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De la fréquente Communion... Partie 1, Chapitre 2


Chapitre 1


Où il est traité de la veritable intelligence des passages de l’escriture, et des peres que cét auteur allegue pour la frequente communion. Des conditions d’un bon directeur pour regler les communions. Si l’on doit porter indifferemment toutes sortes de personnes à communier tous les huit jours. Et de l’indisposition que les pechez veniels peuvent apporter à la frequente communion. que l’auteur de cette question a grande raison de proposer comme la meilleure regle, qu’on doive suivre en toutes choses, les sentimens de l’antiquité, les traditions des saints, et les vieilles coustumes de l’eglise.

response. Cette premiere maxime, sur laquelle vous pretendez establir tout vostre escrit, est si solide, et si sainte, que je ne me tiendrois pas pour catholique, si je ne l’embrassois de tout mon cœur, et si je ne portois une reverence particuliere à ces paroles, par lesquelles vous reconnoissez, que (...). Car en effet, quelle asseurance pouvons-nous avoir, que nostre esprit, qui n’est de soy-mesme qu’erreur et que tenebres, ne s’esgare point dans la conduite des ames ; qu’en suivant la lumiere que Jesus-Christ a donnée à son eglise, et qui se conserve dans la tradition de la mesme eglise. Si le fils de Dieu ayant esté envoyé par son pere, pour illuminer le monde, n’a rien dit que ce qu’il a oüy de son pere, comme il le declare dans l’evangile ; si le Saint Esprit, ayant esté depuis envoyé par le fils, n’a rien dit que ce qu’il a oüy du fils, comme le mesme fils le tesmoigne ; si les apostres, ayans esté envoyez par le Saint Esprit, n’ont rien dit que ce qu’ils ont appris de luy ; et enfin, si les evesques ayans esté envoyez par les apostres, n’ont rien enseigné que ce qu’ils avoient appris d’eux ; il n’y a point d’apparence, comme vous le jugez fort bien, qu’il soit permis à des hommes foibles, et aveugles comme nous, de rechercher dans nostre propre sens, et dans nostre fantaisie, les instructions que les ames nous demandent, et de leur enseigner une autre doctrine, et d’autres regles de pieté, que celles que l’eglise a receuës des peres de main en main, et de siecle en siecle, comme les premiers d’entr’eux les avoient receuës des apostres, les apostres du Saint Esprit, le Saint Esprit du fils, et le fils du pere. Car ne me croyez pas si peu instruit dans la science de l’eglise, que je vueille renfermer dans les seuls poincts de la foy, et de l’intelligence des mysteres, l’excellente regle que vous proposez. Je reconnois avec vous, qu’elle s’estend dans toutes les maximes qui regardent la vertu et la pieté chrestienne, comme est la question que vous traittez ; et qu’ainsi que vous dites, nous la devons suivre generallement en toutes choses ; c’est à dire, dans toutes les veritez de la foy, et dans toute la morale du christianisme. Et qui seroit le catholique, qui pûst avoir en cette rencontre un sentiment different du vostre ; qui pûst croire, que la tradition divine deust estre seulement la regle de nostre creance, et non pas le modelle de nos mœurs ; que l’approbation de la doctrine des peres nous fust commandée, et que l’imitation de leur conduite nous fust defenduë ; qu’il soit interdit de nous esloigner de ce qu’ils enseignent, et qu’il soit permis de chercher des voyes pour aller au ciel, ou differentes des leurs, ou qui mesme leur sont entierement opposées ; et enfin, que l’on ne puisse pas dire de la foy, (...), la foy des temps, et non pas de l’evangile ; et que l’on puisse dire des mœurs, (...), les mœurs des temps, et non pas de l’evangile. Nous apprenons des peres, et particulierement de S Gregoire Le Grand dans ses morales ; que la vertu et la pieté chrestienne ne doit pas estre moins fondée dans la succession apostolique, que la doctrine et la foy ; (...). Ce qu’il confirme dans son pastoral, escrit depuis ses morales, où il remarque, (...). Voila quel est le devoir, selon ce grand pape, d’un pasteur evangelique, et d’un fidelle directeur des ames. Voila le modelle de sa conduite : voila ce qui le rend digne de recompense devant Dieu, et de loüange devant les hommes : voila ce qui le deffend contre les attaques de l’ignorance, ce qui le justifie contre les accusations de la calomnie, et ce qui l’absout, comme entierement irreprochable devant les sçavans et les vertueux. Adrien Ii impose la mesme loy à tous les fidelles, et leur represente en peu de mots, (...). Mais on ne peut rien adjouster aux paroles toutes divines d’un concile de nostre France sur ce sujet. (...).

Si les papes et les conciles parlent de cette sorte, comment est-ce que nous qui ne sommes rien, prendrons la hardiesse de mespriser les regles saintes de la pieté chrestienne, que les ss. Nous ont laissées, et par leurs escrits, et par leurs exemples ; et croirons marcher plus seurement, en marchant par des voyes toutes nouvelles, que ces grands maistres de la vertu ont entierement ignorées, qu’en suivant les routes anciennes qui les ont conduits et menez au ciel. C’est veritablement ce que vous avez grande raison de ne pas vouloir souffrir, et ce qui est si contraire à l’esprit du christianisme, qu’un autre grand pape dit, qu’il ne faut pas moins s’opposer à ceux, qui combattent les constitutions des ss. Peres, en ce qui regarde les mœurs, qu’en ce qui regarde la foy. C’est la decision que Gregoire Vii prononce dans une apologie qu’il fit dresser pour les decrets de son concile de Rome : (...).

Que si l’autorité de ces trois grands papes, et de tous les autres peres, n’est que trop suffisante pour confirmer cette maxime si sainte et si constante, que vous avez avancée ; cét oracle du S Esprit mesme que vous alleguez, est capable de fermer la bouche à tous ceux qui ne la respecteroient pas autant qu’ils doivent. Car puis que dans le passage que vous avez cité, Saint Jean oblige tous les chrestiens, de demeurer fermes dans ce qu’ils ont receu au commencement ; afin que le pere demeure en eux, et eux dans le pere ; ne seroit-ce pas resister à la voix de Dieu, que de ne vouloir pas escouter celle de ce grand apostre ; ou plûtost la voix generalle des apostres, et des prophetes : puis que le vieil et le nouveau testament, ne condemnent rien si puissamment en plusieurs endroits, que de quitter les voyes anciennes, et de passer les bornes que nos peres ont marquées, pour se laisser emporter à des doctrines estrangeres, et à des nouveautez prophanes. Ainsi d’une part vous avez cet avantage, que l’on ne peut esbranler le fondement que vous avez estably en cette dispute ; que l’on ne peut vous combattre que par vos propres armes, ny juger de vos consequences, que par la verité de vostre principe : mais de l’autre, vous avez grand sujet d’apprehender, qu’il ne se trouve par l’examen de vostre discours, qu’au lieu de bastir avec de l’or, de l’argent, et des pierres precieuses sur un fondement si divin, vous n’ayez basty qu’avec du bois, du foin, et du chaume : et qu’ainsi, la parole de Dieu, qui est appellée feu dans les escritures, ne reduise en cendres tout vostre edifice. Vous avez sujet de craindre que vos propres armes ne se tournent contre vous ; que la verité, sur laquelle vous avez pensé appuyer vostre doctrine, ne s’esleve la premiere pour la destruire ; et que Jesus-Christ ne vous adresse ces paroles estonnantes de son evangile ; je vous juge par vostre bouche . C’est ce que j’espere vous monstrer dans la suitte de cette response ; et ce que vous reconnoistrez vous-mesme, pourveu que l’amour de la verité soit plus fort dans vostre esprit, que la passion de deffendre vos ſentimens, Quando animoſitatem qua teneris, viceris ; tunc veritatem poteris tenere, quî vinceris. Lors que vous ſerez victorieux de l’animoſité, qui vous poſſede, vous pourrez poſſeder la verité, qui eſt victorieuſe de vous.