette église, & beaucoup d’autres ouvrages de ce genre à Florence, il quitta sa patrie pour aller à Rome, où il consacra son tems à l’étude de l’architecture. De retour à Florence, il eut occasion d’y développer son nouveau talent, lors de l’entrée que fit dans cette ville Léon X, en élevant à l’honneur de ce pontife plusieurs arcs de triomphe en bois. Bientôt la réputation qu’il s’étoit acquise lui procura la conduite des édifices les plus considérables. Il eut part à la construction de la salle du grand palais. Il bâtit le palais Bertolini sur la place de la Trinité, & le couronna par un bel entablement copiè sur un frontispice antique. Vasari, malgré toutes les beautés qu’il y admire, lui repro-


che trop de hauteur. Baccio eut à essuyer bien d’autres critiques dans la décoration de ce palais. On n’avoit point encore imaginé avant lui d’orner de frontons les fenêtres des palais, d’employer les colonnes à l’embellissement des portes, ainsi que les autres membres de l’entablement. Cette innovation de notre architecte lui attira des satyres & des railleries de toute espèce. On lui reprochoit d’avoir fait une église en voulant faire un palais. Baccio ne répondit à tous les sarcasmes que par cette Inscription qu’il fit graver en grandes lettres sur la porte du palais : carpere promptius quàm imitari.

Un grand nombre de palais dont l’énumération seroit trop longue, & qui ornent la ville de Florence, out assure à Baccio une place illustre parmi les grands architectes. Il eut part à toutes les entreprises considérables de son tems. Brunnéleschi avoit laissé à terminer la galerie qui devoit environner la grande coupole de santa Maria del Fiore. Les dessins qu’en avoit fait ce grand homme, s’étoient perdus. Baccio fut charge de cet ouvrage : il en fit le dessin & les modèles. Déjà il avoit mis la main à l’œuvre, & déjà l’on en avoit exécuté la huitiéme pirtie : Michel-Ange, à son retour de Rome, vit qu’on tailloit les pierres d’artente que Brunnéleschi avoit laissées à dessein : il trouva petits & mesquins les projets de Baccio : il comparoit sa galerie à une cage à poulets. Enfin il fit un autre projet qui n’excita que des débats entre les artistes ; lei opinions se partagèrent, & l’ouvrage est reste imparfait.

Baccio, quoiqu’employé aux plus grands travaux de l’architecture, n’avoit pas renoncé enrièrement à ceux de la sculpture d’ornemens. Vasari nous apprend qu’il n’avoit pas quitté la boutique qui lui servoit d’attelier ; c’étoit au contraire le rendez-vous d’un grand nombre d’amateurs & sur-tout des premiers artistes du tems. Raphaël d’Urbin, jeune alors, Sansovino, Philippino, Mayano, le Cronaca, les San-Galle & Michel-Ange même quelquefois, quoique rarement, s’y rassembloient, particulièrement l’hiver, pour y discourir des arts.

Baccio mourut à 83 ans, laissant trois nls, Giuliano, Philippo & Dominico. Le premier lui succéda dans les ouvrages qu’il avoit commencés.

BADE. Ville antiqoe de Suisse : elle se nommoit autresois Aquae Helvetiae, ou Castellum Aquarum. Elle dut sa première origine à ses bains qui étoient