Dictionnaire des proverbes (Quitard)/habit

H

habit. — L’habit ne fait pas le moine.

Il ne faut pas juger des personnes par l’extérieur. — On a donné diverses origines à ce proverbe. Quelques auteurs prétendent qu’il fut imaginé à une époque où les moines affectaient de porter le heaume avec les éperons dorés, et se paraient d’un costume mondain, sous lequel ils avaient plutôt l’air de chevaliers que d’ecclésiastiques (S. Norbert, Stat. — S. Bernard, Apolog. cx, n. 25). Quelques autres pensent qu’il fut introduit par les jurisconsultes canoniques, qui décidèrent que la profession était nécessaire pour posséder un bénéfice régulier, et qu’il ne suffisait pas du noviciat et de la prise d’habit, ou, ce qui revient au même, que l’habit ne fesait pas le moine. (Godefroy, sur la coutume de Normandie). On lit dans les Décrétales de Grégoire IX, qui siégeait dès l’an 1227 : Cùm monachum non faciat habitus, sed professio regularis.

Je crois que le proverbe est antérieur aux faits auxquels on a voulu le rattacher, et qu’il est venu par imitation de celui des anciens Isiacum linostolia non facit, la robe de lin ne fait pas le prêtre d’Isis. — Les prêtres de la déesse Isis étaient revêtus de longues robes de lin semblables aux aubes de nos prêtres, ce qui leur a fait donner, par Ovide, la dénomination de linigera turba.

On trouve L’habit ne fait pas l’ermite, dans le fabliau intitulé : Frère Denise, Cordelier, par Rutebœuf.

Si l’habit du pauvre a des trous, celui du riche a des taches.

Proverbe qui revient à cette sentence latine traduite d’un vers grec de Théognis : Virtutem egestas, divitiæ vitium tegunt, les haillons de la misère couvrent la vertu, le manteau de la fortune couvre le vice.

Il semble, dit Platon, que l’or et la vertu soient placés des deux côtés d’une balance, et qu’on ne puisse ajouter au poids du premier sans que l’autre devienne au même instant plus léger.

L’habit volé ne va pas au voleur.

Les biens mal acquis ne profitent point.

Porter un habit de deux paroisses.

Autrefois les paroisses étaient tenues de lever à leurs frais pour l’armée un certain nombre de pionniers, qu’elles devaient, en outre, équiper complétement ; mais chacune d’elles avait le droit de revêtir les siens d’une livrée particulière : d’où il résultait que, lorsque deux paroisses réunies ne fournissaient qu’un seul homme, le costume dont elles l’affublaient était mi-parti de deux étoffes de différente couleur. Ce qui donna naissance à l’expression proverbiale porter un habit de deux paroisses, qui n’a pas besoin d’être expliquée au propre, et qui signifie, au figuré, agir ou parler tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, être ce qu’on nomme communément un homme à deux visages, ou comme disaient les Latins, homo bilinguis, un homme à deux langues, ou à deux paroles.

La Fontaine a dit, dans la onzième fable du livre XII :

Quoique ainsi que la pie il faille dans ces lieux
Porter habit de deux paroisses.

Vers qui présentent heureusement les deux acceptions de notre expression proverbiale ; car le fabuliste, tout en parlant dans le sens moral, a voulu rappeler aussi le sens propre, par allusion au plumage noir et blanc de la pie.