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De la dystocie chez la vache


École Nationale Vétérinaire de Toulouse




de

la dystocie

chez la vache





thèse pour le diplôme du médecin-vétérinaire

Présentée & soutenue le 25 juillet 1875

par

Ferdinand PAUZAC

De Fonroque (Dordogne)





LAVAUR

IMPRIMERIE DE MARIUS VIDAL




1875
ÉCOLES NATIONALES VÉTÉRINAIRES


inspecteur général :

M. H. BOULEY, O. ❄, membre de l’Institut de France,
de l’Académie de Médecine, etc.
――――
ÉCOLE DE TOULOUSE

directeur :

M. LAVOCAT ❄, membre de l’Académie des sciences de Toulouse, etc.

professeurs  :

MM. LAVOCAT ❄, Tératologie.
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄, Pathologie spéciale.
Police sanitaire et Jurisprudence.
Clinique et Consultations.
LARROQUE, Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON, Botanique.
Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Extérieur des animaux domestiques.
SERRES, Pathologie et Thérapeutique générales.
Pathologie chirurgicale.
Manuel opératoire et de Maréchalerie.
Direction des exercices pratiques et clinique chirurgicale.
ARLOING, Anatomie générale et Histologie.
Anatomie descriptive et Zoologie.
Physiologie.

chefs de service :
 
MM. MAURI, Clinique, Pathologie spéciale, Jurisprudence et Police sanitaire.
BIDAUD, Physique, Chimie et Pharmacie.
LAULANIÉ, Anatomie, Histologie normale, Physiologie.
LAUGERON, Clinique chirurgicale et Chirurgie, Pathologie générale, Histologie pathologique, Extérieur et Zootechnie.
JURY D’EXAMEN

MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING,
MAURI, Chefs de Service.
BIDAUD,
LAULAUNIÉ,
LAUGERON,




PROGRAMME D’EXAMEN
Instruction ministérielle du 12 octobre 1866.


THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie et de Physiologie et d’Histologie.
Épreuves
orales
Pathologie spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.
Meis et Amicis



F. P.
Description de l’utérus et des enveloppes fœtales

utérus. — L’utérus est un sac membraneux dans lequel se développe le fœtus. Il est situé dans la cavité abdominale, à la région sous-lombaire, à l’entrée de la cavité pelvienne, où son extrémité postérieure se trouve engagée.

Dans sa moitié postérieure, la matrice représente un réservoir simple, cylindrique, légèrement déprimé de dessus en dessous, et nommé le corps de l’utérus. Dans sa moitié antérieure, il est bifide et divisé en deux cornes recourbées par en bas.

L’intérieur de la matrice, moins ample que dans la jument, est parsemé de tubercules arrondis, désignés sous le nom de cotylédons, rares et petits dans le corps, tandis qu’au contraire ils sont nombreux et volumineux dans les cornes.

L’utérus communique avec le vagin au moyen du col long de 7 à 8 centimètres, étroit et irrégulier et présentant à son extrémité postérieure la fleur épanouie, qui est de consistance presque cartilagineuse et plus finement plissée que dans la jument.

Trois autres anneaux plissés, de plus en plus petits, sont échelonnés dans la cavité du col depuis la fleur épanouie jusqu’au corps.

enveloppes fœtales. — On trouve dans les enveloppes du fœtus, en allant de dehors en dedans :

1° Le placenta qui n’est pas uniformément répandu sur le chorion. Il est constitué par un nombre variable de corps vasculaires, une soixantaine en moyenne, disséminés çà et là, engrenés, par pénétration réciproque des reliefs et des cavités, avec les cotylédons ;

2° Le chorion. Cette membrane répond à la face interne de l’utérus dans les points inter-placentaires. Sa face profonde est unie, au moyen d’un tissu cellulaire lamelleux, à l’amnios et à l’allantoïde : La forme générale de ce sac répète, du reste, exactement celle de la cavité utérine.

3° Allantoïde. Bien différente de celle du cheval et beaucoup moins compliquée, l’allantoïcle des ruminants représente une cavité très-allongée, dont la partie moyenne reçoit l’insertion de l’ouraque, et dont les extrémités se prolongent dans les deux cornes du chorion. Ce sac, épanouissement du canal ouraque, se trouve toujours renversé sur l’un des côtés de l’amnios. Dans le liquide qu’il contient flottent parfois des hippomanes.

4° Amnios. Tout à fait semblable à celle des solipèdes, cette membrane, assez facilement décomposable en deux lames, présente, sur sa face interne, une grande quantité de petites plaques épidermoïdes, d’un blanc jaunâtre, apparente surtout sur la gaine amniotique du cordon.

5° Cordon ombilical. Il comprend deux artères et deux veines, ces dernières se réunissent en un seul tronc à leur entrée dans l’abdomen. Ces vaisseaux, pour gagner le chorion, traversent seulement la cavité amniotique. Ils sont accompagnés par l’ouraque qui offre, à leur extrémité terminale, la dilatation d’où résulte le sac allantoïde.

De la parturition

La parturition est l’action par laquelle le produit de la conception parvenu au terme de son développement est expulsé an dehors de la cavité de la matrice à travers les voies génitales.

Les femelles mettent bas d’elles-mêmes, par les seuls efforts de la nature ; il est cependant des cas où des obstacles nécessitent les secours de l’art sans lesquels la parturition ne s’effectuerait que d’une manière funeste pour l’un ou pour les deux sujets.

La parturition, par ce fait même, peut être divisée en naturelle et anormale ; je ne dirai rien de la première, mon intention n’étant que de m’occuper de la seconde, en un mot de traiter de la dystocie.

Les obstacles pouvant s’opposer au part viennent de la mère ou du fœtus, de là deux sortes de dystocie : dystocie maternelle et dystocie fœtale.

Dystocie maternelle
BASSIN MAL CONFORMÉ

Le bassin mal conformé, trop étroit ou s’étant rétréci à la suite de la fracture du coxal ou parce qu’il présente une exostose sont des causes puissantes qui s’opposent à la sortie du produit. Ces cas sont rares ; mais, chaque fois qu’ils se présentent, ils ne laissent pas que d’embarrasser le praticien.

Il faut d’abord par l’exploration du bassin et de l’utérus voir si, en venant en aide au fœtus, il ne serait pas possible de lui faire franchir le détroit ; cela fait, si l’on a des chances de réussir, on opère une légère traction sur les membres, et, si la présentation est antérieure, il faut s’assurer que la tête ne reste pas en arrière : dans ce cas il faudrait refouler les membres et placer aux orbites des crochets sur lesquels des aides tireraient.

La tête et les membres antérieurs étant sortis, le reste du corps franchit l’obstacle assez facilement.

Je viens de dire que l’on plaçait aux orbites des crochets ; pour mon compte je n’aime pas beaucoup à les employer parce que, venant à glisser, ils peuvent produire des désordres graves, et puis, ils ne sont pas toujours sous la main ; mais ce qui ne manque dans aucune grange c’est le cordeau, encore appelé corde d’oreille, et qui, pour moi, vaut tous les forceps et crochets-forceps.

Rien de plus facile que de se servir de cette corde qui a 6 à 7 millimètres de diamètre : après avoir fait, à une extrémité, un nœud coulant, on passe dans ce nœud, qui repose sous la main, les quatre premiers doigts et l’on va saisir la mâchoire inférieure ; la main placée dans l’utérus maintient la corde tandis que l’autre serre le nœud.

On me dira que la corde peut glisser, que la mâchoire peut s’arracher, mais je répondrai que j’ai vu exercer des tractions assez fortes pour briser la corde sans que pour cela elle ait lâché prise, et que, sur des veaux extraits vivants par ce procédé, la douleur avait été si peu considérable, que ces animaux tétaient comme s’ils étaient venus au monde naturellement.

Dans quelques cas, cependant, l’opération est impossible ; on doit alors demander au propriétaire s’il tient à conserver la mère ou le produit et dans ce cas on se décide à faire l’embryotomie ou l’opération césarienne.

POLYPES OU CONDYLÔMES DU BASSIN

Sur la membrane vaginale il peut se développer des productions charnues acquérant un volume assez considérable pour empêcher la sortie du fœtus, on donne à ces productions le nom de polypes ou condylômes.

Le vétérinaire, dans ce cas, ne peut agir que d’une seule manière : après s’être assuré du nombre et du volume des tumeurs, si elles sont pédonculées ou non, il doit se hâter d’en faire l’extirpation pour faciliter la parturition.

Si ces excroissances sont pédonculées, il peut en faire la ligature et ensuite l’ablation ou, mieux encore, employer l’écraseur linéaire, car ainsi l’hémorrhagie ne sera pas à redouter ; si les excroissances ne sont pas pédonculées, il faut en faire l’excision quand même, l’écoulement sanguin étant facilement arrêté, après le part, au moyen du tamponnement voire même de la cautérisation.

RIGIDITÉ DU COL DE L’UTÉRUS

Il arrive quelquefois, chez les jeunes femelles vigoureuses et irritables, que le travail de la parturition ne peut s’effectuer à cause de la rigidité du col de la matrice. Si la main, préalablement enduite d’un corps gras, s’introduit dans le vagin, elle ne tarde pas à sentir le col utérin resserré sur lui-même et se contracter spasmodiquement si l’on essaie d’y introduire un ou deux doigts.

Essayer de forcer le passage pourrait compromettre la vie de l’un et même des deux sujets ; le vétérinaire doit donc patienter et attendre que les spasmes cessent ; il ne doit pas pour cela rester inactif : outre les saignées générales destinées à affaiblir l’animal, il peut aussi employer les lavements émollients et calmants ; il pourra enfin avoir recours à un médicament qui a fait ses preuves, c’est-à-dire à la pommade belladone. Cette pommade que l’on peut appliquer avec le doigt sur le col utérin ne tarde pas à relâcher ce dernier, comme par enchantement, et dès lors le part s’effectue avec assez de facilité.

ÉTAT SQUIRRHEUX DU COL DE LA MATRICE

L’état squirrheux du col de l’utérus, pouvant, au premier abord, se confondre avec le précédent, oppose à la parturition un obstacle insurmontable et, si les secours de l’art ne lui viennent en aide, l’animal ne tarde pas à succomber.

L’état squirrheux se reconnaît, par le toucher, à une espèce de bourrelet dur, lisse, insensible, sans contraction, laissant dans son milieu une ouverture qui permet à peine l’introduction des deux doigts.

On incise le bourrelet dans sa partie supérieure et, à l’aide de tractions plus ou moins fortes secondant les efforts de la mère, le fœtus ne tarde pas à sortir.

TORSION DE L’UTÉRUS

La torsion de l’utérus est, sans contredit, le plus grand obstacle qui puisse s’opposer à la sortie du fœtus. Je laisserai de côté l’étiologie pour ne m’occuper que du diagnostic, du pronostic et du traitement ; mais avant il ne me semble pas inutile de savoir ce que l’on entend par torsion à droite et torsion à gauche.

» Lorsque, dans son mouvement de révolution, la corne gauche de la matrice, passant par-dessus la corne droite, la face supérieure de l’organe devient successivement latérale droite, puis inférieure, puis latérale gauche, pour redevenir supérieure (ce qui suppose une révolution complète), il se produit une torsion de gauche à droite, ou, plus simplement, une torsion à droite.

» Le mouvement inverse donne lieu, naturellement, à une torsion de droite à gauche, ou mieux à gauche.

» En d’autres termes, le passage de la corne gauche sur la droite donne une torsion à droite ; celui de la corne droite sur la gauche, une torsion à gauche » — M. Saint-Cyr — Traité d’obstétrique.

En introduisant la main dans les parties génitales on peut reconnaître, par les replis spiroïdes du col de la matrice et du vagin, de quel côté la torsion s’est produite ; on peut aussi juger du degré de la torsion par la facilité avec laquelle la main pénétrera dans l’utérus, car la torsion peut être au quart, à la moitié, aux trois quarts, ou complète, elle peut même quelquefois être plus que complète, c’est-à-dire double. Inutile de dire que si la torsion est complète, à plus forte raison si elle est double, la main ne peut pénétrer dans la matrice.

Le pronostic est grave, car, dans quelques cas, il est impossible de remettre l’utérus dans sa position normale et l’on est alors obligé de faire la gastro-hystérotomie qui, parfois, peut avoir des suites fâcheuses.

Le diagnostic une fois posé, quel traitement peut-on appliquer ?

Deux méthodes se trouvent en présence : la sanglante et la non sanglante ; dans la première on opère le taxis abdominal, c’est-à-dire qu’après avoir fait une incision à l’abdomen, on essaie de saisir la matrice avec la main et de la renverser dans le sens opposé à sa torsion, opération difficile ; presque tous ceux qui l’ont essayée n’ont pas réussi.

Pour mon compte, si jamais j’étais obligé de faire, l’incision à l’abdomen, au lieu d’exercer des manipulations quelconques sur l’utérus, je ferais simplement l’opération césarienne, persuadé que, le fœtus une fois extrait, la matrice reviendrait dans sa position normale.

méthode non sanglante. taxis vaginal. — Lorsque la torsion est incomplète, au quart par exemple, et que la main peut pénétrer dans la matrice et saisir quelques-unes des parties du veau, on a quelquefois réussi à produire la détorsion en agissant directement sur le fœtus. Après avoir reconnu le sens de la torsion, on enfonce le bras, le plus profondément possible, et l’on tâche de saisir le veau par les coudes ou par les jarrets car ce sont les parties les mieux disposées pour la manœuvre que l’on va tenter : cela fait, on soulève le corps du fœtus en même temps qu’on lui imprime un mouvement de rotation inverse à celui que la matrice a dû exécuter pour se tordre. Parfois, quand le fœtus est vivant, il exécute, au même instant, un mouvement qui vient grandement en aide aux efforts de l’opérateur.

Cette opération est difficile car elle exige une grande force, et le vétérinaire, dans ce cas, est loin de pouvoir déployer toute la sienne.

rotation du corps de la vache. — Ce procédé qui est le plus simple et le moins dangereux s’exécute de la manière suivante : Après avoir reconnu le sens de la torsion, on fait vider, par la mulsion, les mamelles du lait qu’elles contiennent afin d’éviter les froissements et les contusions de ces organes délicats et les maladies qui pourraient en être la suite. En même temps on fait préparer dans un endroit, suffisamment spacieux, un bon lit de paille sur lequel on couche la vache avec les précautions qu’exige son état. Cela fait, le vétérinaire introduit le bras aussi avant qu’il peut dans le vagin. Si la chose est possible, il saisit quelques-unes des parties du fœtus, surtout un membre. S’il ne peut atteindre le fœtus, il se prépare à résister sur les parois du vagin lui-même, en attendant qu’il lui soit permis de faire mieux. Il commande alors à ses aides de tirer sur les lacs qui tiennent les pieds réunis, de manière à mettre la vache sur le dos ; puis de la faire passer lentement et sans secousses sur l’autre flanc ; puis de la soulever, par le garrot et par les hanches, de manière à la placer de champ sur son sternum ; enfin de la pousser encore, toujours dans le même sens, afin de la ramener sur le côté sur lequel elle avait été abattue, après lui avoir fait faire un tour complet sur son axe.

Pendant que les aides font exécuter au corps de la vache ce mouvement de rotation, le vétérinaire, avec la main engagée dans la cavité vaginale, cherche, par un effort en sens contraire, à immobiliser la matrice, à empêcher qu’elle ne suive l’impulsion communiquée au reste du corps. Si les tours de spire se desserrent c’est une preuve que la rotation du corps de la vache se fait dans le bon sens ; dans le cas contraire il faut opérer le roulement dans un sens opposé. On emploie souvent les expressions rouler la vache de droite à gauche ; la rouler de gauche à droite.

L’animal étant sur le côté droit, on pourra le coucher sur le côté gauche en le faisant rouler ou sur le dos ou sur le sternum ; dans les deux cas la rotation se fera de droite à gauche et pourtant la torsion sera inverse.

Pour éviter toute cause d’erreur, il doit être bien entendu que, chaque fois que l’on dira rouler une vache de droite à gauche, l’animal devra être couché sur le côté droit, puis sur le dos et enfin sur le côté gauche ; il en sera de même lorsque l’animal devra être roulé de gauche à droite.

La rotation de la vache doit-elle être faite dans le sens de la torsion, ou en sens contraire ? Tous les auteurs ne sont pas d’accord à ce sujet ; mais il faut croire que cette différence d’opinion tient à ce qu’ils n’entendent pas ou plutôt ne font pas le roulement de la même manière. M. Saint-Cyr, après avoir rapporté des faits nombreux, s’exprime ainsi : Dans la torsion de droite à gauche, il faut rouler la vache de gauche à droite, et vice versa ; en un mot la rotation doit se faire en sens contraire de la torsion.

ÉTROITESSE DE LA VULVE

Bien que ce cas soit rare et n’oppose pas au part un obstacle sérieux, il peut se faire que, lors du passage du fœtus, les lèvres de la vulve soient déchirées : ces déchirures n’offrent pas beaucoup de gravité ; mais comme elles peuvent être plus ou moins irrégulières, la cicatrisation se fait quelquefois attendre et peut même laisser des traces.

Il faut donc, lorsque l’ouverture est reconnue trop étroite, inciser les lèvres de la vulve, car on n’aura affaire alors qu’à une plaie simple.

Où doit se faire cette incision ? Quelques vétérinaires la pratiquent à la commissure inférieure ; mais il vaut mieux faire des incisions latérales, l’urine ne venant pas alors irriter les plaies et s’opposer à leur cicatrisation.

Dystocie fœtale

Les obstacles à la parturition, dans la pratique, viennent bien plus souvent du fœtus que de la mère ; ils sont aussi beaucoup plus variés. On peut les partager en deux groupes, assez naturels, suivant qu’ils résultent de la constitution propre du produit ou qu’ils dépendent de la manière plus ou moins défectueuse dont il se présente au détroit antérieur.

Dans le premier groupe se trouvent : L’excès de volume du fœtus, l’hydrocéphalie, l’ascite, les monstruosités que je passerai sous silence, mon sujet étant assez étendu, la multiparité, la mort du fœtus et enfin l’adhérence de ce dernier à ses enveloppes.

Le second groupe comprend les obstacles qui résultent de la présentation, je les énumérerai au fur et à mesure que je les décrirai.

Premier groupe
EXCÈS DE VOLUME DU FŒTUS

Ce cas, peu fréquent, nécessite toujours le secours de l’art, la nature, par elle seule, ne pouvant suffire à cette opération. Le praticien, après s’être assuré de l’obstacle et de la position du fœtus, attache aux membres des cordeaux ainsi qu’à la mâchoire, ou bien se sert du licol de M. Schaack et tâche de venir en aide aux efforts de la mère. Le manuel opératoire diffère peu d’ailleurs de celui qui est employé lorsque le bassin est trop étroit. Il arrive cependant quelquefois que le fœtus, à moitié sorti, est arrêté par ses hanches qui viennent s’appuyer sur les bords antérieurs des pubis. Il s’agit alors de détruire les rapports qui existent entre les surfaces ; pour cela l’opérateur, se plaçant contre la croupe de l’animal, saisit le petit avec force par la peau du ventre et lui fait éprouver un mouvement de rotation ; si petit qu’il soit, ce mouvement suffit souvent pour permettre de terminer la parturition. Dans le cas où par ce procédé on ne peut extraire le fœtus, on se décide à faire l’embryotomie.

HYDROCÉPHALIE.

Lorsque l’hydrocéphalie se rencontre dans le fœtus la parturition ne peut s’effectuer ; la main, introduite dans l’utérus, ne tarde pas à reconnaître cet obstacle, bien qu’au premier abord on puisse confondre la tête avec la croupe.

Le vétérinaire, dans ce cas, n’a pas à temporiser, car tous les efforts que fait la mère sont inutiles et la bête ne tarde pas à s’épuiser.

La boîte crânienne peut être ouverte à l’aide de l’embryotome ou du bistouri à niqueter, les liquides s’en échappent et les os qui ne sont pas encore soudés s’affaissent ; il ne reste plus alors, pour extraire le fœtus, qu’à employer les divers moyens de traction.

ASCITE

Dans le cas d’ascite, facilement reconnaissable à la fluctuation de l’abdomen, la mise bas non plus ne peut s’effectuer. On incise au moyen du bistouri à serpette les parois abdominales, le liquide s’écoule, le ventre s’affaisse et le part devient possible.

MULTIPARITÉ

La vache, de même que les autres femelles unipares, peut avoir quelquefois deux produits renfermés dans la même poche ou dans des poches séparées.

Lorsque les deux fœtus sont logés dans la même poche, ils se présentent quelquefois tous deux ensemble à l’orifice de l’antre utérin et le part ne peut avoir lieu.

L’opérateur doit s’assurer du fœtus le plus rapproché, et bien reconnaître les parties qui appartiennent au même individu. À cet effet la main, introduite dans l’utérus, est promenée le long d’un membre jusqu’à ce qu’elle arrive au poitrail si c’est antérieurement, et au raphé si c’est postérieurement, elle est ensuite ramenée en passant sur le membre opposé. Si les membres appartiennent à deux individus, on ne trouve ni la région du poitrail ni celle du raphé, la main glisse sur l’épaule ou sur la croupe.

Cette exploration terminée, le sujet le moins avancé est refoulé et maintenu jusqu’à ce que le plus rapproché soit engagé dans le bassin et qu’il n’y ait plus à craindre que le premier reprenne sa position et s’oppose de nouveau à la parturition.

Lorsque les deux fœtus ont des enveloppes séparées, les deux parts se font quelquefois attendre davantage ; mais le plus ordinairement ils se succèdent immédiatement.

MORT DU FŒTUS

La mort du fœtus rend souvent la parturition laborieuse, elle est d’autant plus difficile et dangereuse que le fœtus a séjourné plus longtemps dans la matrice. Les eaux se corrompent ou s’échappent par la rupture des membranes fœtales, le vagin se dessèche et le part ne peut se terminer que par des manœuvres souvent fatigantes. Il est dans ce cas une précaution indispensable, c’est de lubrifier les parois vaginales afin de favoriser le glissement. Souvent, lorsque le fœtus est en putréfaction, les parties sur lesquelles on exerce des tractions cèdent, se détachent du corps, et la sortie n’a lieu que par morceaux. Si le fœtus est ballonné, distendu par des gaz il faut agir comme dans le cas d’ascite.

ADHÉRENCES DES MEMBRANES FŒTALES AVEC LA PEAU DU FŒTUS

Hurtrel d’Arboval rapporte un fait de ce genre observé par Millot. Depuis près d’un mois la vache présentait tous les symptômes d’un avortement imminent : les lèvres de la vulve étaient tuméfiées, il s’écoulait par cette ouverture une humeur glaireuse, les mamelles avaient grossi et l’animal avait éprouvé de légères coliques.

Arrivé près d’elle ce praticien la trouva couchée sur le côté, les membres et la tête étendus. Les pattes du fœtus apparaissaient au dehors et, en écartant les lèvres de la vulve, on voyait le bout de son nez.

Du vin chaud fut administré à la bête qui, deux heures après, fit quelques efforts qu’on seconda par une légère traction sur les membres du veau, mais impossible d’ébranler celui-ci ; la main fut introduite dans la vulve et, en tournant autour de la tête, on sentit une espèce de corde aplatie qui fut prise pour le cordon ombilical passé autour du cou. La section de cette corde fut pratiquée et l’accouchement se termina sans peine.

Un peu au-dessous des régions frontales et orbitaires existait une adhérence entre les enveloppes fœtales et la peau. Cette adhérence avait lieu suivant une ligne demi-circulaire et, dans tous les points où il y avait communication, la peau était notablement amincie tandis qu’on observait un épaississement des feuillets membraneux appartenant aux enveloppes.

Deuxième groupe
LA TÊTE SE PRÉSENTE SEULE

Lorsque la tête se présente seule et s’engage dans le bassin la parturition ne peut guère s’effectuer qu’avec le secours du vétérinaire. Dans cette circonstance le praticien doit tâcher de refouler la tête, ce qui est généralement assez facile, et de saisir les membres antérieurs pour mettre le veau en première position. Il arrive quelquefois que la tête ne peut être refoulée ou parce qu’elle est trop avancée ou parce qu’elle est trop volumineuse, le vétérinaire doit alors s’assurer du diamètre du bassin et du volume du fœtus, et voir s’il y a possibilité de terminer l’accouchement sans changer la position du petit sujet.

Dans le cas contraire il faut avoir recours à l’embryotomie car les tractions que l’on pourrait exercer ne feraient qu’aggraver le mal en rendant le part plus difficile et en compromettant même la vie de la mère.

La tête du fœtus étant coupée, on refoule le tronc, on place des cordeaux aux membres antérieurs et l’on termine la mise bas.

L’opérateur doit seul diriger les tractions et reconnaître au moyen de la main si les parties qui doivent franchir l’orifice de l’antre utérin ne s’engagent pas dans une fausse direction.

TÊTE ET UN MEMBRE ANTÉRIEUR

Si la tête se présente accompagnée d’un membre antérieur, tous les efforts du vétérinaire doivent tendre à ramener l’extrémité restée en arrière. Si, pour une raison quelconque, le fœtus ne pouvait être refoulé, il faudrait se hâter de terminer la parturition sans changer la position du veau. Des lacs sont placés aux membres et à la mâchoire inférieure ou bien l’on se sert du licol de M. Schaack, puis des tractions sont exercées au fur et à mesure que la mère fait des efforts expulsifs.

Si le membre, resté en arrière, se trouve tourné vers la partie supérieure du vagin, il faut absolument remédier à cette position vicieuse, car l’on aurait à craindre le déchirement de l’utérus et du rectum. Si les parties engagées ne peuvent être refoulées il faut avoir recours à l’embryotomie.

UN MEMBRE ANTÉRIEUR

La parturition ne peut s’effectuer lorsqu’un membre antérieur seul se présente. L’opérateur doit tâcher de ramener le membre opposé et de placer la tête dans une position naturelle ; cela fait, la mise bas s’opère sans grande difficulté.

LES MEMBRES ANTÉRIEURS SORTIS, LA TÊTE ENCAPUCHONNÉE ET EN DESSOUS

Lorsque la tête se trouve fortement encapuchonnée et en dessous des membres, les efforts multiplié de la mère ne font qu’aggraver la position et rendre la parturition plus difficile.

L’opérateur, après avoir reconnu les parties qui se présentent au passage, doit saisir le moment de calme de la mère pour essayer de refouler le produit de la conception dans le fond de l’antre utérin et non agir avec une force ou une brusquerie intempestive quand la bête se livre à des efforts expulsifs. Le veau refoulé, il s’agit de ramener la tête dans une position parallèle à celle des membres. Le vétérinaire introduit sa main dans la matrice et la dirige de manière à rencontrer le bord supérieur de l’encolure ; puis, suivant ce bord de haut en bas, il arrive à la tête, sent les oreilles ainsi que d’autres parties, descend la main jusqu’à ce qu’il rencontre le menton, et saisissant ce dernier, il agit avec force d’avant en arrière en ramenant la tête vers le bassin.

Je me suis trouvé en face d’un cas pareil ; tous mes efforts pour redresser la tête furent inutiles : en désespoir de cause je fis placer la vache sur le dos (elle fut maintenue dans cette situation à l’aide de cordes attachées aux membres et aux solives du plancher), un aide maintenait les membres du veau repoussés pendant que je faisais l’exploration ; je saisis la tête et arrivai, sans beaucoup de peine, à la mettre dans une position à peu près naturelle : la mère fit quelques efforts et le fœtus sortit vivant de l’antre utérin.

LES DEUX MEMBRES ANTÉRIEURS, LA TÊTE PORTÉE VERS LE FLANC

Dans cette position les membres antérieurs se présentent à l’orifice vaginal mais on n’aperçoit pas la tête qui se trouve portée vers le flanc. L’opérateur, en cette occurrence, doit être prudent et bien s’assurer des extrémités qui se présentent, ce qui est facile vu la présence des genoux ; il enfonce la main dans la matrice et va à la recherche de la tête en suivant la direction de l’encolure.

Je fus appelé, il y a quelques années, (mon père se trouvait malade) pour une vache primipare qui ne pouvait pas mettre bas.

La bête, malade depuis plus de huit heures, était couchée sur le côté droit ; elle s’était tellement fatiguée que tous mes efforts ne purent la contraindre à se tenir debout ; je dus donc me résoudre à faire l’exploration la bête restant en décubitus. Je fis étendre de la paille fraîche et me couchai à plat ventre. Le fœtus avait les deux membres antérieurs sortis jusqu’à moitié canon et la tête fortement repliée sur le flanc gauche de la mère, c’est-à-dire sur son flanc droit. Je touchais à peine le bout de l’oreille et ne pouvais faire aucune manœuvre, mon bras se trouvant gêné par les membres engagés dans le bassin ; un lacs fut placé à chacun d’eux et avec le secours d’un aide je refoulai le fœtus. Il me fut alors facile de saisir le veau par la mâchoire inférieure et, en exerçant une pression de haut en bas et d’avant en arrière, je ramenai la tête que j’engageai dans l’ouverture utérine pendant que mes aides tiraient sur les lacs. La mise bas fut facilement terminée. Inutile de dire que le fœtus était mort.

On a conseillé, dans le cas où la tête ne pourrait être redressée, d’extraire le fœtus en opérant la traction sur les membres. Je crois que cette opération, ainsi faite, entraînerait fatalement la mort de la mère et de son fruit, et qu’il vaudrait mieux avoir recours à l’opération césarienne.

UN SEUL MEMBRE POSTÉRIEUR SE PRÉSENTE, L’AUTRE PORTÉ SOUS LE VENTRE

Lorsqu’un seul membre postérieur se présente au vagin et que l’autre est porté en avant sous le ventre, le vétérinaire doit chercher à ramener le membre égaré ; pour y parvenir, il doit, d’une main refouler celui qui se présente, tandis que de l’autre, plongée dans l’utérus, il saisit l’extrémité restée en arrière pour la remettre au niveau de sa congénère.

Pour arriver à redresser le membre il faut le prendre très-bas, au sabot si c’est possible, et exécuter un mouvement d’avant en arrière.

La partie étant remise dans la position naturelle, le travail est bientôt terminé et sans grande difficulté. Si, par une cause quelconque, l’opérateur reconnaissait l’impossibilité de redresser le membre il fixerait au jarret un cordeau ou un crochet et terminerait ainsi la mise bas en tirant sur l’extrémité sortie et sur le jarret ; si le jarret ne pouvait être saisi on placerait un crochet à la croupe et on agirait comme précédemment.

LE DERRIÈRE SE PRÉSENTANT, LES DEUX MEMBRES ÉTANT SITUÉS LE LONG DU VENTRE

Lorsque le petit sujet se présente la croupe en avant et les membres postérieurs repliés sous le ventre, il est très-difficile de dégager ces extrémités et de les ramener dans une position favorable à la parturition. Les manœuvres sont les mêmes que dans le cas précédent, avec cette différence qu’au lieu d’agir sur un seul membre il faut agir sur les deux, ce qui rend l’opération bien plus difficile. Si l’on ne peut que saisir les jarrets, on applique un cordeau ou bien un crochet au tendon du muscle bifémoro-calcanéen ; cela fait, on refoule le corps du fœtus et l’on commande de tirer sur le cordeau ou le crochet jusqu’à ce que le jarret soit engagé dans le col de l’utérus ; pendant qu’on le maintient dans cette position on opère de la même manière sur le jarret opposé. À mesure que l’on tire sur ces deux points les cuisses s’allongent, les canons se rapprochent du ventre et la parturition se termine avec facilité.

LES DEUX JARRETS SE PRÉSENTENT AU PASSAGE

Cette position ne doit pas être regardée comme très-désavantageuse et il n’y a pas lieu de la modifier. Pour terminer la parturition il suffit de placer aux jarrets des crochets ou des cordeaux et d’exercer une traction proportionnée à la résistance qui s’oppose à la sortie du fœtus.

DEUX MEMBRES DONT UN ANTÉRIEUR ET UN POSTÉRIEUR SE PRÉSENTANT ENSEMBLE

Il peut arriver que deux membres n’appartenant pas au même bipède se présentent à la fois. Le vétérinaire, dans cette occasion, doit être prudent : il doit s’assurer que les parties qui se présentent n’appartiennent pas à deux individus ; et, après avoir posé son diagnostic, tâcher de remettre le petit dans une position naturelle, car, dans pareille occurrence, tous efforts qui tendraient à la mise bas seraient préjudiciables à la mère et à son fruit.

Il peut se faire qu’il vaille mieux exercer la traction sur un bipède que sur l’autre, selon le cas. Je suppose que le bipède postérieur offre le plus d’avantages : il faut placer au membre qui se présente un lacs sur lequel un aide tire modérément ; on refoule ensuite, autant que possible, le train antérieur et l’on va à la recherche du membre postérieur opposé. S’il ne peut être redressé on place un cordeau au jarret et l’on termine l’opération.

Si l’on veut agir sur le bipède antérieur il faut refouler le derrière et ramener le devant en cherchant d’abord les membres que l’on redresse et que l’on engage dans le bassin ainsi que la tête. Cette position établie, il n’y a plus aucun obstacle, la parturition peut se faite par les seuls efforts de la nature ou aidée de tractions légères et modérées.

LES QUATRE MEMBRES SE PRÉSENTANT À LA FOIS

Lorsque les quatre membres se présentent à la fois, tous les efforts de la nature et de l’art sont vains si l’on ne change la position du petit sujet en le plaçant dans une situation qui en facilité la sortie.

L’opérateur, après avoir reconnu que les quatre membres appartiennent au même individu, refoule l’un ou l’autre des bipèdes, le plus généralement l’antérieur. Mais il est évident qu’on ne pourra agir ainsi qu’au début de la parturition, et, presque toujours, lorsqu’on arrive près de l’animal malade, le fœtus a une partie plus ou moins considérable de son corps hors de l’antre utérin. Il faut alors se décider à faire l’embryotomie.

Voici, d’après M. Saint-Cyr, les règles à observer dans ce cas difficile et qui, malheureusement, n’est pas rare :

1° Aller à la recherche des membres postérieurs et les assurer par des liens fixés aux paturons.

2° Attacher également des liens à la tête et aux membres antérieurs et faire tirer fortement sur ceux-ci, de manière à amener hors de la vulve la plus grande partie du corps du fœtus.

3° Faire la section du tronc le plus près possible de la région lombaire et vider l’abdomen. Il serait avantageux, en outre, de laisser, en avant du tronçon qui reste dans le corps de la mère, assez de peau pour pouvoir la lier, comme un sac de blé, sur ce tronçon lui-même, de manière à éviter qu’il ne blesse les organes génitaux pendant le temps subséquent de l’opération.

4° Prendre un point d’appui solide sur le moignon, soit avec la main, soit avec le repoussoir, et refouler de toutes ses forces cette partie vers le fond de l’utérus ; puis faire tirer par les aides sur les liens fixés aux membres postérieurs. Ce temps de l’opération est le plus difficile, le plus pénible pour l’opérateur, comme aussi le plus dangereux pour la mère. Il s’agit, en effet, d’imprimer, dans un espace aussi étroit que le bassin, un mouvement de bascule à ce qui reste du fœtus ; de faire culbuter la région lombo-sacrée, et d’amener en plein détroit les cuisses et la croupe ; et, pour obtenir ce résultat sans blesser la mère, il faut à la fois beaucoup de force et de dextérité.

5° Ce point obtenu, il ne reste plus qu’à diriger convenablement les membres dans le canal et à terminer, par des tractions modérées, l’accouchement qui, commencé en position vertébro-sacrée de la présentation antérieure, s’achève en position lombo-pelvienne de la présentation postérieure.

LE DOS ET LES REINS SE PRÉSENTENT

Cette position, peu fréquente, offre de grandes difficultés pour amener le petit sujet dans une situation favorable au travail de la parturition ; les efforts expulsifs de la mère augmentent encore les obstacles. Le vétérinaire qui rencontre un pareil cas, cherche à connaître quelle est la partie la plus facile à ramener vers le col de la matrice et la plus favorable à la sortie du fœtus. Si le devant lui présente plus de chances de réussite, il appliquera le plus près possible du garrot un ou deux crochets forceps ; si c’est au contraire le train postérieur, il les appliquera à la croupe. Cela fait, pendant que les aides tirent sur les crochets, il s’efforce de refouler, avec la main, le veau vers le fond de l’utérus. Une fois le redressement à peu près produit, l’opérateur place des lacs à la tête et aux membres si c’est le train antérieur qui se présente et termine l’opération.

DE LA DISPOSITION ANORMALE DU CORDON OMBILICAL

Le cordon ombilical peut présenter des circonvolutions qui entourent certaines parties du fœtus, le corps, le cou, etc. ; malgré les efforts reitérés de la mère, le travail de la parturition n’avance pas. Le vétérinaire, en pareille circonstance, doit aller à la recherche de l’obstacle et après l’avoir reconnu il doit le détruire. À cet effet il introduit, avec précaution, dans la matrice un bistouri à serpette dont il cache la lame dans la paume de la main et sectionne le cordon ombilical.

L’obstacle étant levé, si la position du fœtus est favorable, la parturition se termine bientôt.



Dans certains cas difficiles j’ai dit que l’on devait avoir recours à l’opération césarienne et à l’embryotomie : il me semble que mon sujet serait incomplet si je ne disais quelques mots de ces opérations ; enfin il en est une troisième, la symphyséotomie qui, bien qu’appliquée seulement en médecine humaine, est du ressort de l’obstétrique.

Opération césarienne.

On appelle opération césarienne, gastro-hystérotomie, hystérotomie abdominale, une opération qui consiste à ouvrir le ventre et l’utérus de la femelle pour en extraire le fœtus qui ne peut sortir par les voies naturelles.

Cette opération est très-ancienne en médecine humaine, il n’en est pas ainsi en vétérinaire. Bourgelat l’a le premier conseillée pour sauver le fœtus lorsque la mère venait à mourir ; ceux qui, les premiers, l’ont tentée sur l’animal vivant sont : Morange (1813) et peu après Gohier (1816) ; mais leurs tentatives ne furent pas heureuses. Plusieurs vétérinaires l’ont essayée depuis avec plus ou moins de chances de succès ; mais, comme nous le disait dans son cours M. Serres, il ne faut pas croire que l’opération césarienne, surtout chez la vache, soit aussi dangereuse que l’on veut bien le dire ; et, si l’on a des accidents consécutifs, c’est plutôt parce qu’on se décide à la dernière extrémité, alors que la mère est épuisée par les souffrances, le fœtus mourant ou mort, en un mot lorsqu’on a épuisé tous les autres moyens de délivrer la femelle ; tandis que si l’on opérait aussitôt que la parturition est reconnue impossible, sans essayer des manipulations dangereuses, il est plus que probable qu’on n’aurait pas à redouter le quart des accidents qui surviennent.

indications. — L’opération césarienne ne doit être pratiquée que lorsque la sortie du fœtus par les voies naturelles est tout à fait impossible, ou tellement difficile que l’embryotomie, en sacrifiant nécessairement le produit, ferait courir à la mère presque autant de dangers que la gastro-hystérotomie elle-même.

Les cas qui peuvent la réclamer sont : les déformations du bassin par exostoses, fractures, etc., ayant amené une angustie pelvienne considérable ; les hernies de l’utérus lorsqu’elles ne peuvent être réduites ; la gestation extra-utérine si elle est diagnostiquée ; la torsion de la matrice irréductible par la rotation et enfin certaines positions vicieuses du fœtus également irréductibles.

manuel opératoire. — Bourgelat, qui n’avait en vue que le produit, faisait une incision cruciale à la partie inférieure et moyenne du bas ventre, de plus il n’opérait guère que sur la jument qui était aussitôt après sacrifiée. Ce procédé, calqué sur ce qui se pratique sur la femme, est très-défectueux. Il est évident que, si l’on voulait essayer de conserver la femelle, aucune suture ne serait capable de résister au poids des masses intestinales qui pèseraient sur elle ; c’est donc avec raison qu’on lui a substitué le procédé consistant à faire l’incision sur le flanc.

L’opération a été quelquefois pratiquée sur l’animal debout ; mais il vaut mieux coucher la vache sur le flanc gauche. Il sera même bon de l’éthériser, si c’est possible, et cela, tout à la fois pour la sécurité de l’opérateur et de l’opérée. Si on ne le peut pas, il faudra bien fixer les membres ; faire porter en arrière et maintenir solidement le membre postérieur droit, afin de mettre bien à découvert la région sur laquelle on opère et de n’être ni gêné ni blessé par lui.

Les instruments nécessaires, qui doivent être préparés d’avance et disposés de manière à être sous la main de l’opérateur, sont un bistouri convexe, un bistouri droit boutonné, des pinces, des érignes, des fils cirés, des ciseaux, au moins deux aiguilles à suture, des chevilles en bois ou en baleine pour la suture, une éponge, quelques boulettes et plumasseaux d’étoupes, enfin un bandage de corps, un drap de lit plié en quatre suivant sa longueur.

Tout étant prêt, l’opérateur excise, d’un premier coup de bistouri, la peau et les tissus sous-cutanés jusqu’aux muscles qui peuvent même être entamés sans inconvénient. Cette incision est faite dans le flanc droit, au-dessous, en avant et assez loin de la tubérosité externe de l’ilium, afin d’éviter l’artère circonflexe, dont la blessure pourrait gêner l’opérateur.

Si cette artère ou toute autre un peu volumineuse était atteinte, il faudrait la lier immédiatement. L’incision aura une direction oblique, de haut en bas et d’arrière en avant, dans le sens des fibres du muscle petit oblique de l’abdomen ; elle doit avoir une assez grande étendue, à peu près celle du diamètre sterno-dorsal du fœtus, 30 à 35 centimètres environ.

On divisera ensuite, par petits coups ménagés, les couches musculaires, jusqu’au péritoine, auquel on fera une petite ouverture, avec l’attention de ne pas léser les viscères abdominaux.

Par l’ouverture péritonéale, on engagera immédiatement les deux doigts de la main gauche, la face dorsale tournée du côté de l’abdomen ; on saisira de la main droite le bistouri boutonné, dont on fera glisser la lame dans l’intervalle des deux doigts, et avec lequel on incisera le péritoine et les muscles jusqu’aux limites de l’incision cutanée. Un aide sera chargé de maintenir les intestins qui tendent à s’échapper par cette vaste ouverture.

Ce premier temps accompli, l’opérateur plonge son bras dans l’abdomen et va à la recherche de l’utérus, qu’il ramène en face de l’ouverture, si toutefois il ne s’y présente pas de lui-même. Deux aides, comprimant avec leurs mains les parois abdominales de chaque côté de l’incision, maintiennent celles-ci en contact avec les parois utérines. L’opérateur excise alors l’utérus lui-même, lentement, couche par couche, de manière, autant que possible, à ne pas rompre les membranes. Dès qu’il le peut, il insinue ses deux doigts entre celle-ci et la face interne de la matrice dont il agrandit l’incision avec le bistouri boutonné, de manière à lui donner à peu près la direction et l’étendue de l’incision des parois abdominales. Tel est le second temps.

Dans un troisième temps, il rompt largement les membranes si elles sont encore intactes, plonge hardiment ses deux bras, au besoin, dans la cavité utérine, saisit le fœtus par les premières parties qui se présentent et l’amène rapidement au dehors. Puis il rompt le cordon, le lie s’il est nécessaire et confie le petit à des aides qui doivent le sécher, le ranimer, l’envelopper dans des couvertures chaudes, et enfin le présenter à une femelle nourrice, pendant que lui-même s’occupe de terminer l’opération.

Il faut, en effet, opérer immédiatement la délivrance, ce qui se fait en détachant un à un, avec la main, tous les cotylédons encore adhérents. Il est vrai que ce soin n’est pas indispensable si l’on se décide à sacrifier la vache immédiatement. En ce cas, l’oeuvre du chirurgien est accomplie ; celle du boucher doit commencer.

Si, au contraire, on est décidé à courir toutes les chances de l’opération, il faut, après avoir extrait le délivre et absorbé avec l’éponge tous les liquides contenus dans la cavité utérine et ceux qui peuvent être tombés dans la cavité abdominale, il faut réunir cette immense plaie. Pour la plaie utérine, habituellement on ne s’en occupe pas ; la rétraction de l’organe la diminue d’abord considérablement, et il paraît qu’elle se cicatrise ensuite très-vite et avec une grande facilité. Mais il n’en est pas de même pour la plaie abdominale ; celle-ci doit être réunie sans retard et très-solidement.

La suture enchevillée est celle qui présente le plus de garanties. On l’exécutera d’après les règles ordinaires, en ayant soin d’implanter les aiguilles loin des bords de la plaie cutanée et de comprendre entre les fils, non-seulement la peau, mais encore les muscles ; il est bon de laisser, vers la commissure inférieure de la plaie, une ouverture non réunie, afin de permettre aux produits inflammatoires de s’échapper facilement.

Par-dessus la plaie, on applique quelques plumasseaux secs et doux, et un bandage de corps qui peut être fait, ainsi qu’il a été dit plus haut, avec un drap plié en quatre, suivant sa longueur, et cousu sur les reins de l’animal. Ce bandage est assez difficile à bien placer tant que la femelle est couchée ; il est cependant bon de l’appliquer de suite, au moins d’une manière provisoire, sauf à le remettre, en rectifiant ce qu’il peut avoir de défectueux, dès qu’elle se sera levée.

Quant aux soins ultérieurs, ce sont ceux qui conviennent dans tous les grands traumatismes ; et ils sont assez connus de tous les vétérinaires pour que je puisse me dispenser d’en rien dire ici.

Hystérotomie.

Sous le nom d’hystérotomie, auquel on joint assez souvent l’épithète de vaginale, ou encore sous le nom impropre d’opération césarienne vaginale, on désigne une opération qui consiste à inciser le col utérin quand il ne peut se dilater pour donner passage au fœtus. C’est le professeur Gohier qui paraît avoir, le premier, fait connaître, en médecine vétérinaire, cette opération qui, depuis, a été souvent pratiquée, avec des succès divers :

L’induration du col de l’utérus est la seule indication de cette opération.

manuel opératoire. — Un seul instrument est, à toute rigueur, nécessaire. C’est un bistouri droit boutonné, à lame étroite mais forte et parfaitement aiguisée, car les tissus qu’il s’agit d’inciser ont souvent une grande résistance. On peut se servir aussi d’un bistouri à lame cachée exactement semblable à celui qui sert quelquefois pour l’opération de la taille et qu’on appelle lithotome.

Enfin Bordonnat a inventé, en 1846, un instrument spécial. C’est une espèce de lithotome à quatre lames, cachées dans un tube fermé à son extrémité antérieure par une olive pointue. Cet instrument compliqué, qui n’est pas sans inconvénient, n’a pas été adopté dans la pratique.

Quant à l’opération elle-même, elle varie un peu dans son manuel selon les circonstances.

1° Il peut arriver que les efforts expulsifs aient amené la propulsion du vagin, de sorte que le col induré se montre à l’extérieur ou tout près de l’orifice vulvaire. Dans ce cas, l’opération est simple ; on voit les tissus sur lesquels il s’agit de porter l’instrument ; rien n’est donc plus facile que de faire glisser, dans le conduit du col, la lame du bistouri boutonné et de débrider par des incisions convenablement disposées et proportionnées par leur nombre et leur étendue aux altérations des tissus.

2° D’autres fois, le vagin n’est pas renversé, mais il jouit d’une assez grande mobilité. On peut alors porter la main gauche dans ce conduit, introduire l’index dans le col, accrocher cette partie en recourbant le doigt et l’attirer doucement jusqu’au voisinage de la vulve. Faisant alors écarter les lèvres de celle-ci par les mains d’un aide, l’opérateur fait glisser la lame du bistouri, tenu de la main droite, sur l’index gauche, l’engage lentement et avec précaution dans le col qu’il a sous les yeux, tourne le tranchant du côté qu’il a choisi pour y faire l’incision et incise les tissus peu à peu, par de légers mouvements de scie combinés avec une pression graduée.

3° Mais le plus souvent l’induration du col, en se propageant aux parois du vagin, donne à ces dernières une rigidité qui ne permet aucun déplacement. Le col est alors dans sa situation normale, et il ne peut être attiré au dehors comme il vient d’être dit. Il faut donc le débrider sur place, et porter, en conséquence, l’instrument tranchant dans la profondeur des organes génitaux. Dans ce cas on s’y prendra de la manière suivante : si l’on se sert du bistouri boutonné, on le prend dans la main droite, l’index et le médius allongés sur le dos de l’instrument, dont la lame se trouve en grande partie cachée entre ces deux doigts, le pouce appuyé sur la face gauche de la lame, les deux derniers doigts fléchis sur le manche, le bouton terminal arrivant au niveau de l’extrémité de l’index. On porte la main ainsi armée dans le vagin ; on cherche l’orifice du col, dont, au surplus, la position exacte a dû être reconnue par une exploration préalable ; on y engage le bistouri, en le faisant glisser peu à peu dans la main par un mouvement alternatif des doigts ; on le fait pénétrer à la profondeur voulue ; on tourne le tranchant du côté où l’incision doit être faite et l’on incise comme il a été dit ci-dessus.

Si l’on se sert du lithotome, le manuel est encore plus simple. Au moyen du régulateur dont est muni le manche, on arrête le degré d’ouverture que l’on veut donner à la lame ; cela fait, le lithotome fermé est introduit dans le col de l’utérus, puis l’on appuie le pouce sur le levier qui fait saillir la lame hors de la tige conductrice, et l’on débride en retirant l’instrument.

Il est rare qu’une seule incision suffise ; presque toujours il en faut deux, trois ou même quatre, que l’on dispose en rayonnant au pourtour de l’orifice. Il vaut mieux, du reste, multiplier les incisions que de les faire trop profondes : il faut qu’elles permettent un certain degré de dilatation, mais il faut éviter qu’elles intéressent jamais toute l’épaisseur du col, à cause des accidents graves qui en pourraient résulter.

Quant aux points sur lesquels on doit faire les incisions, les praticiens ne sont pas d’accord. La plupart cependant sont d’avis qu’il faut éviter de les faire à la partie inférieure, à cause du danger de blesser la vessie ou le canal de l’urètre qui sont en rapport immédiat avec la face inférieure du vagin, et aussi parce que, si l’incision est trop profonde, si le péritoine est intéressé par elle ou s’est déchiré au moment du passage du fœtus, on est exposé à voir les eaux fœtales et les produis de sécrétion des organes irrités tomber dans la cavité abdominale et déterminer une péritonite mortelle. Il y a moins de danger à inciser la paroi supérieure du col ; le rectum, dans l’état normal, est plus éloigné et moins intimement uni au vagin que la vessie. Toutefois, lorsque le col est morbidement altéré, les parois des deux organes peuvent être assez confondues pour qu’il soit difficile d’apprécier la limite qui les sépare. Une échappée est donc encore possible de ce côté. Aussi est-il préférable, lorsque les incisions peuvent être limitées à deux, de les faire latéralement. Si elles doivent être au nombre de quatre, ce qui arrivera le plus souvent quand l’hystérotomie sera vraiment indiquée, il vaut mieux disposer les incisions de manière à ce qu’elles se correspondent deux à deux suivant les diamètres obliques du bassin, et de manière à figurer par leur ensemble, non une croix de Malte, mais une croix de Saint-André ou une sorte d’X.

accouchement après l’opération. — Il faut se garder, ainsi qu’il a été dit plus haut, de faire des incisions profondes, intéressant toute l’épaisseur du col ; il suffit que la main, même en forçant un peu, puisse s’y introduire et pénétrer jusque dans la matrice. On saisit alors les parties du fœtus qui se présentent ; on les met en bonne position, si cela est nécessaire, et on les attire doucement jusque dans la cavité du col. Les tractions doivent être soutenues, modérées, graduées et lentement progressives. Il faut, en effet, laisser aux fibres du col, dont la principale résistance vient d’être vaincue, le temps de s’assouplir, de se distendre, de s’accommoder à la pression excentrique qui agit sur elles. Opérer autrement, avec force et brusquerie, c’est s’exposer à des déchirures étendues, presque aussi graves que les incisions profondes dont tout le monde s’accorde à reconnaître les dangers.

Outre les accidents déjà signalés, consécutifs aux incisions, il en est un autre, l’hémorragie qui peut quelquefois amener de fâcheux résultats. Si l’écoulement sanguin est considérable, il faut terminer rapidement le part et le combattre ensuite par des lotions et des injections astringentes et, mieux encore, en mettant en contact, avec les surfaces saignantes, des étoupes ou une éponge imbibée de perchlorure de fer.

Symphyséotomie.

La symphyséotomie ou symphysiotomie est une opération obstétricale qui consiste à diviser la symphyse des os du pubis, en vue d’agrandir les diamètres du bassin. L’écartement que l’on obtient ainsi est assez considérable ; il peut être encore augmenté en portant les cuisses dans l’abduction.

Pour pratiquer cette opération on vide d’abord la vessie ; la sonde dont on s’est servi est laissée dans l’urètre et est inclinée du côté droit, afin de mettre le méat urinaire à l’abri de l’instrument. On fait avec un bistouri convexe, sur la ligne médiane et un peu à gauche, une incision qui comprend toutes les parties molles ; puis on divise le cartilage d’arrière en avant en ayant soin de ne pas blesser la vessie. Après la délivrance on rapproche les pubis, on fait le pansement de la plaie extérieure, et on le maintient avec un bandage de corps un peu serré. Ce n’est guère qu’après 3 ou 4 mois que la consolidation de la symphyse est parfaite ; quelquefois elle ne s’effectue qu’à l’aide d’un tissu cellulo-fibreux qui remplit le vide de la symphyse.

Des accidents mortels peuvent survenir ; de plus, si la bête survit à l’opération, elle est souvent exposée à de la difficulté dans la marche, à la claudication par suite du défaut de réunion de la symphyse.

Le temps pendant lequel l’animal doit rester au repos, les accidents consécutifs, feront toujours rejeter cette opération de la chirurgie vétérinaire.

Embryotomie.

On désigne sous le nom d’embryotomie toute opération qui a pour but de diminuer le volume du fœtus en le mutilant. C’est là en réalité une sorte d’expression générique, s’appliquant à des opérations fort différentes les unes des autres, mais qui toutes tendent à permettre au fœtus de franchir un passage que, sans cela, il n’aurait pu traverser.

Ces opérations peuvent se pratiquer, tantôt sur la tête, tantôt sur les membres, tantôt sur le tronc, suivant celle de ces régions qui fait obstacle à la sortie.

CÉPHALOTOMIE.

On désigne sous ce nom toute opération ayant pour but de diminuer le volume de la tête, ou plutôt du crâne, quand cette partie, par ses dimensions exagérées, s’oppose à la sortie du fœtus, en un mot, lorsque l’on a affaire à un hydrocéphale, cas assez fréquent d’ailleurs.

La céphalotomie comprend plusieurs opérations distinctes que l’on peut employer simultanément ou isolément : la ponction simple, l’incision, le broiement des parois crâniennes.

ponction du crâne. — On peut, pour donner écoulement au liquide que renferme le crâne se servir d’un trocart. À cet effet, la tête étant fixée au moyen d’un licol ou d’un lacs attaché à la mâchoire inférieure, on introduit le trocart, la canule dépassant la pointe, et on le place sur la tête du fœtus ; il n’y a plus alors qu’à appuyer sur le manche de l’instrument pour faire saillir la tige que l’on fait pénétrer lentement en imprimant à l’instrument de légers mouvements tantôt dans un sens, tantôt dans un autre.

crâniotomie. — Quand, par la simple ponction, on n’a pas obtenu une réduction suffisante de la tête, il faut avoir recours à l’incision ou crâniotomie. Pour faire cette opération on fixe la tête, comme dans le cas précédent, et avec un bistouri à serpette on ouvre le crâne en prenant des précautions pour ne pas blesser la mère.

céphalotripsie. — La céphalotripsie, broiement ou écrasement de la tête, est une opération que l’on pratique quelquefois en obstétrique humaine, quand la crâniotomie est insuffisante. On se sert pour cela d’une espèce de forceps, le forceps céphalotribe, à mors très-puissants, que l’on rapproche peu à peu, au moyen d’un mécanisme variable adapté aux branches de l’instrument, quand une fois la tête a été saisie entre les mors ou cuillers.

DÉCAPITATION.

La décapitation est une opération qui consiste à séparer complètement la tête du tronc.

On commence par fixer des lacs aux membres s’ils sont dans le bassin et ou les refoule le plus en avant possible afin de n’être pas gêné par leur présence. La tête fixée au moyen d’un lacs ou du licol est tirée, avec force, par quatre ou cinq aides de manière à lui faire franchir la vulve ou tout au moins à l’amener près de l’ouverture de celle-ci.

L’opérateur, armé d’un bistouri à serpette, incise circulairement la peau autour du cou, ou au niveau de la nuque. Il sépare ensuite, avec la main, la peau des parties sous-jacentes et la refoule le plus possible sur le cou ; les aides, en tirant sur la tête, favorisent cette opération. Cela fait, quelques coups de bistouri suffisent à diviser les parties molles jusqu’aux vertèbres. Une forte traction, en même temps que l’on imprime à la tête un mouvement de torsion, finit de la séparer.

AVULSION DES MEMBRES.

Quand les membres gênent, soit par leur mauvaise direction qu’on ne peut modifier, soit par leur présence dans le canal où ils s’opposent aux manœuvres nécessaires pour changer une position défectueuse, on s’en débarrasse en les enlevant par avulsion ou désarticulation.

avulsion des membres antérieurs. — L’opération ne peut s’exécuter qu’au tant que les membres à enlever sont, au moins en partie, sortis hors de la vulve. Le vétérinaire fait, le plus haut possible, au moins au-dessus du genou, une incision circulaire, avec l’attention de n’intéresser que la peau. Glissant ensuite sa main, armée d’un bistouri, dans le vagin, le long du membre, il fait descendre sur la première incision une incision longitudinale, qui sera ensuite prolongée peu à peu vers le haut du membre au fur et à mesure que celui-ci s’allongera sous les efforts de la traction. Il faut ensuite dilacérer le tissu cellulaire et lorsque la dilacération est assez complète, le vétérinaire fait la contre-extension en appuyant sur le corps du fœtus pendant que les aides tirent fortement, par secousses même, sur les membres, et déchirent ainsi les muscles qui unissaient l’épaule au tronc.

Dans quelques cas il n’est pas nécessaire d’enlever tout le membre, on se contente alors d’opérer la désarticulation au genou.

avulsion des membres postérieurs. — Cette opération, beaucoup plus difficile que dans le cas précédent, peut être faite sur le membre entier, dans le cas de monstruosité, ou seulement au jarret.

S’il s’agit du membre tout entier, on incise la peau, on la dissèque, on coupe les muscles et à l’aide d’une forte traction, combinée à un mouvement de torsion, on désarticule le fémur. Il ne reste plus alors qu’à placer des crochets aux fesses et l’on termine la parturition.

Lorsque les jarrets sont infléchis et que le part ne peut s’effectuer, à l’aide des moyens précédemment indiqués, on place des lacs à l’extrémité inférieure des tibias et l’on pratique la désarticulation du jarret.

DÉTRONCATION.

Lorsque le fœtus se présente, plié en deux dans le bassin, et qu’il est impossible de le repousser pour opérer la version, on a conseillé de couper le tronc en deux pour extraire, l’une après l’autre, les deux parties ainsi divisées. C’est ce qu’on appelle la détroncation.

Je ne parlerai pas ici du manuel opératoire ; il a été décrit dans le cas de dystocie : les quatre membres se présentant à la fois.

ÉVISCÉRATION DU FŒTUS

Quand les opérations déjà décrites sont impossibles ou insuffisantes, on peut arracher de la poitrine et de l’abdomen tous les viscères que ces cavités contiennent ; on obtient ainsi une assez grande diminution du volume du fœtus et la possibilité de terminer un part qui, sans cela, eut été impossible.

Éviscération abdominale. — Dans la présentation postérieure, dans celle du ventre, dans tous les cas enfin où l’abdomen est facilement accessible à la main, c’est l’éviscération abdominale, l’éventration du produit qu’il faut pratiquer.

À l’aide du bistouri à serpette on incise les parois abdominales, on introduit la main et l’on arrache tous les viscères, l’intestin, l’estomac, le foie, etc. Souvent on profite de cette ouverture pour perforer le diaphragme, avec les doigts, et pour arracher de la poitrine le poumon et le cœur.

Éviscération thoracique. — Si c’est la poitrine qui se présente et qu’on ne puisse facilement atteindre l’abdomen, c’est à la première de ces cavités qu’on s’attaque pour diminuer le volume du fœtus.

On fait tirer sur les membres, après avoir opéré la décapitation si la tête gêne par trop, et l’on pratique à l’entrée de la poitrine une incision allant de l’appendice trachélien du sternum jusqu’aux vertèbres du garrot. Puis, avec un ou deux doigts introduits dans l’incision et recourbés en crochets, on saisit, l’une après l’autre, les deux premières côtes sternales qui s’arrachent assez facilement. On peut ainsi faire pénétrer la main dans la poitrine et en extraire les viscères ; on peut même la pousser jusque dans l’abdomen en crevant le diaphragme par une brusque pression.

F. PAUZAC.