Discours de Mme Olga de Lébédew



Discours
Actes du XIVe Congrès international des orientalistes. Alger 1905. Première Partie. Section VI. Ernest Leroux, 1906 (pp. 41-42).


Discours de Mme Olga de Lébédew, déléguée de la Société russe des Études Orientales.


Monsieur le Gouverneur Général,

Mesdames, Messieurs,


La Société russe des Études Orientales, nouvellement éclose, et que j’ai l’honneur de représenter ici, avec MM. les professeurs Knauer et Stréboulayef, est heureuse de prendre part au XIVe Congrès International des Orientalistes.

Notre Société m’a donné le mandat de transmettre aux membres éclairés de ce Congrès tous ses vœux les plus sincères pour leur succès dans la voie du progrès des sciences et pour l’œuvre entreprise en commun du rapprochement de l’Orient et de l’Occident.

Quant à moi, qui ai toujours été personnellement dévouée à la cause de l’émancipation de la femme musulmane, dans les limites indiquées par leur prophète, qui a fondé une religion parfaitement compatible avec tous les progrès modernes, sous la condition d’être bien interprétée et comprise avec sincérité — quant à moi, dis-je, je me sens doublement heureuse de me trouver dans cette belle Colonie, prolongement de la France, que nous aimons et nous admirons tous ; pays libre et aux idées larges, toujours alerte quand il s’agit d’émanciper et de faire tomber les chaînes de l’obscurantisme !

C’est dans ce beau pays que la femme musulmane, si douce et si bien douée, est déjà entrée dans la voie de la civilisation, à la suite de sa sœur aînée d’Europe qu’elle ne tardera pas à égaler.

Espérons qu’elle aura la sagesse de n’en retenir que les bons exemples, s’efforçant surtout vers son propre développement intellectuel, qui la rendra capable d’élever de bons fils pour la patrie et de vertueuses filles destinées à devenir de ceux-ci, les fidèles et intelligentes compagnes.

Mais la civilisation est comme une arme à double tranchant : aussi pourrait-elle devenir nuisible, si elle n’était basée sur l’éducation du cœur et sur les principes de la moralité la plus élevée.

Je souhaite donc à mes sœurs bien aimées d’Orient, dans l’intérêt de leur propre bonheur, de ne jamais se laisser séduire par les côtés frivoles et vains d’une civilisation trop raffinée, qui ne correspondrait pas à leur idéal et ne leur apporterait, au contraire, que déception et malheur.

J’exprime enfin le vœu qu’elles aient la sagesse de se tenir dans un juste milieu plus conforme à leur légitime aspiration vers une condition supérieure, afin de toujours mieux remplir sur la terre le rôle de compagne et de consolatrice de l’homme : rôle pour lequel elles ont été créées et qui devrait être le plus noble apanage de la femme, sous toutes les latitudes et dans toutes les civilisations !