De la variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication/Tome II/18

De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication (The Variation of Animals and Plants under Domestication)
Traduction par Jean-Jacques Moulinié.
C. Reinwald (Vol. 2p. 154-182).

CHAPITRE XVIII.

AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DES CHANGEMENTS DANS LES CONDITIONS EXTÉRIEURES : DIVERSES CAUSES DE LA STÉRILITÉ.


Avantages résultant de légers changements dans les conditions extérieures. — Leur effet sur la stérilité chez les animaux dans leur pays natal et dans les ménageries. — Mammifères, Oiseaux et Insectes. — Perte des caractères sexuels secondaires et des instincts. — Causes de stérilité. — Effets des changements de conditions sur la fécondité des animaux domestiques. — Incompatibilité sexuelle de certains individus. — Stérilité chez les plantes, résultant de changements dans les conditions. — Contabescence des anthères. — Les monstruosités considérées comme cause de la stérilité. — Fleurs doubles. — Fruits sans graines. — Stérilité causée par l’excessif développement des organes de la végétation. — Par une propagation prolongée au moyen de bourgeons. — La stérilité naissante comme cause première des fleurs doubles et des fruits sans graines.


Sur les avantages résultant de légers changements dans les conditions extérieures. — En cherchant parmi les faits connus ceux qui pourraient jeter quelque jour sur notre conclusion du chapitre précédent, à savoir que les croisements sont utiles, et que c’est une loi naturelle que les êtres organisés doivent occasionnellement se croiser, il me parut probable que les bons effets qui résultent de légers changements dans les conditions extérieures pourraient peut-être, en raison de l’analogie du phénomène, atteindre mon but. Il n’est pas deux individus, encore moins deux variétés, qui soient absolument identiques par leur structure et leur constitution ; et lorsque le germe de l’un est fécondé par l’élément mâle de l’autre, nous pouvons admettre qu’il se passe alors quelque chose d’analogue à ce qui a lieu lors de l’exposition d’un individu à des conditions légèrement modifiées. Tout le monde connaît l’influence remarquable qu’exerce, sur les convalescents, un changement de résidence, et aucun médecin ne met en doute la réalité du fait. Les petits fermiers qui n’ont que peu de terres sont convaincus des bons effets qui résultent pour leur bétail d’un changement de pâturage. Pour les plantes, il est bien démontré qu’on retire de grands avantages à échanger les graines, tubercules, bulbes et boutures, et à les transporter d’un emplacement ou d’un sol à d’autres aussi différents que possible.


L’opinion que le changement de lieu est favorable aux plantes, fondée ou non, a été soutenue depuis Columelle, qui écrivait peu après l’ère chrétienne, jusqu’à nos jours[1]. Bradley, observateur sagace, écrivait, en 1724[2] : « Lorsque nous possédons une fois une bonne sorte de graines, nous devrions la remettre entre deux ou trois mains, où les situations et les sols soient aussi différents que possible ; et chaque année les échanger de nouveau ; de cette manière la qualité de la graine pourra se maintenir plusieurs années. Bien des fermiers ont, faute de ce soin, manqué leurs récoltes et fait de grandes pertes. » Un auteur moderne[3] dit que rien n’est mieux constaté en agriculture que le fait que la croissance continue d’une variété dans le même district la rend susceptible de détérioration, en qualité comme en quantité ! Un autre rapporte qu’ayant semé ensemble, et dans le même champ, deux sortes de froment, dont les graines étaient le produit d’une même souche primitive, mais dont l’une avait été recueillie dans le même pays, l’autre dans une localité éloignée, il y eut, en faveur de la récolte provenant de cette dernière graine, une différence considérable. Une personne de Surrey qui a longtemps produit du froment pour graine, et a toujours obtenu sur les marchés des prix plus élevés que d’autres, m’a assuré qu’il avait reconnu la nécessité de changer continuellement ses graines, et que, dans ce but, il avait dû établir deux fermes très-différentes par la situation et la nature de leur sol.

Partout l’usage d’échanger les tubercules de pommes de terre est répandu. Les grands cultivateurs de cette plante dans le Lancashire, se procuraient autrefois des tubercules en Écosse, mais ils ont reconnu depuis que l’échange avec les pays tourbeux et vice versa suffisait généralement. En France, la récolte de pommes de terre des Vosges s’était, dans l’espace d’une soixantaine d’années, réduite dans le rapport de 120–150 boisseaux à 30–40 ; et le fameux Oberlin attribue les bons résultats qu’il avait obtenus, en grande partie au fait qu’il avait changé les plantes[4].

Un agriculteur pratique[5], M. Robson, assure positivement avoir été témoin des avantages incontestables qu’il y a à faire venir des bulbes d’oignons, des pommes de terre, et diverses graines de la même variété, de différents sols et de diverses parties de l’Angleterre. Il ajoute que pour les plantes qu’on propage de boutures, comme les Pelargoniums, et surtout les Dahlias, il y a grand avantage à se procurer des plantes de la même variété, mais qui aient été cultivées ailleurs ; ou, si la place dont on dispose le permet, à prendre ses boutures dans une espèce de sol pour les planter dans un autre, afin de leur fournir le changement qui est si nécessaire à leur prospérité, changement auquel le cultivateur est toujours forcé d’avoir recours, qu’il y soit préparé ou non. Un autre jardinier, M. Fish, a fait des observations semblables, et a remarqué que des boutures d’une même variété de Calcéolaire qu’il tenait d’un voisin, se montrèrent beaucoup plus vigoureuses que les siennes, quoique traitées de la même manière ; fait qu’il attribue à ce que ses plantes s’étaient en quelque sorte usées et fatiguées de leur gîte. Quelque chose d’analogue paraît se présenter dans les greffes d’arbres fruitiers ; car, selon M. Abbey, les greffes prennent généralement mieux et plus facilement sur une variété ou même une espèce distincte ou sur une souche antérieurement greffée, que sur des souches levées de graine de la variété qu’on veut enter, ce qui ne peut s’expliquer entièrement par la meilleure adaptation des souches au sol et au climat de l’endroit. Il faut toutefois ajouter que, bien que les greffes faites sur des variétés très-différentes paraissent d’abord prendre et croître plus vigoureusement que celles greffées sur des sujets plus voisins, elles deviennent souvent maladives par la suite.

J’ai étudié les expériences soignées et laborieuses de. M. Tessier[6], faites en vue de réfuter l’opinion commune, qu’un changement de graines soit avantageux, et il prouve certainement qu’on peut, avec des soins, cultiver une même graine dans la même ferme (il n’indique pas si c’est sur le même sol), pendant dix ans consécutifs sans perte. Un autre observateur, le col. Le Couteur[7], est arrivé à la même conclusion, mais il ajoute expressément que, « si l’on emploie la même graine, celle qui a crû sur un terrain à fumure mixte devient propre à un terrain chaulé, celle-ci donne de la graine pour un terrain amendé avec des cendres, puis pour une fumure mixte, et ainsi de suite. » Mais ceci n’est autre chose qu’un échange systématique de graines, faites dans les limites de la même ferme.


En somme, l’opinion partagée par un grand nombre d’agriculteurs habiles, que l’échange des graines a de bons résultats, paraît être assez bien fondée. Vu la petitesse de la plupart des graines, on ne peut guère croire que les avantages du changement de sol puissent résulter de ce qu’elles trouvent dans l’un un élément chimique qui manque dans un autre. Comme, une fois germées, les graines se fixent naturellement à leur place, on doit s’attendre à ce que les bons effets du changement se manifestent plus nettement que chez les animaux, qui errent continuellement ; et c’est bien ce qui paraît avoir lieu. La vie, consistant en un jeu incessant des forces les plus complexes, il semblerait que leur action dût être en quelque sorte stimulée par les légers changements qui peuvent survenir dans les circonstances auxquelles chaque organisme est exposé. Toutes les forces, dans la nature, comme, le remarque M. Herbert Spencer[8], tendent vers un équilibre, tendance qui, pour la vie de chaque être, doit nécessairement être combattue. Les faits et opinions qui précèdent peuvent probablement jeter quelque jour, d’une part sur les effets utiles du croisement des races, dont les germes ainsi légèrement modifiés subissent l’action de forces nouvelles, et d’autre part, sur les effets nuisibles de la reproduction consanguine, prolongée pendant un grand nombre de générations, dans lesquelles le germe se trouve toujours soumis à l’action d’un élément mâle ayant presque identiquement la même constitution.

Stérilité résultant de changements dans les conditions extérieures. — Je vais maintenant essayer de montrer que les animaux et les plantes, enlevés à leurs conditions naturelles, deviennent plus ou moins inféconds ou complétement stériles, et que cela peut résulter même de changements peu considérables. Cette conclusion n’est pas nécessairement opposée à celle à laquelle nous venons d’arriver, à savoir que des changements moins importants d’une autre nature sont avantageux pour les êtres organisés. Le sujet a de l’importance, à cause de son intime connexité avec les causes de la variabilité. Il a peut-être aussi quelque rapport indirect avec la stérilité qui résulte des croisements entre espèces ; car, si, d’une part, de légères modifications dans les conditions extérieures sont favorables aux animaux et aux plantes, et que le croisement des variétés augmente la taille, la vigueur et la fécondité de leurs produits ; certains autres changements dans les conditions extérieures, d’autre part, entraînent la stérilité ; or, comme cette conséquence résulte aussi du croisement entre des formes très-modifiées, ou espèces, nous avons là une série double et parallèle de faits, qui sont très-probablement intimement liés les uns aux autres.

Beaucoup d’animaux, bien qu’entièrement apprivoisés, refusent, comme on le sait, de se reproduire en captivité. Aussi, I. Geoffroy Saint-Hilaire[9] a-t-il tracé Une forte ligne de démarcation entre les animaux apprivoisés qui ne se reproduisent pas en captivité, et les animaux vraiment domestiqués, qui se reproduisent facilement — même plus facilement que dans l’état de nature, comme nous l’avons vu au quinzième chapitre. Il est possible et généralement aisé, d’apprivoiser la plupart des animaux, mais l’expérience a prouvé qu’il est très-difficile de les amener à reproduire régulièrement, si même on y arrive. Je discuterai ce point avec quelques détails, mais en me bornant à l’exposé des cas qui me paraissent les plus probants. J’ai puisé mes matériaux dans des notices dispersées dans plusieurs ouvrages, et surtout dans un rapport dressé par les soins obligeants des membres de la Société Zoologique de Londres, et qui a une valeur toute particulière, attendu qu’il donne, pour un espace de neuf ans, de 1838 à 1846, tous les cas d’animaux qui se sont accouplés sans donner de produits, ainsi que ceux chez lesquels on n’a jamais observé d’accouplement. J’ai complété et corrigé ce rapport manuscrit, à l’aide des rapports annuels publiés depuis. Le magnifique ouvrage du Dr Gray, intitulé : Gleanings from the Menageries of Knowsley Hall, contient beaucoup de faits sur la reproduction des animaux. J’ai pris également des informations auprès du gardien des oiseaux de l’ancien Jardin Zoologique de Surrey. Je dois prévenir qu’un léger changement dans le mode de traitement des animaux, peut amener une grande différence dans leur fécondité, et il est possible que, pour cette raison, les résultats observés dans différentes ménageries puissent différer. Quelques animaux, dans nos Jardins Zoologiques, sont devenus plus productifs depuis 1846. Il résulte aussi de la description du Jardin des Plantes[10], de F. Cuvier, que les animaux s’y reproduisaient autrefois beaucoup moins facilement qu’en Angleterre ; ainsi, dans la famille des canards, qui est très-prolifique, une seule espèce avait jusqu’alors produit des petits.


Les cas les plus remarquables sont ceux d’animaux conservés dans leur pays natal, et qui, quoique bien apprivoisés, en parfaite santé, et même jouissant d’une certaine liberté, sont absolument incapables de reproduire. Rengger[11], qui a particulièrement étudié cette question au Paraguay, signale six mammifères qui sont dans ce cas, et deux ou trois autres qui ne reproduisent que très-rarement. M. Bates, dans son ouvrage sur les Amazones, parle de cas semblables[12], et remarque que le fait de mammifères et d’oiseaux indigènes tout à fait apprivoisés, ne se reproduisant pas chez les Indiens, ne peut pas s’expliquer entièrement par leur indifférence ou leur négligence, car le dindon et les volailles ont été adoptés et sont élevés par plusieurs tribus éloignées. Dans presque toutes les parties du monde, — ainsi dans plusieurs des îles polynésiennes et dans l’intérieur de l’Afrique, — les naturels aiment beaucoup à apprivoiser les mammifères et les oiseaux indigènes, mais il est rare qu’ils réussissent à les faire reproduire.

Le cas le plus connu d’un animal ne reproduisant pas en captivité, est celui de l’éléphant. On garde ces animaux en grand nombre dans les Indes, ils arrivent à un grand âge, et sont assez vigoureux pour pouvoir exécuter les travaux les plus pénibles ; cependant, à une ou deux exceptions près, on n’a pas connaissance qu’ils se soient jamais accouplés, bien que, tant le mâle que la femelle, ils entrent périodiquement en rut. Si toutefois nous allons un peu à l’est d’Ava, nous apprenons par M. Crawfurd[13], que, dans l’état domestique, ou plutôt semi-domestique, où on tient les femelles, elles reproduisent parfaitement bien ; et M. Crawfurd croit qu’il faut attribuer cette différence uniquement au fait qu’on laisse les femelles errer dans les forêts avec quelque liberté. Le rhinocéros captif paraît, d’après l’évêque Heber[14], se reproduire dans l’Inde plus facilement que l’éléphant. Quatre espèces sauvages du genre Equus se sont reproduites en Europe, bien que s’y trouvant exposées à de grands changements dans leurs habitudes naturelles ; mais on a généralement croisé les espèces entre elles. La plupart des membres de la famille des porcs reproduisent bien dans nos ménageries : même le Potamochœrus penicillatus, des plaines suffocantes de l’Afrique occidentale, a reproduit deux fois au Jardin Zoologique. Il en a été de même du Pécari (Dicotyles torquatus) ; mais une autre espèce, le D. labiatus, quoique apprivoisée et presque semi-domestiquée, reproduit si rarement dans son pays natal du Paraguay, que, d’après Rengger[15], le fait aurait besoin d’être confirmé. M. Bates remarque que le tapir ne se reproduit jamais, quoique souvent apprivoisé par les Indiens dans les Amazones. Les Ruminants se reproduisent facilement en Angleterre, bien que provenant des climats les plus différents, comme le montrent les Rapports annuels du Jardin Zoologique, et les observations faites dans la ménagerie de lord Derby.

Les Carnivores, à l’exception des plantigrades, reproduisent généralement presque aussi volontiers que les ruminants, mais présentent quelquefois des exceptions capricieuses. Plusieurs espères de Félidés se sont reproduites dans diverses ménageries, bien qu’importées de climats divers et étroitement enfermées. M. Bartlett, le surintendant actuel du Jardin Zoologique[16], remarque que, de toutes les espèces du genre, c’est le lion qui paraît reproduire le plus fréquemment et donne le plus de petits par portée. Le tigre n’a reproduit que, rarement, mais on a plusieurs cas authentiques de tigres femelles ayant produit avec le lion. Si étrange que le fait puisse paraître, il est constant qu’en captivité, beaucoup d’animaux s’unissent avec des espèces distinctes, et produisent avec elles des hybrides, tout aussi et même plus facilement qu’avec leur propre espèce. D’après des renseignements du Dr Falconer et d’autres, il paraît que le tigre captif dans l’Inde ne reproduit pas, quoiqu’il s’accouple. Le guépard, (Felis jubata) n’a jamais reproduit en Angleterre, mais bien à Francfort ; il ne reproduit pas non plus dans l’Inde, où on le garde en grand nombre pour la chasse ; mais comme il n’y a que les individus qui aient déjà chassé pour leur propre compte, et à l’état de nature, qui puissent être utilisés, et qui vaillent la peine d’être dressés[17], on n’a jamais cherché à les faire reproduire en captivité. D’après Rengger, il y a au Paraguay deux espèces de chats sauvages, qui, quoique apprivoisés, ne reproduisent jamais. Bien que beaucoup de Félidés s’unissent facilement au Jardin Zoologique, la conception ne suit pas toujours l’accouplement : dans le rapport des neuf ans, plusieurs espèces sont signalées comme s’étant accouplées soixante-treize fois, et il est probable que d’autres unions ont dû passer inaperçues, et n’ont cependant produit que quinze naissances. Au Jardin Zoologique, les Carnivores étaient autrefois moins exposés à l’air et au froid qu’actuellement ; et, à ce que m’a assuré l’ancien directeur, M. Miller, ce changement a beaucoup augmenté leur fécondité. M. Bartlett, juge des plus compétents, constate à ce sujet qu’il est remarquable que, dans les ménageries ambulantes, les lions produisent beaucoup plus facilement qu’au Jardin Zoologique ; il est possible que l’excitation constante produite par le mouvement ou par le changement d’air puisse avoir quelque influence sur la reproduction.

Un grand nombre d’animaux du groupe des chiens se reproduisent facilement en captivité. Le Dhole est un des animaux qu’on peut le moins apprivoiser dans l’Inde, et cependant une paire appartenant au Dr Falconer a donné des petits. Les renards, d’autre part, ne produisent que rarement, je n’ai même jamais entendu dire que cela soit arrivé au renard européen ; le renard argenté de l’Amérique du Nord (Canis argentatus), a toutefois reproduit plusieurs fois au Jardin Zoologique ; il en a été de même pour la loutre. Chacun sait combien le furet à demi domestique reproduit facilement, quoique enfermé dans de petites cages, mais d’autres espèces de Viverra et le Paradoxurus refusent absolument de reproduire au Jardin Zoologique. La Genette y a produit, ainsi qu’au Jardin des Plantes, elle a même donné des hybrides. L’Herpestes fasciatus a été dans le même cas, mais on m’a assuré autrefois que cela n’était jamais arrivé au H. griseus, qu’on conservait en assez grand nombre au Jardin.

Les carnivores plantigrades reproduisent en captivité moins facilement que les autres membres du groupe, sans qu’on puisse en assigner la raison. Dans le Rapport des neuf ans, il est dit qu’on avait observé l’accouplement fréquent des ours au Jardin Zoologique, mais qu’avant 1848, les conceptions avaient été rares. Dans les Rapports postérieurs à cette date, trois espèces ont produit des petits (hybrides dans un cas) et, chose étonnante, l’ours blanc était du nombre. Le blaireau (Meles taxus) a reproduit plusieurs fois au Jardin Zoologique, mais c’est à ma connaissance le seul exemple en Angleterre, et le fait doit être fort rare, car un cas arrivé en Allemagne a été jugé digne d’une mention spéciale[18]. Le Nasua indigène du Paraguay, quoique conservé pendant bien des années par paires et apprivoisé, n’a, d’après M. Rengger, jamais reproduit, et, selon M. Bates, ni cet animal, ni le Cercoleptes ne produisent dans la région des Amazones. Deux autres genres de plantigrades, les Procyon et Gulo, n’ont jamais reproduit au Paraguay, où on les garde souvent à l’état apprivoisé. On a vu, au Jardin Zoologique, des espèces de Nasua et Procyon s’accoupler, mais sans résultat.

Les lapins domestiques, les cochons d’Inde et les souris blanches, se montrant si prolifiques en captivité sous divers climats, on aurait pu s’attendre à trouver chez d’autres membres de la famille des Rongeurs une égale aptitude à se reproduire dans les mêmes conditions, mais cela n’est pas le cas. Il faut noter, comme montrant que l’aptitude à la reproduction accompagne les affinités de conformation, le fait qu’un rongeur indigène du Paraguay, le Cavia aperea, qui s’y reproduit facilement et a donné grand nombre de générations successives, ressemble tellement au cochon d’Inde, qu’on l’a à tort regardé comme la souche primitive de ce dernier[19]. Quelques rongeurs se sont accouplés au Jardin Zoologique de Londres, mais n’ont point produit de petits ; d’autres ne se sont jamais accouplés ; un petit nombre, comme le porc-épic, le rat de Barbarie, le lemming, le chinchilla, et l’agouti (Dasyprocta aguti), ont plusieurs fois reproduit. Ce dernier animal a aussi produit au Paraguay, mais les petits furent mort-nés et difformes ; dans les Amazones, selon M. Bates, il ne reproduit jamais, quoique souvent apprivoisé dans les maisons. Le Paca (Cœlogenys paca) est dans le même cas. Le lièvre commun n’a, à ce que je crois, jamais reproduit en Europe à l’état de captivité[20], bien que, d’après une assertion récente, il se soit croisé avec le lapin. Le loir n’a jamais reproduit non plus en captivité. Les écureuils offrent un cas plus curieux : à une seule exception près, aucune espèce n’a produit de petits au Jardin zoologique, où on a cependant mis ensemble pendant plusieurs années quatorze individus de Sciurus palmarum. Le S. cinerea s’accouple, mais ne produit pas de petits ; cette espèce ne s’est pas non plus reproduite dans son pays natal, l’Amérique du Nord, où on l’apprivoise facilement[21]. La ménagerie de lord Derby contenait un grand nombre d’écureuils de plusieurs espèces, et son surveillant, M. Thompson, m’a dit qu’aucun d’eux n’avait jamais reproduit là ni ailleurs. Je n’ai jamais entendu parler d’aucun cas de l’écureuil anglais avant reproduit en captivité. Mais au Jardin Zoologique l’écureuil volant Sciuropterus volucella, a plusieurs fois fait des petits ; de même près de Birmingham, mais la femelle n’a jamais dépassé le chiffre de deux par portée, tandis qu’en Amérique elle en fait de trois à six[22].

Le Rapport des neuf ans du Jardin Zoologique constate de fréquentes unions chez les singes, mais cependant, dans cette période, sur un nombre considérable de ces animaux, il n’y a eu que sept naissances. Je ne connais comme reproduisant en Europe qu’un singe américain, le Ouistiti[23]. D’après Flourens, un Macaque a reproduit à Paris, et plusieurs espèces du même genre en ont fait autant à Londres, surtout le Macacus rhesus, qui, partout, fait preuve d’une aptitude toute spéciale à reproduire en captivité. On a, soit à Paris, soit à Londres, obtenu des hybrides dans ce genre. Le Cynocephalus hamadryas[24] et un Cercopithèque ont reproduit au Jardin Zoologique, et cette dernière espèce aussi chez le duc de Northumberland. Plusieurs lémuriens ont produit des hybrides au Jardin Zoologique. Il est à remarquer que les singes reproduisent très-rarement en captivité, dans leur pays natal ; ainsi le Say (Cebus Azaræ) est fréquemment apprivoisé au Paraguay, mais Rengger[25] dit qu’il ne reproduit que rarement, car il n’a pu en voir que deux femelles qui aient eu des petits. La même observation a été faite au sujet des singes que les indigènes apprivoisent souvent au Brésil[26]. Aux Amazones, on garde en grand nombre ces animaux à l’état apprivoisé ; M. Bates en a compté jusqu’à treize espèces dans les rues de Para, mais ils ne produisent jamais en captivité[27].

OISEAUX.

L’action des changements de conditions sur la fertilité est encore plus apparente chez les oiseaux, parce qu’on les élève en grande quantité, et qu’ils se reproduisent beaucoup plus rapidement. Nous avons vu que les animaux carnassiers étaient plus fertiles en captivité que la plupart des autres mammifères ; c’est le contraire chez les oiseaux carnivores. On a employé[28] en Europe pour les usages de la fauconnerie, dix-huit espèces d’oiseaux de proie et plusieurs autres en Perse et dans l’Inde[29] ; elles ont été conservées dans leur pays natal dans les meilleures conditions, ont servi pour la chasse pendant six, huit ou neuf ans[30], et cependant on ne connaît pas chez elles un seul cas de reproduction. Il n’est pas douteux que s’il eût été possible de les propager on ne l’eût fait, car on importait ces oiseaux d’Islande, de Norwége et de Suède, où on les prenait à grands frais pendant qu’ils étaient jeunes. On n’a aucun cas d’accouplement au Jardin des plantes[31]. Aucun faucon, vautour ou hibou n’a jamais produit d’œufs fertiles au Jardin Zoologique ni à celui de Surrey ; dans le premier endroit et dans une seule circonstance, cela est arrivé à un condor et un milan (Milvus niger). On y a cependant observé l’accouplement chez les Aquila fusca, Haliætus leucocephalus, Falco tinnunculus, F. subbuteo et Buteo vulgaris. M. Morris[32] signale comme un fait unique un cas de reproduction chez un Falco tinnunculus gardé en volière. Le Hibou dont on a constaté l’accouplement au Jardin Zoologique de Londres était un grand-duc (Bubo maximus), qui paraît d’ailleurs avoir des dispositions à reproduire en captivité, car une paire conservée au château d’Arundel, dans des conditions plus voisines de l’état de nature que ne le sont d’ordinaire les animaux privés de leur liberté[33], éleva effectivement ses petits. M. Gurney cite un autre cas analogue relatif au même oiseau, et un second d’une autre espèce de hibou, Strix passerina, comme ayant reproduit en captivité[34].

On a apprivoisé et conservé pendant longtemps dans leur pays natal un grand nombre d’oiseaux granivores plus petits, et cependant la plus haute autorité[35], en matière d’oiseaux de volière, constate que leur propagation est extrêmement difficile. Le canari fournit la preuve qu’il n’y a aucune difficulté inhérente à ce que les petits oiseaux puissent se reproduire en captivité, et d’après Audubon[36], le Fringilla ciris de l’Amérique du Nord se propage aussi bien que le canari. Pour beaucoup de ces petits oiseaux qu’on a conservés en captivité, le fait le plus remarquable est que, bien qu’on puisse nommer plus d’une douzaine d’espèces qui ont donné des hybrides avec le canari, il n’y en a aucune, le Fringilla spinus excepté, qui se soit reproduite par elle-même. Le bouvreuil (Loxia pyrrhula) a même, quoique appartenant à un genre distinct, reproduit avec le canari aussi souvent qu’avec sa propre forme[37]. J’ai entendu parler d’alouettes (Alauda arvensis), qui, conservées en cage pendant sept ans, n’ont jamais fait de petits ; ce que m’a confirmé un grand éleveur de petits oiseaux ; on possède cependant un cas de reproduction observé chez cette espèce[38]. Le Rapport des neuf ans de la Société Zoologique énumère vingt-quatre espèces qui n’ont jamais reproduit, et dans quatre desquelles seulement on a observé l’accouplement.

Les perroquets sont des oiseaux qui vivent fort longtemps, et Humboldt mentionne le fait curieux d’un perroquet de l’Amérique du Sud, qui parlait la langue d’une tribu indienne éteinte, et conservait ainsi l’unique reste d’un langage perdu. Nous avons lieu de croire[39] que, même chez nous, cet oiseau peut vivre presque un siècle, et cependant bien qu’on en ait beaucoup observé en Europe, ils reproduisent si rarement qu’on a cru devoir consigner dans les ouvrages les plus sérieux les cas qui ont pu se présenter[40]. D’après Bechstein[41], l’espèce africaine Psittacus erithacus a produit plus souvent qu’aucune autre ; le P. macoa pond occasionnellement des œufs fertiles, mais réussit rarement à les faire éclore ; l’instinct de l’incubation est pourtant si développé chez cet oiseau, qu’on peut lui faire couver des œufs de poule ou de pigeon. Au Jardin Zoologique ainsi qu’à celui de Surrey, quelques perroquets se sont accouplés, mais sans résultat, trois perruches exceptées. D’après Sir R. Schomburgk, les Indiens de la Guyane prennent dans les nids et élèvent un grand nombre de perroquets de deux espèces, qui sont complétement apprivoisés, volent librement dans les maisons et viennent quand on les appelle pour être nourris, comme des pigeons, mais il n’a pas entendu dire qu’ils se soient jamais reproduits[42]. M. Hill[43], naturaliste habitant la Jamaïque, remarque qu’il n’y a pas d’oiseaux qui se soumettent plus facilement à l’homme que les perroquets, et cependant on ne connaît encore chez eux aucun cas de reproduction dans cet état d’apprivoisement. M. Hill énumère encore un certain nombre d’oiseaux apprivoisés aux Indes occidentales, qui ne se reproduisent pas davantage.

La grande famille des pigeons offre un contraste frappant avec les perroquets ; dans le Rapport des neuf ans précité, treize espèces sont mentionnées comme ayant reproduit, et deux seulement s’étaient accouplées sans résultat ; les rapports subséquents renferment chaque année des cas de reproduction chez plusieurs espèces. Les deux magnifiques espèces, Goura coronata et Victoriæ ont produit des hybrides ; j’apprends toutefois de M. Crawfurd qu’une douzaine d’oiseaux de la première de ces espèces conservés dans un parc à Penang, sous un climat parfaitement convenable, n’ont pas reproduit une seule fois. La Columba migratoria, qui, dans l’Amérique du Nord, son pays natal, pond toujours deux œufs, n’en a jamais pondu plus d’un dans la ménagerie de lord Derby. Le même fait a été observé chez la C. leucocephala[44].

Les Gallinacés appartenant à plusieurs genres manifestent également une grande aptitude à reproduire en captivité, et surtout les faisans ; l’espèce anglaise ne pond cependant dans cet état que rarement plus de dix œufs, tandis qu’à l’état sauvage la ponte est ordinairement de dix-huit à vingt[45]. Mais pour ces oiseaux, comme pour ceux de tous les autres ordres, on rencontre des exceptions frappantes et inexplicables, relativement à la fécondité de certains genres et espèces tenus en captivité. Ainsi, malgré les nombreuses tentatives faites sur la perdrix commune, elle n’a que rarement pondu, même dans de grandes volières, et jamais la femelle n’a voulu couver ses œufs[46]. Les Cracidés américains qui s’apprivoisent avec une facilité remarquable, sont de très-mauvais reproducteurs[47] dans leur pays ; on a cependant autrefois, en Hollande, réussi avec des soins à les faire reproduire assez bien[48]. Les Indiens les apprivoisent et les gardent dans leur pays natal, mais ils ne se reproduisent jamais[49]. On pouvait s’attendre à ce que, vu ses habitudes, et surtout parce qu’il languit promptement et périt, le Tetrao scoticus (grouse) ne dût pas se propager en captivité[50] ; on a cependant signalé plusieurs cas de reproduction chez cet oiseau ; le Tetrao urogallus a produit au Jardin Zoologique ; il reproduit aussi facilement en captivité en Norwége ; on en a élevé cinq générations consécutives en Russie ; le T. tetrix a reproduit en Norwége ; le T. Scoticus en Irlande ; le T. umbellus chez lord Derby ; et le T. cupido dans l’Amérique du Nord.

Il est difficile de concevoir un plus grand changement dans les habitudes et les conditions que celui auquel sont exposés les membres de la famille des autruches, qui, après avoir erré en liberté dans les plaines et dans les forêts des tropiques, ont été enfermés dans de petits enclos sous nos climats tempérés. Presque toutes les espèces cependant, même le Casuarius Bennettii, de la Nouvelle-Irlande, ont souvent produit des petits, dans les différentes ménageries européennes. L’autruche africaine, qui vit en bonne santé et longtemps dans le midi de la France, ne pond jamais plus de douze à quinze œufs, tandis que dans son pays natal, elle en pond de vingt-cinq à trente[51]. Nous avons là un cas de fécondité amoindrie par la captivité, mais non perdue, de même que pour l’écureuil volant, la poule faisane et deux espèces de pigeons américains.

La plupart des échassiers peuvent s’apprivoiser avec la plus grande facilité, à ce que j’apprends du Rév. D. S. Dixon ; mais plusieurs ne vivent pas longtemps en captivité, de sorte que leur stérilité dans cet état n’est pas étonnante. Les grues se reproduisent mieux que les autres genres : la Grus montigresia s’est reproduite plusieurs fois à Paris et au Jardin Zoologique de Londres, ainsi que la G. cinerea dans ce dernier endroit ; et la G. antigone à Calcutta. Parmi d’autres membres de ce grand ordre, le Tetrapteryx paradisea a reproduit à Knowsley, un Porphyrio en Sicile, et la Gallinula chloropus au Jardin Zoologique. Plusieurs oiseaux du même ordre ne se reproduisent pas d’autre part dans leur pays natal, la Jamaïque ; il en est de même des Psophia, que les Indiens de la Guyane conservent autour de leurs maisons[52].

Il n’y a pas d’oiseaux qui reproduisent avec plus de facilité en captivité que les membres de la grande famille des canards, ce à quoi on ne se serait guère attendu, vu leurs mœurs errantes et aquatiques, et leur genre de nourriture. La reproduction a été observée au Jardin Zoologique chez plus de vingt-quatre espèces, et M. Selys Longchamps a consigné la production d’hybrides chez quarante-quatre membres différents de la famille, cas auxquels le professeur Newton en a ajouté quelques autres[53]. M. Dixon[54] croit qu’il n’y a pas dans le monde entier une oie qui ne soit domesticable dans le vrai sens du mot, c’est-à-dire capable de se reproduire en captivité, mais cette assertion est peut-être trop hasardée. L’aptitude à reproduire varie quelquefois chez les individus d’une même espèce ; ainsi Audubon[55] a conservé quelques oies sauvages (Anser Canadensis) pendant huit ans, sans qu’elles aient voulu s’apparier, tandis que d’autres individus de la même espèce donnèrent des petits dès la deuxième année. Je ne connais dans toute la famille qu’un seul cas d’une espèce refusant absolument de reproduire en captivité ; c’est celui de la Dendrocygna viduata, quoiqu’elle soit, d’après Sir R. Schumburgk, d’un apprivoisement facile, chez les Indiens de la Guyane[56]. Enfin, avant l’année 1848, on ne connaissait aucun cas d’accouplement et de reproduction des mouettes, bien qu’on en eût depuis longtemps conservé, tant au Jardin Zoologique qu’à celui de Surrey ; mais, depuis cette époque le Larus argentatus a souvent reproduit, soit au Jardin Zoologique, soit à Knowsley.

Il y a lieu de croire que la captivité agit sur les insectes, comme sur les animaux supérieurs. On sait que les Sphingidés ne reproduisent que rarement dans ces circonstances. Un entomologiste[57] de Paris, a conservé vingt-cinq individus de Saturnia pyri, sans pouvoir en obtenir un seul œuf fertile. Un certain nombre de femelles d’Orthosia munda et de Mamestra suasa, élevées en captivité, n’attirèrent pas les mâles[58]. M. Newport a conservé près de cent individus de deux espèces de Vanessa, sans qu’aucun s’appariât ; ceci provient peut-être de ce que ces insectes ont l’habitude de s’accoupler pendant le vol[59]. Dans l’Inde, M. Atkinson n’a jamais réussi à faire reproduire le Bombyx Tarroo on captivité[60]. Il paraît qu’un certain nombre de phalènes, surtout dans les Sphingidés, sont complétement stériles lorsqu’elles éclosent en automne, hors de leur saison ordinaire ; cependant il règne encore quelque obscurité sur ce point[61].


Outre le fait que beaucoup d’animaux ne s’accouplent pas en captivité, ou s’accouplent sans résultat, il en est d’autres qui témoignent d’une perturbation dans leurs fonctions sexuelles. On a consigné beaucoup de cas d’oiseaux mâles ayant perdu en captivité leur plumage caractéristique. Ainsi la linotte commune (Linota cannabina), n’acquiert pas en cage la belle nuance cramoisie sur sa poitrine, et un bruant (Emberiza passerina), y perd la coloration noire de sa tête. Un Pyrrhula et un Oriolus ont revêtu le plumage tranquille de leur femelle, et le Falco albidus est revenu au plumage de sa jeunesse[62]. M. Thompson, le directeur de la ménagerie de Knowsley m’a signalé des faits analogues. Les bois d’un cerf mâle (Cervus Canadensis) qui s’étaient mal développés pendant le voyage d’Amérique, furent ultérieurement à Paris remplacés par des bois complets.

Lorsque, en captivité, la conception a lieu, les jeunes animaux naissent souvent morts, ou meurent bientôt, ou sont mal conformés. C’est ce qui arrive souvent au Jardin Zoologique, et, d’après Rengger, aux animaux indigènes tenus en captivité au Paraguay. Le lait de la mère tarit souvent. Nous pouvons aussi attribuer à la perturbation des fonctions sexuelles l’instinct monstrueux qui porte la mère à dévorer ses petits, — cas mystérieux d’apparente dépravation.

Nous avons donné suffisamment de faits pour prouver que, lorsque les animaux sont captifs, ils sont éminemment sujets à avoir leurs organes reproducteurs affectés. Il semblait naturel d’attribuer cet effet à une perte sinon de santé, du moins de vigueur ; mais on ne peut guère soutenir cette idée devant la santé, la longévité et la vigueur dont jouissent en captivité un grand nombre d’animaux, comme les perroquets, les faucons employés pour la chasse, les guépards qu’on utilise au même but, et les éléphants. Les organes reproducteurs en eux-mêmes ne sont point malades, et les maladies qui causent ordinairement la mort des animaux dans les ménageries ne sont pas de celles qui portent atteinte à leur fécondité. Aucun animal n’est plus sujet aux maladies que le mouton, qui est cependant extrêmement prolifique. Le défaut de reproduction chez les animaux captifs a été souvent exclusivement attribué à la perte des instincts sexuels ; ce qui peut arriver quelquefois ; mais on ne peut concevoir pour quelle raison et comment ces instincts pourraient être affectés chez les animaux apprivoisés, autrement que par la perturbation même du système reproducteur. En outre, on a de nombreux cas d’accouplements ayant eu lieu librement en captivité, sans avoir été suivis de conception ; ou si celle-ci a eu lieu et que des jeunes aient été produits, ils ont été moins nombreux qu’ils ne devaient l’être naturellement dans l’espèce. Dans le règne végétal, où l’instinct ne joue aucun rôle, nous verrons bientôt cependant que les plantes enlevées à leurs conditions naturelles sont affectées à peu près de la même manière que les animaux. La perte de la fécondité ne peut être causée par le changement de climat, car, tandis que beaucoup d’animaux importés en Europe et provenant des climats les plus divers se reproduisent librement, un grand nombre d’autres se montrent complétement stériles en captivité dans leur propre pays. Le changement de nourriture ne peut pas non plus être la cause principale de la stérilité, car les autruches, les canards et bien d’autres animaux, qui ont éprouvé sous ce rapport de grands changements, se reproduisent cependant librement. Les oiseaux de proie captifs sont très-stériles, tandis que la plupart des mammifères carnassiers, les plantigrades exceptés, sont passablement fertiles. La quantité de nourriture ne peut pas davantage être en cause, car on donne toujours aux animaux de valeur une nourriture suffisante, et pas en plus grande abondance qu’on ne le ferait à nos productions domestiques qui conservent leur fertilité complète. Enfin, nous pouvons inférer des cas de l’éléphant, du guépard, du faucon, et de beaucoup d’autres animaux, auxquels, dans leur pays natal, on accorde une grande liberté, que ce n’est pas non plus le manque d’exercice qui cause la stérilité.

Il semble que tout changement un peu prononcé dans les habitudes, quelles qu’elles puissent être, tende à affecter d’une manière inexplicable le pouvoir reproducteur. Le résultat dépend plus de la constitution de l’espèce que de la nature du changement, car certains groupes entiers sont plus affectés que d’autres : mais il y a toujours des exceptions, et on trouve dans les groupes les plus fertiles, des espèces qui refusent de reproduire, et inversement, dans les groupes les plus stériles, des espèces qui se propagent facilement. Les animaux qui reproduisent en captivité ne le font au Jardin Zoologique, à ce que j’apprends, que rarement avant un ou deux ans après leur importation. Lorsqu’un animal, ordinairement stérile en captivité, vient à reproduire, les jeunes en général n’héritent pas de la même aptitude, car, s’il en eut été ainsi, les mammifères ou oiseaux curieux, qui ont de la valeur et qu’on recherche pour les montrer, seraient devenus communs. Le Dr Broca[63] assure que beaucoup d’animaux du Jardin des Plantes, après avoir produit pendant trois ou quatre générations successives, sont devenus stériles ; mais ceci peut être le résultat d’une reproduction consanguine trop intime. Il est remarquable que beaucoup de mammifères et d’oiseaux ont, en captivité, produit des hybrides aussi et même plus facilement qu’ils n’ont pu propager leur propre espèce. On a cité bien des exemples de ce fait[64], qui nous rappelle ces plantes cultivées qui ne sont pas fécondables par leur propre pollen, mais le sont facilement par celui d’une espèce distincte. Nous devons finalement conclure, si limitée que soit cette conclusion, que les changements dans les conditions extérieures exercent une action nuisible spéciale sur le système reproducteur. Le cas est dans son ensemble assez particulier, car les organes, quoique n’étant pas malades, deviennent incapables de remplir leurs fonctions propres, ou ne les remplissent que d’une manière imparfaite.


Stérilité causée chez les animaux domestiques par les changements dans les conditions extérieures. — La domestication des animaux dépendant surtout de l’aptitude qu’ils ont de pouvoir reproduire en captivité, nous ne devons pas nous attendre à trouver leur système reproducteur sensiblement affecté par des changements peu considérables. Ce sont les ordres de mammifères et d’oiseaux dont les espèces reproduisent le mieux dans les ménageries, qui nous ont fourni le plus grand nombre de productions domestiques. Dans toutes les parties du globe, les sauvages aiment à apprivoiser les animaux[65] ; de sorte que ceux qui, dans l’état de captivité, peuvent produire régulièrement des jeunes, tout en étant utiles, sont par le fait domestiqués. Si ensuite, accompagnant leurs maîtres dans d’autres contrées, il se trouvent aptes à résister à des climats divers, ils n’en deviennent que plus utiles, et il paraît en effet que les animaux qui reproduisent en captivité s’accoutument généralement bien à des climats différents ; il faut cependant excepter le chameau et le renne. La plupart de nos animaux domestiques peuvent supporter, sans amoindrissement de fertilité, les conditions les moins naturelles ; ainsi les lapins, le cochon d’Inde et les furets peuvent reproduire dans les clapiers les plus bornés. Peu de chiens européens résistent au climat de l’Inde, qui détermine chez eux une dégénérescence, mais ils conservent leur fécondité, d’après le Dr Falconer. Il en est de même, selon le Dr Daniell, des chiens anglais importés à Sierra-Leone. L’espèce galline, originaire des fourrés brûlants de l’Inde, est, dans toutes les parties du globe, plus fertile que sa souche parente, jusqu’aux limites du Groenland et de la Sibérie septentrionale, où elle cesse de reproduire. Des volailles et des pigeons qui m’avaient été envoyés directement de Sierra-Leone furent tous disposés à s’apparier[66]. J’ai aussi vu des pigeons importés, depuis un an, du Nil supérieur, reproduisant aussi bien que les pigeons ordinaires. La pintade, originaire des déserts chauds et arides de l’Afrique, pond une très-grande quantité d’œufs sous notre climat humide et froid.

Nos animaux domestiques présentent néanmoins quelquefois un amoindrissement dans leur fécondité, lorsqu’ils se trouvent transportés dans des conditions différentes. Roulin affirme que, dans les chaudes vallées des Cordillères, sous l’équateur, les moutons ne sont pas très-féconds[67], et, d’après lord Somerville[68], les mérinos qu’il avait importés d’Espagne ne furent pas d’abord très-fertiles. On prétend que, les juments[69] qu’on met au vert, au sortir du régime sec de l’écurie, ne reproduisent pas de suite. La femelle du paon ne pond pas autant d’œufs en Angleterre que dans l’Inde. Il a fallu longtemps avant que le canari fût complétement fertile et, encore à l’heure qu’il est, les oiseaux de premier ordre et bons reproducteurs ne sont pas très-communs[70]. Le Dr Falconer m’informe que, dans la province chaude et sèche de Delhi, les œufs du dindon, quoique couvés par une poule, sont sujets à manquer. D’après Roulin, des oies transportées depuis peu sur le plateau élevé de Bogota pondirent d’abord rarement, et quelques œufs seulement ; un quart de ceux-ci purent éclore, et la moitié des jeunes oiseaux périt ; ils furent plus féconds à la seconde génération, et, à l’époque où Roulin écrivait, ils commençaient à être aussi fertiles qu’en Europe. Dans l’archipel des Philippines, on prétend que l’oie ne reproduit pas et ne pond même pas d’œufs[71]. D’après Roulin, l’espèce galline ne voulut pas reproduire à Cusco en Bolivie, lors de sa première introduction dans le pays, mais elle est depuis devenue complétement fertile ; la race de Combat, après son introduction en Angleterre, n’avait pas atteint un degré de fécondité bien considérable, car on s’estimait heureux de pouvoir élever deux ou trois poulets par couvée. En Europe, la réclusion de l’espèce galline exerce un effet marqué sur sa fertilité ; on a constaté qu’en France, chez les poules auxquelles on laisse une certaine liberté, il y a environ 20 pour 100 d’œufs qui ne réussissent pas, 40 pour 100 chez les poules qu’on laisse moins libres, et, chez celles qu’on tient enfermées, jusqu’à 60 pour 100 qui n’éclosent pas[72]. Il résulte de ce qui précède qu’un changement dans les conditions extérieures peut avoir de l’influence sur nos animaux les plus complétement domestiqués, à un degré moins prononcé, mais de la même manière que pour les animaux sauvages captifs.

Il n’est pas rare de rencontrer certains mâles et femelles qui ne veulent pas s’apparier, quoique étant parfaitement fertiles avec d’autres femelles et mâles. Comme il n’y a aucune raison de supposer que ces animaux aient été exposés à aucun changement de conditions ou d’habitudes, ces cas rentrent à peine dans notre sujet actuel et sont dus, selon toute apparence, à une incompatibilité sexuelle innée du couple qu’on veut apparier. Plusieurs cas de ce genre m’ont été signalés par M. W.-C. Spooner, M. Eyton, M. Wicksted, M. Waring de Chelsfield et d’autres éleveurs, chez les chevaux, bêtes bovines, porcs, chiens et pigeons[73]. Dans ces cas, des femelles qui, soit antérieurement, soit ensuite, s’étaient montrées fécondes, ne produisirent rien par certains mâles, avec lesquels on désirait tout particulièrement les apparier. Il se pourrait qu’il soit survenu quelque changement de constitution dans la femelle avant qu’on la livre au second mâle ; mais il est des cas où cette explication n’est pas soutenable, car une femelle, connue pour ne pas être stérile, a pu sans résultat être livrée sept ou huit fois à un même mâle également reconnu fertile. Pour les juments de gros trait, qui quelquefois ne produisent rien par des étalons de pur sang, mais ont ensuite porté après avoir été livrées à des étalons de leur race, M. Spooner croit qu’on doit attribuer l’insuccès à la puissance sexuelle moins forte du cheval de sang. Mais je tiens de M. Waring, le plus grand éleveur actuel de chevaux de course, qu’il arrive souvent qu’une jument, livrée pendant une ou deux saisons à un étalon reconnu fécond, et demeurée stérile, donne ensuite un produit par un autre cheval. Ces faits montrent, comme beaucoup d’autres précédemment signalés, de quelles faibles différences constitutionnelles peut souvent dépendre la fécondité d’un animal.


De la stérilité des plantes occasionnée pur les changements dans les conditions extérieures et par d’autres causes. — Dans le règne végétal il se présente fréquemment des cas de stérilité analogues à ceux que nous venons de voir dans le règne animal. Le sujet se complique de plusieurs circonstances que nous allons examiner et qui sont : la contabescence des anthères ; nom que Gartner a donné à une affection particulière ; — les monstruosités ; — la duplication de la fleur ; — l’agrandissement du fruit, — et la propagation par bourgeons excessive ou longtemps continuée.


On sait que, dans nos jardins et nos serres, beaucoup de plantes ne produisent que rarement ou quelquefois jamais de graines, bien que se trouvant d’ailleurs en fort bon état. Je n’ai pas ici en vue les plantes qui, par excès d’humidité, de chaleur ou de fumier, poussent en feuilles et ne produisent pas l’individu reproducteur ou la fleur, cas qui est tout différent ; ni les fruits qui ne mûrissent pas faute de chaleur, ou qui pourrissent par trop d’humidité. Mais bien des plantes exotiques, dont le pollen et les ovules paraissent sains, ne donnent aucune graine. Dans bien des cas, comme je m’en suis assuré par mes observations, la stérilité est simplement due à l’absence des insectes nécessaires pour porter le pollen au stigmate ; mais, en outre, il y a des plantes chez lesquelles le système reproducteur a été sérieusement affecté par les changements dans les conditions extérieures auxquelles elles ont été exposées.

Linné a déjà observé[74] que les plantes alpestres, quoique naturellement chargées de graines, n’en produisent que peu ou point lorsqu’on les cultive dans les jardins. Mais on rencontre des exceptions : la Draba sylvestris, plante essentiellement alpine, se multiplie par graine dans le jardin de M. H.-C. Watson près de Londres, et Kerner, qui s’est occupé de la culture de plantes alpestres, a trouvé que plusieurs d’entre elles, cultivées, se ressèment spontanément d’elles-mêmes[75]. Des plantes qui croissent naturellement dans les terrains tourbeux sont tout à fait stériles dans nos jardins. J’ai observé le même fait sur quelques liliacées, qui croissent cependant vigoureusement.

Un excès d’engrais rend quelques plantes complétement stériles ; la tendance à la stérilité due à cette cause varie suivant les familles, car, d’après Gärtner[76], tandis qu’il est presque impossible de donner trop d’engrais aux Graminées, aux Crucifères et aux Légumineuses, les plantes succulentes et à racines bulbeuses en sont très-aisément affectées. Une grande pauvreté de sol est moins apte à déterminer la stérilité ; mais des plantes naines de Trifolium minus et repens, croissant sur une pelouse souvent fauchée et jamais fumée, n’ont pas donné de graines. La température du sol et l’époque où on arrose les plantes exercent souvent une action marquée sur leur fécondité, comme l’a observé Kölreuter sur les Mirabilis[77]. Au Jardin Botanique d’Édimbourg, M. Scott a observé que l’Oncidium divaricatum croissant dans un panier, où il prospérait, ne donnait pas de graines, mais pouvait être fécondé dans un vase où il était plus à l’humidité. Le Pelargonium fulgidum a donné de la graine pendant plusieurs années après son introduction, puis est devenu stérile ; il est actuellement fertile[78] lorsqu’on le conserve dans une serre tempérée pendant l’hiver. Quelques variétés de Pelargoniums sont, sans cause connue, les unes fécondes, les autres stériles. De très-légers changements dans la position d’une plante, suivant qu’elle est placée sur une élévation ou à sa base, suffisent pour faire toute la différence. La température paraît aussi avoir sur la fertilité des plantes une influence beaucoup plus prononcée que sur celle des animaux. Il est néanmoins étonnant de voir quels changements quelques plantes peuvent supporter sans diminution de leur fécondité ; ainsi la Zephyranthes candida, originaire des rives modérément chaudes de la Plata, se sème dans les régions sèches et chaudes des environs de Lima, et résiste aux gels les plus forts dans le Yorkshire ; et j’ai vu des graines provenant de gousses qui avaient été sous la neige pendant trois semaines[79]. Le Berberis Wallichii, de la chaîne chaude de Khasia dans l’Inde, supporte sans inconvénient nos froids les plus intenses, et mûrit son fruit dans nos étés frais. La stérilité de plusieurs plantes exotiques doit néanmoins être attribuée au changement de climat ; ainsi les lilas persans et chinois (Syringa Persica et Chinensis), quoique très-vigoureux, ne donnent jamais de graines dans nos pays ; le lilas commun (S. vulgaris), graine passablement chez nous, mais dans certaines parties de l’Allemagne ses capsules ne contiennent jamais de graines[80].

Quelques-uns des cas, rapportés dans le chapitre précédent, de plantes impuissantes par elles-mêmes, mais fertiles, tant du côté mâle que femelle, lorsqu’on les unit à des individus ou espèces distinctes, auraient pu trouver leur place ici ; car cette forme particulière de stérilité frappant surtout les plantes exotiques ou les plantes indigènes cultivées en vases, et disparaissant dans la Passiflora alata greffée, nous pouvons conclure qu’elle est, dans ces cas, un résultat du traitement auquel les plantes ou leurs parents ont été exposés.

La disposition qu’offrent les plantes à être affectées dans leur fertilité par de légères modifications des conditions extérieures, est d’autant plus remarquable, que le pollen en voie de formation ne s’altère pas facilement ; on peut transplanter un végétal, ou couper une branche à bourgeons floraux et la mettre dans l’eau, sans empêcher la maturation du pollen ; celui-ci, une fois mûr, peut se conserver pendant des semaines et des mois[81]. Les organes femelles sont plus délicats, car Gärtner[82] a trouvé que les plantes dicotylédones, quoique transplantées avec assez de soin pour ne présenter aucun signe d’affaissement, ne peuvent que rarement être fécondées ; il en a été de même de plantes en vase, dont les racines étaient sorties par l’ouverture du fond. Dans quelques cas cependant, entre autres pour la Digitale, la transplantation n’a pas empêché la fécondation ; et, d’après le témoignage de Mawz, la Brassica rapa, arrachée et placée dans l’eau, a pu mûrir ses graines. Les pédoncules floraux de plusieurs monocotylédones coupés et mis dans l’eau ont également produit des graines. Mais je présume que, dans ces cas, les fleurs avaient déjà été fécondées, car Herbert[83] a observé qu’on peut, chez les Crocus, transplanter ou mutiler la plante après sa fécondation, sans nuire à la maturation des graines, mais que si la transplantation a lieu avant la fécondation, l’application ultérieure du pollen demeure sans effet.

Les plantes qui sont cultivées depuis longtemps peuvent généralement supporter des changements considérables, sans que leur fécondité en soit amoindrie ; mais dans la plupart des cas, elles ne résistent pas à d’aussi forts changements de climat que les animaux domestiques. Dans ces circonstances, un grand nombre de plantes sont affectées au point que les proportions et la nature de leurs éléments chimiques sont modifiées, sans que leur fécondité soit diminuée. Ainsi le Dr Falconer m’apprend qu’il y a une grande différence dans les caractères de la fibre du chanvre, dans la quantité de l’huile de la graine du lin, dans les proportions de la narcotine et de la morphine dans le pavot, dans celles de la farine et du gluten dans le froment, entre ces diverses plantes, suivant qu’elles sont cultivées dans les plaines ou dans les régions montagneuses de l’Inde ; elles n’en demeurent pas moins complétement fertiles.

Contabescence. — Gärtner a désigné sous ce nom un état particulier que présentent les anthères de certaines plantes, chez lesquelles elles sont ratatinées, deviennent brunes et dures, et ne contiennent point de bon pollen. Elles ressemblent, dans cet état, exactement aux anthères des hybrides les plus stériles. Gärtner[84] a, dans sa discussion sur ce point, montré que cette affection peut se rencontrer dans des plantes appartenant à beaucoup d’ordres, mais qu’elle atteint surtout les Caryophyllacées et les Liliacées, auxquels je crois qu’on peut ajouter les Éricacées. La contabescence varie quant au degré, mais généralement toutes les fleurs d’une même plante sont affectées d’une manière à peu près égale. Les anthères sont déjà atteintes de fort bonne heure dans le bourgeon floral, et conservent le même état, à une exception connue près, pendant la vie de la plante. Aucun changement de traitement ne guérit cette affection, qui se propage par marcottes, boutures, etc., et peut-être même par graine. Les organes femelles sont rarement affectés chez les plantes contabescentes ; ils offrent simplement un développement plus précoce. La cause de cette particularité est incertaine et paraît différer suivant les cas. Jusqu’à ce que j’eusse lu la discussion de Gärtner, je l’avais attribuée, comme l’avait fait Herbert, au traitement artificiel des plantes, mais sa permanence, malgré un changement de conditions et l’intégrité des organes femelles, ne cadre pas avec cette supposition. Le fait que plusieurs plantes indigènes deviennent contabescentes dans nos jardins paraît également lui être contraire ; mais Kölreuter admet que c’est le résultat de leur transplantation. Des plantes de Dianthus et de Verbascum, trouvées contabescentes par Wiegmann à l’état sauvage, croissaient sur une pente sèche et stérile. Le fait que les plantes exotiques sont éminemment sujettes à cette affection paraît aussi indiquer qu’elle résulte en quelque manière du traitement artificiel auquel elles sont soumises. Dans certains cas, comme pour le Silène, l’opinion de Gärtner paraît la plus probable : à savoir, qu’elle est causée par une tendance inhérente chez l’espèce à devenir dioïque. J’y ajouterai encore une autre cause, qui est l’union illégitime de plantes réciproquement dimorphes ou trimorphes, car j’ai observé des produits levés de graine de trois espèces de Primula et du Lythrum salicaria, provenant de plantes fécondées par leur propre pollen, dont les anthères étaient en tout ou en partie à l’état contabescent. Il y a peut-être une cause additionnelle, qui est la fécondation de la plante par elle-même ; car un grand nombre de Dianthus et de Lobelias, levés de graines dues à une fécondation de ce genre, avaient leurs anthères dans cet état ; toutefois ces cas ne sont pas décisifs, parce que d’autres causes peuvent déterminer la même affection chez les deux genres précités.

On rencontre également des cas inverses de plantes chez lesquelles la stérilité frappe les organes femelles, les mâles restant intacts. Le Dianthus Japonicus, une Passiflora et une Nicotiana ont été décrits par Gärtner[85] comme étant dans cet état inusité.

Des monstruosités comme causes de stérilité. — De grandes déviations de conformation sont quelquefois la cause de stérilité chez les plantes, lors même que les organes reproducteurs ne sont pas eux-mêmes sérieusement affectés. Mais, dans d’autres cas, on voit des plantes monstrueuses au plus haut degré, sans que leur fertilité s’en ressente aucunement. Gallesio[86], qui était certainement expert dans la matière, attribue souvent la stérilité à cette cause, mais on peut soupçonner que, dans quelques-uns des cas qu’il signale, la stérilité était non la cause, mais le résultat de l’état monstrueux. Le pommier de Saint-Valéry, quoique portant des fruits, produit rarement de la graine. Les fleurs anormales du Begonia frigida, que nous avons précédemment décrites, sont stériles, quoique paraissant tout à fait aptes à la fructification[87]. On dit que les espèces de Primula, dont le calice est brillamment coloré, sont souvent stériles[88], bien que j’en aie observé qui ne l’étaient pas. Verlot donne d’autre part plusieurs cas de fleurs prolifères aptes à être propagées par graines ; entre autres le cas d’un pavot qui était devenu monopétale par l’union de ses pétales[89]. Un autre pavot extraordinaire, dont les étamines étaient remplacées par de nombreuses petites capsules supplémentaires, s’était également reproduit par graine. Le même fait s’est présenté dans une plante de Saxifraga geum, chez laquelle il s’était développé, entre les étamines et les carpelles normaux, une série de carpelles adventifs, portant des ovules sur leurs bords[90]. Enfin, pour ce qui concerne les fleurs péloriques, qui s’écartent considérablement de la conformation naturelle, — celles du Linaria vulgaris paraissent être généralement plus ou moins stériles, tandis que celles de l’Antirrhinum majus, fécondées artificiellement par leur propre pollen, sont tout à fait fertiles, quoique stériles lorsqu’on les laisse à elles-mêmes, les abeilles ne pouvant s’introduire dans leur étroite fleur tubulaire. Les fleurs péloriques de Corydalis solida, sont stériles, d’après Godron[91] ; tandis que celles de Gloxinia donnent de la graine en abondance. Dans nos Pelargoniums de serre, la fleur centrale de la touffe est souvent pélorique, et M. Masters a, pendant plusieurs années, essayé en vain d’en obtenir de la graine. J’ai également fait de nombreuses tentatives vaines, mais j’ai cependant réussi à en féconder par du pollen d’une fleur normale d’une autre variété ; j’ai aussi plusieurs fois fait l’opération inverse, en fécondant des fleurs ordinaires par du pollen pélorique. Je n’ai réussi qu’une fois à obtenir une plante provenant d’une fleur pélorique fécondée par du pollen d’une fleur pélorique portée sur une autre variété, mais je dois ajouter qu’elle ne présenta rien de particulier dans sa conformation. Nous ne pouvons donc arriver à aucune règle générale ; mais toute déviation considérable de la conformation normale entraîne certainement une impuissance sexuelle, même lorsque les organes reproducteurs ne sont pas eux-mêmes sérieusement affectés.

Fleurs doubles. — Lorsque les étamines se transforment en pétales, la plante devient stérile du côté mâle ; lorsque la transformation porte sur les étamines et le pistil, la plante est complétement stérile. Les fleurs symétriques dont les étamines et les pétales sont nombreux, sont les plus sujettes à devenir doubles, ce qui résulte probablement de la tendance à la variabilité que présentent tous les organes multiples. Les fleurs qui n’ont que peu d’étamines, ou celles qui sont asymétriques par leur conformation, peuvent quelquefois devenir doubles, comme nous le voyons dans les Ulex, Petunias et Antirrhinums. Les Composées portent ce que nous appelons des fleurs doubles par suite du développement anormal de la corolle des fleurons centraux. Cette particularité, qui paraît quelquefois liée à la croissance continue[92] de l’axe de la fleur, est fortement héréditaire. On n’a jamais, comme le fait remarquer Lindley[93], obtenu de fleurs doubles en favorisant la parfaite santé d’une plante, et leur production paraît au contraire due à l’influence de conditions extérieures artificielles. On a quelques raisons pour croire que des graines conservées pendant fort longtemps, ou qui ont dû n’être qu’imparfaitement fertilisées, donnent plus sûrement des fleurs doubles que celles qui sont fraîches et complétement fécondées[94] ; mais la cause excitante la plus ordinaire paraît être la culture longtemps continuée dans un sol riche. Un Narcisse et un Anthemis nobilis doubles sont devenus simples après transplantation dans un sol maigre[95] ; j’ai vu également une primevère blanche double devenir simple, et cela d’une manière permanente, après avoir été divisée et transplantée pendant qu’elle était en pleine floraison.

Le professeur Morren a observé que les fleurs doubles et la panachure des feuilles sont deux états antagonistes, mais on a récemment consigné tant d’exceptions à cette règle[96], que, bien qu’elle soit assez générale, on ne peut pas la considérer comme invariable. La panachure paraît résulter ordinairement d’un état affaibli ou atrophié de la plante, et une forte proportion des plantes levées de graines, provenant de parents tous deux panachés, périssent habituellement jeunes ; d’où nous pourrions peut-être inférer que les fleurs doubles, qui constituent l’état antagoniste, proviennent ordinairement de pléthore. Un sol très-pauvre paraît quelquefois, quoique rarement, déterminer les fleurs doubles ; j’ai autrefois décrit[97] quelques fleurs complétement doubles, produites en grand nombre sur des plantes sauvages et rabougries de Gentiana amarella, croissant sur un sol maigre et calcaire. J’ai constaté une tendance prononcée à la production de fleurs doubles chez un Ranunculus repens, Æsculus pavia, et un Staphylea, croissant dans des conditions très-défavorables. Le professeur Lehman[98] a trouvé plusieurs plantes sauvages, croissant près d’une source chaude, et dont les fleurs étaient doubles. Quant à la cause de cette modification qui, comme nous le voyons, se manifeste dans des circonstances bien différentes, je croirais que l’explication la plus probable en est que les conditions artificielles déterminent d’abord une tendance à la stérilité, et qu’ensuite, en vertu du principe de compensation, les organes reproducteurs n’accomplissant pas leurs fonctions propres, se développent en pétales, ou qu’il se forme des pétales additionnels. Cette idée a été récemment soutenue par M. Laxton[99], à propos d’un cas qu’il avait observé sur le pois commun, qui, après une longue période de fortes pluies, avait fleuri une seconde fois, en donnant des fleurs doubles.

Fruits sans graines. — Un grand nombre de nos fruits les plus estimés, bien que formés d’organes très-différents, au point de vue homologique, sont ou tout à fait stériles, ou ne donnent que fort peu de graines. C’est ce qui arrive à nos meilleures poires, raisins, figues, ananas, bananes, au fruit de l’arbre à pain, à la grenade, l’azerole, la datte et quelques membres de la famille des oranges. Les variétés inférieures de ces mêmes fruits donnent habituellement ou occasionnellement des graines[100]. La plupart des horticulteurs considèrent la grosseur et le développement anormal du fruit comme la cause, et la stérilité comme le résultat ; mais, comme nous allons le voir, c’est l’opinion contraire qui est la plus probable.

Stérilité par suite du développement excessif des organes de la végétation. — Les plantes qui, pour une cause quelconque, croissent d’une manière trop luxuriante et produisent en excès des feuilles, tiges, coulants, rejetons, tubercules, bulbes, etc., souvent ne fleurissent pas, ou ne donnent que des fleurs sans graines. Pour que les légumes européens produisent de la graine, sous le climat chaud de l’Inde, il faut modérer leur croissance, et lorsqu’ils sont parvenus au tiers de leur hauteur, on les relève et on coupe leurs tiges et leurs pivots[101]. Il en est de même pour les hybrides ; ainsi le professeur Lecoq[102], ayant trois plantes de Mirabilis qui, après une croissance luxuriante, n’avaient donné que des fleurs stériles, abattit sur l’une d’elles la plupart des branches, en n’en laissant qu’un petit nombre, qui donnèrent ensuite de l’excellente graine. La canne à sucre, qui croît avec vigueur et fournit en abondance des tiges succulentes, ne produit, d’après plusieurs observateurs, jamais de graines dans les Indes occidentales, Malaga, l’Inde, la Cochinchine, ou l’archipel Malais[103]. Les plantes qui développent beaucoup de tubercules sont sujettes à être stériles, comme cela a lieu, jusqu’à un certain point, chez la pomme de terre ; j’apprends de M. Fortune qu’en Chine, la patate (Convolvulus batatas), autant qu’il a pu le voir, ne produit jamais de graines. Le Dr Royle[104] remarque que, dans l’Inde, l’Agave vivipara, planté dans un sol riche, ne produit que des bulbes, mais pas de graines ; un terrain maigre et un climat sec donnent le résultat opposé. D’après M. Fortune, il se développe dans les aisselles des feuilles de l’igname une immense quantité de petits bulbes, mais la plante ne donne pas de graine. La question de savoir si, dans ces cas, comme dans ceux des fleurs doubles et des fruits sans graine, la stérilité sexuelle résultant de changements dans les conditions extérieures est la cause principale du développement excessif que prennent les organes de la végétation, peut être douteuse, quoiqu’on puisse invoquer quelques faits favorables à cette manière de voir. Mais il est peut-être plus probable que les plantes qui se propagent largement d’une manière, par bourgeons par exemple, n’aient plus assez de puissance vitale ou de matière organisée pour l’autre mode de reproduction par génération sexuelle.

Plusieurs botanistes éminents et des praticiens compétents admettent qu’une propagation longtemps continuée par boutures, marcottes, tubercules, bulbes, etc., indépendamment du développement excessif de ces différentes parties, est la cause pour laquelle de nombreuses plantes ne donnent pas de fleurs, ou ne produisent que des fleurs stériles, comme si elles avaient perdu l’habitude de la génération sexuelle[105]. Il n’y a aucun doute qu’un grand nombre de plantes propagées ainsi ne soient stériles, mais je ne me hasarderai pas, faute de preuves suffisantes, à affirmer que cette forme de reproduction longtemps continuée soit la cause réelle de leur stérilité.

Nous pouvons, d’après certaines plantes qui doivent longtemps avoir vécu à l’état de nature, conclure que les végétaux peuvent se propager par bourgeons et pendant de longues périodes, sans le secours de la génération sexuelle. Beaucoup de plantes alpestres remontent dans les montagnes au-dessus de la limite où elles peuvent produire les graines[106]. Certaines espèces de Poa et Festuca, croissant dans les pâturages de montagnes, se propagent, d’après ce que m’apprend M. Bentham, presque exclusivement par bulbilles. Kalm cite un cas plus curieux de plusieurs arbres américains[107], qui croissent en telle abondance dans des marais ou dans d’épaisses forêts, qu’ils sont certainement bien adaptés à ces stations, et cependant, n’y donnent presque jamais de graines ; tandis qu’il en sont chargés, s’ils se trouvent accidentellement en dehors des forêts ou des marais. Le lierre commun se trouve dans le nord de la Suède et de la Russie, mais il ne donne des fleurs et fruits que dans les provinces méridionales. L’Acorus calamus s’étend sur une grande partie du globe, mais il ne donne que si rarement de la graine parfaite, que peu de botanistes ont eu occasion d’en voir[108]. L’Hypericum calycinum, qui se propage si facilement dans nos plantations par rhizomes, et est naturalisé en Irlande, fleurit abondamment, mais ne produit point de graines ; il n’en a pas produit davantage dans mon jardin, même après avoir été fécondé par du pollen de plantes croissant à distance. La Lysimachia nummularia, qui est pourvue de longs coulants, produit si rarement des capsules de graine, que le professeur Decaisne[109], qui a beaucoup étudié cette plante, n’en a jamais vu en fruit. Le Carex rigida n’achève souvent pas sa graine en Écosse, en Laponie, au Groenland, en Allemagne, et à New-Hampshire aux États-Unis[110]. La pervenche (Vinca minor), qui s’étend largement par coulants, n’a presque jamais produit de fruits en Angleterre[111] ; mais comme cette plante exige le concours d’insectes pour être fécondée, il se peut que les insectes convenables y soient rares ou absents. La Jussiæa grandiflora a été naturalisée dans le midi de la France[112], et s’y est répandue par ses rhizomes, au point de devenir un obstacle à la navigation dans les eaux où elle habite, mais n’a jamais produit de graines fertiles. Le raifort (Cochlearia armoracia) qui s’étend avec ténacité et est naturalisé dans diverses parties de l’Europe, donne des fleurs qui ne produisent que rarement des capsules. Le professeur Caspary m’apprend qu’ayant suivi cette plante depuis 1854, il n’a jamais vu son fruit, ce qui n’est pas étonnant, car il n’a pas rencontré un grain de bon pollen. Le Ranunculus ficaria commun ne porte que rarement, d’autres disent jamais, de graines en Angleterre, en France et en Suisse ; j’ai observé cependant en 1863 des graines sur quelques plantes qui croissaient dans mon voisinage. D’après M. Chatin, il existe deux formes de celle renoncule, et c’est la forme bulbifère qui, ne produisant pas de pollen, ne donne pas de graines[113]. D’autres cas analogues pourraient être cités, par exemple quelques espèces de mousses et lichens qui ne fructifient pas en France.

La stérilité de quelques-unes de ces plantes indigènes ou naturalisées est probablement causée par leur multiplication excessive par bourgeons, et par l’incapacité à produire et nourrir la graine qui en est la conséquence. Mais pour d’autres, l’infertilité doit plus probablement tenir aux conditions particulières dans lesquelles elles se trouvent, comme le cas du lierre dans le nord de l’Europe, et des arbres dans les marais des États-Unis ; et cependant il faut que ces plantes soient, à certains égards, bien adaptées aux stations qu’elles occupent, car elles ont à lutter et à maintenir leur place contre une foule de concurrents.


Finalement, si nous réfléchissons à la stérilité qui accompagne les fleurs doubles, — au développement excessif des fruits, — et à l’accroissement considérable des organes de la végétation, nous devons nous rappeler que tous ces effets ont dû rarement avoir été déterminés tous à la fois. Une tendance naissante une fois constatée, la sélection continue et achève l’œuvre, comme cela a eu lieu pour les fleurs doubles et les beaux fruits. L’opinion qui paraît la plus probable et qui, en reliant entre eux les faits qui précèdent, permet de les faire rentrer dans notre sujet actuel, est celle que les conditions extérieures artificielles et modifiées déterminent d’abord une tendance à la stérilité, en conséquence de laquelle les organes de la reproduction n’étant plus aptes à remplir complétement leurs fonctions propres, une provision de matière organisée, non employée pour le développement de la graine, devient disponible et se porte, soit dans ces mêmes organes pour les rendre foliacés, soit dans le fruit, les tiges, tubercules, etc., dont elle augmente ainsi la grosseur et la succulence. Néanmoins je ne veux point par là nier qu’il ne puisse, indépendamment de toute stérilité naissante, exister un antagonisme entre les deux formes de la reproduction, celle par graines et celle par bourgeons, lorsqu’elles sont l’une ou l’autre poussées à l’extrême. Mais je conclus d’un certain nombre de faits qui suivent, que la stérilité commençante joue un rôle important dans la production des fleurs doubles et dans les autres cas précités. Lorsque la fertilité se perd pour une cause différente, notamment par l’hybridisation, il y a, d’après Gärtner[114], une forte tendance chez les fleurs à devenir doubles, tendance qui est héréditaire. Il est de plus notoire que, chez les hybrides, les organes mâles deviennent stériles avant les organes femelles, et que dans les fleurs doubles les étamines deviennent foliacées les premières. C’est ce que montrent les fleurs mâles des plantes dioïques, qui, d’après Gallesio[115], se doublent aussi les premières. Gärtner[116] appuie aussi sur ce que les fleurs des hybrides complétement stériles, qui ne donnent pas de graines, produisent cependant des capsules ou fruits parfaits, — fait observé fréquemment par Naudin chez les Cucurbitacées, — de sorte qu’on peut comprendre la production de fruits chez des plantes rendues stériles par toute autre cause distincte. Kölreuter a aussi exprimé son étonnement de la grosseur des tubercules chez certains hybrides, et tous les expérimentateurs[117] ont signalé la tendance prononcée qu’ils présentent à se multiplier par racines, par coulants ou drageons. Voyant que les plantes hybrides, plus ou moins stériles par leur nature, tendent ainsi à produire des fleurs doubles ; qu’elles ont leur fruit, c’est-à-dire la partie qui enveloppe la graine, bien développé, même lorsqu’il ne renferme pas de graines ; quelles produisent souvent des racines énormes ; qu’elles ont une tendance presque invariable à se multiplier par drageons et autres modes semblables ; et sachant, d’après les faits nombreux donnés au commencement de ce chapitre, que presque tous les êtres organisés tendent, lorsqu’on les expose à des conditions artificielles, à devenir plus ou moins stériles, — l’idée la plus probable est celle que, chez les plantes cultivées, la stérilité est la cause déterminante, et que les fleurs doubles, les fruits sans graines, le développement exclusif des organes de la végétation, etc., en sont les résultats indirects, — ces résultats ayant, dans la plupart des cas, été considérablement augmentés par la sélection continue de l’homme.



  1. Pour l’Allemagne, Metzger, Getreidearten, 1843, p. 63. — Pour la France, Loiseleur Deslongchamps, Consid. sur les Céréales, 1843, p. 200, donne de nombreuses références sur ce point. — Pour le midi de la France, Godron, Florula Juvenalis, 1854, p. 28.
  2. General Treatise of Husbandry, vol. III. p. 58.
  3. Gardener’s Chronicle et Agricult. Gazette, 1858, p. 247, et 1850, p. 702. — Rev. D. Walker, Prize Essay of Highland Agric. Soc., vol. II, p. 200. — Marshall, Minutes of Agriculture, Nov. 1775.
  4. Oberlin’s Memoirs (trad. angl.), p. 73. — Marshall, Review of Reports, 1808. p. 295.
  5. Cottage Gardener, 1856, p. 186. — Journal of Horticulture, Fév. 18, 1866, p. 21. — Pour les remarques sur les greffes de M. Abbey, voir id., Juillet 18, 1865, p. 44.
  6. Mém. de l’Acad. des Sciences, 1790. p. 209.
  7. On Varieties of Wheat, p. 52.
  8. M. Spencer a discuté très-complétement et habilement l’ensemble du sujet dans Principles of Biology, 1864, vol. II, chap. x. — Dans la 1re édition de mon Origine des Espèces, 1859, p. 267, j’ai parlé des bons effets résultant de légers changements dans les conditions extérieures et du croisement, et des effets nuisibles produits par de grands changements de conditions et par le croisement de formes trop différentes, comme deux séries de faits unis par un lien commun, mais inconnu, qui est en connexion intime avec le principe de la vie.
  9. Essais de Zoologie générale, 1841, p. 256.
  10. Du Rut, Annales du Muséum, 1807, t. IX, p. 120.
  11. Säugethiere von Paraguay, 1830, p. 40, 106, 118, 121, 201, 208, 249, 265, 327.
  12. The Naturalist on the Amazons, 1863, vol. I, p. 99, 193. — Vol. II, p. 113.
  13. Embassy to the Court of Ava, vol. I, p. 534.
  14. Journal, vol. I, p. 213.
  15. Säugethiere, p. 327.
  16. On the Breeding of the larger Felidæ. Proc, Zool. Soc., 1861, p. 140.
  17. Sleeman’s, Rambles in India, vol. II, p. 10.
  18. Wiegmann’s, Archiv für Naturgesch., 1837, p. 162.
  19. Rengger, Säugethiere, etc., p. 276. — Pour l’origine du cochon d’Inde, I. Geoffroy Saint-Hilaire, Hist. nat. générale.
  20. Bien que l’existence du Léporide décrit par le Dr Broca (Journal de Physiol., t. II, p. 370) soit actuellement niée, le Dr Pigeaux, Ann. and Mag. of Nat. Hist., vol. xx, 1867, p. 75, affirme que le lièvre et le lapin ont produit des hybrides.
  21. Quadrupeds of North America, par Audubon et Bachman, 1846, p. 268.
  22. Loudon’s, Mag. of Nat. Hist., vol. IX, 1836, p. 571. — Audubon et Bachman, (Quadrupeds of North America, p. 221.
  23. Flourens, de l’Instinct, etc., 1845, p. 88.
  24. Annual Reports Zoolog. Soc., 1855, 1858, 1863, 1864. — Times, 10 Août 1847. Flourens, de l’Instinct, p. 85.
  25. Säugethiere, etc., p. 34, 49.
  26. Article Brazil, Penny Cyclop., p. 363.
  27. The Naturalist on the River Amazon, vol. I, p. 99.
  28. Encyc. of Rural Sports, p. 691.
  29. D’après Sir A. Burnes (Caboul, etc., p. 51), on utilise dans le Scinde, pour la fauconnerie, huit espèces.
  30. Loudon’s, Mag. of Nat. Hist., vol. VI, 1833, p. 110.
  31. F. Cuvier, Ann. du Muséum, t. IX, p. 128.
  32. The Zoologist, vol. VIIVIII, 1849–50, p. 2648.
  33. Knox, Ornithological Rambles in Sussex, p. 91.
  34. The Zoologist, vol. VIIVIII, 1849–50, p. 2566. — Vol. IXx, 1851–52, p. 3207.
  35. Bechstein, Naturg. der Stubenvögel, 1840, p. 20.
  36. Ornithological Biography, vol. v, p. 517.
  37. The Zoologist, vol. III, 1843–45, p. 453. — Vol. IIIIV, 1845–46. p. 1075. — Bechstein, O. C., p. 139, parle de bouvreuils comme faisant des nids, main ne produisant que rarement des jeunes.
  38. Yarrell, Hist. Brit. Birds, 1839, vol. I, p. 412.
  39. Loudon’s, Mag. of Nat. Hist., vol. IX, 1836, p. 347.
  40. Mém. du Muséum, t. x, p. 314, donne cinq cas de reproduction observés en France chez des perroquets. Voir aussi Report. Brit. Assoc. Zoolog., 1843.
  41. Stubenvögel, p. 83, 105.
  42. Le Dr Hancock, Charlesworth Mag. of Nat. Hist., vol. II, 1838, p. 492, remarque que, parmi les oiseaux utiles si nombreux dans la Guyane, aucun ne se propage chez les Indiens, bien que la volaille ordinaire soit élevée en abondance dans tout le pays.
  43. A Week at Port Royal, 1855, p. 7.
  44. Audubon, American Ornithology, vol. v, p. 552, 557.
  45. Mowbray, On Poultry, 7e édit., p. 133.
  46. Temminck, Hist. nat. gén. des Pigeons, etc., 1813, t. III, p. 288, 382. — Ann. and Mag. of Nat. History, vol. XII, 1843, p. 453. D’autres espèces de perdrix se sont occasionnellement reproduites ; ainsi la P. rubra, dans une grande cour en France (Journal de Physique, t. xxv, p. 294) et au Jardin Zoologique en 1856.
  47. Rév. E. S. Dixon, The Dovecote, 1851, p. 243–252.
  48. Temminck, O. C., t II, p. 456, 458 ; t. III, p. 2, 13, 47.
  49. Bates, The Naturalist on the Amazon, vol. I, p. 193 ; vol. II, p. 112.
  50. Temminck, O. C., t. III, p. 125. — Pour le Tetrao Urogallus, L. Lloyd. Fieldsports of North of Europe, vol. I, p. 287, 314 ; et Bull. Soc. d’acc., t. VII, 1860, p.600. — Pour T. scoticus, Thompson. Nat. Hist. of Ireland, vol. II, 1850, p. 49. — Pour T. cupido, Boston Journ. of Nat. Hist., vol. III, p. 199.
  51. Marcel de Serres, Ann. des Sciences nat., 2e série, Zoologie, t. XIII, p. 175.
  52. Dr Hancock, O. C., p. 491. — R. Hill, O. C., p. 8. — Guide to the Zoological Gardens, by P. L. Sclater, 1859, p. 11, 12. — The Knowsley Menagerie, by Dr Gray, 1846, pl. XIV. — E. Blyth, Report Asiatic Soc. of Bengal, Mai 1855.
  53. Prof. Newton, Proc. Zool. Soc., 1860, p. 336.
  54. The Dovecote and Aviary, p. 428.
  55. Ornithological Biography, vol. III, p. 9.
  56. Geograph. Journal, vol. XIII, 1844, p. 32.
  57. Loudon’s, Mag. of Nat. Hist., vol v, 1832, p. 153.
  58. Zoologist, vol. vvi, 1847–48, p. 1660.
  59. Transact. Entom. Soc., vol. iv, 1845, p. 60.
  60. Transact. Linn. Soc., vol. VII, p. 40.
  61. M. Newman, Zoologist, 1857, p. 5764. — Dr Wallace, Proc. Entom. Soc., Juin 4, 1860, p. 119.
  62. Yarrell, British Birds, vol. I, p. 506. — Bechstein, Stubenvögel, p. 185. — Philos. Transact., 1772, p. 271. — Bronn, Geschichte der Natur, vol. II, p. 96, a recueilli un certain nombre de cas. Pour le cerf, Penny Cyclopedia, vol. VIII, p. 350.
  63. Journal de physiologie, t. II, p. 347.
  64. P. Cuvier, Ann. du Muséum, t. XII, p. 119.
  65. Livingstone (Voyages, etc., p. 317) raconte que le roi des Barotse, tribu de l’intérieur, qui n’avait jamais eu de communication avec les blancs, aimait beaucoup à apprivoiser les animaux, et qu’on lui apportait toutes les jeunes antilopes. M. Galton m’apprend qu’il en est de même des Damaras ; la même coutume règne chez les Indiens de l’Amérique du Sud. Le cap. Wilkes dit que les Polynésiens des îles Samoan apprivoisent les pigeons, et les nouveaux Zélandais conservent plusieurs espèces d’oiseaux.
  66. Pour des cas analogues, Réaumur, Art de faire éclore, etc., 1749, p. 243. — Col. Sykes, Proc. Zoolog. Soc., 1832, etc. — Pour la volaille ne reproduisant pas dans les régions septentrionales, voir Latham, Hist. of Birds, vol. VIII, 1823. p. 169.
  67. Mém. savants étrangers, 1835, t. VI, p. 347.
  68. Youatt, On Sheep, p. 181,
  69. J. Mills, Treatise on Cattle, 1776, p. 72.
  70. Bechstein, Stubenvögel, p. 242.
  71. Crawfurd, Descriptive Dict. of the Indian Island, 1856, p. 145.
  72. Bull. Soc. Acc., t. IX, 1862, p. 380, 384.
  73. Dr Chapuis, Le Pigeon voyageur belge, 1865, p. 66.
  74. Swedish Acts, vol. I, 1739, p. 3. — Pallas, Voyages, vol. I, p. 292. (Trad. angl.)
  75. A. Kerner, Die Cultur der Alpenpflanzen, 1864, p. 139. — Watson, Cybele Britannica, vol. I, p. 131. — D. Cameson, Gardener’s Chronicle, 1848, p. 253, 268, mentionne quelques plantes qui grainent.
  76. Beiträge zur Kenntniss der Befruchtung, 1844, p. 333.
  77. Nova Acta Petrop., 1793, p. 391.
  78. Cottage Gardener, 1856, p. 44, 109.
  79. Dr Herbert, Amaryllidacées, p. 176.
  80. Gärtner, O. C., p. 560, 564.
  81. Gardener’s Chronicle, 1844, p. 215 ; — 1850, p. 470.
  82. O. C., p. 252, 333.
  83. Journ. of Hort. Soc., vol. II, 1847, p. 83.
  84. O. C., p. 117, etc. — Kölreuter, Zweite Fortsetzung, p. 10, 121. — Dritte, etc., p. 57. — Herbert, O. C., p. 356. — Wiegmann, Ueber die Bastarderzeugung, p. 27.
  85. Bastarderzeugung, p. 356.
  86. Teoria della Riproduzione, 1816, p. 84. — Traité du Citrus, 1811, p. 67.
  87. C. W. Crocker, Gard. Chronicle, 1861, p. 1092.
  88. Verlot, des Variétés, 1865, p. 80.
  89. Id., ibid., p. 38.
  90. Prof. Allman, cité dans Phytologist, vol. II, p. 483. Je tiens du professeur Harvey, sur l’autorité de M. Andrews, qui a découvert la plante, que cette monstruosité se propage par graines. — Prof. Gœppert, Journal of Horticuture, 1er Juillet 1863, p. 171.
  91. Comptes rendus, 19 Déc. 1864 p. 1039.
  92. Garderner’s Chronicle, 1866, p. 681.
  93. Theory of Horticulture, p. 333.
  94. M. Fairweather, Trans. Hort. Soc., vol. III, p. 406. — Bosse, cité par Bronn, Geschichte der Natur, vol. II, p. 77. — Sur les effets de l’enlèvement des anthères, Leitner, dans Silliman’s North Amer. Journ. of Science, vol. XXIII, p. 47. — Verlot, O. C., p. 81.
  95. Lindley, O. C., p. 333.
  96. Gardener’s Chronicle, 1865, p. 626 ; 1866, p. 290, 730, et Velot, O. C., p. 75.
  97. Gardener’s Chronicle, 1843, p. 628, article où j’ai formulé la théorie sur les fleurs doubles qui suit.
  98. Cité par Gärtner, O. C., p. 567.
  99. Gardener’s Chronicle, 1866, p. 901.
  100. Lindley, Theory of Horticulture, p. 175–179. — Godron, de l’Espèce, t. I, p. 106. — Pickering, Races of Man ; — Gallesio, Teoria, etc., 1816, p. 101–110. — Meyen, Reise um Erde, t. II, p. 214, dit qu’à Manille une variété de la Banane donne beaucoup de graines, et Chamisso, Hooker’s Bot. Miscell., vol. I, p. 310, décrit une variété de fruit de l’arbre à pain des îles Mariannes, qui est petit et renferme des graines qui sont souvent parfaites. Burnes, dans son voyage à Bokhara, signale comme une particularité remarquable que le Grenadier donne des graines à Mazenderan.
  101. Ingledew, Trans. of Agric. and Hort. Soc. of India, vol. II.
  102. De la Fécondation, 1862, p. 308.
  103. Hooker, Bot. Misc., vol. I, p. 99. — Gallesio, Teoria, etc., p. 110.
  104. Transact. Linn. Soc., vol. XVII, p. 563.
  105. Godron, de l’Espèce, t. II, p. 106. — Herbert, On Crocus, Journ. of Hort. Soc., vol. I, 1846, p. 254. — Dr Wight, d’après ses observations dans l’Inde, admet cette opinion. Madras Journ. of Lit. and Science, vol. IV, 1836, p. 61.
  106. Wahlenherg décrit huit espèces qui se trouvent dans cet état, dans les Alpes laponnes. Voir Appendice à Linné, Tour en Laponie, trad. par Sir J. E. Smith, vol. II, p. 274, 280.
  107. Travels in North. America (trad. angl., vol. III, p. 175).
  108. Dr Bromfield, Phytologist, vol. III, p. 376, pour le lierre et l’Acorus ; voir aussi Lindley et Vaucher pour l’Acorus.
  109. Ann. des sc. nat., 3e sér., t. IV, p. 280. — M. Decaisne cite des cas analogues pour les mousses et lichens près de Paris.
  110. M. Tuckerman, Silliman’s Americ. Journ. of Science, vol. xlv, p. 41.
  111. Sir J. E. Smith, English Flora, vol. I, p. 339.
  112. G. Planchon, Flore de Montpellier, 1864, p. 20.
  113. Sur la non-production de graines en Angleterre, Crocker, Gard. Weekly Magazine, 1852, p. 70. — Vaucher, Hist. phys. des plantes d’Europe, t. I, p. 33. — Lecoq, Géographie Bot. de l’Europe, t. IV, p. 466. — Dr D. Clos, dans Ann. des Sc. nat., 3e série ; Bot., t. XVII, 1852, p. 129. Cet auteur cite d’autres cas analogues. Sur la non-production du pollen dans cette Renoncule, voir Chatin, Comptes rendus, 11 Juin 1866.
  114. O. C., p. 565. — Kölreuter, Dritte Forts, p. 73, 87, 119, montre que lorsqu’on croise deux espèces, l’une simple et l’autre double, les hybrides sont sujets à être extrêmement doubles.
  115. Teoria, etc., 1816, p. 73.
  116. Bastarderzeugung, p. 573.
  117. Ibid., p. 527.